08 mars 2026

Le crépuscule des rois du nord

Cet article fut écrit au lendemain de la garde à vue d'Andrew Mountbatten-Windsor, libéré ensuite par l'Habeas Corpus anglais. Depuis, d'autres événements ont retenu l'attention du blogmestre, mais dans le tumulte de la guerre d'attrition du régime islamique de Téhéran, les princes sont convoqués à marquer la stature de leur nation et à dire leur droit, ce qui n'est pas encore visible.
Le jour suivant la première attaque iranienne sur Dubaï City, le cheikh Mohammed ben Zayed est venu avec sa suite en ville prendre un café en terrasse pour montrer son équanimité au milieu du bruit et passer le message aux fonctionnaires émiriens qu'en toute circonstance l'Etat demeure. Un peu comme le roi de Danemark Christian X qui parcourait chaque jour à cheval sa capitale sous occupation allemande. il faut un peu de "gueule" quand on est roi. Nous lançons donc le post sur le déclin de la fonction.


La diffusion des dossiers Epstein par le Département américain de la Justice a servi de cordeau détonnant dans les milieux de la jet set et politiques parfois, jusqu'à toucher certaines familles royales comme les Windsor (Hanovre) d'Angleterre, les Glücksbourg de Norvège et les Bernadotte de Suède. On pourrait chercher à comprendre comment l'intelligence affirmée d'Epstein et son entregent ont pu lui permettre de subjuguer tant de monde et de les "mouiller" dans des pratiques répréhensibles, du moins eu égard à leur position. Mais ce n'est pas le sujet. Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est la fragilité des couronnes.

Quand on fait tourner le globe terrestre lumineux posé sur le piano, on voit des monarchies de toutes espèces. Les plus solides sont les plus "naturelles", claniques, tribales. Les rois des îles polynésiennes, voire d'Afrique, n'ont aucun déficit de reconnaissance de la nation ethnique qu'ils représentent. Elle s'est un jour incarnée dans le roi ou la reine, et c'est complètement sûr dans l'esprit de tout le monde, leur personne est sacrée ; même s'ils ne font rien. Je mettrais dans le wagon le roi du Lesotho et le roi du Bhoutan. L'empereur du Japon aussi.

Viennent ensuite les rois d'unification qui représentent l'agrégation d'ethnies sous un même symbole. Ceux-là bénéficient de l'adoration des gens simples et du renfort des pouvoirs centraux qui en ont besoin pour gouverner sur un seul axe "national". Les royaumes de Jordanie, Thaïlande et du Cambodge sont de ceux-là.

Abdallah II est typique de cette fonction d'unification. Il règne sur deux peuples, un temps antagonistes, les Bédouins et les Palestiniens. Bédouin lui-même comme toute la dynastie hachémite, il a épousé une (splendide) Palestinienne qui lui coûte un bras en shopping, mais que ses sujets adorent. Pour être respecté dans le monde arabe, il faut être riche et le montrer. Ces gens se gardent bien de décevoir et montrent qu'ils s'aiment passionnément, ce qui compte aussi dans l'image projetée. Mais le plus important est le danger géopolitique qui menace le royaume et incite les Jordaniens à faire bloc malgré tout et à passer des alliances familiales avec les Séoudiens.

Rama X qui est un être atypique, à la limite bizarre mais qualifié comme pilote de chasse quand même, n'a pas eu à se battre beaucoup pour être reconnu roi par ses peuples à la mort de son père très aimé. Il a enfilé le costume du premier coup et il vient aux cérémonies suivi de son épouse et de sa première concubine. Etant le sceau de pouvoir des Armées, il est assuré dans sa fonction et ne manifeste aucune inquiétude. Il règne !

Norodom Sihamoni, roi du Cambodge, est le plus près du thaumaturge adoré. Homme très instruit et délicat, loin des excès matrimoniaux de son père, il règne paisiblement sans faire d'ombre à quiconque de l'exécutif et se laisse acclamer. Les Cambodgiens ont besoin de lui pour réintégrer dans la société les soldats Khmers rouges qui ont été démobilisés. L'ancien premier ministre Hun Sen en est un. Son fils Hun Manet lui a succédé et sait très bien à quoi lui sert le roi.


On en vient maintenant au sujet de l'article, les monarchies septentrionales, toutes décalquées avec plus ou moins de bonheur de la monarchie de Westminster. Le modèle d'abord.


armoiries de la couronne britannique


La maison Windsor est censée lier les quatre nations qui compose le royaume uni, galloise, écossaise, irlandaise et anglaise, sous le même sceptre. Ce n'est assurément pas chose facile vu les antagonismes historiques, et exige de la famille régnante une dignité surhumaine que l'on peine à voir maintenant, et un sens de l'exemple parfaitement ruiné. A l'origine, le doute s'installe à l'avènement d'Edouard VIII en 1936, qui s'était toqué d'une grande horizontale de la gentry internationale de Shanghaï au point de préférer son lit à son trône. Ce fut le premier exemple du caprice de la maison de Hanovre et il en restera des traces jusqu'à aujourd'hui. Règne aujourd'hui un roi déjà vieux et malade, au bras de sa maîtresse de toujours qui a pris de terribles rides. Ils font le job plus ou moins mais peinent à convaincre à travers les histoires de famille dont la presse se repaît. Si l'affaire Diana Spencer fut gérée par la reine Elisabeth avec une froideur cruelle vis à vis de ses enfants, le Meghxit fut une véritable catastrophe.
Rejetée par l'aristocratie anglaise, à mon avis pour sa couleur de peau mais personne ne l'avouera, l'épouse du prince Harry est devenue rapidement la cible de tous les ragots jusqu'à lui rendre la vie intenable en Angleterre. Certes, elle aurait dû se méfier et attendre quelques années à pouponner avant de casser les codes obsolètes des Windsor. Le couple vit heureux en Californie et se laisse applaudir où qu'il aille. Résultat : la Firme manque cruellement de "main d'œuvre" pour assurer tout le travail (assez ringard) de représentation, commémoration, commisération et compassion, et se voit obligée de sortir de leur retraite de vieux ducs en fin de vie comme Gloucester, Kent, à la limite Edimbourg avec son air simplet. Sinon c'est Madame Royale, sœur du roi et seul homme de la fratrie.

Arrive là-dessus l'affaire Andrew (et Sarah). Jusqu'au fin fond du dernier café de Port Moresby, le monde entier est au courant. Je vous en fais grâce puisque vous savez tout. Mal éduqué comme les autres, caractériel et despotique sur le tard, cupide et mal marié mais le chouchou de sa mère à laquelle il coûtera 12 millions de livres pour étouffer le scandale Giuffre, Andrew s'avère avoir trahi son nom dans la livraison de renseignements confidentiels à Jeffrey Epstein qui, a priori, n'en avait pas besoin, sauf à les revendre. Plus idiot, tu meurs !

Se pose déjà dans l'opinion britannique la question de leur utilité. Riches à milliards par la nue-propriété de la charpente féodale du "landlord", la famille Windsor semble plus profiter que servir, sinon dans de brèves excursions caritatives à faire sauter des crêpes ou tapoter la joue de bébés merdeux. L'empreinte monarchique en Angleterre est énorme pour le foncier et le bâti, les parades militaires surtout, très courues des touristes. Mais la population rame depuis le Brexit, l'économie n'a pas de perspectives sauf à sauver ce qui peut l'être, et il y a de la couleur partout pour ne pas dire des "natives". La question Windsor va se poser fatalement, même peut-être comme dérivatif aux intérêts des puissants que l'évolution technologique va menacer. Qu'apportent-ils vraiment ?

L'autre maison malade est la maison de Norvège.
Le roi Harald est un excellent homme et la reine Sonja ne récolte que des compliments. Mais il s'est avéré incapable de gouverner sa propre succession. Ses deux enfants ont des problèmes matrimoniaux graves. Complètement évaporée, après s'être mariée avec un littérateur obscur à demi-fou, mort depuis, l'aînée s'est entichée d'un gourou, Shaman Durek, qui est la caricature même du charlatan. Il est en plus malade des reins et dialysé. Ils l'ont sortie de la famille, mais de l'autre côté, ce n'est pas mieux vraiment. Son frère Haakon, héritier du trône, s'est marié lui à une sorte de jet-seteuse qui vivait en couple avec un opiomane (mort depuis), duquel elle a eu un fils gâté-pourri qui est actuellement jugé pour viols à Oslo. Et comme un fait exprès, sa mère apparaît mille fois au moins dans le dossier Epstein publié par le Département de la Justice de Washington. Apparemment, rien n'est précis contre elle mais elle faisait partie du "Circuit". On l'a mise en retrait des manifestations royales mais cela n'a pas empêché le Storting de réfléchir à un référendum sur la pertinence de conserver une monarchie en Norvège.

Ce régime est assez récent et le mode monarchique fut choisi autant par mimétisme avec les autres monarchies nordiques que par économie. Une maison royale permanente à prix fixe sera toujours moins chère qu'une présidence élue périodiquement. Mais la représentation de la nation Viking est aujourd'hui très mal assurée, même si la jeune génération est tout à fait bien. Cela va-t-il suffire ? Les connaissant un peu, j'en doute.

Concernant les Bernadotte de Stockholm, l'âge venant a convaincu le roi Carl-Gustav de faire les choses avec sérieux. Il accèda à 27 ans et émergèrent aussitôt ses goûts de golden boy, faisant la fête et se tapant des filles, ce qui, malgré une formation solide, fournit alors à la classe politique l'occasion d'annuler ses pouvoirs constitutionnels. Il se définit lui-même comme un simple "porte-drapeau" de la Suède. Sa belle-fille Sonia Hellqvist est dans le dossier Epstein, mais semble être une victime collatérale de l'enquête. Nonobstant, le prince Carl-Philip a épousé une "inconnue". Par chance, la Suède a d'autres chats à fouetter en Mer baltique à cause de la guerre russe, mais l'image de la famille royale est quand même écornée. Carl-Philip n'est pas l'héritier ; c'est sa sœur aînée. Et Madeleine, son autre sœur, vit aux Etats-Unis.

Il y a quelque chose aussi qui coince au Danemark. Depuis l'abdication de Maghrette II, une reine de fer qui sut gérer sa maison dans l'intérêt de la dynastie, bien épaulée par son mari d'origine béarnaise, Henri de Laborde Montpezat. Quelqu'un de très intéressant qui avait roulé sa bosse avant de régner à Copenhague. Leur a succédé le fils aîné en 2024 sous le nom de Frederik X. Bien qu'âgé de 56 ans, il a une physionomie de gafet qui ne colle pas à l'emploi. Cette jeunesse de trait est accentuée par un sourire permanent un peu niais qui ne l'aide pas. S'il a été convenablement formé à l'emploi de roi, surtout dans le chapitre militaire, il lui manque un sens de communication et quelquefois celui du ridicule. Inutile de traîner une grande épée qui touche le parquet chaque fois qu'on revêt l'uniforme pour une réception au palais ou sur le yacht royal. Son épouse australienne relève le niveau par une attitude altière et un naturel sérieux qui lui va bien. Elle sauve le poste.
On n'en dira pas autant de son frère cadet que la reine douairière a éloigné du trône. Ses poses avantageuses en uniforme, toutes décorations dehors, prenaient trop de lumière au couple royal. Il fut exilé à Paris (son épouse ordinaire et jolie est française) puis à Washington à l'ambassade de Danemark.

Dans la crise que traverse le royaume, la diplomatie danoise a propulsé le roi au Groenland pendant trois jours, pour y visiter trois villes. C'est à mon avis bien court pour un pays qui est le "sien". Deux jours dans chaque ville, à simplement parler avec les gens, boire des cafés et vider du schnaps aurait été mieux venu que d'aller voir les glaces à la jumelle. C'est une population très réduite et il serait entré facilement dans le cœur de chacun s'il n'avait montré autant de hâte. L'affaire est assez grave pour insister et alourdir l'empreinte danoise. Mais cette petite visite correspond bien à l'image légère qu'il donne par ailleurs.
Pour le moment les Danois l'observent et ne disent rien.

Nous avions omis jusque là une monarchie formé récemment sur le même modèle, qui relève, elle, de bien plus grands défis mais qui m'apparaît mieux assise par la qualité même des impétrants. C'est la Casa Real de Madrid. Comme quoi, si le principe prime le prince, d'application, le prince compte énormément. A preuve, quand le prestige de la position se conjugue avec l'oisiveté de la fonction, des comportements péjoratifs peuvent entamer l'empreinte mentale du monarque dans l'imaginaire commun. C'est le drame de Juan Carlos dont la réputation n'a pas survécu à l'éléphant du Botswana.

La maison d'Espagne est une vieille maison royale, pétrie de traditions et de souvenirs heureux, malheureux ou cruels, une vraie histoire donc ! Après le grand règne de Philippe V, la famille de Bourbon porte aussi le souvenir des guerres carlistes et des abdications. Globalement, c'est un fardeau sur les épaules que les rois du nord n'auront jamais. Mais Felipe VI et son épouse le portent avec courage, sans jamais fléchir, privilégiant stature et dignité de tous les instants, parce que leurs sujets sont espagnols et fiers. C'est Ferdinand VII qui corrigeait un diplomate en lui faisant remarquer qu'il régnait sur dix millions de rois !

Certes la cicatrice de la Guerre civile suppure encore mais les partis jadis vaincus et aujourd'hui au pouvoir n'ont pas de prise à saisir pour mettre en cause le régime, sauf à clairement déclarer qu'ils sont mus par l'envie de se la péter au sommet de l'Etat. Pour la suite, la succession de Don Felipe est de bon niveau.
L'aînée a tout pour séduire, l'allant, l'allure, la tête bien faite, la formation poussée au sein de l'institution militaire. Restera à franchir l'obstacle de l'alcôve. Les déboires que nous avons cités chez les monarchies du nord seront de précieux avertissements, mais les parents sont avisés et leurs conseils et agents veillent. Il ne faudra pas se louper.

Pour finir la revue, notons que les monarchies tranquilles du Bénélux ont gardé un rôle politique et ne sont pas discutées.


En conclusion, les monarchies qui sont vraiment utiles à quelque chose sont consolidées par l'estime suscitée dans l'esprit de leurs sujets. Celles qui profitent de leur position et étalent leur bien-être ou leur oisiveté sont en réel danger de nos jours, surtout avec l'accélération générale des connaissances et la concurrence de la gouvernance numérique.
A quoi une monarchie serait "utile" en France ?

A bloquer le poste !

A faire que le chef de l'exécutif issu des élections législatives ne se prenne pas pour le roi du monde comme le président actuel, qu'il ait toujours l'échelon suprême au-dessus du sien. Cette permanence de la pointe de la pyramide, de la position de chef de l'Etat, modère les excès, tempère les foucades, remet les défis à hauteur d'homme, en un mot, pare bien des effets de la démagogie consubstantielle à la démocratie.
M. Trump serait-il le même s'il devait répondre de ses délires devant son roi ? Peut-être ne se serait-il jamais présenté à la primaire républicaine.

Pour rester dans l'actualité française : l'accession de Jordan Bardella au sommet de l'Etat peut être redoutée par beaucoup tant pour son âge que pour son bagage. Mais s'il accède à Matignon et doit, comme chez nos voisins britanniques, aller chaque semaine chez le roi afin de complaire à la coutume qui dispose que le monarque a "le droit d'entendre, celui de conseiller et celui de critiquer" (the right to be consulted, the right to encourage, the right to warn) il fera moins le faraud et mûrira son exposé, ce qui fatalement déteindra sur sa gouvernance. En résumé donc, sous un roi, M. Bardella serait éligible de plein droit au premier sens du terme ; en République, il représente, et l'aventure, et l'immaturité du corps électoral.

Mais ce qu'il nous manque n'existe pas vraiment. C'est le Vieux de la montagne, le sage de la Force, Yoda, qui aurait dit à François Mitterrand : "vous faites une connerie magistrale avec les dividendes de la paix" ; qui aurait dit à Nicolas Sarkozy : "l'or de la Banque de France n'est pas le vôtre mais celui de la nation" ; qui aurait reproché à François Hollande de proroger la mission de sauvegarde du Mali après la reprise de Tombouctou en lui montrant qu'il s'enferrait dans l'erreur néo-coloniale sur une immensité impacifiable ; qui aurait stigmatisé Emmanuel Macron pour l'abandon de la retraite à points qui sauvait le régime national de pensions, et la braderie des turbines Alsthom aux Américains, brique technologique essentielle pour les centrales nucléaires.
Ces grandes décisions nous ont fait mal et personne à aucun moment n'a eu l'autorité de surplomb pour alerter l'exécutif sur leur gravité. Pourquoi ? Parce que les "chefs exécutifs" étaient au sommet de la pyramide mais pas à celui de leur art.
Sans doute, est-ce pour préserver leur fonction de blocage de l'accès au sommet que les rois bourgeois du nord continuent l'histoire de leur pays malgré tous leurs défauts ; ils calment l'hubris des ambitieux demi-habiles, malavisés ou incapables.
Le petit sakura de derrière a fleuri. La nature renaît.

ALSP !

01 mars 2026

La berline de Gand est avancée

C'est une Classe S gris foncé avec les porte-fanions de chaque bord d'aile. Gand-Téhéran : 5200 kilomètres par le lac Van. Reza Shâh Pahlavi y est attendu en provenance de Washington. La fiction va bon train, le rêve passe.
Sauf que le "peuple iranien" qui est descendu en ville à l'annonce de l'assassinat d'Ali Khamenei n'est pas celui qu'attendaient les stratèges américains. Des partisans en foule sont sortis dans les rues pour crier leur douleur à cette disparition, les démocrates ayant depuis longtemps refermés leurs fenêtres et rangé leurs casseroles car chat échaudé craint l'eau froide dit le proverbe. La pieuvre chi'ite a refait ses tentacules et ça ne rime avec rien.
L'ayatollah est entré dans le panthéon des chi'ites duodécimains où règne l'Imam Ali, gendre du Prophète, assassiné lui-aussi pendant le ramadan.
Le soulèvement attendu par les Quatre Formidables n'a pas eu lieu !
La berline de Gand¹ a coupé son moteur.

Outre le doute que le prétendant impérial ait la carrure nécessaire à tenir l'emploi visé, après 47 ans de rééducation des masses persanes, rien ne prouve qu'il soit attendu autant que le lui assurent ses courtisans en exil. Cette médiation de transition fut déjà essayée, en vain ! L'agneau sacrificiel s'appelait Chapour Bakhtiar († Paris 1991). Deux points le confirmeront :

Le premier est le souvenir, transmis en Iran de père en fils depuis la chute du Chah, d'une dictature qui s'est comportée de manière atroce avec les gens du commun martyrisés par la SAVAC², la police impériale comparable à la Securitate de Ceaucescu. La révolution islamique ne s'est pas faite ex-nihilo. Elle a tout emporté parce que le peuple en entier lui était acquis d'avance. A preuve, l'armée, dans son analyse, est restée l'arme au pied en attendant que retombe la poussière de l'insurrection. Puis, après la guerre Iran-Irak favorisée par les Etats-Unis, la répression des réformateurs prit de l'ampleur jusqu'à retourner la population contre la mollarchie, mais pas toute. Les défilés pro-régimes furent toujours importants et le demeurent. A preuve, les cortèges immenses des affligés dans les villes d'Iran aujourd'hui et les tirs de représailles exécutés sur les pays du Golfe par des échelons subalternes autonomisés.
On ne pliera pas les Pasdaran et le Bassidj comme ça, sauf à répéter l'erreur irakienne qui a conduit au proto-califat de l'Etat islamique d'Irak et du Levant !
Restent actifs, les étudiants et les chômeurs, le Bazar est retourné à ses échoppes, la classe moyenne se méfie.
Il n'y a pas de vague Reza II Pahlavi.

Le second point est plus trivial.
La succession d'Ali Khamenei et des chefs qui l'ont accompagné peut se faire de trois façons :
  1. l'accession "naturelle" d'un politicien réformateur ou qui le deviendra subitement, comme on l'a vu à Caracas avec Delcy Rodriguez et son frère Jorge ; sa devise : à chacun son tour de passer à table !
  2. la nomination par les mollahs d'un général de l'armée régulière qui garantirait leurs avoirs (comme on le vit en Russie) et prendrait le commandement des Gardiens de la Révolution dans un grand projet d'unification à l'intention des masses, avant de discuter avec Grand Satan ;
  3. l'irruption sur les tréteaux d'un ambitieux tribun ayant bien analysé les ressorts complexes de la société iranienne et de ses attentes profondes et diverses, qui, avec le renfort des médias d'Etat qu'il aurait convertis, subjuguerait les foules comme le fit l'ayatollah Khomeini en son temps.

Même si Reza Pahlavi est un monsieur tout à fait comme il faut, et que parfois l'habit fait le moine comme nous l'a prouvé M. Zélensky, pitre professionnel et chef de guerre étonnant, il n'y a pas encore de fenêtre d'opportunité pour un parachutage dans une société incandescente comme l'Iran.
Cette assertion est péremptoire et me sera reprochée comme d'habitude, mais ce blogue n'est pas académique, n'appelle pas aux dons et propose des analyses ressenties.

Au défi de me surprendre, l'actualité va maintenant se focaliser sur les buts n°2 et n°3, le régime (but n°1) n'étant toujours pas tombé à l'heure où nous mettons sous presse.

(n°2) Le programme nucléaire va être entravé voire détruit, gagnant de ce fait en pertinence : sans la bombe la Perse mourra la prochaine fois. Il m'étonnerait beaucoup que l'on retrouve les 440 kilos d'uranium enrichi jusqu'au seuil du précurseur nécessaire à la détonation, sans mettre des forces au sol. Et tout "contrôle" de la marche à la bombe restera illusoire sinon. Sur ce plan, Israël a de quoi s'inquiéter.

Le but n°3 était l'industrie balistique. Après consommation des missiles par les frappes de représailles, il n'y aura presque plus de stock. Les usines seront aplaties. Mais l'arme atomique n'a pas besoin de tout cet attirail pour oblitérer un pays de la taille d'Israël. La question balistique sera résolue au chapitre conventionnel. Au-delà, ce sera plus compliqué et des amis ont les vecteurs qu'ils pourraient prêter à l'Iran pour copie.

Voilà un billet à chaud qui transmet une certaine perplexité. Je ne crois pas au Roi d'au-delà de la mer. La Perse est un tissu ethnique et religieux très ancien, peu accessible aux brutes à cervelle de moineau de la Maison Blanche. Pourtant, le deuxième prénom de Reza Pahlavi est Cyrus. Une prochaine fois peut-être.

Restent cent questions, dont les suivantes :
  • Où s'arrêtera Benyamin Netanyahou, tout à l'hubris de son succès initial ?
  • Les condoléances appuyées de Recep Tayyip Erdoğan au régime islamique pour la disparition de son guide suprême présagent-elles une redéfinition des relations turco-américaines après la rupture avec Israël ?
  • Les masses arabes vont-elles ou non se dissocier de leurs oligarchies qui ont signé les Accords d'Abraham pour s'en mettre plein les fouilles sur le dos des Palestiniens ?
  • Combien de temps mettra un régime désarmé et humilié à poser des bombes dans les capitales occidentales ?
  • Eretz Israel est-il au menu de la connivence israélo-américaine ? L'ambassadeur à Jérusalem Mike Huckabee et le sénateur Ted Cruz y poussent explicitement, depuis l'Euphrate jusqu'au Nil. Ça a le mérite de la franchise.

ALSP !

Notes :
(1) La "berline de Gand" évoque le retour à Paris et le retour à Gand du comte de Provence, frère de Louis XVI, ayant régné sous le nom de Louis XVIII.
(2) La "SAVAK" était la police politique de l'Etat fondée par Mossadegh (wiki).

22 février 2026

Petites et grandes guerres

Nous ne dirons jamais assez la peine que nous avons ressentie à la mort de Quentin Deranque, étudiant généreux et studieux, converti par la Fraternité Saint-Pierre et qui y avait amené son père. Il a répondu à l'appel des filles de Nemesis qui craignaient de déployer leur banderole devant SciencesPo Lyon pour protester contre la conférence islamiste de Rima Hassan au bénéfice du Hamas.
Mais ce garçon sans histoires n'avait pas la carrure d'un régulateur, pas plus d'ailleurs que Clément Méric à l'époque, et c'est ce qui nous amène à questionner la pertinence du happening politique en voirie dans la France d'aujourd'hui. Oui, le droit de manifester, mais à quoi cela sert-il dans la semaine qui suit ?

Qui veut vraiment prendre le pouvoir par la rue de nos jours en 2026 ? Depuis 1848, personne n'y est arrivé en France, même dans des circonstances favorables. Et ce ne sont pas les exaltations alcooliques de l'insurrection populaire qui ont jamais manqué ! Mais, que voulez-vous, le pouvoir a de l'expérience acquise depuis deux siècles pour savoir soit l'écraser, soit la dévier. "La République se défend bien" disait le Martégal. A quoi servent donc les tractages, les collages, les piquets du mécontentement, les défilés tout mégaphone dehors ?
A impressionner les politiciens en charge au moment, qui tremblent de perdre leurs avantages acquis "à la force du poignet". Le comble de la couardise fut observée en mai 1968 - qui n'y fut pas n'en parle pas - quand tous les ministères se vidèrent de leurs ministres, lesquels partirent pour la province se cacher chez leur mère et que ne restaient à Paris que le Premier ministre Pompidou à Matignon, et le préfet Grimaud en l'île. L'Etat survécut en ne faisant pas trop de dégâts chez la jeunesse en ébullition qui rejouait les Gardes Rouges.

"Il fallait que tout change pour que rien ne change", disait Alain Delon dans Le Guépard. Ce fut fait, on supprima le latin aux examens et bien d'autres choses, on leva les contraintes de tous ordres, puis la relève releva comme si de rien n'était, et les hooligans de 1968 sont aujourd'hui dans la ouate avec les dents du fond qui baignent. Leurs petits-enfants, bercés par l'insurrection qui vient, ont pris l'emploi bourgeois de black blocs.

L'application de la violence à une séquence militante a été théorisée par Chantal Mouffe dans le cadre d'une stratégie de propagande par le fait qui remonte à l'époque de la grande anarchie et des bombes à mèche, et qui s'oppose à la dialectique de confrontation des idées. Nous vous épargnerons les citations vaseuses, notre propos n'étant pas une thèse d'université. Sauf que les vaillantes cohortes qui veulent retourner l'Etat bourgeois rechignent à prendre en ville plus qu'un bâton. Les anciens retournaient les faux. Et, de vous à moi, la "rue" est aujourd'hui... numérique !

Cette petite guerre autour d'un fascisme fantasmé valorise les idées courtes, et dévoile la veulerie chronique de la classe politique qui, à de très rares exceptions près comme le sénateur du Rhône Etienne Blanc, s'est empêtrée dans la distanciation et le relativisme pour équilibrer les parties prenantes à ce drame. L'équilibre efface l'ardoise. S'y sont prêtés des politiques de deuxième division comme Dominique de Villepin et Ségolène Royal. Ne parlons pas des écologistes de parti, ils sont soumis aux règles de report des voix plus que les autres, c'est leur marque ! La France insoumise quant à elle assume carrément le lynchage par des propos détournés. Bref, on avait le droit de vomir. L'autre "petite guerre" a commencé mercredi dernier. Elle est faite à soi-même.

Le carême ne peut se définir comme un jeûne bien qu'il y soit réduit par l'Eglise catholique qui rame à faire passer dans les communautés chrétiennes la notion d'ascèse spirituelle ; car c'est une période de retrouvailles avec soi-même, les volets clos sur son for intérieur. Sa propre découverte de la distance qu'il reste à franchir vers la lumière de la vérité n'est pas à portée du vulgum pecus. Où sont passés les grands prédicateurs qui sortaient des monastères au carême pour électriser la foule des fidèles accourus ? Martyriser le corps pour élever l'âme est un grand classique religieux que l'on retrouve partout pour l'asservissement des âmes. C'est petit jeu.

On dit que la jeunesse revient au carême mais d'abord sur le plan spirituel. J'ai croisé il y a quelques années une jeune femme convertie par l'abbé Beauvais à Saint-Nicolas et je lui avais demandé pour quelle raison elle avait fait le pas. Après un instant de réflexion, elle me répondit qu'elle voulait être « parfaite » ce qui voulait dire, finie, achevée. Elle était devenue cathare sans le savoir.

Le carême n'est pas non plus une période de "partage" issue du biais caritatif qui transmute le message essentiel en manifestation publique de la richesse des uns contre la pauvreté des autres. Quand on ne sait quoi faire, on fait la charité. Le carême doit être éminemment égoïste. D'ailleurs le Christ des évangiles n'est pas parti au désert en joyeuse compagnie au milieu d'une cohorte d'orants jouant des flûtes et des tambourins ; mais seul, ne comptant que sur la force de son esprit. Et pour ne pas laisser mourir avant l'heure son corps d'homme, il le laissa certainement boire et manger contrairement aux écritures, sinon quelque chose cloche.

Celui qui cherche un sens à la vie, croyant ou moins croyant - il n'existe pas d'incroyant viscéral - devrait profiter de ce temps d'ascèse pour faire le récolement de son être trinitaire. Son corps menacé par le mal est-il préparé à accueillir l'âme qui l'anime ? Cette âme est-elle connectée à l'esprit supérieur qui la guide ? Si oui, que lui insuffle-t-il ?
Les règles du combat intime !
L'esprit va l'aider à interagir avec l'ordre partagé et le chaos originel, plus simplement le bien et le mal. Le carême n'est donc pas affaire de perdrix et de truites. Et l'homme n'a que quarante jours à consacrer chaque année à cette immersion en lui-même. C'est pareil pour le vrai ramadan.

Le ramadan est aussi le temps du djihâd spirituel qui est le devoir religieux de lutter contre soi-même, amalgamant l'abnégation et la résistance aux penchants mauvais. Il est organisé différemment du carême chrétien, sur la base d'une journée renouvelée pendant trente jours, de jeûne, prière, introspection. Il est un des cinq piliers de l'islam, et il prend à son compte la vulgarité de l'espèce humaine puisqu'on y mange beaucoup la nuit. Mais il est des guerres plus grandes.

cul de lampe typo aux dauphins affrontés


Commence aujourd'hui la cinquième année de l'opération militaire spéciale russe contre la République ukrainienne. Le bilan est au débit du Nain maléfique, grand stratège devant l'Eternel qui pouffe de rire et joueur d'échecs tant vanté, collé comme une mouche sur la vitre du Donbass.

Ses "amis" commencent à douter de leur choix, craignant de passer à leur tour pour des c*ns. La Chine qui certes continue de facturer l'industrie de guerre russe, envoie de l'aide humanitaire à Kiev pour parer le « Kholodomor*» criminel de Moscou, et l'Inde réduit considérablement ses importations de brut Oural même remisé rock bottom. Cent vingt millions de barils flottants russes attendent preneur dans toutes les rades mouillables.
* Kholodomor littéralement "extermination par le froid" en résonance de l'Holodomor stalinien de 1933.

Bien malin qui prédit aujourd'hui l'avenir. La politique américaine est illisible :
d'un côté Zig et Puce tordent le bras de Zelensky pour monter leur casino sur la Place Rouge ; de l'autre, Trump étrangle les exportations de pétrole russe qui financent la guerre. Et Kiev s'organise pour continuer les hostilités pendant trois ans, soit jusqu'au terme du mandat trumpien ! Affaiblir les deux parties ne les privera pas de continuer à mains nues tant est exacerbée la haine réciproque.

Il se pourrait que la lassitude chinoise pousse jusqu'au Kremlin l'expression du mépris céleste pour les délires rabiques du mini-tsar impuissant, juché sur les échasses de son cauchemar impérial.

Avant de rompre, on saluera la résistance du peuple ukrainien contre la politique d'éradication de leur nation, qui va être un modèle pour beaucoup, à l'heure du retour de la brutalité des empires aujourd'hui dételés du droit international.

Слава Україні ! Gloire à l'Ukraine !



ALSP !