La prochaine tentative sérieuse aura lieu au Mecklembourg-Poméranie dans quinze jours, où l'AfD fait la course en tête, dix points devant le SPD. La majorité absolue en sièges sera là aussi nécessaire pour décapsuler la crédibilité du parti. Un éventuel succès déviera les autres logiciels partisans vers les thématiques propres à l'extrême-droite comme elles ont été déroulées par Le Grand Continent et que l'on pourrait résumer peut-être abusivement dans un slogan réactionnaire maison :
L'Allemagne prussique sur ses fondamentaux teutoniques !
Contrairement aux régions françaises, les lander allemands sont des centres de pouvoir dotés d'une autonomie constitutionnelle, au sens où leurs dirigeants sont légitimes, indépendants de Berlin et généralement bien accrochés. La conquête promise par l'AfD se fera bastion après bastion et non par une vague nationale comme s'y attend la France jacobine. Mais il faut commencer par en gagner un ! C'est à moitié fait.
Le programme de Magdebourg (lien en pied d'article) est un immense catalogue contre-révolutionnaire qui va partout distribuer les évidences, et ça marche. Pas besoin de forcer le trait pour retrouver le leitmotiv du NSDAP quand il était un parti normal en campagne, avant qu'il ne devienne le parti unique sanglant que l'on connaît. Rien ne dit non plus que l'AfD morphera en parti nazi une fois au pouvoir ; mais sa défiance quasi-pathologique envers tous ses voisins augure des lendemains compliqués en Europe au moment du grand bond en avant germanique. Lequel devrait confirmer l'hégémonie allemande à échéance de dix à douze ans : le pays doit reconvertir son industrie automobile, la plus puissante d'Europe, et se réarmer jusqu'au niveau antérieur (1939).
Il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que de tels bouleversements ne peuvent attendre les effarouchements européens ou les complications morales. Quant au tutorat français, il a disparu avec notre impéritie ; les élites allemandes dénoncent la tziganisation française qui met l'euro en péril. La stratégie allemande à long terme combine sa remilitarisation, une reconquête de sa souveraineté industrielle et technologique dans un cadre européen assaini ; et le succès de sa transition écologique ; le tout dans une logique de leadership européen. D'où le titre de cet article.
Depuis six mois, l'Allemagne s'affirme solitaire et non solidaire. L'Allemagne d'abord et par elle-même ! A la grande surprise des gnomes épilés des soupentes du Château - naïf à ce point, monsieur Macron, ce n'est pas normal - la chancellerie de Berlin a jeté au ravin les grands programmes de collaboration franco-allemands, s'est extraite de tout contrôle indirect étranger, et n'a relancé que des coopérations à sa main !
La fréquence porteuse de la stratégie fédérale est publique, cohérente et assumée. Elle érige trois piliers stratégiques, la défense, la souveraineté, la transition climatique.
I.- Défense et sécurité (Gesamtkonzeption der militärischen Verteidigung (2026)
L'objectif central est de faire de la Bundeswehr l'armée conventionnelle la plus puissante d'Europe d'ici 2039, avec trois horizons successifs :
- A court terme (2025-2029) : maximisation rapide de la capacité de défense et de résistance, dépenses militaires portées à 153 milliards d'euros (~3,5 % du PIB).
- A moyen terme (2029-2035) : augmentation significative des capacités dans tous les domaines, effectifs portés à 460 000 soldats (260 000 d'active + 200 000 réservistes), contre 184 300 aujourd'hui. Pas sûr qu'elle y parvienne mais elle essaiera.
- A long terme (2035-2039+) : forces armées innovantes et technologiquement supérieures, intégration de l'IA et des systèmes autonomes, frappe de précision à longue portée.
Dans le concept de défense, la Russie est désignée comme la « menace immédiate la plus grave ». Berlin entend assumer un rôle de leadership européen au sein de l'OTAN et renforcer une cohésion de bloc entre l'Europe de l'Est, centrale et occidentale.
Ndlr : la France ne pourra pas suivre, même révisée de fond en comble par l'intercession de sainte Rita ! Ses prétentions à diriger une défense européenne se sont évanouies au Sahel (mais on ne le dit pas) et elles disparaîtront avec M. Macron. Il y aura deux armées de mêlée dans dix ans sur le continent Europe, l'allemande et la polonaise, et autour d'elles des armées technologiques supplétives dont la nôtre.
II.- Souveraineté industrielle et économique
- Relancer la croissance en s'ouvrant aux technologies d'avenir (numérisation poussée, intelligence artificielle, énergies propres) et en renforçant l'intégration des marchés européens et des marchés de capitaux (discours au FMI, 2025). Un marché, "commun" plus que jamais, qui croise à angle droit les velléités protectionnistes françaises des secteurs faibles. La dispute du Mercosur est emblématique du fossé franco-allemand ;
- Souveraineté industrielle : stratégie aéronautique sur quinze ans. Le projet SCAF masquait en fait une volonté de renaissance d'une aéronautique militaire dans une Allemagne qui se souvient d'avoir été la première ; elle n'a pas obtenu le transfert de savoir-faire visé ;
- Renforcement de la base industrielle et technologique de la défense européenne (BITDE) avec priorité aux solutions... allemandes ;
- Lutter contre la pénurie de main-d'œuvre (taux d'activité, immigration qualifiée). C'est sans doute le plus gros défi affronté, qui conditionne les effectifs nécessaires partout à cette renaissance. Sur le plan militaire, pourrait se vérifier l'équation du mercenariat de Frédéric II de Prusse par l'incorporation d'étrangers à qui l'on promettrait la naturalisation.
III.- Transition climatique et énergétique
- Neutralité carbone d'ici 2045 (avancé par rapport à l'objectif initial de 2050), avec une réduction d'au moins 55 % des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 d'ici 2030.
- Développement massif des énergies renouvelables (55-60 % de l'électricité d'ici 2035) et de l'hydrogène vert (10 GW d'électrolyseurs en production d'ici 2030). La Saxe-Anhalt était un producteur de la lignite réprouvée aujourd'hui.
En résumé, la stratégie allemande à long terme combine une remilitarisation sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, une reconquête de la souveraineté industrielle et technologique, une transition écologique et énergétique, le tout dans une logique de leadership au sein de l'Union européenne et dans les instances du Pacte atlantique. Elle a pris la Commission avec la bénédiction de Foutriquet. Elle ne se privera pas de continuer au gré des ouvertures ; elle a derrière elle l'Europe sérieuse dite frugale. Cela lui suffira.
Pour ce faire, elle a besoin de mobiliser des capitaux.
Ceux de la Deutsche AG certes, mais aussi des capitaux circulants par le moyen des bons d'Etat. Elle est donc arrivée sur le marché des dettes souveraines en même temps que la France et les Etats-Unis. L'Allemagne a un Projet bien identifié et des finances en ordre. Elle donne confiance. Nous, non ! Donc les prix montent pour nous et nous tirons la langue. Mais ça, tous les experts l'avait prédit ! Néanmoins ce n'est pas le sujet du jour.
Notons que sur les marché des capitaux, l'Allemagne a un avenir cohérent, explicité, public dirons-nous. Deuxio, elle a les moyens de ses décisions. Tercio, elle n'attend personne, ni nous bien sûr, ni l'Europe qui est invitée à consolider l'ouvrage dans un esprit d'économies budgétaires qui doit soulager les contributions futures. On comprend mieux les visites allemandes à Pékin qui ne tiennent aucun compte des négociations économiques en cours, mais ne portent que sur les échanges sino-allemands. En fait, l'aventure d'isolement participatif n'a pas commencé aujourd'hui.
Quand on ajoute l'Alternative für Deutschland dans le tableau, on commence à se gratter la tête. Par la conquête des lander un par un, le parti national peut arriver à terme au Bundestag et à la Chancellerie de Berlin, sous protocole démocratique. La renaissance allemande sera aussi celle de son hégémonie retrouvée. Je vous laisse visionner le film du nouveau tutorat germanique dans votre tête, à la lumière des sondages publiés sur notre élection présidentielle de 2027.
Lien utiles dans l'ordre d'apparition :
- Carte politique de l'Allemagne fédérale
- Mode de double scrutin en Saxe-Anhalt
- Elections 2026 à Berlin
- Elections 2026 au Mecklembourg
- Programme de Magdebourg de l'AfD
- Concept global de défense militaire (en français)
- De la Zeitenwende à l'Epochenbruch (IFRI)
ALSP !
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