13 septembre 2026

Depuis Sirius c'est clair !

La semaine passée fut marquée par le vingt-cinquième anniversaire de l'attaque d'al-Qaïda sur les tours jumelles de Manhattan. Les émissions spéciales diffusées à cette occasion ont été de haut niveau, ce qui finit par être rare. Le conflit "nord-sud" a commencé là et nous n'en sommes pas sortis, sans doute par notre faute. Un signe ?

D'un ami au Caire. Alors que les gens du commun étaient sidérés devant les postes de télévision des commerces du Caire, qui montraient en boucle la percussion et l'effondrement des deux tours en ne manifestant généralement que de la stupeur, les quartiers bourgeois de la capitale égyptienne résonnèrent de musiques de fête et du saut des bouchons de mousseux. L'attaque, réussie cette fois contre l'empire, eut pour effet de désinhiber la classe éduquée dans son profond ressentiment contre l'Amérique, "ennemie des Arabes et amie d'Israël". Le lendemain, on parlait d'Oussama Ben Laden comme d'un héros anticolonial qui relevait le monde arabe de ses humiliations ! En fait, à partir de ce coup de maître, la haine à l'endroit du Grand Satan n'a jamais diminué. Le pogrome du 7-Octobre 2023 verra exploser au Caire la même joie mauvaise que la dictature en place aura du mal à canaliser, sans pouvoir la combattre. Le soutien aux Palestiniens ne fut jamais aussi fort dans l'opinion, il perdure et croît. Pourquoi ?

Sans doute parce que depuis les tours jumelles de New-York, la relation nord-sud n'a jamais été mise à plat et étudiée au fond. Seul Barack Obama dans son discours du Caire a tenté quelque chose (clic), un peu intellectuel certes mais au moins fit-il l'essai. Tout cela est la faute d'un empire américain purement mercantile sans projet novateur, sauf celui de continuer un paradigme de domination coercitive par l'extra-territorialisation du droit, qui tend maintenant vers son obsolescence par la dédollarisation rampante. Et c'est ça la nouvelle de la semaine : les BRICS à New Dehli.

Pétri de contradictions, mais les contradictions sont le liant de l'orient, le groupe d'alternative informelle aux institutions de Bretton Woods commence à coaguler en quelque chose qui ressemble à un groupe mondial de pression. Les contradictions nombreuses (et donc moins dolores par leur dilution) ne font pas peur en Asie, si la fréquence porteuse est réglée partout pareil : le consensus est irréfragable contre nous ! Dans le chapitre "faire et laisser dire les experts", la dédollarisation avance autour de la Chine qui promeut le renminbi dans ses échanges avec des pays ostracisés (pour de bonnes raisons), mais aussi par la bilatéralisation des changes, parce qu'il serait contreproductif de remplacer une hégémonie par une autre. Comme le proclame un sous-ministre indien aux affaires étrangères : « Nous pensons que le règlement en monnaies locales est un mécanisme pratique pour réduire les coûts de transaction dans le commerce bilatéral. C'est un outil complémentaire aux systèmes de paiement mondiaux existants, conçu pour fluidifier le commerce entre les nations », et un délégué africain de rajouter : « Rien ne justifie que l'aide de l'Afrique du Sud au Mozambique se fasse en dollars. Vous avez vos meticals, nous avons nos rands. Nous pouvons nous entraider sans nous mettre en danger. C'est une atténuation des risques, bien plus qu'une dédollarisation ».

Véritable "théologie de la libération", la dédollarisation va continuer à ramper sous les affrontements diplomatiques de surface. L'objection des masses en mouvement parce que la planète brasse 6666 milliards de dollars par jour sur les marchés financiers, ne tiendra pas plus longtemps que la mise en doute de plus en plus prégnante des capacités américaines à soutenir leur Dette souveraine. Des opérateurs de marché insoupçonnables comme la France, le Royaume-Uni, la Suède, des importateurs de pétrole comme la Turquie, l'Inde ou la Thaïlande se soulagent de bons du Trésor US pour engranger du cash en prévision de la hausse des cours. D'autres comme la Chine ou le Japon, grands détenteurs devant l'Eternel, vendent du "risque américain" à tour de bras. Personne ne veut être le dernier couillon de la farce !

Il ne faudra pas juger l'avancement de la dédollarisation aux masses des autres devises en mouvement sur les marchés de capitaux, mais plutôt paradoxalement à une liberté de ton que prendront certains pays vis à vis des Etats-Unis. Si la domination technologique de la Silicon Valley a un avenir lointain - on ne voit pas qui leur mangera un jour la soupe sur la tête - il n'en va pas de même de l'Etat fédéral américain en quasi faillite, dirigé par un vieux gamin capricieux de 80 ans, et dont le monde entier se moque et se méfie tout à la fois, à commencer par ses propres alliés. Il y a une pathologie spéciale de Donald Trump à "martyriser" ses alliés tandis qu'il prend des gants vis à vis de ses adversaires déclarés. La dernière en date est cette confrontation stupide avec le Royaume-Uni qui commence par le Canada dont Charles III est le souverain, continue aux Falkland pour réveiller les revendications argentines et continue en Irlande du nord quand il souhaite la réunification de l'île sous la férule de Dublin. Pour aboutir à quoi ? Pour voir l'effet qu'il produit sur son écran de télévision qu'il ne quitte pas des yeux. Heureusement que Néron n'avait pas la télé !

Depuis l'apparition aux Etats-Unis du fruit génétiquement modifié de la démocratie financiarisée à outrance - l'élection de gérontes malhabiles et passablement somnolents - un vent nouveau a parcouru les chancelleries quand fut évidente l'ouverture de tous les possibles. Le règne de la raison le cédait à l'impulsivité de gens en construction qui ne seront jamais fini ! Le tissu de complexité des relations interétatiques se déchirait soudain jusqu'à voir des pays entrer dans des tunnels sans fond au détriment de leurs intérêts bien compris. Ainsi quelque chose a bougé sur terre dans la rationalité des comportements à partir de l'entrée en guerre de la Russie poutinique contre son voisin cousin slave. Un peu comme si on avait décapsulé la "Connerie en bottes de fer".

La deuxième armée du monde, qu'il fallait croire sur parole de ses thuriféraires français, s'est avérée incapable de conquérir un pays mal défendu relativement plat et gelé tout l'hiver. Mais la pierre de touche du New Age stratégique c'est le constat d'impuissance de la première armée de mer du monde à tenir deux détroits indispensables au commerce mondial. Nul doute que la Chine populaire va y regarder à deux fois avant que de franchir la mer démontée de son détroit à elle, pour emmerder une petite nation de la grande famille qui ne lui a rien fait. Pourtant l'état de décrépitude de l'US Navy la tente chaque jour un peu plus d'oser ! L'avantage des Chinois sur les pays occidentaux est qu'ils réfléchissent et tâtent les pierres en traversant la rivière.
Si la formidable Russie est passée en Ukraine de quatre jours à quatre ans dans l'incompréhension générale ; si la redoutable Amérique est enlisée au Moyen-Orient pour longtemps dans un Golfe persique qu'elle ne comprend pas, même après avoir décapité tous les dirigeants iraniens et dévasté tout le pays sur les conseils intéressés du Génie des mille collines ; pourquoi donner à l'Assemblée générale des Nations-Unies un troisième exemple de méjugement et ensabler le nouveau Phare du Monde dans une affaire corne-cul plus facile à prendre qu'à lâcher ? Cette question court les toilettes de Zhongnanhaï.

Si le gouvernement Xi la déclare, la guerre de Taïwan sera sale, une guerre civile où le peuple de l'île se divisera en trois tiers ; le premier se défendra avec acharnement sur les plages et reculera vers des montagnes inexpugnables (3000m en moyenne, la Montagne de Jade à 3950m) pour continuer par une guérilla impitoyable ; un tiers qui vote Kuomintang collaborera activement avec l'envahisseur dès qu'il aura pris pied ; le dernier tiers s'inquiètera de pouvoir faire ses trois repas par jour. L'île se refermera comme un piège à loup, car si les villes seront facilement pacifiées à la chinoise, les campagnes et les hauteurs deviendront des zones d'insécurité létale. A noter que plus personne n'envisage un engagement des Etats-Unis autrement que par des menaces ou des manœuvres d'intimidation du côté de l'océan. La réaction du Japon reste imprécise, mais la ROC est un ennemi ancien et Mme Takaichi n'est pas encore au niveau de réarmement utile. On verra bien qui de l'hubris ou de la raison l'emportera.

Et l'Europe dans tout çà ?
Nous devenons la meilleure destination touristique, pour la demi-saison et l'hiver au ski ou au théâtre, et bientôt la mieux défendue contre les envieux.
Pour le reste ?
Il n'y a plus de reste.

ALSP !

06 septembre 2026

D. über Alles !

Les Saxons ont élu hier leurs députés au Landtag de Magdebourg. Comme annoncé par les instituts, le parti Alternative für Deutschland remporte la majorité relative des suffrages mais il ne gouvernera pas seul car il lui faudrait 42 sièges et il n'en a que 39 à l'heure où nous venons au marbre. Des partis ayant franchi la barre des 5%, seule la BSW (Alliance Sahra Wagenknecht) voudrait se coaliser à la carte avec l'AfD qui se retrouverait soumise ainsi au chantage politicien d'un parti dérivé de l'extrême-gauche Die Linke. Le pari est perdu si Ulrich Siegmund maintient sa décision de ne pas gouverner autrement que seul. Il faudra laisser décanter les combinaisons d'appareils pour savoir si oui ou non la Saxe-Anhalt a basculé dans le passé. Le chancelier devrait s'exprimer dans la journée.

La prochaine tentative sérieuse aura lieu au Mecklembourg-Poméranie dans quinze jours, où l'AfD fait la course en tête, dix points devant le SPD. La majorité absolue en sièges sera là aussi nécessaire pour décapsuler la crédibilité du parti. Un éventuel succès déviera les autres logiciels partisans vers les thématiques propres à l'extrême-droite comme elles ont été déroulées par Le Grand Continent et que l'on pourrait résumer peut-être abusivement dans un slogan réactionnaire maison :
L'Allemagne prussique sur ses fondamentaux teutoniques !

Contrairement aux régions françaises, les lander allemands sont des centres de pouvoir dotés d'une autonomie constitutionnelle, au sens où leurs dirigeants sont légitimes, indépendants de Berlin et généralement bien accrochés. La conquête promise par l'AfD se fera bastion après bastion et non par une vague nationale comme s'y attend la France jacobine. Mais il faut commencer par en gagner un ! C'est à moitié fait.

Le programme de Magdebourg (lien en pied d'article) est un immense catalogue contre-révolutionnaire qui va partout distribuer les évidences, et ça marche. Pas besoin de forcer le trait pour retrouver le leitmotiv du NSDAP quand il était un parti normal en campagne, avant qu'il ne devienne le parti unique sanglant que l'on connaît. Rien ne dit non plus que l'AfD morphera en parti nazi une fois au pouvoir ; mais sa défiance quasi-pathologique envers tous ses voisins augure des lendemains compliqués en Europe au moment du grand bond en avant germanique. Lequel devrait confirmer l'hégémonie allemande à échéance de dix à douze ans : le pays doit reconvertir son industrie automobile, la plus puissante d'Europe, et se réarmer jusqu'au niveau antérieur (1939).

Il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que de tels bouleversements ne peuvent attendre les effarouchements européens ou les complications morales. Quant au tutorat français, il a disparu avec notre impéritie ; les élites allemandes dénoncent la tziganisation française qui met l'euro en péril. La stratégie allemande à long terme combine sa remilitarisation, une reconquête de sa souveraineté industrielle et technologique dans un cadre européen assaini ; et le succès de sa transition écologique ; le tout dans une logique de leadership européen. D'où le titre de cet article.

Depuis six mois, l'Allemagne s'affirme solitaire et non solidaire. L'Allemagne d'abord et par elle-même ! A la grande surprise des gnomes épilés des soupentes du Château - naïf à ce point, monsieur Macron, ce n'est pas normal - la chancellerie de Berlin a jeté au ravin les grands programmes de collaboration franco-allemands, s'est extraite de tout contrôle indirect étranger, et n'a relancé que des coopérations à sa main !

La fréquence porteuse de la stratégie fédérale est publique, cohérente et assumée. Elle érige trois piliers stratégiques, la défense, la souveraineté, la transition climatique.

I.- Défense et sécurité (Gesamtkonzeption der militärischen Verteidigung (2026)

L'objectif central est de faire de la Bundeswehr l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe d'ici 2039, avec trois horizons successifs :
  1. A court terme (2025-2029) : maximisation rapide de la capacité de défense et de résistance, dépenses militaires portées à 153 milliards d'euros (~3,5 % du PIB).
  2. A moyen terme (2029-2035) : augmentation significative des capacités dans tous les domaines, effectifs portés à 460 000 soldats (260 000 d'active + 200 000 réservistes), contre 184 300 aujourd'hui. Pas sûr qu'elle y parvienne mais elle essaiera.
  3. A long terme (2035-2039+) : forces armées innovantes et technologiquement supérieures, intégration de l'IA et des systèmes autonomes, frappe de précision à longue portée.

Dans le concept de défense, la Russie est désignée comme la « menace immédiate la plus grave ». Berlin entend assumer un rôle de leadership européen au sein de l'OTAN et renforcer une cohésion de bloc entre l'Europe de l'Est, centrale et occidentale.

Ndlr : la France ne pourra pas suivre, même révisée de fond en comble par l'intercession de sainte Rita ! Ses prétentions à diriger une défense européenne se sont évanouies au Sahel (mais on ne le dit pas) et elles disparaîtront avec M. Macron. Il y aura deux armées de mêlée dans dix ans sur le continent Europe, l'allemande et la polonaise, et autour d'elles des armées technologiques supplétives dont la nôtre.

II.- Souveraineté industrielle et économique

  1. Relancer la croissance en s'ouvrant aux technologies d'avenir (numérisation poussée, intelligence artificielle, énergies propres) et en renforçant l'intégration des marchés européens et des marchés de capitaux (discours au FMI, 2025). Un marché, "commun" plus que jamais, qui croise à angle droit les velléités protectionnistes françaises des secteurs faibles. La dispute du Mercosur est emblématique du fossé franco-allemand ;
  2. Souveraineté industrielle : stratégie aéronautique sur quinze ans. Le projet SCAF masquait en fait une volonté de renaissance d'une aéronautique militaire dans une Allemagne qui se souvient d'avoir été la première ; elle n'a pas obtenu le transfert de savoir-faire visé ;
  3. Renforcement de la base industrielle et technologique de la défense européenne (BITDE) avec priorité aux solutions... allemandes ;
  4. Lutter contre la pénurie de main-d'œuvre (taux d'activité, immigration qualifiée). C'est sans doute le plus gros défi affronté, qui conditionne les effectifs nécessaires partout à cette renaissance. Sur le plan militaire, pourrait se vérifier l'équation du mercenariat de Frédéric II de Prusse par l'incorporation d'étrangers à qui l'on promettrait la naturalisation.

III.- Transition climatique et énergétique

  1. Neutralité carbone d'ici 2045 (avancé par rapport à l'objectif initial de 2050), avec une réduction d'au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 d'ici 2030.
  2. Développement massif des énergies renouvelables (55-60 % de l'électricité d'ici 2035) et de l'hydrogène vert (10 GW d'électrolyseurs en production d'ici 2030). La Saxe-Anhalt était un producteur de la lignite réprouvée aujourd'hui.

En résumé, la stratégie allemande à long terme combine une remilitarisation sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, une reconquête de la souveraineté industrielle et technologique, une transition écologique et énergétique, le tout dans une logique de leadership au sein de l'Union européenne et dans les instances du Pacte atlantique. Elle a pris la Commission avec la bénédiction de Foutriquet. Elle ne se privera pas de continuer au gré des ouvertures ; elle a derrière elle l'Europe sérieuse dite frugale. Cela lui suffira.

Pour ce faire, elle a besoin de mobiliser des capitaux.
Ceux de la Deutsche AG certes, mais aussi des capitaux circulants par le moyen des bons d'Etat. Elle est donc arrivée sur le marché des dettes souveraines en même temps que la France et les Etats-Unis. L'Allemagne a un Projet bien identifié et des finances en ordre. Elle donne confiance. Nous, non ! Donc les prix montent pour nous et nous tirons la langue. Mais ça, tous les experts l'avait prédit ! Néanmoins ce n'est pas le sujet du jour.
Notons que sur les marché des capitaux, l'Allemagne a un avenir cohérent, explicité, public dirons-nous. Deuxio, elle a les moyens de ses décisions. Tercio, elle n'attend personne, ni nous bien sûr, ni l'Europe qui est invitée à consolider l'ouvrage dans un esprit d'économies budgétaires qui doit soulager les contributions futures. On comprend mieux les visites allemandes à Pékin qui ne tiennent aucun compte des négociations économiques en cours, mais ne portent que sur les échanges sino-allemands. En fait, l'aventure d'isolement participatif n'a pas commencé aujourd'hui.

Quand on ajoute l'Alternative für Deutschland dans le tableau, on commence à se gratter la tête. Par la conquête des lander un par un, le parti nationaliste peut arriver à terme au Bundestag et à la Chancellerie de Berlin, sous protocole démocratique. La renaissance allemande sera aussi celle de son hégémonie retrouvée. Je vous laisse visionner le film du nouveau tutorat germanique dans votre tête, à la lumière des sondages publiés sur notre élection présidentielle de 2027.


Lien utiles dans l'ordre d'apparition :
  1. Carte politique de l'Allemagne fédérale
  2. Mode de double scrutin en Saxe-Anhalt
  3. Elections 2026 à Berlin
  4. Elections 2026 au Mecklembourg
  5. Programme de Magdebourg de l'AfD
  6. Concept global de défense militaire (en français)
  7. De la Zeitenwende à l'Epochenbruch (IFRI)

ALSP !




A lire cette semaine :

couverture du Casse du Siècle de Sarah Knafo
Ils vous ont tout volé.
Ils ont tout détruit. Et ils tiennent tout le système. Ils ont réussi le casse du siècle.
Sarah Knafo s'est lancée sur leurs traces. Elle a réuni tous les indices, toutes les preuves, l'identité de tous les coupables, l'organigramme de toute leur organisation. Elle fait tomber tous les masques. Elle dévoile tout ce qui était caché. Le dossier est enfin complet, et vous êtes les premiers à l'ouvrir.
Le Casse du Siècle n'est pas un livre politique comme les autres. Parce qu'il décrit un crime économique pas comme les autres. Et parce qu'il apporte les solutions à tous les scandales qu'il dénonce. C'est un livre révolutionnaire.
Vous entrez dans l'enquête en victime. Vous en sortirez en juge.
(Fayard Paris, 20 euros, sur toutes les places de marché du livre)

30 août 2026

Primairiens

Le Landerneau politique bruisse partout de l'organisation de primaires ; qui y va, qui n'y va pas, ouvertes, entre-ouvertes, fermées. Tandis que les candidats naturels de leur propre parti creusent l'écart sans se soucier d'une concurrence interne, les autres partis sont à la rue et misent tout sur la neutralisation dans leurs rangs des candidatures surnuméraires par le protocole démocratique de l'avant-choix. Ça ne marche jamais en France, les battus le sont toujours injustement, et ne voient pas de raison pour finalement s'effacer.
L'archétype infame, c'est le suprémaciste honteux Manuel Valls (faut bien connaître les gens), battu à la loyale par Benoît Hamon en 2017 et qui, au lieu d'apporter son concours à la campagne du candidat socialiste, soutint son adversaire, le jeune stagiaire Emmanuel Macron, sur instructions d'on ne sait quel lobby qui le força à se déshonorer. Lavé au Calgon politique de l'oubli, il a réapparu en agent d'influence de Tel Aviv. Bientôt sur i24 ?

A part de ça, des "demandes" pressantes ont obtenu du Deauville Sport Images Festival le décrochage d'une photo d'un reporter palestinien qui avait saisi un match de foot au milieu des ruines à Gaza. Outre que la photo est techniquement très réussie et mérite de participer à l'exposition, se pose la question de sonder la puissance du lobby juif en France qui s'insinue partout.

photo AP de Jehas Alshrafi d'un match de football dans un quartier de Gaza en ruine

Le photographe s'appelle Jehad Alshrafi et travaille pour l'Associated Press américaine. Le maire de Deauville argue d'un souci de ne vouloir heurter qui que ce soit dans un souci d'apaisement. Un match de football ? Evidemment, le carnage israélien et sa campagne de nettoyage ethnique en cours (un enfant est tué par jour que Dieu fait) pourrait choquer les sycophantes du Likoud qui se croient chez nous en terrain conquis. Faudra leur dire que nous n'avalons plus leurs "justifications" tachées de sang ; à l'occasion, redevenir maîtres chez nous.

La souveraineté élémentaire n'est pas effleurée pour le moment dans les débordements dialectiques sous les préaux électoraux. Chaque candidat fourbit son programme, captivé par l'illusion qu'il gagnera sur l'épaisseur de son catalogue Manufrance. Ces gens rédigent beaucoup, publient, dépensent et n'impriment pas. Les Français n'attendent pas des candidats à la fonction suprême un livre de cuisine, mais un projet pour la nation qui s'attaque globalement aux faiblesses du paradigme, en capitalisant sur ses atouts bien réels mais dédaignés par la Casta qui se shoote à l'Europe et délègue à Bruxelles où l'on ne regarde pas les choses sous le même angle.
Le détail des promesses électorales est ridicule. On s'en fout du taux de l'APL pour les rachitiques et difficiles à venir ou des franchises pharmaceutiques !
La France sera-t-elle encore la France dans un an ? C'est ça qui m'intéresse.

Se font face deux fatalités.

A ma gauche, un vociférateur blafard galvanise ses troupes dans l'outrance en se choisissant des ennemis de classe pour déverser une haine surjouée, mais efficace avec les ratés en tout domaine. L'état de calamités du pays ne peut être imputé aux intouchables de la nation remixée, mais au complot planétaire des riches et du grand capital qui les défend. On n'est pas loin de l'organisation des escouades de sectionnaires qui iront demander des comptes derrière les portails des nantis et les traîneront au tribunal populaire de la zone patrouillée. Crésus, pense à t'armer !
N'est-ce pas la présidente de groupe Mathide Panot qui, hors d'elle la semaine passée, hurlait sur les bancs de la Convention, l'Assemblée nationale d'aujourd'hui : « les riches ont décidé de faire sécession en France en ne participant plus à la solidarité nationale ; il faut donc interdire ces nuisibles » ?

Pause ! Depuis l'augmentation de son gourou hitlérisant dans les sondages qui le placent en challenger direct de Marine Le Pen, le combat commence déjà pour Matignon chez les Insoumis. Radicalisation garantie puisque ça marche auprès des mécontents de profession ! Ils ont leur chance dans une configuration de repoussoir réciproque qui rebattra les convictions inébranlables.

A ma droite, la championne qu'on ne présente plus depuis le bal viennois de la Waffen en 2012 ! Des solutions simples pour résoudre des équations compliquées, ça n'a jamais marché ; même si les Rassemblés ont de vrais talents comme Jean-Philippe Tanguy, leur but n'est pas de réussir mais d'y atteindre ! Et après, de voir où se cache le possible pour durer. On sait déjà que la pénurie d'argent obligera, la main sur le cœur brisé, à couper les subsides à l'Ukraine qui refuse de négocier (sa capitulation, ça c'est de moi). Elle cherchera aussi de l'argent dans la contribution européenne de la France et surtout, dans les dépenses d'immigration, et elle tentera d'extraire des sous de la fraude fiscale et sociale. Mais on sait déjà que ca ne suffira pas si le robinet coule encore dans le tonneau des Danaïdes de notre modèle social, parce que le déficit public de l'Etat français est déjà de 107 milliards d'euros sur les six premiers mois de cette année. Ouvaton ? M. Bardella est incompétent dans l'emploi mécanicien de premier ministre. La confiance de nos prêteurs s'évanouira et faute de cash, le ministère ne pourra pas faire l'échéance. Le taux à dix ans monte déjà, mais l'agence Fitch nous accorde un sursis en maintenant la note française à A+. Juste un soupir comme on dit en musique.

Le problème comme toujours c'est le Projet. Hors des grands mots et des mesures démagogiques qui frappent l'imagination des esprits simples, il n'y en a pas. Ils s'en tiennent au catalogue, mais cela peut suffire tant l'exaspération est grande ! Car ce qui redouble la gravité de cet amateurisme programmatique c'est la forte probabilité d'une accession de la candidate RN à l'Elysée à partir de 40% des voix au premier tour. Il ne lui reste que sept mois pour gagner les sept points d'intentions de vote qui lui manquent - elle est à 33% - et nul doute que l'incurie de l'Etat, absorbé par sa communication lamentable, lui offrira les bavures nécessaires à sa progression. Un point par mois ? c'est faisable.

Après le succès fachiste du 2 mai 2027, éclatera la guerre du troisième tour "social". TOUT peut arriver puisque la masse des soutiers de la République et celle des assistées de longue durée auront été chauffées à blanc par la campagne des Insoumis. S'ouvrira dans le même élan la campagne électorale pour les Législatives avec des extrêmes au plus haut. Bonjour le carnage ! Il m'étonnerait que surgisse au parlement une majorité de la Raison. Et nous n'irons pas plus loin pour l'instant.

Quoi d'autre ?

Il y a deux jokers en campagne dont on n'estime pas le danger qu'ils font courir aux candidats bien sondés. C'est François Hollande qui s'ennuie à mourir en Corrèze et qui a du talent ; et Sarah Knafo qui est sans doute la personnalité de droite la plus affûtée pour la disputatio. Quand elle attaque, s'allument les phares de l'intelligence.

Bruno Lemaire ?

Parmi les essais de rétablissement du pays, le héros d'Anéantir de Michel Houellebecq a ramassé au ruisseau la cognée et le manche de François Bayrou sur l'urgence. Nous allons au mur en klaxonnant : ce que nous ne ferons pas de nous-mêmes, contraints et forcés par le désastre de nos déficits, nous le ferons contraints et forcés par autrui ; mais de ça nous avons beaucoup parlé sur ce blogue. Bruno Le Maire publie un manifeste Pour une autre France qui va jusqu'à la création d'une Fédération d'Europe occidentale à six et le retour rapide de la France dans les clous du pacte de stabilité. C'est à lire mais je n'y crois pas, les couilles de la Nation sont pendues sous l'escalier.

Ailleurs ?

Il faudrait parler de la problématique allemande qui commence à puer de la gueule ; mais ce sera pour une prochaine fois, après les élections dans les lander de Saxe.

ALSP !


23 août 2026

La sahélisation

Le ministère a publié la liste des indésirables qui sont au nombre de neuf. On parle d'espèces réputées nuisibles. Seront tués par tout moyen s'il est légal ceux dont les noms suivent (clic) :
Corvus corone corone dit corneille noire, Corvus frugilegus dit freux, Garrulus glandarius dit geai des chênes, Martes foina dite fouine, Martes martes dite martre, Mustela nivalis dite belette, Pica pica dite pie bavarde (l'agasse), Sturnus vulgaris dit étourneau sansonnet et Vulpes vulpes dit renard ou goupil dans les livres d'enfants.

On notera les heureux absents par défaut d'effectif, que sont la blanche hermine (Mustela erminea), le putois (Mustela putorius) et le blaireau de chez nous (Meles meles). Y échappent les lapins de garenne qui attendent l'ouverture de la chasse pour être régulés. Nul ne parle des tabous écologiques que sont les loups et les ours. C'est un autre sujet.

Si on comprend bien que ces espèces vivent sur la production agricole en y commettant parfois de gros dégâts, on peut regretter de n'avoir pas trouvé d'autre solution que la mort pour des animaux tous supérieurement intelligents (sinon ils auraient disparu depuis le temps qu'ils emm... les paysans). Les foires à la sauvagine d'antan rapportaient à la ville les fourrures de mustélidés par centaines qui servaient à faire des toques, des étoles (pour les renards) ou des gilets du dimanche. Par chance chez les becs droits, le corbeau calédonien et le grand corbeau ont été oubliés ; ce sont des oiseaux arithméticiens et adroits comme des singes, jusqu'à faire des outils pour trouver leur nourriture.

Parallèlement, le parlement des couards a approuvé une loi d'urgence agricole dite Duplomb II qui réintroduit les pesticides toxiques pour les butineuses dans les cultures de grand champ. Deux choses : la bronca populaire ayant coulé la loi Duplomb I est narguée par les députés, ce qui en dit long sur la culture démocratique de profiteurs dont il faudra bien se séparer un jour comme "autres nuisibles" ; la pollinisation générale sera fortement réduite, l'apiculture décimée et les conséquences de cette destruction du cycle plus graves qu'on ne le pense, mais visibles seulement après les élections législatives de 2027. Ouf !

Comme le disait Michel-Edouard L. après le retrait de la première loi : "nul ne pourra obliger la génération montante à bouffer de la merde", et le souci de pratiques agricoles respectueuses de la nature est un prérequis pour la pérennisation des filières. A défaut de quoi, l'acheteur éveillé passera devant l'étal sans y rien prendre et le producteur mourra par désintérêt des centrales d'achat pour sa production. Il y a des recherches pour trouver une protection non toxique des cultures ; il faut les accélérer et en attendant, faire du vacarme publicitaire sur le marché européen pour la qualité naturelle des produits français. Je ne comprends pas que les exploitants qui le peuvent ne se lancent pas dans ce genre d'agit'prop pour réveiller le marketing et le consommateur. On voit quand même dans les rayons des supermarchés des garanties de procédés d'obtention propre et respectueuse à prix juste. Il faut augmenter ces approvisionnements loyaux, et pousser à l'achat en culpabilisant un peu le chaland qui passe.

Entretemps se font les vendanges. Partout on cueille tôt pour ne pas faire du whisky. Les muscats du littoral ont été vendangés à la charnière juillet-août et de plus en plus souvent la nuit à la lueur des phares de chantier pour soulager les équipes. En Languedoc, la véraison (changement de la couleur du grain) a avancé au 14 juillet, du jamais vu. Et les météorologues annoncent une aggravation des chaleurs et du stress hydrique dus à un Niño spécialement sévère cette année. Les vignes de plaine trop exposées n'y survivront pas, et sur les collines on délaissera l'adret sur les caillasses surchaufées pour se mettre à sol y sombra comme on dit aux arènes. Le sol de la vigne donnant le goût au vin, il est probable que nous découvrirons dans quelques années de nouveaux crus moins chargés en tannins voire même astringents.

Pour le reste, le déficit en eau va régler la question de certaines espèces trop gourmandes et obliger l'importation de plantes exotiques résistantes. Le sorgho ou le millet complèteront les légumineuses, les colzas et les tournesols, qui ont déjà fait leurs preuves. Et la frontière de l'olivier remontera vers le nord. Finalement on s'en sortira autrement, ce n'est pas encore le Sahel partout ! On ne voit pas courir les grands chats !

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Hors-champ (c'est involontaire) notre attention est captée par la rentrée politique sensée nous ouvrir les portes de l'espérance dès la disparition d'un président coquet qui nous sert de chef d'état à la houppe. Les sondages (tous ne sont pas publiés) se détruisent les uns les autres jour après jour, mais le match en finale est toujours le même : les extrêmes qui se touchent, combattront ! C'est suffisamment grave dans l'esprit des politiciens de métier que les candidatures de témoignage vont sans doute diminuer au bénéfice de ralliements utiles préservant l'avenir des prébendes. Le premier à sortir du bois pour entrer dans celui d'en face, c'est Marine Tondelier pour les écologistes qui a fait le juste calcul de sa disparition. Il faut dire que paradoxalement, les calamités estivales qui pouvaient bénéficier à la doxa écologique des Verts, les ont plutôt desservis ; trop de freins à l'adaptation émanant de leur mouvance ont été révélés cet été. On pense aux bassines agricoles, aux coupe-feux forestiers, aux réticences à la climatisation des hôpitaux et à tous les bâtons dans les roues dont ils se sont fait une spécialité dès qu'on parle d'aménagement du territoire.

Entre eux deux, les partis raisonnables n'impriment pas pour le moment. L'eau tiède de leur componction nous rappelle qu'ils sont à l'origine de notre cachexie terminale qui va finir par nous attirer les petits hommes gris du FMI en curatelle. J'attends quelqu'un.


ALSP !



Un postscriptum ? pourquoi pas !

J'ai pris le "Porche" de Charles Péguy dans la boîte à livres du quai, sous les mouettes qui se marrent. Je ne connaissais que le titre de cet ouvrage capital du grand poète catholique et je m'aperçois en le feuilletant qu'il est très intimidant. Le titre en entier est : "Le Porche du mystère de la deuxième vertu". Aux mahométans du lectorat dont je salue les encouragements muets, je signale qu'il est fait référence aux trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité.
C'est un poème de trois mille vers libres organisés en versets qui se lisent d'un souffle, disent les savants. On imagine l'exercice à voix haute dans la cathédrale déserte de Maguelone ou dans l'église minuscule et sombre de Saint-Roman-de-Codières un soir de grand vent.

La préface de cette édition NRF de 1996 est sans doute la meilleure critique littéraire que j'aie jamais lue. Peut-être aussi n'en ai-je pas lues assez ! Elle est de Jean Bastaire et croise à la même altitude que ce texte exigeant et fou. Il y dit :

« L'admirable dans le Porche est qu'avec des mots terreux, des images charnelles qui n'ont rien de philosophique, des mouvements du cœur qui sont ceux de n'importe quelle créature, Péguy révolutionne le christianisme au sens où, comme il le dit ailleurs, "une révolution est un appel d'une tradition moins parfaite à une tradition plus parfaite". Sa théologie de l'espérance ruine définitivement le jansénisme et déblaie la voie royale de l'évangile, trop longtemps encombrée de craintes qui bafouent la croix du Christ. Non seulement l'auteur du Porche retourne de l'intérieur son drame personnel de l'exil et de l'échec, convertissant la détresse en tendresse et la déréliction en abandon créateur. Mais il inverse pareillement un drame ontologique plus général qui le hante depuis sa jeunesse et qui est au cœur de sa méditation de Jeanne d'Arc : l'exil et l'échec des damnés. En une stupéfiante intuition, il fait de la damnation un exil et un échec de Dieu. Pour l'éviter, Dieu en est réduit à espérer dans le pécheur comme le pécheur espère en Dieu. Dieu prend les devants. Là comme en amour et en toutes choses, il a l'initiative, il donne l'exemple. Cela n'illustre-t-il pas d'ailleurs le plus parfait amour, où celui qui aime se met dans la dépendance de l'aimé, compte sur l'aimé? Dieu compte sur le pécheur, tremble pour lui dans l'attente qu'il s'amende et, tel l'enfant prodigue, vienne s'écrouler entre ses bras. »

Je ne sais si mon agnosticisme me laissera aboutir à l'Ensevelissement qui termine Le Porche. Mais du moins j'essaierai et ne vous en dirai pas plus.

#2635

16 août 2026

Et s'il ne pleuvait plus que des hallebardes ?


Merci de nous avoir attendu !


« La route des fleurs va droit sur la terre plate. Les arbres ont des troncs minces, élancés, debout dans la poussière blanche. Le soleil est haut dans le ciel, il brûle continuellement, au centre de la lumière. On marche sous lui, avec une ombre courte, entre les murs des arbres. La poussière crisse sous les pieds, fait de petits nuages qui enveloppent les chevilles. Par instants, le vent souffle, un vent chaud et aveuglant qui semble venir du ciel, le vent du soleil. La terre a soif, terriblement, les arbres et les buissons ont soif, la soif est si grande maintenant, la fièvre est si grande. Dans la bouche, la langue est râpeuse comme une pierre. Depuis des jours, des mois, on attend l'eau. On ne parle plus beaucoup maintenant, parce que les paroles écorchent la gorge et font saigner les lèvres. On ne respire plus beaucoup, parce que l'air brûle. Les yeux ont mal à cause de toute cette blancheur, de toute cette sécheresse. Partout, ils ne voient que la dureté. Il y a de grands cercles blancs autour du soleil, des cercles de vautours, des cercles de moucherons. Pourtant on avance sur la route en se hâtant, et c'est comme si une grande joie allait venir. Une délivrance.»
(J-M.G. Le Clézio, Chun Pom des Trois villes saintes, La NRF Paris 1975)

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Les vieux livres d'histoire se souviennent du Sahara vert, qui se traversait à cheval, dit la légende. Les peintures rupestres du Tassili et d'autres ailleurs montrent encore de grands herbivores dans la steppe, humide par endroit, au point d'y laisser vivre des hippopotames. La végétation était donc abondante pour nourrir de tels organismes. Le sol porte encore les traces des affouillements crées par l'eau en circulation et de grandes cuvettes qui autrefois formaient des lacs. Puis l'axe de la terre a bougé, modifiant notre orbite solaire, alternant moussons raccourcies et évaporation plus intense, et ce bien avant que les hommes n'interviennent aggravant l'arénisation du territoire. Il y a de cela quelques milliers d'années seulement. Le titre de ce petit article n'est pas si innocent que ça, et le stress hydrique du Roussillon puis celui d'autres grandes plaines de culture nous le confirme. Des orages terribles et rares lessivent les sols et prennent tout à la mer. La terre se fend. L'histoire dira : ça a commencé là !

En attendant le désert, les feux de partout signalent déjà à nos concitoyens que notre pays se réchauffe et s'assèche, favorisant la combustion de broussailles, forêts et maisons en bois, et qu'il ne suffit plus de se disputer sur les causes de ces canicules incendiaires pour décider de s'en prémunir du mieux possible. Revoir nos modes de vie en sera la plus sûre conséquence et nous devrons y faire face dans le chaos géopolitique permanent que le choc des civilisations a débridé. Comme on pouvait le craindre au spectacle de l'impéritie politique de nos démocraties d'opinion, il faut en même temps nous défendre contre les armées de nos adversaires, nos ennemis bientôt, et remettre à plat le modèle social hérité de la Libération pour acheter des cartouches ; tout ceci dans un contexte de finances publiques à l'étiage. On reparlera de la banqueroute assumée de l'Etat censé nous protéger.

La preuve de notre inadaptation c'est l'immense cimetière de cendres grises qu'est devenue par endroit la forêt des landes de Gascogne. Ces cendres signent la mort du pin maritime planté là sous Napoléon III sur des terres ingrates à demi-noyées qui ne rendaient rien sinon. Il brûle bien dans l'air surchauffé quand la brise se lève à la moindre étincelle et il projette des escarbilles de pommes de pin très loin, sans parler des feux souterrains qui se consument aussi longtemps que la tourbe irlandaise. Les forestiers le savent et les polytechniciens de l'Office national des forêts (comme Nathalie Kosciusco-Morizet) voudraient voir planter des espèces pyrétiques telles que le chêne liège, le chêne vert, le pin d'Alep ou le cèdre du Liban, voire même l'olivier sur les monticules (on importe presque toute notre huile d'olive) ; et peut-être revenir à l'agro-pastoralisme qui existait avant le décret impérial de 1857.
Cette conversion condamnera toute la filière bois à grand débit et demandera des années de transition que les sylviculteurs ne peuvent pas financer. L'Etat non plus ! Alors on va continuer à faire pousser des planches en reculant devant le feu qui sera chaque année plus fort.

"Gouverner, c'est prévoir et décider", disait Alphonse Thiers. Les moyens de lutte-incendie en livraison sont ceux qui nous manquaient en 2022 lors des feux de la forêt landaise qui brûlèrent à peine vingt mille hectares. Et ils ne sont pas tous disponibles à cette heure. La carbonisation de 2026 va bien au-delà des feux de 2022, et les moyens commandés (en 2024 seulement) seront bien insuffisants quand ils seront mobilisés au complet l'an prochain ou l'année suivante. Or les catastrophes de ce type doivent s'amplifier encore à échéance de cinq ou dix ans, ce qui signifie que les moyens commandés sont et seront toujours sous-calibrés dans l'avenir. Les pouvoirs publics à l'évidence ne gouvernent rien, de réunion en réunion !

Que restera-t-il dès lors comme moyen de lutte-incendie quand les feux hors-normes seront devenus des méga-feux ? Les bulldozers D7 de 30T, voire les D9 de 50T, travaillant en ligne et capables de "tout" raser à blanc sur une largeur de deux ou trois cents mètres pour faire un coupe-feu infranchissable. Les a-t-on ? Les populations accepteront-elles la défiguration de leur cadre de vie pour le salut des scieries ? J'en doute.
Reste la question qui fâche : et si les Landais revenaient progressivement à la polyculture d'antan en effaçant cent cinquante ans de génie rural ?
Entre marais, étangs, prés à moutons et petits bois, le territoire survécut jusqu'à l'enrésinement impérial ; le berger landais perché sur ses échasses en témoigne dans les livres d'images. Avec le tourisme iodé d'aujourd'hui, la vogue des culs nuls et le surf, il s'en sortirait mieux, et le campeur aurait moins la trouille. Mais ce n'est pas encore le plus important cet été. Le choc des civilisations qui nous défie n'est pas oublié pour autant.

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Loin de l'océan se prépare le drame du siècle. Et nos dirigeants l'entendent monter de leurs services de renseignement, qui n'en parlent pas, tant il leur fait peur. L'affaire d'Ukraine prend des proportions hors de contrôle par la supériorité de Kiev dans les domaines logistiques et énergétiques, au point que le front et l'arrière proche vont devenir impraticables pour les forces russes et leurs auxiliaires. Si ajoute l'escalade militairement stérile sur les ports à grain de chacun.
Un doublement des effectifs augmentera sans doute le taux de pertes quotidiennes qui n'est soutenable que par un pouvoir dénué de toute considération pour la vie de ses soldats. Mais la mobilisation générale annoncée à Moscou, à défaut d'aucun game changer côté russe, va se heurter à une population urbaine occidentalisée et passablement décadente qui n'ira mourir pour personne. Les provinces sont essorées et ont compris que le voyage à l'ouest était sans retour ou sans jambes.
Le clan Poutine peut alors se détourner d'un front impénétrable et décider d'une opération plus large, sur l'Estonie peut-être ou dans le corridor de Suwalki, pour obtenir enfin la continuité territoriale avec l'exclave de Kaliningrad, sinon un gage à négocier de plus grande valeur que le Donbass crasseux et ruiné.

Il n'en résultera rien, malgré un succès initial probable. Les plans OTAN de réplique sont établis depuis la libération des pays baltes. Il suffira d'appuyer sur le bouton, même si subsiste un doute sur la volonté de le faire. Derrière ces grandes manœuvres de la dernière extrémité, l'économie générale de la Fédération de Russie restera déprimée, la production civile quasiment effondrée, les salaires et les pensions en retards, le territoire peu sûr en Russie d'Europe. Se posera alors la question, au fin fond du bunker capitonné où se cache la Bête, de sortir du piège-à-cons occidental dans lequel l'eurasisme débile de Douguine a jeté la slavitude.

Je ne sais si la bombe atomique sera mise aux voix, mais le risque est grand de voir la vitrification de Kiev recueillir l'assentiment enjoué d'une majorité des conseillers, pour en finir certes, mais aussi pour se venger de l'humiliation subie à la face de tous, cinq ans de guerre sanglante bientôt pour un blitzkrieg gagné d'avance !
Obtenir une capitulation par la terreur nucléaire, ça s'est déjà produit, en 1945.
Certains arguent déjà de l'interdiction chinoise d'emploi du nucléaire, mais le pragmatisme de l'opération sera accepté par Pékin si le président Xi ne veut pas envoyer des troupes de protection face au Donbass menacé.

D'autres proclament que la Russie sera mise au ban des nations et ostracisée. Foutaises ! Elle en a déjà fait beaucoup dans l'horreur, et au mois de juillet dernier, Marco Rubio et Sergueï Lavrov tenaient une réunion amicale avec leurs équipes dans l'immeuble de Manille qui abritait les discussions ministérielles périodiques des pays de l'ASEAN. La réunion n'a abouti à rien (heureusement), mais elle a montré que la Russie était (1) encore fréquentable, (2) une puissance stratégique parlant d'égal à égal avec la superpuissance américaine. Steve Witkoff et Jared Kushner ont programmé une visite à Moscou pour bientôt. Et Trump se dit toujours prêt à rencontrer Poutine-Folamour aussitôt qu'un deal sera possible et sûr.

Que dira le Sud global à la détonation de la bombe russe ? Rien, puisque nous avons provoqué la blanche Russie !
Que feront les gouvernements européens de plus qu'une condamnation sévère avec un nouveau paquet de sanctions et appel au Conseil de sécurité des Nations-Unies ? Rien !
Que fera le gouvernement ukrainien ? On n'est sait encore rien, mais probablement fera-t-il payer cher sa capitulation inéluctable et son entrée dans la nuit russe !
Seule la réaction américaine est imprévisible. Néron regardera d'abord où est son intérêt particulier et les dollars, comme il le fait en toute chose.

A partir de là, le monde fera un tour sur lui-même, puis tous les pays du Seuil auront enfin la justification attendue pour nucléariser leur dissuasion. Ainsi verra-t-on la Corée du Sud mettre les bouchées doubles devant l'incertitude de la protection américaine, mais aussi l'Arabie séoudite pour la même raison, le Brésil régulièrement menacé par la doctrine Monroe, l'Indonésie aux îles stratégiques convoitées, et pourquoi pas le Japon et l'Allemagne qui auront achevé leur punition au coin. Quid de l'Iran des Pasdaran ?

Autant dire que seront enfin réunies les conditions nécessaires et suffisantes à l'apocalypse annoncée plusieurs fois par Hollywood. En suite de quoi, la pression humaine sur la planète bleue sera soulagée jusqu'à peut-être inverser le réchauffement climatique et sauver du four terrestre les populations qui auront survécu. Ce n'est pas une affaire à cent ans de date mais bien plus proche de nous. Restera-t-il des singes pour reprendre la planète ?


A la semaine prochaine !


#2634 (c'est trop long)

10 août 2026

La cathédrale "habitée" de Maguelone


la cathédrale de Maguelone (Hérault) rouverte l'été au culte le plus sobre qui soit
Pourquoi édifier une cathédrale tout au bord de la mer devant les paluds saumâtres infestés de moustiques ? L'énigme n'est pas encore percée. On en reparle à la Toussaint.


#2633

12 juillet 2026

La promesse du crépuscule

Les sondages post-appel de Marine Le Pen sont bons dans tous les classements des candidats à l'élection présidentielle. L'écart qu'elle avait sur son dauphin bouche-trou a été récupéré instantanément, elle a terminé la semaine passée à 36%, qui était son score à lui en hausse de quatre points sur celui du mois de juin. Le binôme démarre dans une configuration plus rassurante, l'expérience de l'âge à l'Elysée, la vigueur de la jeunesse à Matignon. Elle a la hargne de la dernière chance ; bon communicant, il apprend à ne pas insulter l'avenir. Ils n'ont qu'un adversaire : Jean-Luc Mélenchon ; le reste va se chier dessus dans la fadeur des catalogues électoraux. Mais comme dit dans le billet cité ci-après, il ne suffira pas de crier au "fachisme", les gens s'en foutent, le fascisme n'imprime plus. Mélenchon est assez intelligent pour s'en apercevoir.

Ce billet est la continuation du numéro 2627 titré De l'exaspération d'un peuple. Les gens sont excédés à un point tel que l'éventualité d'une élection à un tour n'est plus un cauchemar ou un rêve, c'est selon. Quatorze points à gagner sur neuf mois, ça ne fait que 1,6 point de plus par mois. Deux "Lyannah" et un "Nahel" et le compte est bon !
Le rejet massif du président sortant et celui de la classe politique aux affaires fait le lit du populisme, qui n'est que l'expression d'incompréhensions cumulées. Tout part à vau-l'eau - inutile d'en refaire l'inventaire - et les "gens" ne demandent finalement rien de plus qu'un Etat assurant l'ordre et la justice élémentaire. Nous en sommes très loin. La République embourgeoisée s'avère impuissante aux yeux de tous. Sera-t-elle remise en question quand l'électorat fera la courte échelle à un dictateur à la romaine capable de détourner les eaux de l'Alphée et du Pénée ? Ses défenseurs ne font pas la toise face aux défis maintenant explicites parce qu'ils se couchent à la première contrariété électorale.

En face du binôme infernal, les candidats majeurs fouillent leur liste de courses en croyant nous intéresser par un catalogue de mesures indispensables, comme l'avait fait François Mitterrand en 1980 avec les cent-dix propositions pour la France tirées du Programme commun de la Gauche. Mais quarante-cinq ans de gabegie sont passés par là. L'électeur désabusé est saoulé de mesures, pour la plupart prises sous le coup de l'émotion, et veut d'abord de l'autorité. Qui incarne l'autorité dans le panel testé chez les sondeurs ? Le Pen et Mélenchon ! Eric Zemmour n'en serait pas loin mais il a un léger défaut de charisme.

Evidemment que je n'ai aucun conseil à donner à quiconque, mais une campagne à l'économie, exploitant les faits divers qui vont bien, suffira à propulser le tandem Le Pen-Bardella en tête du premier tour de l'élection. Au second tour, on élimine après avoir choisi au premier, disait Charles Pasqua. S'il est sûr que la gauche plurielle se ralliera sans difficulté à Jean-Luc Mélenchon pour faire barrage à "l'extrême-droite", elle ne totalise quand même aujourd'hui qu'un tiers de l'électorat susceptible d'urner.
Quels arguments pour se dilater ?
Je n'en vois pas tant elle est empêtrée dans ses contradictions en rallumant la mèche de l'antisémitisme quand les fils de Sion furent de toujours la colonne vertébrale du parti. Dans l'autre camp, il sera plus difficile de mobiliser à droite - Retailleau n'imprime toujours pas - et la décision se jouera donc au centre, dans ce marais des velléités qui ne sert qu'à ça et propulse les candidats de la grisaille dans des équilibres politiques en un "juste milieu" qui n'est plus de saison dans l'esprit des gens. Ils vomissent les accords d'appareils. Vivement des élections à un seul tour !

Plus largement, toute l'Europe voit ses dogmes fondateurs contestés. Après la victoire de Fratelli d'Italia en Italie, les partis Reform UK et Alternative für Deutschland se font un film. Leurs résultats électoraux sont prometteurs parce que les gens réagissent comme en France : assez de bla bla, de l'autorité et que le charbonnier reste maître chez lui. Le soutien non dissimulé de la Dream Team de la Maison Blanche aux partis nationalistes est-il susceptible d'actionner les agents de la CIA sur zone, à côté de la manipulation savante des réseaux sociaux ? la Sûreté nationale de chacun des pays visés doit être sur le qui-vive quand on sait la puissance des fabrications numériques, même si ça a foiré en Hongrie. Mais, fait adroitement, l'ingérence américaine peut donner le coup d'épaule nécessaire au dernier moment. Pour revenir à nos moutons...

Combien d'abstentionnistes voleront au secours de la victoire de l'un ou de l'autre au second tour de l'élection présidentielle est la grande interrogation. Nous n'irons pas plus loin aujourd'hui, sauf à relever qu'en ce moment, le ticket LP-B gagne les doigts dans le nez (clic). On reviendra plus tard sur le "troisième tour social" annoncé déjà par les battus d'avance, et sur les élections législatives s'ensuivant qui permettront ou pas de gouverner. L'autre sujet observable, c'est en France l'impréparation manifeste de l'Etat à l'Adaptation.

Petite liste non ordonnée sans commentaires à l'usage des âmes simples :

  • insuffisance de l'escadrille de bombardiers d'eau anti-incendie ;
  • non-climatisation des hôpitaux généraux, parfois vétustes, parfois neufs ;
  • retard du déploiement de l'énergie nucléaire permettant l'électrification générale des transports et des foyers ;
  • impuissance des pouvoirs publics à faire débroussailler les propriétés en zone de feu
  • retard dans la gestion des précipitations hivernales pour contrer le stress hydrique estival
  • maintien d'un système de recours infinis contre tout projet structurant

Parce que la France a organisé la COP21 en 2015, la classe politique française s'est affairée à diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour montrer l'exemple et faire la leçon au monde, comme d'habitude, en oubliant que nous ne pesons presque rien dans cet encrassement planétaire. Au final, notre réduction d'un tiers de ces émissions depuis 1990 est à mettre à notre crédit et le ciel est plus bleu, mais ne nous servent à rien puisque, depuis la mort du président Chirac, les frontières n'arrêtent plus l'atmosphère très polluée de l'étranger.
Malgré ce bon résultat, le rythme de réduction des émissions est quand même jugé insuffisant pour bloquer la porte du four en 2050. Donc il faudra immanquablement s'adapter à la dégradation du climat et prendre des mesures fortes à hauteur de la pile de bières que stockeront les hangars froids du marché de Rungis. Exprimer ces mesures est simple, les décider et les faire appliquer, presque impossible.

Si les énergies renouvelables (barrages hydroélectriques mis à part) sont des sources d'appoint non négligeables, elles sont insuffisantes et intermittentes eu égard aux contraintes de production d'un pays industrialisé (ou qui veut le redevenir). Seule l'énergie nucléaire donne les watts nécessaires décarbonés. Mais pour réduire et stopper plus tard l'importation directe ou indirecte des énergies fossiles, Jean-Marc Jancovici prône la décroissance organisée pour résoudre l'équation climatique en diminuant nos besoins. La classe politique le condamne déjà parce que la croissance annule normalement les erreurs de cap et estompe la dette. Nous avons perdu la dévaluation monétaire, nous ne pouvons pas perdre aussi l'illusion d'une croissance. Les politiques comptent bien survivre au réchauffement.

Ce n'est pas une question de moyens, mais d'arbitrages au sein de la dépense publique et d'autorité sur les acteurs étatiques, pour commencer. Notons que nos législateurs refusent de réduire cette dépense qui récompense leurs clients ; pas plus tard qu'hier, l'un d'eux réclamait le remboursement des implants capillaires ! Faudrait en parler à Infantino avec sa tête de nœud. Mais nous ne développerons pas plus loin aujourd'hui la puérilité du député lambda ; il fait trop chaud.

Petite anecdote avant de se quitter. De tous les grands leaders conviés au sommet de l'OTAN d'Ankara, seule Giorgia Meloni a rapporté dans la valise son 357 Magnum (délicat présent d'Erdoğan gravé à son nom) jusqu'au Palais Chigi où il est exposé maintenant dans le salon des cadeaux diplomatiques de la présidence du Conseil. Tous les autres grands fragiles ont failli tourner de l'œil à l'idée de passer leur propre douane ! En avoir ou pas !

Avis sans frais : par ces chaleurs, Steppique Hebdo suspend sa parution pour un mois à dater de ce soir jusqu'au 15 août.
Je vais faire poser une clim d'Adaptation !


#2629

05 juillet 2026

Le pape Léon coupe les ponts

Le temps est à l'orage. On se croirait au lendemain du Quinze-Août. Et ça tombe bien puisque le Supérieur Général de la Fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX) invoque la Vierge Marie pour faire rapporter le décret d'excommunication pris le 2 juillet par le Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi au terme d'une procédure d'apaisement qui n'a abouti qu'à la consécration schismatique de quatre évêques à Ecône.

La presse catholique en ligne et en kiosque en parle d'abondance, mais il faut commencer par les deux sites originateurs que sont Vatican News et La Porte Latine. Nous n'entrerons pas dans la relation besogneuse des faits depuis la première excommunication prononcée par le pape Jean-Paul II en 1988, mais pour la faire courte, le pape actuel a prévenu la FSSPX que la consécration d'évêques en dehors de son autorité signerait le schisme et couperait la FSSPX de l'Eglise de Rome. Les hiérarques de la Fraternité sont passés outre le 1er juillet, le pape a excommunié tout le monde le lendemain.

Il est patent que les responsables de la FSSPX ont méjugé le pape Léon. Ce n'est pas un discutailleur. Il étudie, prévient, juge, tranche et coupe ! En fait, c'est un prélat américain formé au Pérou contre les Evangéliques et le Sentier lumineux, qui ne s'en laisse pas compter. Quarante ans d'ondulations pontificales les ont trompés. La FSSPX se retrouve devant le même mur que celui du pape polonais qui ne supportait pas la contestation.

Le nœud gordien est tranché. Un pied dehors, un pied dedans, telle fut la stratégie perdante de la FSSPX qui s'est crue investie d'une mission divine de régénérescence de l'Eglise conciliaire, abusivement modernisée selon elle par Vatican II. En reculant dans le fauteuil, on notera que c'est toujours le Vatican qui a cherché un modus vivendi pour garder cette branche attachée à l'arbre. Après l'allègement des sanctions par Benoît XVI, l'autorisation de confesser et de célébrer des mariages donnée par le pape François, puis l'accueil d'une messe tridentine dans la basilique Saint-Pierre de Rome donné par Léon XIV, rien n'y fit, la Fraternité est restée inébranlable.

Contrairement à ce qui se dit dans la presse généralement bien informée, ce n'est pas le rite en latin ou les gestes célébrant le sacrifice de la messe qui sont en cause, mais tout le droit canon issu du concile contesté. Mais comment contester un concile et rester, ou vouloir rester, dans l'institution ?

Que je sache, Luther, théologien de son temps, voulut réformer l'Eglise de Rome et dut en prendre son parti : La putain rouge de Babylone refusait de se dissoudre dans sa réforme. Il établit donc sa propre confession en dehors d'elle. C'était clair ! Pourquoi la FSSPX s'est-elle enferrée dans un dialogue à sens unique avec la Sainte Inquisition romaine, rebaptisée autrement par Pie X. C'est pour moi une énigme et le restera, dès lors que le raidissement est la réaction la plus visible au décret d'invisibilisation. La Frat ne plie pas mais ne donne pas non plus son projet d'avenir. N'est-il pas temps d'ouvrir une Eglise libre de la Tradition ?

Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié la procédure de réintégration des clercs repentis. C'est aussi dur que les sentences de Dom Bernard Gui d'il y a sept siècles et clairement destiné à barrer l'accès des repentis aux communautés diocésaines qu'ils pourraient ensemencer aux rites du schisme. Tout y est provisoire comme si les docteurs de la Foi anticipaient des rechutes dans l'erreur, les repentis sont présumées relaps en devenir.

D'aucuns dans la sphère catholique voudraient débattre du bien-fondé de cette excommunication, en convoquant les positions respectives. Il n'y a rien à débattre. Il n'y a pas de pouvoir du Demos dans l'Eglise catholique. Les espaces de débat sont les conciles. Ils s'ouvrent et ils se ferment. Dans l'intervalle, c'est une monarchie absolue faite d'obéissance au pouvoir suprême, et même si le collège des évêques a l'habitude d'échanges entre ses membres, cette habitude est un clapet de décompression du refus d'évolution des mœurs qui remonte des diocèses. Pour le dicastère, il n'y a plus rien à discuter. C'est une fin de non-recevoir. Le Supérieur général Pagliarani, dans son ultime tentative d'imposer sa vision passablement douceureuse, ne l'a pas encore compris, mais sa base, si ! Il n'y a plus débat.

L'excommunication va conditionner les relations à la marge qu'entretenait la FSSPX avec des communautés situées à sa périphérie comme les associations scoutes, les royalistes, les princes et plus généralement la contre-révolution. Les manifestations patriotiques intégrant un office religieux ne pourront pas accueillir des prêtres schismatiques à sa célébration sauf à rompre elles-aussi avec l'Eglise de France, et dans un autre domaine, des familles en vue dans la classe politique française ne pourront plus mettre leurs enfants dans une institution du schisme. Je pense au comte de Paris actuel. Mais l'été va passer là-dessus, sans pour autant que la situation de rupture ne s'améliore ; au Vatican, la page est déjà tournée.

Reste à comprendre pourquoi cette affaire explose aujourd'hui. Que la FSSPX ait besoin de pasteurs pour guider ses ouailles (600.000 fidèles revendiqués) n'est pas douteux. Mgr Fellay et Mgr Galarreta approchent des 70 ans. Mais qu'ils passent outre l'avertissement sans frais du pape Léon XIV signale une méconnaissance de la stratégie pontificale.

Le pape forme ses bataillons en préparation de plusieurs menaces qu'il perçoit, sans doute pour moi : l'intelligence artificielle en passe de gouverner le monde en lieu et place des dirigeants politiques ; mais aussi la mise en œuvre très prochaine de la physique quantique qui démultiplie le décryptage de toutes les sûretés en tous domaines ; en enfin le risque d'affrontement des empires vers une troisième guerre mondiale, possiblement nucléaire. S'y ajoute une conflagration mondiale plus lointaine mais presque sûre par la ruée des populations tropicales vers des territoires plus tempérés où elles risquent de survivre tout simplement. Il y a de quoi faire.

Face à ces pronostics, le pape juge que l'Eglise doit être unie avec lui sans arrière-pensées et dans toutes ses institutions. L'heure n'est plus à la dispute théologique, le sexe des anges (même si c'est une affabulation) n'est plus au programme. Il n'attend pas non plus le secours d'églises concurrentes dans un œcuménisme bon teint. Finalement il a quelque chose en lui de Jules II.

ALSP !



Liens utiles à copier :
  1. https://laportelatine.org/actualite/declaration-de-foi-catholique-adressee-au-pape-leon-xiv
  2. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-06/pape-derniere-lettre-fraternite-sacerdotale-saint-pie-x.html
  3. https://laportelatine.org/actualite/sacres-episcopaux-ce-que-labbe-pagliarani-a-dit-aux-membres-de-la-fraternite-saint-pie-x
  4. https://laportelatine.org/actualite/communique-de-la-maison-generale-a-lissue-des-consecrations-episcopales
  5. https://laportelatine.org/actualite/lettre-au-saint-pere-concernant-le-decret-du-dicastere-pour-la-doctrine-de-la-foi
  6. https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2026-07/le-schisme-de-lefebvre-se-repete-apres-38-ans.html
  7. https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-07/consecrations-episcopales-lefebvristes-excommunication-decretee.html
  8. https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-07/pretres-et-laics-lefebvristes-procedure-de-retour-communion.html
  9. https://www.vatican.va/roman_curia/pontifical_councils/intrptxt/documents/rc_pc_intrptxt_doc_19960824_vescovo-lefebvre_it.html (notes de 1996)
  10. https://riposte-catholique.fr/archives/218096 (fermeture des églises et chapelles FSSPX)

28 juin 2026

De l'exaspération d'un peuple

Comment cinquante millions d'Américains MAGA de la classe moyenne inférieure ont-ils pu porter à la présidence des Etats-Unis une caricature d'Ubu-roi sans avoir vu la pièce ? A défaut d'avoir vu ou lu la pièce, ils l'ont apprécié au jour le jour pendant quatre ans lors d'un mandat précédent achevé sur l'assaut de la démocratie en Amérique, pour paraphraser Tocqueville ; et l'ont rétabli dans ses attributs de Roi des singes. Il faut un peu chercher pour comprendre parce que ça va nous servir.

Brave Leo (IA) y voit cinq raisons :
  1. Le désir de contrôle et de stabilité : dans un contexte d’incertitude mondiale, Trump a rassuré une partie de l’électorat en promettant de restaurer l’ordre social, le contrôle des frontières et la maîtrise des prix, contrairement à l’image de perte de contrôle associée aux démocrates.
  2. La faiblesse de l’adversaire démocrate : la candidature de Kamala Harris a été entravée par l’impopularité persistante de Joe Biden et un manque de charisme ou de maîtrise des enjeux par rapport à Trump, ce qui a découragé certains électeurs démocrates.
  3. La défiance envers le système politique : une confiance historique en berne envers le gouvernement et le Congrès a favorisé un candidat anti-establishment qui promet de « drainer le marais » à Washington.
  4. L’appui médiatique et culturel : la popularité de Trump a été soutenue par un écosystème médiatique conservateur (comme Fox News) et des influenceurs majeurs (comme Joe Rogan), tandis que les réseaux sociaux ont amplifié sa polarisation.
  5. Le soutien de la classe ouvrière : sa critique de la mondialisation et ses propositions de tarifs douaniers ont résonné auprès des Américains blancs de la classe ouvrière, ressentis comme appauvris par la délocalisation des emplois.
S'y est ajouté, selon ce que j'ai retiré de mes contacts, un ras-le-bol général des privilèges raciaux (affirmative action), de l'exposition parfois outrageante de minorités tapageuses (LGBT+), du wokisme de souche universitaire dans tous les compartiments sociaux et de la cancel culture qui a renversé des statues et fait amener le drapeau confédéré dans les Etats pauvres du Sud profond. En fait, l'exaspération était telle que le cheval de Caligula avec le même programme aurait été élu. Le peuple n'en pouvait plus d'être contenu dans les fers de la Connerie solidaire sauf pour eux.

Je vais éviter de reprendre les cinq points ci-dessus, sauf à noter que le troisième a été décisif. Je vais également oublier de donner le niveau de progression de toutes les promesses de désinfection du pays correspondant à ce contrat électoral passé par une vedette de la téléréalité. Le déficit d'exécution des tâches est manifeste, jusqu'à entrer en guerre au loin, ce qui était un tabou. Ce n'est pas mieux réalisé que chez nous après deux mandats au centre-deux. Et justement :

50/156 millions de votants représente 32%. C'était à la Noêl le socle de départ du binôme Le Pen/Bardella pour la présidentielle d'avril 2027 que le pré-scrutin de l'IFOP a relevé à 36% la semaine passée. Pour bien comprendre, le fringant président du RN est à 14% de la majorité absolu qui lui éviterait le second tour. Mais restons calmes et constatons que les cinq facteurs de la victoire MAGA s'appliquent chez nous.

Ce que demandent les Français actifs ce n'est pas la lune, ni les lendemains qui chantent, mais le simple bon sens, celui qui a déserté les sphères de pouvoir, addictées à la satisfaction des apporteurs de voix. Le vice qui nous a conduit au désastre de l'Etat est auto-immune au régime démocratique appliqué à un peuple qui ne l'est pas. Un peuple qui accepte sans broncher des syndicats subventionnés et des partis de la revendication permanente un troisième tour social après une élection à deux tours, n'a pas l'imprégnation démocratique des peuples voisins : 36% des gens rejettent le forçage des idées artificielles voire absconces, échouées partout, et réclament une gestion raisonnable de la nation que l'Etat, confisqué par une bourgeoisie d'affaires qui n'arrête pas la culbute, est devenu incapable de fournir.

  • Les actifs comprennent les comptes sociaux parce qu'ils ont des budgets familiaux à gérer et contrairement à ce que les syndicats brandissent, n'ont pas d'autres exigences dans leurs futures pensions que de justice et de bons comptes pérennisant le système.
  • Les actifs ne sont pas tous bien payés mais ne sont pas jaloux - ceux qui ne foutent rien, eux, le sont - et quand ils veulent améliorer leur statut professionnel et social, ils maudissent les entraves administratives à tous bons motifs sauf à les concerner eux !
  • Les actifs ne sont pas racistes - les communautés professionnelles sont depuis longtemps des lieux de mixité raciale - par contre les oisifs et les assistés le sont à leur endroit.
  • Les actifs sont fatigués de voir leur argent distribué à un ramas de fainéants qui peinent à se lever pour aller vérifier leurs droits à la CAF. Mais surtout :
  • Les actifs travaillent plus que la loi en dispose s'ils y trouvent leur compte et ils attendent de l'avenir la rupture des carcans.
    En fait, l'état républicain actuel les emmerde dès lors qu'il les brime, ne les protège pas et exige toujours plus d'impôt pour nourrir les inactifs et les lubies idéologiques de la Casta.

Ils constatent que le "fameux pacte républicain" a été rompu par ceux-là même qui le chérissaient tout en laissant l'Etat régalien s'effondrer sur lui-même.
Justice et Education sont les bateaux ivres de la République qui n'existe plus que comme place parisienne. Et le plus visible et le plus destructeur dans l'opinion, c'est la mansuétude envers les casseurs de plus en plus nombreux pour lesquels l'institution met des gants judiciaires, d'une incroyable lâcheté pour les forces de l'ordre, alors qu'il suffirait d'ôter le cran de sûreté. La gestion des émeutes de Nahel dans l'impassibilité générale des pouvoirs publics est restée incomprise pour le reste du monde.

In fine, ils ont le sentiment que l'Etat profond (le point 3 des "cinq raisons") se moque d'eux en se camouflant derrière une logorrhée de courtier d'assurances pour mieux les embobiner en captant toujours plus d'impôt. Je serais dans la politique, que je commencerais à me méfier. Il y a eu les Bonnets Rouges, les Gilets jaunes, crescendo, que feront les prochains ? Il y a largement de lanternes sur les Champs Elysées pour une Fête éclairée de la Fédération !

Parti comme c'est parti, le champion du Rassemblement national a toutes les chances d'accéder au sommet de la République. Jusqu'ici on ne lui oppose que des imprécations d'un autre âge et personne n'attaque avec de vrais arguments leur programme électoral, sauf à se focaliser sur la précarisation des migrants et la fragilisation du secteur associatif, lequel détourne de l'argent qui serait mieux employé ailleurs. Il ne suffira pas de crier au "fachisme", les gens s'en foutent, le fascisme n'imprime plus.
Par contre, un programme économique décadent dans un pays endetté jusqu'au cou avec les trois déficits structurels, impossibles à combler sauf au canon de marine, donnerait prise à des contradictions d'experts, de vrais experts. De même, une capitulation munichoise au bénéfice de la Russie renouerait avec un déshonneur dont on s'était vacciné. Au lieu de quoi, on entre dans le vacarme des idées courtes à mesure que les sondages confirment l'issue future de la campagne présidentielle, laquelle n'est pas encore finie quand même.

Pas sur Sirius, la bonne gestion d'une nation est à notre porte : celle de la Confédération helvétique : le déficit budgétaire y est interdit et un peuple mature démocratiquement y commande.

ALSP !

21 juin 2026

Voir !

L'intensité de la géopolitique appliquée au pays des complications donnerait matière à des analyses stratégiques pouvant nous ouvrir les portes de l'Institut des hautes études de la Défense nationale, voire pourquoi pas de l'Ecole de guerre ; mais si un peu d'humour ne nuit pas, trop fait rire !

La libéralisation à marche forcée (vote unanime à mains levées de 176 mesures de décollectivisation) de l'économie cubaine ôte tout motif d'intervention aux Etats-Unis (cf. Le Devoir).
Le Parti communiste cubain a compris le principe de Tancrède : "il faut que tout change pour que rien ne change". Et ça tombe bien car le chat échaudé Donald Trump en Iran ne va pas se jeter dans un autre piège à cons, même en face de Mar-a-Lago !

Il a compris que Caracas était un coup de chance (les Russes se sont couchés) et va se recentrer sur les fastes présidentiels, les choses faciles et spectaculaires, sa popularité, la célébration de soi, mais plus jamais dans les conneries sionistes de son vassal rétif qui ne rêve que de jouer à Whack-a-mole. Il se pourrait aussi qu'il lâche le nain maléfique de Saint-Pétersbourg qui vient d'enfiler la tunique percée du looser, promet l'enfer et le redoute, si d'aventure il déplaisait à son suzerain chinois. Ce lundi de toutes les chaleurs, nous ne parlerons pas non plus de canicule qui ne rime avec rien, mais de bonheur. Si, si !

Finalement, au soir d'une longue vie, je crois que le bonheur est dans la vue. Et la plus saisissante des vues est la vue de la mer au loin. Les corniches de Nice sont impressionnantes, de la haute corniche on voit sur l'horizon la Corse accroupie, mais le bâti est trop dense en bas. Immense, infinie, n'aboutissant pas, comme on la voit par tous les temps depuis la route de Soubès qui descend du Larzac sous le Cirque du Bout du monde (D25 azimut 135°), voire plus près, au petit col de Bel Air sur la vieille route de Juvignac (D619 azimuts 120-150°), c'est la mer du Golfe du Lion qui a ma préférence.

Au matin de là-haut, la brume des étangs surchauffés estompe le lido de la frontière des mondes jusqu'à ce que la brise de terre la chasse. Apparaît alors comme un miroir parfait posé à plat Mare Nostrum. L'entièreté de notre civilisation a navigué sur ces eaux. Nous sommes les enfants du monde gréco-romain. Nous sommes nés de la Guerre de Troie.

La majesté des bateaux que l'on devine avancer ne peut jamais lasser. Puis quand on quitte la tonnelle pour recharger le seau à glace du Casanis, on devine au retour que le même a bien avancé. Cette lenteur des mobiles crée un effet de sérénité à nul autre pareil. La mer c'est du bonheur pur. La mer et son mystère d'antan c'est aussi le berceau des légendes. Ils y sont tous les monstres de l'antiquité tardive, Kraken et Scylla, Leviathan et Charybde jusqu'au Basilosaurus effrayant et l'Hydre déchaînée. Mais mon préféré est la Tarasque de Tarascon à l'haleine fétide qui avec ses crocs de dragon se repaissait des voyageurs emmenés par le Bas Rhône. Le courant ligure emportait leurs ossements jusqu'aux Saintes et plus loin au Cap d'Agde où d'autres monstres tapis dans les gouffres de l'Auraris passaient la barre pour les broyer. Imaginez ce bruit mécanique épouvantable ajouté au vacarme des éléments furieux par force 9. Les sirènes d'Orphée étaient des rosières à côté ! On n'a pas construit la chapelle de la Genouillade pour rien.

Justement certains jours, le miroir se pixélise et fume parfois, la mer est si grosse qu'on ne voit plus l'horizon qui est devenu flou. C'est le jour du surf-casting au gros. On peut sortir maintenant des requins qui ont passé le canal de Suez et remontent le tombant des abysses. La nuit, on ne peut que la deviner, à moins qu'un effet d'optique qu'on appelle réfraction terrestre, n'allume partout les phares en les rapprochant de vous. Les deux pieds sur l'estran de Carnon, j'avais observé jadis des alignements incroyables des phares de l'Espiguette, Beauduc et Faraman sur 60 kilomètres. La mer toujours recommencée qui se brise à vos pieds dans un chuintement qu'elle répète à l'infini.

Il n'y a pas si longtemps, avec nos trois départements d'Algérie, ce miroir était un lac français. Fermons la parenthèse, elle n'eut que cent trente ans !

Le rêve à la mer c'est bien sûr le bateau. Il ne le faut pas bien grand en Méditerranée même si la houle est cassante. Une carène de 18 pieds non pontée, voile et petit moteur va le faire pour les sorties à la journée. 25 pieds habitables permettront de partir trois jours et 30 d'y vivre deux mois (l'aisance est au cube de la longueur). Si vos finances vous permettent de l'entretenir, préférez les carènes traditionnelles en bois pontées, et possiblement gréées à la latine, c'est le top du bonheur et une gueule d'amour quand on envoie tout. Méfiez-vous des petits bateaux en Méditerranée, il n'y a pas d'anse, de crique ou d'aber où se réfugier en cas de changement de temps ; et préférez les quillards lestés pour la tranquillité.
Non seulement, les bateaux traditionnels ont des coques à déplacement confortables, mais vous en serez fiers et les amis viendront tout seul.

Si vous faites construire votre bateau - aidez la filière - essayez pour bordé le bois moulé en sandwich sur balsa debout résiné, le tout fini à l'époxy, intérieur et extérieur avant vernis anti-UV. Ca marche, j'en ai fait un en double il y a quarante ans, il navigue toujours. On ne sort ces coques que pour vérifier les chocs et repasser l'antifouling, elles ne se calfatent pas ni ne se délaminent comme les coques en polyester (osmose).
Pour le profil, se fier aux bateaux professionnels du port d'anneau ; ils sont construits par l'expérience puisqu'il faut sortir tous les jours pour en vivre. Fermons la parenthèse, sinon on va faire toute la semaine.

La vue c'est du bonheur, mais contrairement à la haute montagne immobile et minérale, la mer est un bouillon vivant, sous les risées ça grouille. Le miroir est une illusion, comme les vrais de chez Saint-Gobain.
Nous finissons par un sonnet classique français, avec une pensée pour ceux qui ne voient pas ou ceux qui ne voient plus.

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Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

(José-Maria de Heredia, Les Trophées 1892)



ALSP !

14 juin 2026

Chaud devant !

La semaine passée nous avions hélas un choix de défunts pour faire une eulogie vibrante, entre Bernadette Chirac (93 ans), Lyhanna Rameau-Bernard (11 ans) et Charlie Dalin (42 ans). Nous avons partagé la tristesse de tous, surtout quand la mort n'est pas à l'heure. Celle de la petite de Fleurance est une abomination politique. Le héros est quand même le circumnavigateur qui a gagné la course en solitaire la plus difficile au monde à bord d'un monocoque de vingt mètres, sans assistance et sans escale, en souffrant d'un cancer intestinal de la taille d'un pamplemousse ! Mais la page se tourne et c'est du climat qu'il s'agit ce matin. A la mi-juin, on crève de chaleur.

Le sud de la France importe le climat espagnol de plaine et le sud de l'Espagne celui du Maroc. Ce n'est pas une prévision alarmiste comme les aiment certains qui en vivent, mais un fait constaté. Quand on risque de mesurer 40°C à Paris avant le solstice d'été comme il est annoncé sur les ondes, on peut se demander combien il nous reste de temps avant de rebaptiser "ramblas" les Champs Elysées. La déformation "omega" du jet-stream qui nous avait caniculé au mois de mai était un avertissement. Il semblerait que le déstockage massif de climatiseurs d'appartement y a répondu jusque dans le nord.

Il devient difficile de nier le réchauffement climatique et/ou météorologique. Certaines plaines du Mid-West américain sont déjà à 122°F, pas loin de la température de Vallée de la Mort, et El Niño est annoncé sévère pour cette année ! Lutter au niveau des Etats et des grandes métropoles contre les causes du dérèglement n'est pas inutile même si les courbes anticipent l'ouverture prochaine du four mondial et l'invivabilité croissante de toute la zone inter-tropicale humide. Que faut-il faire sinon au niveau de chacun quand on a réduit ses propres émissions de gaz à effet de serre en modérant nos déplacements, en privilégiant les productions non transportées (locales), en économisant l'eau et le courant électrique etc... : pas grand chose finalement. A part de s'adapter !

L'adaptation au changement a toujours eu mauvaise presse dans les milieux écologiques combattants car elle entamait l'exigence indiscutable de réduire puis de cesser les émissions industrielles et de transport (en gros) afin de « sauver la planète ». Sauf que la "planète" en a vu d'autres et ne risque rien. Elle continuera à tourner autour du soleil et son climat changera lentement jusqu'à ce qu'elle nous ait détruits, cuits, carbonisés ! S'il est vrai que la cause première de tout ce désastre est bien la surexploitation de la terre par l'espèce humaine, il est logique qu'elle en soit un jour éradiquée naturellement. Peut-être restera-t-il des communautés de témoignage enfouies à l'ombre des cavernes comme sur Arrakis. D'ici là, nous devons nous adapter.

J'ai l'intuition que le corps s'adapte, peut-être même avant l'esprit. J'essplique :

Je me souviens enfant du Midi l'été où, passé 32°C à l'ombre, la journée était insupportable et les nuits peu réparatrices. Plus tard, 40°C à l'ombre en Basses Cévennes sans un souffle de vent vous mettaient en danger si vous oubliiez de boire et mouiller votre tête sous le chapeau de paille. Je ne parle pas des canicules atroces du Paris minéral et réverbérateur car il y a des refuges dans les monuments - je recommande le Panthéon cette semaine aux Parisiens sans clim.
Cette semaine, il fera jusqu'à 37-38 dans la capitale et la petite couronne, mais 32 au Havre et 29 à Dieppe ! La mer est un bon amortisseur des furies météorologiques. Mais nous commençons à nous adapter et nous nous préparons à franchir la séquence sans se désespérer, alors que l'alarme était grande il y a vingt ans. Je me souviens d'une escale technique à Malé aux Maldives où le bord nous avait autorisés à venir prendre l'air sur la passerelle de débarquement sans descendre sur le tarmac pour se dégourdir un peu. Quelques-uns dont moi y allèrent, et quel ne fut pas le choc de l'air extérieur à 34°, à littéralement vous couper le souffle ! Singapour derrière - c'était alors ma destination - était aussi à 34°C et, bien que préparé à la chaleur, je me traînais toute la journée, attendant la brise de mer du soir. Seule cette brise de nuit qui passait sous la sablière du toit de la maison - l'ouverture périmétrique fait au moins 25cm de hauteur - permettait de ne pas mourir de suffocation. Aujourd'hui, avec un peu de préparation et de l'eau fraîche, je supporte les 34° avec un simple ventilateur colonial. Et je pense pouvoir un jour arriver à tenir les 39° avec une préparation plus sérieuse. Le corps a modifié ses échanges thermiques en conséquence.

On s'y fait donc, du moins le corps s'y adapte. Reste à adapter son esprit, au détriment parfois de la culture générale. Qui attaquerait L'Etre et le Néant de Sartre par ces grandes chaleurs ? Ou Le Soulier de Satin ! Beaucoup de gens se font une montagne de la chaleur, attisée par les chaînes d'information en continu qui vivent du scandale climatique. Il faut se raisonner tout en se préparant, et à la limite, couper le poste ! On apprendrait beaucoup des peuples tropicalisés dans leur approche du "mauvais temps" où tout brûle. Ça tombe bien, où la chaleur poisseuse ne dépasse pas 55°C le désert avance ; des gens d'expérience arriveront en masse bientôt.
Sacré Raspail qui avait tout vu au plafond de son imagination de romancier. Le Camp des saints, c'est tout à fait ça : "leur nombre est comme le sable de la mer". Nos enfants auront de quoi s'occuper si le livre est toujours en vente.

Avant de conclure, je vous passe la dernière, bien placée dans l'apocalypse qui vient : la déforestation à motifs mercantiles imperturbables, combinée au réchauffement climatique, risque de transformer à terme l'Amazonie en savane, perturbant le cycle de l'eau et augmentant les sécheresses tout autour. Conjugué au phénomène d'oscillation cyclique de la chaleur des eaux du Pacifique, la dégradation de l'Amazonie prendrait le continent sud-américain en tenaille, ce qui pourrait forcer les populations locales à bouger. Ils ont déjà de terribles déserts : celui très froid de Patagonie orientale ou l'Atacama brûlant du Chili. Les latinos surchauffés prendront-ils le Gulf Stream vers chez nous ? Beaucoup sont arrivés en Espagne.


Conclusion

S'adapter, c'est aussi se prendre en charge soi-même pour n'avoir pas à convoquer les réseaux civils à son secours. Et ça commence par un régime alimentaire adapté aux fortes chaleurs. Que nous dit l'IA Brave Leo de mon navigateur ?

« En cas de canicule, le meilleur régime alimentaire privilégie des aliments riches en eau, légers et faciles à digérer pour maintenir l'hydratation et limiter la production de chaleur interne. Il faut consommer en priorité les fruits et légumes comme la pastèque, le melon, le concombre ou la tomate, les viandes blanches ou le poisson, ainsi que les laitages frais (yaourts, fromages blancs), et éviter les plats trop gras, salés ou sucrés.» (le menu en pied d'article)

L'IA a du bon sens, c'est à ça qu'on la reconnaît !
Entretemps, le Secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick a enjoint la direction d'Anthropic de fermer l'accès à ses deux modèles surpuissants d'intelligence artificielle, Mythos 5 et sa déclinaison bridée grand public, Fable 5, après avoir appris qu'une entreprise était parvenue à contourner tous les garde-fous mis en place pour ces modèles réputés détecter et exploiter des failles de cybersécurité avec une rapidité et une acuité inédites (source 01net). N'importe quel site informatique est pénétrable par ces outils et nous n'en sommes pas encore aux codes quantiques qui sont annoncés détruire tout chiffrement des transmissions.
La sûreté du monde, déjà passablement compromise par les sociopathes de pouvoir, serait annulée carrément par ces machines développées par l'homme, avant qu'elle ne se développent par elles-mêmes ; ce qui est peut-être déjà le cas, puisque j'apprends qu'on leur fait donner des cours de morale par des professeurs de philosophie. Ceci dit, avec la chaleur, le grand jasmin de l'escalier est à fond, on en aurait presque la tête qui tourne à l'emprunter !

ALSP !



*** Menu du Jour ***


1.- Aliments à privilégier
  • Fruits et légumes riches en eau : pastèque (92 % d'eau), melon, concombres, tomates, salades et radis, consommés crus ou en soupes froides comme le gaspacho.
  • Protéines légères : poisson blanc, volaille, œufs et crustacés, de préférence froids ou tièdes pour éviter de réchauffer la cuisine.
  • Laitages frais : yaourts et fromages blancs, qui apportent à la fois des protéines et une forte teneur en eau (environ 90 %).
  • Féculents légers : salades de pâtes, riz ou quinoa, en quantités raisonnables pour fournir de l'énergie sans alourdir la digestion.
2.- Aliments et boissons à éviter
  • Viandes grasses et plats riches : viande rouge, charcuterie, fritures et plats en sauce, qui sont difficiles à digérer et augmentent la température corporelle.
  • Excès de sucre et sel : sodas, jus industriels, pâtisseries et chips, qui favorisent la déshydratation ou la rétention d'eau excessive.
  • Alcool et excès de caféine : ces boissons ont un effet diurétique qui accélère la perte d'eau et déshydrate l'organisme.
3.- Conseils d'hydratation et de préparation
  • Boire régulièrement : consommer au moins 1,5 à 2,5 litres d'eau par jour, sans attendre la soif, en alternant avec des infusions ou des jus de fruits frais maison.
  • Repas froids et légers : privilégier les plats froids, les crudités et les portions plus petites pour réduire l'effort de digestion et la sensation de chaleur.
  • Éviter la cuisson à haute température : limiter l'usage du four ou des mijoteuses pour ne pas surchauffer l'habitation et l'organisme.

07 juin 2026

Président, nous voilà !

Avant-propos

Samedi dernier, la Normandie recevait le Secrétaire d'Etat à la défense américain. Ses postures successives participaient du principe de vulgarité qui gouverne les chefs de l'administration T.
Ce jour qui autrefois manifestait un esprit de camaraderie franche et sincère entre les nations alliées, est devenu celui des arrière-pensées et du ressentiment. Il y a bien d'autres occasions de confronter son point de vue sur les défis de la guerre que celle-ci. Entend-on le message des anciens combattants qui se sont mouillés dans le plus grand débarquement de l'histoire ? On ne parade pas comme un grand singe au milieu de tant de croix !

--ooOOOoo--



Retour à Paris. Qui des Quarante formera le carré final des Quatre Fantastiques ? C'est le sweepstake politique de cette année dont l'arrivée est prévue le dimanche 11 avril 2027. Nous ne pouvons résister au plaisir de les citer tous tant la poilade est grande. En vrac : Edouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard, Michel Barnier, Eric Zemmour, Jordan Bardella, Jérôme Guedj, Olivier Faure, Ségolène Royal, Boris Vallaud, François Hollande, Fabien Roussel, François Asselineau, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Xavier Bertrand, Jean-Luc Mélenchon, Delphine Batho, Nathalie Arthaud, Laurent Wauquiez, Florian Philippot, Clara Egger, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, Lydie Massard, Gabriel Attal, Dominique de Villepin, Elisabeth Borne, Gérard Darmanin, Bernard Cazeneuve, Lucie Castets, Anasse Kazib, Benjamin Lucas-Lundy, François Baroin, Karim Bouamrane, Jean Castex, Carole Delga et Yannick Jadot.

Oui, il en manque ! Ils m'en voudront ! Et d'autres qui se croient tout à fait capables de nous gouverner, s'il ne fallait pas entrer dans le tunnel fastidieux d'une campagne électorale, je pense à Bruno Le Maire, pressenti par Houellebecq.

La première question que je me pose est de savoir si le pays va pouvoir attendre trois cents jours dans l'état de calamités financières où tous ces gens l'ont précipité, ou si les horreurs de la banqueroute vont s'abattre sur nous sans tarder, en conséquence du blocage du détroit d'Ormuz.

Il y a trois catégories de candidats : ceux qui concourent en vrai pour le poste, ceux qui profitent de l'occasion pour faire monter la notoriété de leur parti avant les législatives à suivre, élections fournissant des prébendes parlementaires juteuses ou des crédits d'Etat proportionnels au nombre de voix extraites du corps électoral ; et enfin ceux qui profitent de l'audience particulière du moment pour témoigner d'un souci, d'une ambition, d'un projet spécifique. A condition pour tous de réunir quand même cinq cents parrainages d'élus de seconde zone, émanés de trente départements différents (la règle).

Le régime clientéliste latin, ainsi qu'est devenue la Vème République, incite les candidats sérieux à produire des programmes électoraux fourmillant de détails, alors que la fonction est de "présider" d'une certaine hauteur comme le dit notre Constitution aux articles 5 à 16 :

  • 5.- Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
  • 8.- Le président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.
  • 9.- Le président de la République préside le Conseil des ministres.
  • 10.- Le président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée. Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée.
  • 11.- Le président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions…
  • 12.- Le président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale…
  • 13.- Le président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en Conseil des Ministres. Il nomme aux emplois civils et militaires de l'Etat…
  • 14.- Le président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui.
  • 15.- Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale.
  • 16.- Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel… (la règle)

(on notera la capitalisation abusive des noms communs et des adjectifs dans le texte diffusé par l'Elysée)



Le président de la République ne s'occupe pas de tout, c'est le rôle et surtout la tâche du Premier ministre en charge du gouvernement au quotidien : responsable devant le parlement, il dirige l'action du gouvernement et assure l'exécution des lois (articles 20 et 21 de la Constitution). Donc le catalogue de mesures présenté par tous les candidats à la présidentielle annonce déjà un biais constitutionnel. Mais de ça, les électeurs s'en fichent, il veulent une loi présidentielle pour disposer les pots de géranium sur les rebords de fenêtre, alors que le président devrait (à mon avis) se recentrer sur l'essentiel, à son vrai niveau.

Dans la pratique, l'équilibre des pouvoirs exercés à Matignon et à l'Elysée se transforme le plus souvent en cohabitation des tempéraments par le canal des cabinets de la primature et de la présidence. Il s'en suit un brouillage tant au niveau de la coordination des décisions politiques qu'à celui de l'autorité perçue. Ainsi la lutte des ego annihile l'esprit de la Constitution de 1958 où les étages sont bien marqués. Charles de Gaulle avait paré cette dérive en se réservant deux domaines qu'il présidait depuis des cellules ad hoc à l'Elysée, la diplomatie avec la Françafrique et les armées. Le reste était laissé à un premier ministre dont le choix répondait à une exigence irréfragable de loyauté à l'endroit du président-fondateur.

La compétition s'exacerba dès le mandat de Georges Pompidou avec la nouvelle société de Jacques Chaban-Delmas. Puis vinrent les contentieux Giscard-Chirac, Mitterrand-Rocard, Chirac-Jospin, Hollande-Valls, Macron-Attal et tous ceux qui suivirent. Les gentils toutous, modèle Couve de Murville, ont été Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Edouard Philippe et Jean Castex. On peut donc voir que souvent "la maison est mal tenue" parce que la pratique courante des institutions laisse monter les affrontements au sommet de l'Etat. La seule solution est de remettre en haut de la pyramide un vrai chef d'Etat qui préside. Pour y atteindre, certaines qualités sont exigibles.

L'intelligence (1) et la culture(2) sauvent bien des situations compliquées, surtout si elles émanent une autorité naturelle(3). Une connaissance de l'intérieur de l'Etat profond est également indispensable(4), au moins autant qu'une expérience de gestion par objectifs(5) avec la sanction du succès ou de l'échec. Si on applique ces cinq critères aux quarante candidats cités en début d'article, on voit que le crible est dévastateur. Pourtant certains le traversent comme Michel Barnier, Xavier Bertrand, Elisabeth Borne, Bernard Cazeneuve et Jean Castex. Effectivement ils ne sont pas les plus bruyants. L'un se détache du lot, qui me fait penser à Romano Prodi (clic), c'est Bernard Cazeneuve. La petite notice de l'Institut Montaigne le résume bien (clic). En deux mots, c'est un homme honnête dans la force de l'âge, expérimenté à la ville comme aux affaires d'Etat.

Si les Français mûrissent d'ici là et ne badent plus les hâbleurs et autres demi-habiles qui les circonviennent si facilement, ils devraient choisir Bernard Cazeneuve, si lui le veut bien ! A défaut, Jean Castex.

Ceci étant dit, on revient sur les émeutes festives de la Ligue des Champions en France. Elles sont (pour moi) l'expression de la dégénérescence de la nation. La victoire du PSG arrachée aux clubs européens par l'émir du Qatar à coups de milliards s'est comme à l'accoutumée traduite par des débordements "inqualifiables" en ville, quel qu'ait été le résultat du match d'ailleurs.

A trop rapidement dénoncer les "quartiers", on zappe une réalité bien plus inquiétante : à visionner les images captées par la presse, on découvre que ceux-ci ne sont pas seuls, loin de là. Les groupes éphémères d'émeutiers qu'on y voit, participent plus souvent que l'an dernier de la sociologie des Black Blocks, mais en peau de lapin et blanche de surcroît. On casse pour casser, tout commence et s'arrête là. Pour l'instant ! Mais les émeutes de Nahel le laissaient deviner : il suffirait d'un peu d'organisation et de commandement pour que l'émeute se transforme en insurrection. La victoire du PSG n'offrait pas le recul suffisant à créer les conditions d'une "organisation du désordre". Mais certaine dates fixes, oui !

L'ancien président du tribunal de Bobigny disait l'autre soir chez Pujadas qu'il y avait un délaissement par les autorités départementales d'une certaine jeunesse, mal éduquée, d'autres disent décivilisée, sans avenir, sans envie d'intégration et qu'en prenant de l'âge, ces groupes violents peuvent déclencher une crise autrement plus sérieuse que la guerre des abribus. Les pouvoirs publics actuels ne semblent pas en capacités de gérer un soulèvement populaire de la jeunesse et dirigé dans l'instant au moyen des réseaux sociaux.

Peut-être la Sûreté urbaine, si elle existe encore, a-t-elle phosphoré sur le sujet pour élaborer des plans de contre. Les moyens existent, les effectifs aussi. Manquent peut-être les modes d'emploi et la politique de répression qui jusqu'ici n'impressionne personne. M. Nuñez est un bon explicateur après-coup et certainement bien organisé avant la manifestation, mais il manque d'entrain pour galvaniser ses troupes et en même temps, exiger de son collègue de Vendôme une sévérité réelle de la Justice.

Pour le reste, il est inutile de chercher les causes de tout cela, du moins cela ne sert-il à rien, mais le spectacle réitéré depuis le mandat Sarkozy des destructions impunies commises par les Black Blocks a pu susciter un enthousiasme coupable chez des petites bandes fragiles mais nombreuses.

Il faut repartir d'une feuille blanche et faire l'inventaire des réalités constatées par les meilleurs acteurs de terrain, les policiers et les éducateurs sportifs. Côté loi, on en parle beaucoup, mais le plus urgent est de réprimer sévèrement pour diminuer le goût de l'interdit en appliquant trois mesures : pas de sursis en cas d'émeute, peines plancher, incarcération à partir du premier jour. Darmanin l'avait demandé l'an dernier après la première victoire du PSG en Ligue des Champions. S'il manque des places, on ouvre des camps.

Puis on crée un ministère ad hoc, sur le modèle du Plan, dépendant directement du président de la République, qui travaillera à réparer le tissu social où il est déchiré en ayant pleine autorité sur tous les acteurs publics concernés que sont les recteurs d'académie de l'Education nationale, les bailleurs sociaux, les directions "Etrangers" des préfectures, la police de proximité réinstallée, les guichets publics de services généraux et de santé. C'est un peu fasciste je l'admets, mais moins dur que d'assécher les Marais pontins.

Se posera rapidement la question d'un service national élargi et bien rémunéré qui sauvera les jeunes qui sont au seuil de basculer dans la délinquance. Les premiers contingents sont prometteurs.
Il faudra aussi deux ou trois clashes qui montreront la force pour n'avoir pas à s'en resservir. Prochain rendez-vous, la Fête de la musique ou la Saint-Jean si vous préférez.

En conclusion, enfin pour aujourd'hui, on n'attend pas du futur président de revisser toutes les petits écrous d'un mécano qui branle de partout mais de donner les ordres nécessaires pour la continuation de la nation, suffisant à son juste rang.
Et si les rationnaires de la République planqués au Palais Bourbon regimbent et suscitent des désordres en ville pour se venger de leur insuccès, il reste l'article 16 et les Centaures*.

ALSP !