14 juin 2026

Chaud devant !

La semaine passée nous avions hélas un choix de défunts pour faire une eulogie vibrante, entre Bernadette Chirac (93 ans), Lyhanna Rameau-Bernard (11 ans) et Charlie Dalin (42 ans). Nous avons partagé la tristesse de tous, surtout quand la mort n'est pas à l'heure. Celle de la petite de Fleurance est une abomination politique. Le héros est quand même le circumnavigateur qui a gagné la course en solitaire la plus difficile au monde à bord d'un monocoque de vingt mètres, sans assistance et sans escale, en souffrant d'un cancer intestinal de la taille d'un pamplemousse ! Mais la page se tourne et c'est du climat qu'il s'agit ce matin. A la mi-juin, on crève de chaleur.

Le sud de la France importe le climat espagnol de plaine et le sud de l'Espagne celui du Maroc. Ce n'est pas une prévision alarmiste comme les aiment certains qui en vivent, mais un fait constaté. Quand on risque de mesurer 40°C à Paris avant le solstice d'été comme il est annoncé sur les ondes, on peut se demander combien il nous reste de temps avant de rebaptiser "ramblas" les Champs Elysées. La déformation "omega" du jet-stream qui nous avait caniculé au mois de mai était un avertissement. Il semblerait que le déstockage massif de climatiseurs d'appartement y a répondu jusque dans le nord.

Il devient difficile de nier le réchauffement climatique et/ou météorologique. Certaines plaines du Mid-West américain sont déjà à 122°F, pas loin de la température de Vallée de la Mort, et El Niño est annoncé sévère pour cette année ! Lutter au niveau des Etats et des grandes métropoles contre les causes du dérèglement n'est pas inutile même si les courbes anticipent l'ouverture prochaine du four mondial et l'invivabilité croissante de toute la zone inter-tropicale humide. Que faut-il faire sinon au niveau de chacun quand on a réduit ses propres émissions de gaz à effet de serre en modérant nos déplacements, en privilégiant les productions non transportées (locales), en économisant l'eau et le courant électrique etc... : pas grand chose finalement. A part de s'adapter !

L'adaptation au changement a toujours eu mauvaise presse dans les milieux écologiques combattants car elle entamait l'exigence indiscutable de réduire puis de cesser les émissions industrielles et de transport (en gros) afin de « sauver la planète ». Sauf que la "planète" en a vu d'autres et ne risque rien. Elle continuera à tourner autour du soleil et son climat changera lentement jusqu'à ce qu'elle nous ait détruits, cuits, carbonisés ! S'il est vrai que la cause première de tout ce désastre est bien la surexploitation de la terre par l'espèce humaine, il est logique qu'elle en soit un jour éradiquée naturellement. Peut-être restera-t-il des communautés de témoignage enfouies à l'ombre des cavernes comme sur Arrakis. D'ici là, nous devons nous adapter.

J'ai l'intuition que le corps s'adapte, peut-être même avant l'esprit. J'essplique :

Je me souviens enfant du Midi l'été où, passé 32°C à l'ombre, la journée était insupportable et les nuits peu réparatrices. Plus tard, 40°C à l'ombre en Basses Cévennes sans un souffle de vent vous mettaient en danger si vous oubliiez de boire et mouiller votre tête sous le chapeau de paille. Je ne parle pas des canicules atroces du Paris minéral et réverbérateur car il y a des refuges dans les monuments - je recommande le Panthéon cette semaine aux Parisiens sans clim.
Cette semaine, il fera jusqu'à 37-38 dans la capitale et la petite couronne, mais 32 au Havre et 29 à Dieppe ! La mer est un bon amortisseur des furies météorologiques. Mais nous commençons à nous adapter et nous nous préparons à franchir la séquence sans se désespérer, alors que l'alarme était grande il y a vingt ans. Je me souviens d'une escale technique à Malé aux Maldives où le bord nous avait autorisés à venir prendre l'air sur la passerelle de débarquement sans descendre sur le tarmac pour se dégourdir un peu. Quelques-uns dont moi y allèrent, et quel ne fut pas le choc de l'air extérieur à 34°, à littéralement vous couper le souffle ! Singapour derrière - c'était alors ma destination - était aussi à 34°C et, bien que préparé à la chaleur, je me traînais toute la journée, attendant la brise de mer du soir. Seule cette brise de nuit qui passait sous la sablière du toit de la maison - l'ouverture périmétrique fait au moins 25cm de hauteur - permettait de ne pas mourir de suffocation. Aujourd'hui, avec un peu de préparation et de l'eau fraîche, je supporte les 34° avec un simple ventilateur colonial. Et je pense pouvoir un jour arriver à tenir les 39° avec une préparation plus sérieuse. Le corps a modifié ses échanges thermiques en conséquence.

On s'y fait donc, du moins le corps s'y adapte. Reste à adapter son esprit, au détriment parfois de la culture générale. Qui attaquerait L'Etre et le Néant de Sartre par ces grandes chaleurs ? Ou Le Soulier de Satin ! Beaucoup de gens se font une montagne de la chaleur, attisée par les chaînes d'information en continu qui vivent du scandale climatique. Il faut se raisonner tout en se préparant, et à la limite, couper le poste ! On apprendrait beaucoup des peuples tropicalisés dans leur approche du "mauvais temps" où tout brûle. Ça tombe bien, où la chaleur poisseuse ne dépasse pas 55°C le désert avance ; des gens d'expérience arriveront en masse bientôt.
Sacré Raspail qui avait tout vu au plafond de son imagination de romancier. Le Camp des saints, c'est tout à fait ça : "leur nombre est comme le sable de la mer". Nos enfants auront de quoi s'occuper si le livre est toujours en vente.

Avant de conclure, je vous passe la dernière, bien placée dans l'apocalypse qui vient : la déforestation à motifs mercantiles imperturbables, combinée au réchauffement climatique, risque de transformer à terme l'Amazonie en savane, perturbant le cycle de l'eau et augmentant les sécheresses tout autour. Conjugué au phénomène d'oscillation cyclique de la chaleur des eaux du Pacifique, la dégradation de l'Amazonie prendrait le continent sud-américain en tenaille, ce qui pourrait forcer les populations locales à bouger. Ils ont déjà de terribles déserts : celui très froid de Patagonie orientale ou l'Atacama brûlant du Chili. Les latinos surchauffés prendront-ils le Gulf Stream vers chez nous ? Beaucoup sont arrivés en Espagne.


Conclusion

S'adapter, c'est aussi se prendre en charge soi-même pour n'avoir pas à convoquer les réseaux civils à son secours. Et ça commence par un régime alimentaire adapté aux fortes chaleurs. Que nous dit l'IA Brave Leo de mon navigateur ?

« En cas de canicule, le meilleur régime alimentaire privilégie des aliments riches en eau, légers et faciles à digérer pour maintenir l'hydratation et limiter la production de chaleur interne. Il faut consommer en priorité les fruits et légumes comme la pastèque, le melon, le concombre ou la tomate, les viandes blanches ou le poisson, ainsi que les laitages frais (yaourts, fromages blancs), et éviter les plats trop gras, salés ou sucrés.» (le menu en pied d'article)

L'IA a du bon sens, c'est à ça qu'on la reconnaît !
Entretemps, le Secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick a enjoint la direction d'Anthropic de fermer l'accès à ses deux modèles surpuissants d'intelligence artificielle, Mythos 5 et sa déclinaison bridée grand public, Fable 5, après avoir appris qu'une entreprise était parvenue à contourner tous les garde-fous mis en place pour ces modèles réputés détecter et exploiter des failles de cybersécurité avec une rapidité et une acuité inédites (source 01net). N'importe quel site informatique est pénétrable par ces outils et nous n'en sommes pas encore aux codes quantiques qui sont annoncés détruire tout chiffrement des transmissions.
La sûreté du monde, déjà passablement compromise par les sociopathes de pouvoir, serait annulée carrément par ces machines développées par l'homme, avant qu'elle ne se développent par elles-mêmes ; ce qui est peut-être déjà le cas, puisque j'apprends qu'on leur fait donner des cours de morale par des professeurs de philosophie. Ceci dit, avec la chaleur, le grand jasmin de l'escalier est à fond, on en aurait presque la tête qui tourne à l'emprunter !

ALSP !



*** Menu du Jour ***


1.- Aliments à privilégier
  • Fruits et légumes riches en eau : pastèque (92 % d'eau), melon, concombres, tomates, salades et radis, consommés crus ou en soupes froides comme le gaspacho.
  • Protéines légères : poisson blanc, volaille, œufs et crustacés, de préférence froids ou tièdes pour éviter de réchauffer la cuisine.
  • Laitages frais : yaourts et fromages blancs, qui apportent à la fois des protéines et une forte teneur en eau (environ 90 %).
  • Féculents légers : salades de pâtes, riz ou quinoa, en quantités raisonnables pour fournir de l'énergie sans alourdir la digestion.
2.- Aliments et boissons à éviter
  • Viandes grasses et plats riches : viande rouge, charcuterie, fritures et plats en sauce, qui sont difficiles à digérer et augmentent la température corporelle.
  • Excès de sucre et sel : sodas, jus industriels, pâtisseries et chips, qui favorisent la déshydratation ou la rétention d'eau excessive.
  • Alcool et excès de caféine : ces boissons ont un effet diurétique qui accélère la perte d'eau et déshydrate l'organisme.
3.- Conseils d'hydratation et de préparation
  • Boire régulièrement : consommer au moins 1,5 à 2,5 litres d'eau par jour, sans attendre la soif, en alternant avec des infusions ou des jus de fruits frais maison.
  • Repas froids et légers : privilégier les plats froids, les crudités et les portions plus petites pour réduire l'effort de digestion et la sensation de chaleur.
  • Éviter la cuisson à haute température : limiter l'usage du four ou des mijoteuses pour ne pas surchauffer l'habitation et l'organisme.

07 juin 2026

Président, nous voilà !

Avant-propos

Samedi dernier, la Normandie recevait le Secrétaire d'Etat à la défense américain. Ses postures successives participaient du principe de vulgarité qui gouverne les chefs de l'administration T.
Ce jour qui autrefois manifestait un esprit de camaraderie franche et sincère entre les nations alliées, est devenu celui des arrière-pensées et du ressentiment. Il y a bien d'autres occasions de confronter son point de vue sur les défis de la guerre que celle-ci. Entend-on le message des anciens combattants qui se sont mouillés dans le plus grand débarquement de l'histoire ? On ne parade pas comme un grand singe au milieu de tant de croix !

--ooOOOoo--



Retour à Paris. Qui des Quarante formera le carré final des Quatre Fantastiques ? C'est le sweepstake politique de cette année dont l'arrivée est prévue le dimanche 11 avril 2027. Nous ne pouvons résister au plaisir de les citer tous tant la poilade est grande. En vrac : Edouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard, Michel Barnier, Eric Zemmour, Jordan Bardella, Jérôme Guedj, Olivier Faure, Ségolène Royal, Boris Vallaud, François Hollande, Fabien Roussel, François Asselineau, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Xavier Bertrand, Jean-Luc Mélenchon, Delphine Batho, Nathalie Arthaud, Laurent Wauquiez, Florian Philippot, Clara Egger, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, Lydie Massard, Gabriel Attal, Dominique de Villepin, Elisabeth Borne, Gérard Darmanin, Bernard Cazeneuve, Lucie Castets, Anasse Kazib, Benjamin Lucas-Lundy, François Baroin, Karim Bouamrane, Jean Castex, Carole Delga et Yannick Jadot.

Oui, il en manque ! Ils m'en voudront ! Et d'autres qui se croient tout à fait capables de nous gouverner, s'il ne fallait pas entrer dans le tunnel fastidieux d'une campagne électorale, je pense à Bruno Le Maire, pressenti par Houellebecq.

La première question que je me pose est de savoir si le pays va pouvoir attendre trois cents jours dans l'état de calamités financières où tous ces gens l'ont précipité, ou si les horreurs de la banqueroute vont s'abattre sur nous sans tarder, en conséquence du blocage du détroit d'Ormuz.

Il y a trois catégories de candidats : ceux qui concourent en vrai pour le poste, ceux qui profitent de l'occasion pour faire monter la notoriété de leur parti avant les législatives à suivre, élections fournissant des prébendes parlementaires juteuses ou des crédits d'Etat proportionnels au nombre de voix extraites du corps électoral ; et enfin ceux qui profitent de l'audience particulière du moment pour témoigner d'un souci, d'une ambition, d'un projet spécifique. A condition pour tous de réunir quand même cinq cents parrainages d'élus de seconde zone, émanés de trente départements différents (la règle).

Le régime clientéliste latin, ainsi qu'est devenue la Vème République, incite les candidats sérieux à produire des programmes électoraux fourmillant de détails, alors que la fonction est de "présider" d'une certaine hauteur comme le dit notre Constitution aux articles 5 à 16 :

  • 5.- Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
  • 8.- Le président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.
  • 9.- Le président de la République préside le Conseil des ministres.
  • 10.- Le président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée. Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée.
  • 11.- Le président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions…
  • 12.- Le président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale…
  • 13.- Le président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en Conseil des Ministres. Il nomme aux emplois civils et militaires de l'Etat…
  • 14.- Le président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui.
  • 15.- Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale.
  • 16.- Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel… (la règle)

(on notera la capitalisation abusive des noms communs et des adjectifs dans le texte diffusé par l'Elysée)



Le président de la République ne s'occupe pas de tout, c'est le rôle et surtout la tâche du Premier ministre en charge du gouvernement au quotidien : responsable devant le parlement, il dirige l'action du gouvernement et assure l'exécution des lois (articles 20 et 21 de la Constitution). Donc le catalogue de mesures présenté par tous les candidats à la présidentielle annonce déjà un biais constitutionnel. Mais de ça, les électeurs s'en fichent, il veulent une loi présidentielle pour disposer les pots de géranium sur les rebords de fenêtre, alors que le président devrait (à mon avis) se recentrer sur l'essentiel, à son vrai niveau.

Dans la pratique, l'équilibre des pouvoirs exercés à Matignon et à l'Elysée se transforme le plus souvent en cohabitation des tempéraments par le canal des cabinets de la primature et de la présidence. Il s'en suit un brouillage tant au niveau de la coordination des décisions politiques qu'à celui de l'autorité perçue. Ainsi la lutte des ego annihile l'esprit de la Constitution de 1958 où les étages sont bien marqués. Charles de Gaulle avait paré cette dérive en se réservant deux domaines qu'il présidait depuis des cellules ad hoc à l'Elysée, la diplomatie avec la Françafrique et les armées. Le reste était laissé à un premier ministre dont le choix répondait à une exigence irréfragable de loyauté à l'endroit du président-fondateur.

La compétition s'exacerba dès le mandat de Georges Pompidou avec la nouvelle société de Jacques Chaban-Delmas. Puis vinrent les contentieux Giscard-Chirac, Mitterrand-Rocard, Chirac-Jospin, Hollande-Valls, Macron-Attal et tous ceux qui suivirent. Les gentils toutous, modèle Couve de Murville, ont été Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Edouard Philippe et Jean Castex. On peut donc voir que souvent "la maison est mal tenue" parce que la pratique courante des institutions laisse monter les affrontements au sommet de l'Etat. La seule solution est de remettre en haut de la pyramide un vrai chef d'Etat qui préside. Pour y atteindre, certaines qualités sont exigibles.

L'intelligence (1) et la culture(2) sauvent bien des situations compliquées, surtout si elles émanent une autorité naturelle(3). Une connaissance de l'intérieur de l'Etat profond est également indispensable(4), au moins autant qu'une expérience de gestion par objectifs(5) avec la sanction du succès ou de l'échec. Si on applique ces cinq critères aux quarante candidats cités en début d'article, on voit que le crible est dévastateur. Pourtant certains le traversent comme Michel Barnier, Xavier Bertrand, Elisabeth Borne, Bernard Cazeneuve et Jean Castex. Effectivement ils ne sont pas les plus bruyants. L'un se détache du lot, qui me fait penser à Romano Prodi (clic), c'est Bernard Cazeneuve. La petite notice de l'Institut Montaigne le résume bien (clic). En deux mots, c'est un homme honnête dans la force de l'âge, expérimenté à la ville comme aux affaires d'Etat.

Si les Français mûrissent d'ici là et ne badent plus les hâbleurs et autres demi-habiles qui les circonviennent si facilement, ils devraient choisir Bernard Cazeneuve, si lui le veut bien ! A défaut, Jean Castex.

Ceci étant dit, on revient sur les émeutes festives de la Ligue des Champions en France. Elles sont (pour moi) l'expression de la dégénérescence de la nation. La victoire du PSG arrachée aux clubs européens par l'émir du Qatar à coups de milliards s'est comme à l'accoutumée traduite par des débordements "inqualifiables" en ville, quel qu'ait été le résultat du match d'ailleurs.

A trop rapidement dénoncer les "quartiers", on zappe une réalité bien plus inquiétante : à visionner les images captées par la presse, on découvre que ceux-ci ne sont pas seuls, loin de là. Les groupes éphémères d'émeutiers qu'on y voit, participent plus souvent que l'an dernier de la sociologie des Black Blocks, mais en peau de lapin et blanche de surcroît. On casse pour casser, tout commence et s'arrête là. Pour l'instant ! Mais les émeutes de Nahel le laissaient deviner : il suffirait d'un peu d'organisation et de commandement pour que l'émeute se transforme en insurrection. La victoire du PSG n'offrait pas le recul suffisant à créer les conditions d'une "organisation du désordre". Mais certaine dates fixes, oui !

L'ancien président du tribunal de Bobigny disait l'autre soir chez Pujadas qu'il y avait un délaissement par les autorités départementales d'une certaine jeunesse, mal éduquée, d'autres disent décivilisée, sans avenir, sans envie d'intégration et qu'en prenant de l'âge, ces groupes violents peuvent déclencher une crise autrement plus sérieuse que la guerre des abribus. Les pouvoirs publics actuels ne semblent pas en capacités de gérer un soulèvement populaire de la jeunesse et dirigé dans l'instant au moyen des réseaux sociaux.

Peut-être la Sûreté urbaine, si elle existe encore, a-t-elle phosphoré sur le sujet pour élaborer des plans de contre. Les moyens existent, les effectifs aussi. Manquent peut-être les modes d'emploi et la politique de répression qui jusqu'ici n'impressionne personne. M. Nuñez est un bon explicateur après-coup et certainement bien organisé avant la manifestation, mais il manque d'entrain pour galvaniser ses troupes et en même temps, exiger de son collègue de Vendôme une sévérité réelle de la Justice.

Pour le reste, il est inutile de chercher les causes de tout cela, du moins cela ne sert-il à rien, mais le spectacle réitéré depuis le mandat Sarkozy des destructions impunies commises par les Black Blocks a pu susciter un enthousiasme coupable chez des petites bandes fragiles mais nombreuses.

Il faut repartir d'une feuille blanche et faire l'inventaire des réalités constatées par les meilleurs acteurs de terrain, les policiers et les éducateurs sportifs. Côté loi, on en parle beaucoup, mais le plus urgent est de réprimer sévèrement pour diminuer le goût de l'interdit en appliquant trois mesures : pas de sursis en cas d'émeute, peines plancher, incarcération à partir du premier jour. Darmanin l'avait demandé l'an dernier après la première victoire du PSG en Ligue des Champions. S'il manque des places, on ouvre des camps.

Puis on crée un ministère ad hoc, sur le modèle du Plan, dépendant directement du président de la République, qui travaillera à réparer le tissu social où il est déchiré en ayant pleine autorité sur tous les acteurs publics concernés que sont les recteurs d'académie de l'Education nationale, les bailleurs sociaux, les directions "Etrangers" des préfectures, la police de proximité réinstallée, les guichets publics de services généraux et de santé. C'est un peu fasciste je l'admets, mais moins dur que d'assécher les Marais pontins.

Se posera rapidement la question d'un service national élargi et bien rémunéré qui sauvera les jeunes qui sont au seuil de basculer dans la délinquance. Les premiers contingents sont prometteurs.
Il faudra aussi deux ou trois clashes qui montreront la force pour n'avoir pas à s'en resservir. Prochain rendez-vous, la Fête de la musique ou la Saint-Jean si vous préférez.

En conclusion, enfin pour aujourd'hui, on n'attend pas du futur président de revisser toutes les petits écrous d'un mécano qui branle de partout mais de donner les ordres nécessaires pour la continuation de la nation, suffisant à son juste rang.
Et si les rationnaires de la République planqués au Palais Bourbon regimbent et suscitent des désordres en ville pour se venger de leur insuccès, il reste l'article 16 et les Centaures*.

ALSP !

31 mai 2026

Où l'on parle des entrelacs judéo-arabes

Philosophe juif de la complication, Edgar Morin est finalement parti à 104 ans. Non que ses facultés aient été entamées par le grand âge, mais la pendule a sonné. Son absence biologique intervient au mauvais moment, quand la pensée complexe est convoquée plus que jamais au Proche Orient, si tant est que "penser" puisse encore servir à quelque chose là-bas !

La question juive vient de très loin. Juste pour vous faire peur : terminée, selon les Ecritures, en 1440 AC par la distribution des territoires aux neufs tribus sédentarisées à l'ouest du Jourdain, la reconquête de Canaan bat son plein aujourd'hui avec la même brutalité que jadis. Les Arabes ont remplacé les Cananéens. Dans ses chapitres 6 à 12, le livre de Josué décrit le système d'extermination des populations des villes conquises : « Josué battit tout le pays : la montagne, le Néguev, le Bas-Pays, les versants, ainsi que tous leurs rois. Il ne laissa pas un survivant. Il voua à l’anathème tout être vivant comme l’avait ordonné le Seigneur, Dieu d’Israël. » (Jos 10:40).
Il y est dit que les populations des villes d'Hazor, Aï, Jéricho, Macéda, Libna, Lachis, Eglon, Hébron, Débir, Madon, Séméron et Achsaph furent passées par le fil de l'épée et cinq rois des sept nations de Canaan capturés et tués. Mais des Cananéens (de souche), il en restera à la campagne, qui causeront des soucis ensuite aux rois d'Israël comme le suggèrent les appels réitérés des prophètes hébreux à abandonner les Baals.

Dans le Pentateuque, les nations conquises devront être "effacées" (Ex 23:23), "chassées" (Ex 23:28-31; Dt 7:1), "expulsées" (Dt 7:1), "repoussées" (Dt 9:4), "retranchées" (Dt 12:29), "détruites" (Dt 12:29), "dépossédées" (Dt 9:5, 12:29)1, "anathémisées" (Dt 7:2, 20:17) voire "interdites" (heherîm), c'est à dire impures. Sympa ! C'est à lire, parce qu'il semblerait que maintenant la logique suprémaciste juive en terre promise suive en l'adaptant ce schéma. L'incantation biblique est sur toutes les lèvres des gens de pouvoir en Israël comme sur celles des influenceurs juifs de par le monde, un métier désormais sans avenir tant pour l'idée que pour le porteur. D'aucuns parlent même de "cadastre" en relisant la Torah. Je suis heureux que les Casques à cornes de la Norvège n'ait pas établi une ferme sur mon terrain en remontant la Seine pour revenir demain y contrôler le bornage.

Le partage de Canaan a trois mille cinq cents ans d'âge. Les Juifs subirent plus tard l'exode de la terre qu'ils avaient conquise sur ordre divin, jusqu'à leur dispersion. Qu'on se rassure, le fruit de cette conquête antique serait toujours mûr et juteux, et sa consommation parfaitement morale aujourd'hui ! Mais nous ne verserons pas dans le littéralisme des Evangéliques qui parent Israël d'un droit universel de surplomb à la seule lecture de l'Ancien Testament.

La question juive et son corollaire actuel, la question palestinienne, ne peuvent être abordées à hauteur d'homme. Il y a trop d'imbrications, de haine, d'ingérences, d'histoire stratifiée et de légendes entremêlées. Pour y comprendre quelque chose - ce qui ne veut pas dire tout comprendre - il vaudrait mieux élargir la focale, monter vers Sirius et abandonner l'idée de tout expliquer. Postulant que la foi est une création intime du cerveau amoral de l’homo sapiens, le compte des dévastations terrestres qu'elle a causées est à faire. Comme disait Alain "C'est la foi même qui est Dieu" : c'est un autoguidage de l'espèce qui reste asservie à ses pulsions animales originelles. D'où le combat de la raison, toujours perdu ! Néanmoins l'honnête homme peut faire son opinion, individuelle, portative et pourquoi pas, diffusée, sur un conflit que l'on prédit éternel et qui meublera pour longtemps son esprit. Réfléchir n'est pas résoudre. Fin de la parenthèse d'astrophysique.

La posture explicite des sionistes israéliens (Netanyahou l'a souvent dit) est celle de défenseurs de l'Occident judéo-chrétien exposés au feu de l'Orient barbare. Si j'osais, je dirais qu'ils se sentent dans la peau des Croisés angevins. Mais ça ne pourrait suffire d'autant que ce feu contenu fut lui-même allumé par ceux qui proclament nous en défendre. Ils ne sont pas les seuls dans l'exacerbation d'une agressivité orientale à notre endroit dès lors que c'est en Europe que fut décidé d'implanter le greffon au sein même du monde arabe.

Pour racheter le crime inexpiable d'extermination des juifs ashkénazes dans les années 40, l'Europe a transformé le refuge du Foyer juif de Lord Balfour en un Etat de plein droit, et elle le défend quoiqu'il lui en coûtera au Jugement dernier. Pour avoir industrialisé cette destruction physique des communautés juives, acceptée en silence par toute l'Europe en guerre, l'Allemagne est en pointe aujourd'hui dans le soutien aveugle et sourd aux politiques de glacis de l'Etat hébreu. S'il est prétentieux d'établir les causes du désastre moral de l'Europe, il est permis d'en voir les conséquences : des inconséquences ! Charles de Gaulle n'était que de bon sens à ce sujet qui, au moment de la Guerre des six-jours, après s'être étonné qu'on ait exposé la diaspora juive aux masses arabes, recommandait aux dirigeants israéliens de cultiver une certaine modestie pour établir un modus vivendi avec leurs voisins.

On a oublié que les pères fondateurs de l'Etat hébreu étaient des juifs d'Europe qui ne connaissaient pas intimement les peuples arabes, à la différence des juifs sépharades d'Afrique du nord. Et même pas le monde musulman, à l'exception des juifs de Salonique ou de Constantinople qui prospéraient sous le joug ottoman. Seules les communautés judaïques résiduelles du Proche Orient savaient à quoi s'en tenir - les pogromes au Levant furent nombreux - mais elles n'avaient pas voix au chapitre, le nouvel Etat étant gouverné par les intellectuels du sionisme originel. Les ashkénazes n'avaient pas les mêmes préventions à l'endroit des bédouins que celles apportées par les sépharades, considérés par eux comme des juifs de seconde zone. Ils en ignoraient la psyché.
La révolte explosive des Palestiniens guidée par l'OLP en 1987 les prit de court alors qu'ils surveillaient d'abord les armées arabes des Etats constitués qui les entouraient. La première intifada est marquée au fer rouge dans l'histoire d'Israël parce qu'elle soulève un peuple résident contre lui à l'intérieur de ses propres frontières reconnues. On sait maintenant qu'il n'y a jamais eu de réel "vivre ensemble" en Palestine, même si des collaborations de labeur ont été facilement établies entre patrons juifs et ouvriers arabes. La piqure de rappel de la seconde intifada en l'an 2000 a vacciné l'Etat hébreu contre la troisième parce que la bascule démographique lui sera bientôt défavorable.
Le slogan "du fleuve à la mer" est réciproque puisque l'incompatibilité d'humeur est patente.

Le processus "vivendi" recommandé par Charles de Gaulle prendra du temps et aboutira aux accords d'Oslo (rappel). Les ultra-sionistes qui gouvernent aujourd'hui firent assassiner le signataire, Yitzhak Rabin, en 1995, tuant dans l'œuf une paix méfiante certes, mais une paix quand même. Trente ans plus tard, l'Arabe en Palestine a vocation à se ghettoïser comme le juif polonais d'antan. On inflige aux Palestiniens le traitement réservé jadis aux juifs d'Europe, humiliations, expulsions, destruction du bâti, exécutions sommaires et pour finir la pendaison à discrétion. L'Occident réagit mollement dans le même esprit de repentance et les défenseurs des Palestiniens lui reprochent le double standard alors que le nombre de morts arabes indiscriminés ne cesse d'augmenter.
La haine coule de forge en continu, ça ne s'arrêtera pas. Des pays jusqu'ici indifférents, surtout en Asie, se retournent contre Israël dans une logique de « Cherchez l'intrus !» et même si les motifs en sont plus mercantiles que moraux - l'affaire d'Iran les impactent beaucoup plus que nous - ils risquent de contrebalancer la doxa judéo-chrétienne dans les enceintes décisionnaires et vérifier a posteriori la pertinence du Choc des civilisations de Samuel Huttington (1927-2008). L'Occident foutraque met tout le monde en danger ; cette thèse est chérie par nos contempteurs chinois, et par bien des peuples d'Asie du sud-est que je connais.

Quand je me projette à vingt ans dans le futur, la question des entrelacs judéo-arabes restera pour longtemps une question brûlante qui, ajoutée aux défis climatiques que les pays ne peuvent plus affronter, s'intègrera dans une politique globale d'adaptation au four universel, avant que ne surviennent les guerres torrides de survie dans toute la zone inter-tropicale. La question évoquée ici finira-t-elle pas s'y fondre et disparaître ? A l'heure des empires revenus, même comme marionnettiste de la culpabilité occidentale, Israël est trop petit. La Bible a ses limites. C'était notre minute Nostradamus.


Postscriptum du lundi soir

Tsahal a repris ce 1er juin les ruines de la forteresse de Belfort qui domine le fleuve Litani et le pays tout autour. Il y ont planté le drapeau immédiatement pour effacer la retraite d'avril 2000 effectuée sous la pression du Hezbollah que l'occupation israélienne avait créé.
La guerre au Hezbollah est une chimère parce que le parti chi'ite est une entité libanaise enracinée qui diffuse son empreinte dans tous les secteurs du Liban, même dans le domaine culturel comme nous le montre le succès phénoménal de Julia Boutros.

Le Quai d'Orsay ne s'y est pas trompé qui a toujours fait la part de la résistance armée au sionisme conquérant et de la mouvance civile. En fait, le parti chi'ite est partout, même dans l'armée libanaise régulière et bien sûr au parlement. Eradiquer une idée comme le Hezbollah à n'importe quel motif a autant de chance de succès qu'avec le Hamas qui a métastasé maintenant sur toute la Palestine. Israël sait tout ça, mais il faut vendre la menace terroriste d'origine iranienne pour élargir le glacis. Pas sûr que ça marche cette fois !

ALSP !