Il serait en revanche tentant de mesurer la vitesse du camion France qui dévale la route du Convoi de la peur sans freins ni phares, pour aller s'écraser un jour sur la réalité de nos contradictions : tout avoir sans rien payer ! Non, ce lundi nous nous attachons à la panique qui semble avoir saisi la Silicon Valley dans le vaste débat du Bouton Rouge permettant de stopper une Intelligence Artificielle avant qu'elle ne détruise quelque chose d'essentiel à nos sociétés.
Le débat a commencé en septembre 2024 en Californie avec la loi SB-1047 qui obligeait les développeurs d'IA supérieures à trois choses :
- Tester les risques de catastrophes aux infrastructures avant déploiement ;
- Maintenir en alerte un "Kill Switch" capable d'arrêter, à défaut de ralentir, un modèle d'IA qui deviendrait dangereux ;
- Faire rapport à l'Etat des incidents critiques de sécurité ;
- Risquer l'assignation en cas de non-application.
Le gouverneur démocrate Gavin Newsom mis son veto pour cent motifs, dont le plus marquant était le risque de voir les plus grosses boîtes d'intelligence artificielle quitter le Golden State.
La Californie a remis une pièce dans la machine l'année suivante. Entretemps l'IA avait fait des progrès phénoménaux. Newsom signa en septembre 2025 une loi encadrant la confidentialité des travaux, substituant ce faisant la transparence au "Kill Switch". Il y disait :
- Que les développeurs devaient publier sur leur site le cadre de sécurité appliqué dans leur boîte en détaillant comment ils incorporaient la gestion des catastrophes ;
- Que les développeurs rapportent impérativement les accidents ;
- Que les lanceurs d'alerte internes soient protégés ;
- Que les contrevenants risquaient des amendes jusqu'à un million de dollars par infraction.
Et on se satisfit de ça. Jusqu'à l'arrivée des dérives imaginées auparavant ! Il s'est passé deux choses : en mars 2026, Anthropic fut pris à la gorge par le Département de la Défense qui exigea la preuve de garde-fous contre la diffusion automatisée de pédopornographie à l'occasion de contrats militaires. Dario Amodei prit la mesure comme une tentative d'intrusion dans son système. En mai 2026, les autorités américaines exigèrent des boîtes de la Tech l'étude de mesures de contre-batterie quand l'IA travaillait dans des domaines sensibles comme les normes, les interdictions, le droit de propriété ou les licenciements décidés par une IA. Okay, mais à la mi-juillet deux modèles d'IA de la société OpenAI échappèrent du bac à sable et hackèrent de leur propre initiative la compagnie Hugging Face Infrastructure. Alors revint au devant de la scène le "Kill Switch". Le Congrès s'en saisit.
Vendredi dernier, Gavin Newsom a signé pour la Californie la loi du "Kill Switch" SB-1047 (Safe and Secure Innovation for Frontier Artificial Intelligence Models Act).
Depuis deux mois, la Tech alerte sur les dangers de l'IA. Il est difficile de faire le tri dans leurs motivations. Certains y voient une façon de bloquer les concurrents Open Source européens et chinois. Nous n'allons pas propager l'alarme qui fait de l'audience, mais juste comprendre qu'en fait, l'IA (on devrait dire les IA) est sur le point de prendre le dessus sur les bons docteurs qui se sont crus les nouveaux dieux de l'olympe informatique. Dario Amodei, qui n'a jamais varié dans sa prévision d'autonomie du monstre, vient de dire que la R&D d'Anthropic était aujourd'hui menée à 26% par Claude et que sa boîte avait maintenant trente mille agents IA au travail (Bloomberg le 18/09/2026).
Le concept de "Kill Switch" national a donc réapparu au Sénat de Washington et à la Chambre des représentants en impliquant le Département de la Sécurité Intérieure. On s'y dispute beaucoup entre la liberté de la recherche la première au monde devant la Chine qui veut absolument rattraper les Etats-Unis et les risques en tout genre de plus en plus angoissants. Ils cherchent à comprendre la prospective qui les menace, avec la certitude au fond des tripes que seule une IA pourra leur répondre. Et c'est bien là le nœud du problème ! Depuis que les grandes sociétés d'IA ont livré des modèles ultra-performants en constante amélioration, les vrais décideurs sur la planète ont compris intuitivement qu'ils allaient être largués à très brève échéance, on parle en mois là. De vous à moi, les miquets qui concourent aujourd'hui pour le poste de président de la République française n'ont pas capté le message. Dans huit mois, ils seront ringardisés et leurs "programmes" obsolètes. L'IA va ravager tous les emplois du bla-bla et tous ces gens ne sont que des seigneurs du bla-bla.
Enfin la revanche des simples : « Heureux les pauvres en esprit car le royaume des cieux leur appartient » (Mt 5 3).
Entretemps, l'IA est en train de résoudre toutes les énigmes mathématiques insolubles, les fameux problèmes du millénaire. Que me dit-elle ?
OpenAI a résolu un défi Navier-Stokes en 88 heures ; et réfuté la conjecture de Paul Erdős. Fable-5 d'Anthropic a réfuté la Conjecture de Jacobi. AxiomProver a résolu la Conjecture de Fel et donné des résultats au Théorème de Vandiver. Et il n'aura fallu que onze jours à Anthropic pour formaliser la démonstration du Dernier Théorème de Fermat (1637). On peut ajouter la preuve du Théorème des quatre couleurs de 1976 et la Conjecture de Kepler de 2014. L'IA rafle toutes les médailles Field ! Rassurez-vous, il en reste à résoudre comme L'Hypothèse de Riemann ou le problème P=NP (Brave Leo dixit).
Vingt-cinq médaillés Field, dont Cédric Villani, le Nimbus à l'araignée qui a cru un instant que la république convoquait l'intelligence à son gouvernement, 25 médaillés Field donc, ont alerté sur la destruction de l'intelligence mathématique des étudiants s'ils se confient à l'IA pour se former. Le cerveau n'aura pas à phosphorer autant que nécessaire et les "matheux" finiront en sociologie.
Ceux qui veulent creuser la puissance de raisonnement de l'IA devraient lire l'article d'Europe 1 sur le dépassement d'une borne de Paul Erdős (†1996) :
« Une intelligence artificielle développée chez OpenAI a proposé une construction mathématique capable de dépasser une limite admise depuis des décennies dans un problème attribué à Paul Erdős. Le résultat ne se présente pas comme une démonstration “automatique” livrée clé en main, mais comme une idée de construction, ensuite examinée et validée par des chercheurs. Cette séquence, rarement observée à ce niveau de nouveauté, relance une question sensible en 2026, quel rôle confier à l’IA dans la recherche, entre accélérateur d’intuition et outil à encadrer ? Au cœur de l’affaire, un problème de géométrie combinatoire, souvent vulgarisé comme une question "d'agencement de points" dans le plan. L’objectif est de maximiser pour un ensemble de points, le nombre de paires séparées par une même distance. Pendant longtemps, un quadrillage régulier passait pour une option imbattable dans certaines configurations, au point de servir de référence implicite, de borne pratique, dans des discussions de spécialistes. La construction produite par l’IA suggère qu’une disposition plus fine permet de faire mieux, en dépassant une borne qui paraissait figée... » (clic pour la suite).
Pour conclure et redescendre un peu, nous dirons que les problèmes d'arrogance nés de nos addictions seront facilement résolus quand nous nous cognerons au mur du sans-couillisme français. L'obsolescence non programmée du paradigme modèle CNR-1945 n'est pas un théorème de Fermat. Ce sera simple et douloureux. A se souvenir aussi que, comme un robot, l'IA n'a ni affect, ni morale. Elle est logique et répond à la question posée sans plaisir ni déplaisir. Dans l'étape suivante, l'IA résoudra plus vite encore les problèmes mais surtout elle appliquera elle-même les mesures qu'elle aura décidées, par chenillage des masses laborieuses s'il le faut.
Kill Switch ? Et si par l'imbrication des réseaux informatiques et des réseaux d'IA cela devenait impossible ? Allons-nous faire sauter des data-centers qui traitent aussi nos opérations de banque et de santé, l'administration de nos hôpitaux, le réglage de nos réacteurs nucléaires, le trafic de nos aéroports, mille activités "humaines" et toute la presse ?
Oubliez !
ALSP !
