Trois vrais acteurs de l'économie appliquée ont mené l'enquête sur le trop d'Etat et publient aujourd'hui un court essai de 84 pages Etat partout, justice nulle part aux Editions Chronique, Paris (Dargaud) à 9,90 euros en version papier (6,50 en kindle), qui vise à dégraisser le mammouth une bonne fois ! Les auteurs sont Ingrid Barrat, Moïse Mitterrand et Arthur Marle.
- Ingrid est polytechnicienne, conseil en cabinet ministériel et férue de transactions immobilières en Gironde chez iAD.
- Moïse est HEC, Boston Consulting Group etc. et maintenant patron du promoteur immobilier Bassac que son père a fondé en 1972 sous le nom plus connu des Nouveaux Constructeurs.
- Arthur est ESSEC, Vodafone, Lazard etc. et présentement administrateur de sociétés, directeur financier de Bassac.
Lors d'un passage sur le plateau d'Eric Brunet, Moïse Mitterrand faisait l'analogie entre leurs propositions et la réforme étatique procédée par la Constituante de 1789. C'est très juste, car une réforme d'une telle ampleur ne pourra jamais aboutir avec la classe politique en cour et contre le camp retranché de la haute fonction d'Etat. Qu'on en juge :
Le diagnostic est implacable et largement partagé par les économistes sérieux non atterrés : l'État français est partout mais nulle part. Il prélève massivement de la richesse produite par le labeur, se disperse, et ses principaux indicateurs que sont la santé, l'éducation et la sécurité se dégradent chaque année un peu plus.
L'Etat finit par vivre par lui-même pour lui-même.
Le seul remède est de le réduire au nécessaire et suffisant de ses fonctions essentielles en supprimant pour commencer un demi-million de postes dans la fonction publique, et en réduisant les fromages de la République sur la base du besoin raisonnable au bon sens. Huit cents agences, hauts commissariats, fonds et offices ou régies sont à fermer. Les mesures sont prévues de pleine application en une seule fois, sans étalement dans le temps.
Les fonctionnaires débarqués gardent 70% de leur traitement pendant sept ans.
Les Français récupèrent les CSG/CRDS sur leurs fiches de paye (soit une moyenne de 300 €/mois restitués à chaque travailleur ; et le prix de la cession de tous les actifs non indispensables à l'Etat (ce qui pourrait faire dans les 20K€ par foyer fiscal une seule fois).
Réduction drastique du millefeuille territorial qui double ou triple les interventions publiques et remerciement des braves territoriaux.
Réforme progressive des retraites vers un système soutenable financièrement par les cotisations et la gestion d'actifs (points, capitalisation, filet par la répartition).
Plus fort, séparation de l'entreprise et de l'Etat par abandon de toutes les subventions publiques aux entreprises contre la suppression de toute taxe ou impôt autres que celui sur les bénéfices réalisés.
Le site France Résolution vous donne tout en détail en cliquant ici.
On y retiendra :
- le Manifeste dont nous nous sommes inspiré ;
- les Propositions appliquées à dix-huit situations particulières pour bien comprendre ;
- les Données chiffrées en sept classeurs Excel ;
- des vidéos de promotion de la réforme par les auteurs.
Le petit bouquin est carrément un pamphlet libertarien comme on les aime ici, mais c'est d'abord une refondation de la République et en quelque sorte la promesse d'une certaine pérennité. A défaut, le modèle ruiné va s'écrouler sur un peuple désemparé et abandonné par ses maîtres.
Mais il est très douteux que la procédure qui fournit à tous les candidats à la présidentielle cette proposition de réforme en tout ou rien, séduise des ambitieux qui visent la fonction suprême pour s'établir dans l'histoire des hommes et rafistoler le bateau ivre pour qu'il tienne la mer un peu plus longtemps que leur mandat.
Donc, je ne crois pas que cette voie soft soit praticable.
Quand on voit la préparation des corps constitués et ses relais d'agit'prop dans le pays à contrer le succès possible du Rassemblement national à l'élection présidentielle, on imagine sans se forcer la réaction des mêmes à l'annonce du démantèlement de la fonction publique surnuméraire et celui des régimes spéciaux.
Il y faut, sans rire, le dictateur romain de transition qui prendra les pleins pouvoirs sur trois ans, comme on l'a fait en plus petit pour la reconstruction de la cathédrale de Paris. Un chef, des moyens hors-normes, c'est-à-dire débarrassés des normes, règles et conditions d'office.
Repeindre le Mur des Fédérés et apposer 577 plaques de laiton aux lanternes des Champs Elysées. Anastasie, c'est pour de rire ! Mais les sénateurs se tiendront tranquilles et une seule chambre nous suffira pour plus tard.
Comment prévenir le sabotage des prébendiers d'intérêts privés ou catégoriels ?
Sans doute pas par le débat démocratique ou le référendum.
Par la révolution !
Oui oui !
La révolution ne se décrète pas, ne se déclare pas, elle se déclenche par l'alchimie du mécontentement et exige des capacités spécifiques pour la conduire. Reste ensuite à trouver le Buonaparte qui la termine et la fonde dans sa continuité.
Autant dire que l'équation a beaucoup d'inconnues !
Ce qui me laisse croire que ce travail d'équipe assez fouillé et documenté à la source (Bercy) est un challenge que se sont donné trois copains au seul bénéfice du bien commun, mais qu'il n'a aucun avenir en temps de crise contenue comme elles le sont toutes en France depuis 1936. Par contre, cette diatribe contre l'Etat pachyderme contribue aux bases idéologiques nécessaires à toute révolution qui déboucherait. Mais à lui seul il n'y suffira pas.
Achetez-le quand même.
On trouve ce petit livre partout, même chez Eyrolles.
ALSP !
