La libéralisation à marche forcée (vote unanime à mains levées de 176 mesures de décollectivisation) de l'économie cubaine ôte tout motif d'intervention aux Etats-Unis (cf. Le Devoir).
Le Parti communiste cubain a compris le principe de Tancrède : "il faut que tout change pour que rien ne change". Et ça tombe bien car le chat échaudé Donald Trump en Iran ne va pas se jeter dans un autre piège à cons, même en face de Mar-a-Lago !
Il a compris que Caracas était un coup de chance (les Russes se sont couchés) et va se recentrer sur les fastes présidentiels, les choses faciles et spectaculaires, sa popularité, la célébration de soi, mais plus jamais dans les conneries sionistes de son vassal rétif qui ne rêve que de jouer à Whack-a-mole. Il se pourrait aussi qu'il lâche le nain maléfique de Saint-Pétersbourg qui vient d'enfiler la tunique percée du looser, promet l'enfer et le redoute, si d'aventure il déplaisait à son suzerain chinois. Ce lundi de toutes les chaleurs, nous ne parlerons pas non plus de canicule qui ne rime avec rien, mais de bonheur. Si, si !
Finalement, au soir d'une longue vie, je crois que le bonheur est dans la vue. Et la plus saisissante des vues est la vue de la mer au loin. Les corniches de Nice sont impressionnantes, de la haute corniche on voit sur l'horizon la Corse accroupie, mais le bâti est trop dense en bas. Immense, infinie, n'aboutissant pas, comme on la voit par tous les temps depuis la route de Soubès qui descend du Larzac sous le Cirque du Bout du monde (D25 azimut 135°), voire plus près, au petit col de Bel Air sur la vieille route de Juvignac (D619 azimuts 120-150°), c'est la mer du Golfe du Lion qui a ma préférence.
Au matin de là-haut, la brume des étangs surchauffés estompe le lido de la frontière des mondes jusqu'à ce que la brise de terre la chasse. Apparaît alors comme un miroir parfait posé à plat Mare Nostrum. L'entièreté de notre civilisation a navigué sur ces eaux. Nous sommes les enfants du monde gréco-romain. Nous sommes nés de la Guerre de Troie.
La majesté des bateaux que l'on devine avancer ne peut jamais lasser. Puis quand on quitte la tonnelle pour recharger le seau à glace du Casanis, on devine au retour que le même a bien avancé. Cette lenteur des mobiles crée un effet de sérénité à nul autre pareil. La mer c'est du bonheur pur. La mer et son mystère d'antan c'est aussi le berceau des légendes. Ils y sont tous les monstres de l'antiquité tardive, Kraken et Scylla, Leviathan et Charybde jusqu'au Basilosaurus effrayant et l'Hydre déchaînée. Mais mon préféré est la Tarasque de Tarascon à l'haleine fétide qui avec ses crocs de dragon se repaissait des voyageurs emmenés par le Bas Rhône. Le courant ligure emportait leurs ossements jusqu'aux Saintes et plus loin au Cap d'Agde où d'autres monstres tapis dans les gouffres de l'Auraris passaient la barre pour les broyer. Imaginez ce bruit mécanique épouvantable ajouté au vacarme des éléments furieux par force 9. Les sirènes d'Orphée étaient des rosières à côté ! On n'a pas construit la chapelle de la Genouillade pour rien.
Justement certains jours, le miroir se pixélise et fume parfois, la mer est si grosse qu'on ne voit plus l'horizon qui est devenu flou. C'est le jour du surf-casting au gros. On peut sortir maintenant des requins qui ont passé le canal de Suez et remontent le tombant des abysses. La nuit, on ne peut que la deviner, à moins qu'un effet d'optique qu'on appelle réfraction terrestre, n'allume partout les phares en les rapprochant de vous. Les deux pieds sur l'estran de Carnon, j'avais observé jadis des alignements incroyables des phares de l'Espiguette, Beauduc et Faraman sur 60 kilomètres. La mer toujours recommencée qui se brise à vos pieds dans un chuintement qu'elle répète à l'infini.
Il n'y a pas si longtemps, avec nos trois départements d'Algérie, ce miroir était un lac français. Fermons la parenthèse, elle n'eut que cent trente ans !
Le rêve à la mer c'est bien sûr le bateau. Il ne le faut pas bien grand en Méditerranée même si la houle est cassante. Une carène de 18 pieds non pontée, voile et petit moteur va le faire pour les sorties à la journée. 25 pieds habitables permettront de partir trois jours et 30 d'y vivre deux mois (l'aisance est au cube de la longueur). Si vos finances vous permettent de l'entretenir, préférez les carènes traditionnelles en bois pontées, et possiblement gréées à la latine, c'est le top du bonheur et une gueule d'amour quand on envoie tout. Méfiez-vous des petits bateaux en Méditerranée, il n'y a pas d'anse, de crique ou d'aber où se réfugier en cas de changement de temps ; et préférez les quillards lestés pour la tranquillité.
Non seulement, les bateaux traditionnels ont des coques à déplacement confortables, mais vous en serez fiers et les amis viendront tout seul.
Si vous faites construire votre bateau - aidez la filière - essayez pour bordé le bois moulé en sandwich sur balsa debout résiné, le tout fini à l'époxy, intérieur et extérieur avant vernis anti-UV. Ca marche, j'en ai fait un en double il y a quarante ans, il navigue toujours. On ne sort ces coques que pour vérifier les chocs et repasser l'antifouling, elles ne se calfatent pas ni ne se délaminent comme les coques en polyester (osmose).
Pour le profil, se fier aux bateaux professionnels du port d'anneau ; ils sont construits par l'expérience puisqu'il faut sortir tous les jours pour en vivre. Fermons la parenthèse, sinon on va faire toute la semaine.
La vue c'est du bonheur, mais contrairement à la haute montagne immobile et minérale, la mer est un bouillon vivant, sous les risées ça grouille. Le miroir est une illusion, comme les vrais de chez Saint-Gobain.
Nous finissons par un sonnet classique français, avec une pensée pour ceux qui ne voient pas ou ceux qui ne voient plus.
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Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.
Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.
Dorent l’âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d’écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
A mes pieds c’est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l’homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l’Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l’Océan s’unit.
Alors, comme du fond d’un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L’horizon tout entier s’enveloppe dans l’ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d’or de son rouge éventail.
(José-Maria de Heredia, Les Trophées 1892)
ALSP !