05 juillet 2026

Le pape Lion coupe les ponts

Le temps est à l'orage. On se croirait au lendemain du Quinze-Août. Et ça tombe bien puisque le Supérieur Général de la Fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX) invoque la Vierge Marie pour faire rapporter le décret d'excommunication pris le 2 juillet par le Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi au terme d'une procédure d'apaisement qui n'a abouti qu'à la consécration schismatique de quatre évêques à Ecône.

La presse catholique en ligne et en kiosque en parle d'abondance, mais il faut commencer par les deux sites originateurs que sont Vatican News et La Porte Latine. Nous n'entrerons pas dans la relation besogneuse des faits depuis la première excommunication prononcée par le pape Jean-Paul II en 1988, mais pour la faire courte, le pape actuel a prévenu la FSSPX que la consécration d'évêques en dehors de son autorité signerait le schisme et couperait la FSSPX de l'Eglise de Rome. Les hiérarques de la Fraternité sont passés outre le 1er juillet, le pape a excommunié tout le monde le lendemain.

Il est patent que les responsables de la FSSPX ont méjugé le pape Léon. Ce n'est pas un discutailleur. Il étudie, prévient, juge, tranche et coupe ! En fait, c'est un prélat américain formé au Pérou contre les Evangéliques et le Sentier lumineux, qui ne s'en laisse pas compter. Quarante ans d'ondulations pontificales les ont trompés. La FSSPX se retrouve devant le même mur que celui du pape polonais qui ne supportait pas la contestation.

Le nœud gordien est tranché. Un pied dehors, un pied dedans, telle fut la stratégie perdante de la FSSPX qui s'est crue investie d'une mission divine de régénérescence de l'Eglise conciliaire, abusivement modernisée selon elle par Vatican II. En reculant dans le fauteuil, on notera que c'est toujours le Vatican qui a cherché un modus vivendi pour garder cette branche attachée à l'arbre. Après l'allègement des sanctions par Benoît XVI, l'autorisation de confesser et de célébrer des mariages donnée par le pape François, puis l'accueil d'une messe tridentine dans la basilique Saint-Pierre de Rome donné par Léon XIV, rien n'y fit, la Fraternité est restée inébranlable.

Contrairement à ce qui se dit dans la presse généralement bien informée, ce n'est pas le rite en latin ou les gestes célébrant le sacrifice de la messe qui sont en cause, mais tout le droit canon issu du concile contesté. Mais comment contester un concile et rester, ou vouloir rester, dans l'institution ?

Que je sache, Luther, théologien de son temps, voulut réformer l'Eglise de Rome et dut en prendre son parti : La putain rouge de Babylone refusait de se dissoudre dans sa réforme. Il établit donc sa propre confession en dehors d'elle. C'était clair ! Pourquoi la FSSPX s'est-elle enferrée dans un dialogue à sens unique avec la Sainte Inquisition romaine, rebaptisée autrement par Pie X. C'est pour moi une énigme et le restera, dès lors que le raidissement est la réaction la plus visible au décret d'invisibilisation. La Frat ne plie pas mais ne donne pas non plus son projet d'avenir. N'est-il pas temps d'ouvrir une Eglise libre de la Tradition ?

Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a publié la procédure de réintégration des clercs repentis. C'est aussi dur que les sentences de Dom Bernard Gui d'il y a sept siècles et clairement destiné à barrer l'accès des repentis aux communautés diocésaines qu'ils pourraient ensemencer aux rites du schisme. Tout y est provisoire comme si les docteurs de la Foi anticipaient des rechutes dans l'erreur, les repentis sont présumées relaps en devenir.

D'aucuns dans la sphère catholique voudraient débattre du bien-fondé de cette excommunication, en convoquant les positions respectives. Il n'y a rien à débattre. Il n'y a pas de pouvoir du Demos dans l'Eglise catholique. Les espaces de débat sont les conciles. Ils s'ouvrent et ils se ferment. Dans l'intervalle, c'est une monarchie absolue faite d'obéissance au pouvoir suprême, et même si le collège des évêques a l'habitude d'échanges entre ses membres, cette habitude est un clapet de décompression du refus d'évolution des mœurs qui remonte des diocèses. Pour le dicastère, il n'y a plus rien à discuter. C'est une fin de non-recevoir. Le Supérieur général Pagliarani, dans son ultime tentative d'imposer sa vision passablement douceureuse, ne l'a pas encore compris, mais sa base, si ! Il n'y a plus débat.

L'excommunication va conditionner les relations à la marge qu'entretenait la FSSPX avec des communautés situées à sa périphérie comme les associations scoutes, les royalistes, les princes et plus généralement la contre-révolution. Les manifestations patriotiques intégrant un office religieux ne pourront pas accueillir des prêtres schismatiques à sa célébration sauf à rompre elles-aussi avec l'Eglise de France, et dans un autre domaine, des familles en vue dans la classe politique française ne pourront plus mettre leurs enfants dans une institution du schisme. Je pense au comte de Paris actuel. Mais l'été va passer là-dessus, sans pour autant que la situation de rupture ne s'améliore ; au Vatican, la page est déjà tournée.

Reste à comprendre pourquoi cette affaire explose aujourd'hui. Que la FSSPX ait besoin de pasteurs pour guider ses ouailles (600.000 fidèles revendiqués) n'est pas douteux. Mgr Fellay et Mgr Galarreta approchent des 70 ans. Mais qu'ils passent outre l'avertissement sans frais du pape Léon XIV signale une méconnaissance de la stratégie pontificale.

Le pape forme ses bataillons en préparation de plusieurs menaces qu'il perçoit, sans doute pour moi : l'intelligence artificielle en passe de gouverner le monde en lieu et place des dirigeants politiques ; mais aussi la mise en œuvre très prochaine de la physique quantique qui démultiplie le décryptage de toutes les sûretés en tous domaines ; en enfin le risque d'affrontement des empires vers une troisième guerre mondiale, possiblement nucléaire. S'y ajoute une conflagration mondiale plus lointaine mais presque sûre par la ruée des populations tropicales vers des territoires plus tempérés où elles risquent de survivre tout simplement. Il y a de quoi faire.

Face à ces pronostics, le pape juge que l'Eglise doit être unie avec lui sans arrière-pensées et dans toutes ses institutions. L'heure n'est plus à la dispute théologique, le sexe des anges (même si c'est une affabulation) n'est plus au programme. Il n'attend pas non plus le secours d'églises concurrentes dans un œcuménisme bon teint. Finalement il a quelque chose en lui de Jules II.

ALSP !



Liens utiles à copier :
  1. https://laportelatine.org/actualite/declaration-de-foi-catholique-adressee-au-pape-leon-xiv
  2. https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2026-06/pape-derniere-lettre-fraternite-sacerdotale-saint-pie-x.html
  3. https://laportelatine.org/actualite/sacres-episcopaux-ce-que-labbe-pagliarani-a-dit-aux-membres-de-la-fraternite-saint-pie-x
  4. https://laportelatine.org/actualite/communique-de-la-maison-generale-a-lissue-des-consecrations-episcopales
  5. https://laportelatine.org/actualite/lettre-au-saint-pere-concernant-le-decret-du-dicastere-pour-la-doctrine-de-la-foi
  6. https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2026-07/le-schisme-de-lefebvre-se-repete-apres-38-ans.html
  7. https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-07/consecrations-episcopales-lefebvristes-excommunication-decretee.html
  8. https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-07/pretres-et-laics-lefebvristes-procedure-de-retour-communion.html
  9. https://riposte-catholique.fr/archives/218096 (fermeture des églises et chapelles FSSPX)

28 juin 2026

De l'exaspération d'un peuple

Comment cinquante millions d'Américains MAGA de la classe moyenne inférieure ont-ils pu porter à la présidence des Etats-Unis une caricature d'Ubu-roi sans avoir vu la pièce ? A défaut d'avoir vu ou lu la pièce, ils l'ont apprécié au jour le jour pendant quatre ans lors d'un mandat précédent achevé sur l'assaut de la démocratie en Amérique, pour paraphraser Tocqueville ; et l'ont rétabli dans ses attributs de Roi des singes. Il faut un peu chercher pour comprendre parce que ça va nous servir.

Brave Leo (IA) y voit cinq raisons :
  1. Le désir de contrôle et de stabilité : dans un contexte d’incertitude mondiale, Trump a rassuré une partie de l’électorat en promettant de restaurer l’ordre social, le contrôle des frontières et la maîtrise des prix, contrairement à l’image de perte de contrôle associée aux démocrates.
  2. La faiblesse de l’adversaire démocrate : la candidature de Kamala Harris a été entravée par l’impopularité persistante de Joe Biden et un manque de charisme ou de maîtrise des enjeux par rapport à Trump, ce qui a découragé certains électeurs démocrates.
  3. La défiance envers le système politique : une confiance historique en berne envers le gouvernement et le Congrès a favorisé un candidat anti-establishment qui promet de « drainer le marais » à Washington.
  4. L’appui médiatique et culturel : la popularité de Trump a été soutenue par un écosystème médiatique conservateur (comme Fox News) et des influenceurs majeurs (comme Joe Rogan), tandis que les réseaux sociaux ont amplifié sa polarisation.
  5. Le soutien de la classe ouvrière : sa critique de la mondialisation et ses propositions de tarifs douaniers ont résonné auprès des Américains blancs de la classe ouvrière, ressentis comme appauvris par la délocalisation des emplois.
S'y est ajouté, selon ce que j'ai retiré de mes contacts, un ras-le-bol général des privilèges raciaux (affirmative action), de l'exposition parfois outrageante de minorités tapageuses (LGBT+), du wokisme de souche universitaire dans tous les compartiments sociaux et de la cancel culture qui a renversé des statues et fait amener le drapeau confédéré dans les Etats pauvres du Sud profond. En fait, l'exaspération était telle que le cheval de Caligula avec le même programme aurait été élu. Le peuple n'en pouvait plus d'être contenu dans les fers de la Connerie solidaire sauf pour eux.

Je vais éviter de reprendre les cinq points ci-dessus, sauf à noter que le troisième a été décisif. Je vais également oublier de donner le niveau de progression de toutes les promesses de désinfection du pays correspondant à ce contrat électoral passé par une vedette de la téléréalité. Le déficit d'exécution des tâches est manifeste, jusqu'à entrer en guerre au loin, ce qui était un tabou. Ce n'est pas mieux réalisé que chez nous après deux mandats au centre-deux. Et justement :

50/156 millions de votants représente 32%. C'était à la Noêl le socle de départ du binôme Le Pen/Bardella pour la présidentielle d'avril 2027 que le pré-scrutin de l'IFOP a relevé à 36% la semaine passée. Pour bien comprendre, le fringant président du RN est à 14% de la majorité absolu qui lui éviterait le second tour. Mais restons calmes et constatons que les cinq facteurs de la victoire MAGA s'appliquent chez nous.

Ce que demandent les Français actifs ce n'est pas la lune, ni les lendemains qui chantent, mais le simple bon sens, celui qui a déserté les sphères de pouvoir, addictées à la satisfaction des apporteurs de voix. Le vice qui nous a conduit au désastre de l'Etat est auto-immune au régime démocratique appliqué à un peuple qui ne l'est pas. Un peuple qui accepte sans broncher des syndicats subventionnés et des partis de la revendication permanente un troisième tour social après une élection à deux tours, n'a pas l'imprégnation démocratique des peuples voisins : 36% des gens rejettent le forçage des idées artificielles voire absconces, échouées partout, et réclament une gestion raisonnable de la nation que l'Etat, confisqué par une bourgeoisie d'affaires qui n'arrête pas la culbute, est devenu incapable de fournir.

  • Les actifs comprennent les comptes sociaux parce qu'ils ont des budgets familiaux à gérer et contrairement à ce que les syndicats brandissent, n'ont pas d'autres exigences dans leurs futures pensions que de justice et de bons comptes pérennisant le système.
  • Les actifs ne sont pas tous bien payés mais ne sont pas jaloux - ceux qui ne foutent rien, eux, le sont - et quand ils veulent améliorer leur statut professionnel et social, ils maudissent les entraves administratives à tous bons motifs sauf à les concerner eux !
  • Les actifs ne sont pas racistes - les communautés professionnelles sont depuis longtemps des lieux de mixité raciale - par contre les oisifs et les assistés le sont à leur endroit.
  • Les actifs sont fatigués de voir leur argent distribué à un ramas de fainéants qui peinent à se lever pour aller vérifier leurs droits à la CAF. Mais surtout :
  • Les actifs travaillent plus que la loi en dispose s'ils y trouvent leur compte et ils attendent de l'avenir la rupture des carcans.
    En fait, l'état républicain actuel les emmerde dès lors qu'il les brime, ne les protège pas et exige toujours plus d'impôt pour nourrir les inactifs et les lubies idéologiques de la Casta.

Ils constatent que le "fameux pacte républicain" a été rompu par ceux-là même qui le chérissaient tout en laissant l'Etat régalien s'effondrer sur lui-même.
Justice et Education sont les bateaux ivres de la République qui n'existe plus que comme place parisienne. Et le plus visible et le plus destructeur dans l'opinion, c'est la mansuétude envers les casseurs de plus en plus nombreux pour lesquels l'institution met des gants judiciaires, d'une incroyable lâcheté pour les forces de l'ordre, alors qu'il suffirait d'ôter le cran de sûreté. La gestion des émeutes de Nahel dans l'impassibilité générale des pouvoirs publics est restée incomprise pour le reste du monde.

In fine, ils ont le sentiment que l'Etat profond (le point 3 des "cinq raisons") se moque d'eux en se camouflant derrière une logorrhée de courtier d'assurances pour mieux les embobiner en captant toujours plus d'impôt. Je serais dans la politique, que je commencerais à me méfier. Il y a eu les Bonnets Rouges, les Gilets jaunes, crescendo, que feront les prochains ? Il y a largement de lanternes sur les Champs Elysées pour une Fête éclairée de la Fédération !

Parti comme c'est parti, le champion du Rassemblement national a toutes les chances d'accéder au sommet de la République. Jusqu'ici on ne lui oppose que des imprécations d'un autre âge et personne n'attaque avec de vrais arguments leur programme électoral, sauf à se focaliser sur la précarisation des migrants et la fragilisation du secteur associatif, lequel détourne de l'argent qui serait mieux employé ailleurs. Il ne suffira pas de crier au "fachisme", les gens s'en foutent, le fascisme n'imprime plus.
Par contre, un programme économique décadent dans un pays endetté jusqu'au cou avec les trois déficits structurels, impossibles à combler sauf au canon de marine, donnerait prise à des contradictions d'experts, de vrais experts. De même, une capitulation munichoise au bénéfice de la Russie renouerait avec un déshonneur dont on s'était vacciné. Au lieu de quoi, on entre dans le vacarme des idées courtes à mesure que les sondages confirment l'issue future de la campagne présidentielle, laquelle n'est pas encore finie quand même.

Pas sur Sirius, la bonne gestion d'une nation est à notre porte : celle de la Confédération helvétique : le déficit budgétaire y est interdit et un peuple mature démocratiquement y commande.

ALSP !

21 juin 2026

Voir !

L'intensité de la géopolitique appliquée au pays des complications donnerait matière à des analyses stratégiques pouvant nous ouvrir les portes de l'Institut des hautes études de la Défense nationale, voire pourquoi pas de l'Ecole de guerre ; mais si un peu d'humour ne nuit pas, trop fait rire !

La libéralisation à marche forcée (vote unanime à mains levées de 176 mesures de décollectivisation) de l'économie cubaine ôte tout motif d'intervention aux Etats-Unis (cf. Le Devoir).
Le Parti communiste cubain a compris le principe de Tancrède : "il faut que tout change pour que rien ne change". Et ça tombe bien car le chat échaudé Donald Trump en Iran ne va pas se jeter dans un autre piège à cons, même en face de Mar-a-Lago !

Il a compris que Caracas était un coup de chance (les Russes se sont couchés) et va se recentrer sur les fastes présidentiels, les choses faciles et spectaculaires, sa popularité, la célébration de soi, mais plus jamais dans les conneries sionistes de son vassal rétif qui ne rêve que de jouer à Whack-a-mole. Il se pourrait aussi qu'il lâche le nain maléfique de Saint-Pétersbourg qui vient d'enfiler la tunique percée du looser, promet l'enfer et le redoute, si d'aventure il déplaisait à son suzerain chinois. Ce lundi de toutes les chaleurs, nous ne parlerons pas non plus de canicule qui ne rime avec rien, mais de bonheur. Si, si !

Finalement, au soir d'une longue vie, je crois que le bonheur est dans la vue. Et la plus saisissante des vues est la vue de la mer au loin. Les corniches de Nice sont impressionnantes, de la haute corniche on voit sur l'horizon la Corse accroupie, mais le bâti est trop dense en bas. Immense, infinie, n'aboutissant pas, comme on la voit par tous les temps depuis la route de Soubès qui descend du Larzac sous le Cirque du Bout du monde (D25 azimut 135°), voire plus près, au petit col de Bel Air sur la vieille route de Juvignac (D619 azimuts 120-150°), c'est la mer du Golfe du Lion qui a ma préférence.

Au matin de là-haut, la brume des étangs surchauffés estompe le lido de la frontière des mondes jusqu'à ce que la brise de terre la chasse. Apparaît alors comme un miroir parfait posé à plat Mare Nostrum. L'entièreté de notre civilisation a navigué sur ces eaux. Nous sommes les enfants du monde gréco-romain. Nous sommes nés de la Guerre de Troie.

La majesté des bateaux que l'on devine avancer ne peut jamais lasser. Puis quand on quitte la tonnelle pour recharger le seau à glace du Casanis, on devine au retour que le même a bien avancé. Cette lenteur des mobiles crée un effet de sérénité à nul autre pareil. La mer c'est du bonheur pur. La mer et son mystère d'antan c'est aussi le berceau des légendes. Ils y sont tous les monstres de l'antiquité tardive, Kraken et Scylla, Leviathan et Charybde jusqu'au Basilosaurus effrayant et l'Hydre déchaînée. Mais mon préféré est la Tarasque de Tarascon à l'haleine fétide qui avec ses crocs de dragon se repaissait des voyageurs emmenés par le Bas Rhône. Le courant ligure emportait leurs ossements jusqu'aux Saintes et plus loin au Cap d'Agde où d'autres monstres tapis dans les gouffres de l'Auraris passaient la barre pour les broyer. Imaginez ce bruit mécanique épouvantable ajouté au vacarme des éléments furieux par force 9. Les sirènes d'Orphée étaient des rosières à côté ! On n'a pas construit la chapelle de la Genouillade pour rien.

Justement certains jours, le miroir se pixélise et fume parfois, la mer est si grosse qu'on ne voit plus l'horizon qui est devenu flou. C'est le jour du surf-casting au gros. On peut sortir maintenant des requins qui ont passé le canal de Suez et remontent le tombant des abysses. La nuit, on ne peut que la deviner, à moins qu'un effet d'optique qu'on appelle réfraction terrestre, n'allume partout les phares en les rapprochant de vous. Les deux pieds sur l'estran de Carnon, j'avais observé jadis des alignements incroyables des phares de l'Espiguette, Beauduc et Faraman sur 60 kilomètres. La mer toujours recommencée qui se brise à vos pieds dans un chuintement qu'elle répète à l'infini.

Il n'y a pas si longtemps, avec nos trois départements d'Algérie, ce miroir était un lac français. Fermons la parenthèse, elle n'eut que cent trente ans !

Le rêve à la mer c'est bien sûr le bateau. Il ne le faut pas bien grand en Méditerranée même si la houle est cassante. Une carène de 18 pieds non pontée, voile et petit moteur va le faire pour les sorties à la journée. 25 pieds habitables permettront de partir trois jours et 30 d'y vivre deux mois (l'aisance est au cube de la longueur). Si vos finances vous permettent de l'entretenir, préférez les carènes traditionnelles en bois pontées, et possiblement gréées à la latine, c'est le top du bonheur et une gueule d'amour quand on envoie tout. Méfiez-vous des petits bateaux en Méditerranée, il n'y a pas d'anse, de crique ou d'aber où se réfugier en cas de changement de temps ; et préférez les quillards lestés pour la tranquillité.
Non seulement, les bateaux traditionnels ont des coques à déplacement confortables, mais vous en serez fiers et les amis viendront tout seul.

Si vous faites construire votre bateau - aidez la filière - essayez pour bordé le bois moulé en sandwich sur balsa debout résiné, le tout fini à l'époxy, intérieur et extérieur avant vernis anti-UV. Ca marche, j'en ai fait un en double il y a quarante ans, il navigue toujours. On ne sort ces coques que pour vérifier les chocs et repasser l'antifouling, elles ne se calfatent pas ni ne se délaminent comme les coques en polyester (osmose).
Pour le profil, se fier aux bateaux professionnels du port d'anneau ; ils sont construits par l'expérience puisqu'il faut sortir tous les jours pour en vivre. Fermons la parenthèse, sinon on va faire toute la semaine.

La vue c'est du bonheur, mais contrairement à la haute montagne immobile et minérale, la mer est un bouillon vivant, sous les risées ça grouille. Le miroir est une illusion, comme les vrais de chez Saint-Gobain.
Nous finissons par un sonnet classique français, avec une pensée pour ceux qui ne voient pas ou ceux qui ne voient plus.

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Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.

A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.

Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.

L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.

(José-Maria de Heredia, Les Trophées 1892)



ALSP !