27 septembre 2026

De si haut au plus bas !

Le triomphe du pape Léon XIV à Paris réveille bien des interrogations sur les sentiments profonds du peuple français à la place duquel la classe politique et les lobbies d'influence morale ont l'habitude de parler. Presqu'un million de fidèles en prière entre l'Etoile et la Concorde a levé le doute sur la laïcité imposée d'en haut par une république mal assurée jadis sur ses jeunes fondations.
Ce large succès nie toutes les réticences et les objurgations émanées d'idéologues rejetés du corps de la nation pour leur obsession mortifère. Les responsables politiques ont pris les précautions d'usage en finassant sur le sujet sensible qui n'en est pas un pour la majorité des gens : celui de la laïcité ; à l'exception notable d'un maire mis dans la boucle par les circonstances, qui a dit avec un certain talent tout le bien qu'il pensait de l'événement. C'est Bally Bagayoko, maire de la ville de Saint-Denis qui accueillait le pape au Stade de France, et dont on lira l'entretien édifiant donné à la Vie catholique ici. Ça vous la coupe ? Moi-aussi !

Apostille cathare : s'opposent à ce week-end de joie non feinte, tous les malheurs du monde que provoquent les puissances avides d'augmentation par la domination de leurs voisins. Comment ne pas devenir dualiste ? Le Mal serait une absence et non pas une substance ? Saint Augustin en formation à Carthage fut dix ans durant un disciple de Manès. Il doit en rester quelque chose dans la désespération du pape Léon, prieur général des Augustiniens, qui ne cesse de dénoncer le Mal en substance.

Mais la vie continue, après ce moment d'unisson populaire, tourne la crécelle à lépreux de tous les dangers. La Dette monte, les déficits sont l'ADN du régime. Au fil du temps, il a tout pris à son compte, du berceau de chacun à sa tombe ou au four, il a tout pris malgré sa réputation de gestionnaire médiocre, les Français ont accepté son invasion dans tous les recoins de leur vie. Ils vont le payer cher car l'Etat ne compte pas mourir seul, il a sans doute le projet d'entamer fortement l'épargne des ménages pour se prolonger un peu dans les juteuses prébendes qu'il s'est constituées, jusqu'à ce que les petits hommes gris du Fonds monétaire international amènent les huissiers dans la caverne aux voleurs, lesquels auront déjà décollé comme une compagnie de perdreaux. Alors ils se rabattront sur nous.

La situation catastrophique du domaine public est assez simple pour qu'on se pose de troublantes questions. L'arithmétique du compte d'exploitation souveraine de la France est déficitaire dans tous les compartiments parce que la dépense publique n'est pas assujettie à la recette publique. Remonter celle-ci est presque impossible puisque les prélèvements fiscaux, même inégalement répartis, sont déjà au maximum possible d'entre les pays de l'OCDE. Reste donc à baisser la dépense, en commençant par ce qui dépasse de la moyenne de nos concurrents, à savoir, les pensions de retraite et l'effectif pléthorique de nos fonctionnaires. Le reste n'est que flûte et pipeau.

Si l'avenir des "gens" est fortement contraint par les dérives du système clientéliste de l'Etat-providence, celui de la caste dirigeante ne semble pas menacé, à croire qu'ils ont pris partout déjà leurs précautions. Rien d'extraordinaire non plus, l'exil temporaire se pratique couramment chez les familles aisées et il n'est pas répréhensible en soi, s'il ne sert pas d'échappatoire aux responsabilités managériales des dirigeants.

Relire Beau de Loménie* et comprendre comment un certain 18 brumaire de l'an VIII, la haute bourgeoisie, qui avait fait faire la révolution à son profit, siffla la fin de la récréation et reprit ses affaires des mains de politiques épuisés de cauchemars pour renouer avec le tropisme de suceur de sang du labeur et avec le profit des contrats d'Etat bien canalisés. Elle nomma un fondé de pouvoirs, malheureusement plus intelligent qu'elle et qui les lui prit tous, jusqu'à ce que la fortune d'Arès ne ramène à Paris la juste raison des vieux Bourbons impuissants qu'on ne pouvait redouter. La Banque et la Forge finiront par les virer quand il fut sûr que les Enragés ne reviendraient plus. Après quelques soubresauts dus aux illusions de la liberté chérie, nous sommes toujours sur le plateau bourgeois d'un régime co-dirigé par les deux fortunes, celle des gens de biens et moyens de leur accroissement, celle des chances électorales. Quand l'Etat se liquéfie dans le service de la Dette, la haute bourgeoisie prospère sur ses culbutes décennales, et si elle se défend mollement, c'est le signe qu'elle contrôle tout encore et saura esquiver les désagréments à nous promis.
* Les Responsabilités des dynasties bourgeoises chez Denoël Paris 1943-1973

Nous sommes sur la pente savonneuse de la stagflation à la japonaise où les prix montent car ils sont de plus en plus souvent formés à l'étranger et que nous importons beaucoup (déficit commercial), quand l'activité générale stagne dans l'atonie générale d'un pays sans rente autre que touristique, bridé, qui pis est, dans son activité par des normes écrasantes et des lois sociales obsolètes. S'y ajoute une pyramide démographique qui n'en est plus une et met en question la soutenabilité de la population inactive en fin de course par la tranche active qui décroît. Le déclin naturel ne peut être inversé, si on veut bien regarder ce qu'il se passe dans les autres pays, même en décidant de favoriser les naissances par des dispositifs alléchants sur le papier, qui ne décident pour autant pas les couples à s'augmenter. Il n'est même pas sûr qu'une immigration, quand bien même gérée finement, rétablira les équilibres, même s'il faudra de plus en plus importer de talents dans des professions nécessaires et pour les travaux trop pénibles. La stagflation pourrait insensiblement muter en récession à paradigme constant.

L'affolement qui saisit le pays aux mauvaises nouvelles en tout genre a incité la 1ère chaîne de télévision à rendre visite au bon docteur Knock d'Amérique latine qui a des remèdes qui marchent apparemment. Ainsi, le président argentin qui ringardise toutes les caricatures politiques, a accepté un entretien avec la vedette persique de la télé française depuis le palais de Buenos Aires sur l'actualité internationale, la mondialisation, le populisme, mais également sur l'élection présidentielle française qui se tiendra dans sept mois. On n'a pas été déçu (clic), surtout des résultats que celui-là a obtenu à la hache dans un pays rétif à toute économie depuis le temps béni d'Evita chérie et de Juan Perón.

J'y crois pas ! L'Argentine sort enfin de la nuit démago-populiste et les gens ont fait un sort aux statistiques en usant de la règle du bon sens dans leur appréciation de la situation nouvelle. Ils approuvent au général et manifestent au particuier. Normal ! Javier Milei est un libertarien, c'est-à-dire plus que réservé sur l'expansion indéfinie de l'Etat. Libertarien n'est pas une insulte hors de France mais le disciple d'une école autrichienne d'économie politique qui vise à se passer d'Etat autant que faire se peut et qui l'explique dans des ouvrages parfaitement construits, écrits par des gens bien sous tout rapport comme Carl Menger (†1921), Eugen von Böhm-Bawerk (†1914), Ludwig von Mises (†1973), Friedrich von Hayek (†1992), Murray Rothbard (†1995) et Jesús Huerta de Soto (SGS, still going strong)) auxquels j'ajouterai l'assassin des gens de l'Etat qu'est Hans-Hermann Hoppe (SGS). Il y en a d'autres et ils ont tous leur page dans la Wikipédia (clic) ; à n'en choisir que trois, je recommanderais La Route de la servitude de von Hayek, L'Action humaine de von Mises et Démocratie, le Dieu qui a échoué de Hoppe. On trouve ces textes en ligne, ou dans des recensions copieuses.

Avant d'être un tribun spectaculaire brandissant les Forces du Ciel habillées en tronçonneuse, Javier Milei est d'abord un prof d'économétrie qui a pratiqué son art vingt ans durant dans les facs du pays sous le sobriquet d'El Loco, et qui a écrit une dizaine de bouquins dans sa spécialité. Il fut aussi économiste en chef de la Hong Kong & Shanghai Bank d'Argentine (c'est pas des touristes) et il a traîné ses guêtres à la Chambre de commerce internationale jusqu'à Davos. Ce n'est pas un animateur hirsute de la téléréalité même s'il est bizarre : il préfère les chiens aux enfants et va se convertir au judaïsme Loubavitch à la fin de son mandat, s'il ne crée pas une secte pour rejoindre un ashram au Ladakh. Pour enrichir l'icône, il est d'une grossièreté rare, à faire pâlir un Dmitri Medvedev ! Violence discursive, disent les médecins !

Les pays plus proches de nous qui ont réussi à se sortir des griffes du FMI en faisant les réformes nécessaires de leur modèle sont passés aussi dans les mains d'économistes ou financiers accomplis. La renaissance du Portugal est due au social-démocrate Pedro Passos Coelho qui fut consultant de grosses boîtes et très actif sur le terrain économique avant de revenir en politique.
Les succès de Giulia Meloni que certains jugent mitigés mais qui nous feraient tant de bien en France, sont dus en grande partie à Mario Draghi (à la base prof d'économie comme Milei, puis Banque mondiale, Goldman Sachs, BdI, BCE etc etc) qui a accepté de la conseiller pour le retour en grâce à Bruxelles. Mais avant lui, l'Italie a eu Mario Monti, un calibre qu'on n'a pas chez nous.
Si en Espagne c'est un conservateur des hypothèques qui sauvera le pays de la banqueroute, Mariano Rajoy, c'est bien un libertarien qui mettra les mains dans le cambouis : Luis de Guindos est la figure économique centrale du gouvernement Rajoy. Ancien de Lehman Brothers, économiste de formation (CUNEF), il sera nommé ministre de l'Économie et de la Compétitivité en décembre 2011. S'inscrivant dans la lignée de l'Ecole autrichienne, c'est lui qui a piloté les réformes structurelles de libéralisation du marché du travail, assainissement bancaire et réduction du déficit. Il sera nommé ensuite vice-président la Banque centrale européenne en 2018.
Quel est l'économiste libertarien qui suppléera avec succès aux insuffisances notoires de Mme Le Pen et de son premier ministre pour de rire ? De fait on ne rit pas.

Ceux qui veulent aller plus loin dans l'analyse froide des résultats de la présidence Milei en Argentine peuvent lire cet article de la BNP en cliquant ici. Lire aussi La-Finance-pour-tous mais encore Investorium sur l'inflation et Imago pour la balance commerciale.

Son action est ancrée dans le terreau des physiocrates qui mutèrent au fil du temps en promoteurs du génie individuel, qu'ils opposent au bruit de chenilles de l'Etat moderne qui a fini par encrasser tous les rouages naturels de nos sociétés. D'autres polémistes ont parlé, après Vincent de Gournay (†1759), du gouvernement des bureaux ; je pense à Charles Maurras. Jusqu'à des auteurs de théâtre satirique ou des romanciers remontés contre le médiocre : les "ronds de cuir", des gens pétris de leur importance qui veillent à ce que leurs décisions prises loin de ceux qui les subissent, soient appliquées sans murmures ! Nous en sommes aujourd'hui envahis, littéralement.

France, l'empire du Cerfa**. Trois ans de démarches pour construire un poulailler en France !
Combien de règles s'appliquent à la gestion des haies champêtres ? Vous ne le savez pas ? Elles sont soumises au Code rural avec des articles dénommés ; à l'Arrêté du 14 mars 2023 relatif aux bonnes conditions agricoles et environnementales européennes ; au Code de l'Environnement pour la protection des espèces avec articles dénommés ; et à la Loi n° 2025-268 du 24 mars 2025 sur la souveraineté alimentaire, en son Article 37 qui clarifie le cadre applicable et définit la haie à l'article L. 412-21 du Code rural précité. Mais qu'est-ce une haie d'abord ?
Ils y ont pensé aussi : l'article L. 412-21 du Code rural définit la haie comme une formation végétale linéaire d'une largeur maximale de vingt mètres, comprenant au moins deux des éléments suivants : arbres, arbustes, ou d'autres ligneux. Sont exclus : les haies en bordure de bâtiments, celles formant l'enceinte d'un jardin ou parc attenant à une habitation, et la chaussée des chemins ruraux. Dans le cadre de la directive européenne BCAE 8, la définition est plus restrictive : une haie est une unité linéaire de végétation ligneuse d'une largeur inférieure à dix mètres (les bosquets font l'objet d'une catégorie séparée, de 1 à 50 ares). En fait ça fait deux pages. Désormais vous savez ce que c'est qu'une haie sans sortir de votre bureau et c'est bien le but, des fois que vous auriez envie d'aller chasser derrière votre chien au lieu de rester devant votre écran.
** formulaire administratif d'Etat réglementé par arrêté

Au bout d'un moment, ça énerve. Des pays qui serrent leurs dépenses comme l'Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, l'Autriche, la Finlande (et la Suède aussi) demandent des centaines de milliards d'euros d'économies à la Commission de Bruxelles sur le budget européen en préparation pour la période 2028-2034, en arbitrant les décaissements bureaucratiques au bénéfice de l'innovation, de la sécurité, de la défense et de la compétitivité. Ce que vont devenir les pays du Club Med sous perfusion n'entre pas dans leurs soucis. La question se pose de débrancher les grands malades en fin de vie, même s'il n'en reste qu'un dans l'Eurogroupe, nous ! Et oui, Nos trois sœurs latines remontent du fond de la piscine que nous n'avons pas encore atteint. Mais nous sommes trop fiers pour importer chez nous les décisions qui ont marché chez elles.

D'ici là, nous aurons élu le prochain président de la République. Les défis qui l'attendent ne sont pas si nombreux mais particulièrement prégnants : transition énergétique qui devra abandonner progressivement l'économie des énergies fossiles en voie de disparition et les modes de vie associés ; adaptation agricole rapide à la sahélisation de l'espace ; gestion d'une décroissance inéluctable ; gestion aussi longtemps que possible des effets de l'exode intertropical de populations menacées de mort par la surchauffe climatique et la hausse des mers ; guerre des empires par satrapies interposées. De quoi parlent les candidats en lice ? Du "reste à charge" ! Nous nous sommes compris.

ALSP !

#S2640