29 mars 2026

Maralago Delenda Est

Sauf à être empêché par Le Marché et ses fils & gendre qui, en l'affaire d'Iran, se sont fait un max de thunes comme on dit chez les gens qui n'en ont pas, l'Agent Orange est au seuil de la déflagration du Moyen-Orient dans le droit fil de l'impéritie de ses prédécesseurs. Dieu nous sauvera-t-Il en envoyant l'ascenseur ? Auquel cas, lui succèderait un suprémaciste reconstruit sur un véritable système de gouvernance fachiste, Jedi Vance. Les foucades du roi Ubu à la cour du roi Pétaud cesseraient comme par enchantement dès le débarquement des singes comiques de la Trumposphère qui laisseraient la place à des gens intelligents et bien plus dangereux. A la réserve près que Jédi Vance, dès ce moment, entrerait en campagne électorale pour la présidence de 2028, ce qui changerait beaucoup de choses jusqu'à redevenir simplement sérieux.

Sinon quoi ?
La guerre erratique de Donald Trump en couverture de celle du Likoud, menace d'un chaos complet tous les déséquilibres endémiques à la région, arrêtés un instant par leur propre complication. Ce monde "intermédiaire" est la mine immense des énergies fossiles et des dérivés pétrochimiques indispensables à l'industrie moderne dont la raréfaction tuera sûrement tous les projets de développements transitionnels de l'Occident et ceux de pays assoiffés d'énergie étrangère comme la péninsule indienne, la Chine et le Japon. Ne parlons pas des engrais pour l'agriculture du tiers-monde et du nôtre.

L'hypothèse la plus funeste sur le Moyen-Orient serait...
  1. le déchirage du tissu ethnique iranien entre Kurdes, Mazanderanis, Azéris, Perses et Baloutches, laissant de larges provinces incontrôlées propices à une résistance séculaire contre l'Occident global, à la manière de l'EI, attisée par nos éternels contempteurs wahhabites et autres fondamentalistes musulmans, comme on l'a déjà vu pour le califat de Raqqa ;
  2. la ruine des pétro-monarchies du Golfe persique ramenées à l'état de stations-services ;
  3. la déstabilisation de l'Irak des marais qui s'étendrait à la Syrie orientale jusqu'à l'Euphrate et remettrait une pièce dans le flipper.

Sur le Proche-Orient, on verrait...
  1. la liquéfaction du Liban mandataire partagé entre Israël au sud et la Syrie d'al-Charaa à l'est, laissant une principauté libanaise cosmopolite sur les Echelles ;
  2. le renforcement du projet sioniste par nettoyage ethnique entre le Jourdain et la Méditerranée ;
  3. l'accroissement vertigineux de la haine antisémite des peuples arabes voisins qu'ils soient égyptien, libanais, syrien ou jordanien, annonçant un refinancement à compte ouvert de la guerre asymétrique contre nous.

Au final, un état de guerre accru par rapport à l'avant 7-Octobre, et la menace jamais effacée d'une oblitération à terme de l'Etat hébreu par des pays dotés qui y verraient leur intérêt en cherchant l'intrus.

On voit que tant sur le Liban que sur l'Iran, c'est Israël qui provoquera le dynamitage des nations qu'il jugera hostiles, et pas seulement celui de leurs Etats. A moins que la nation juive d'Israël ne se ressaisisse et force son gouvernement à la réinsérer dans son espace historique sans détruire ses voisins (relire ?! la conquête de Canaan), la nation palestinienne aura disparue, on ne sait où ! Les Etats-Unis de Donald Trump seront depuis longtemps retournés en Amérique, ne comprenant plus rien aux abysses stratégiques qu'ils auront ouverts.

Comme le dit très clairement Rory Stewart sur SkyNews, les Arabes vont constater que leur relation américaine est perverse et toxique. Alors qu'ils pensaient être protégés et défendus par le pacte américain qu'ils ont financé, ils voient chaque jour qu'ils ne le sont pas, et que le petit corps expéditionnaire US arrivé ce week-end est calibré pour encocher une petite portion de la côte iranienne à des fins obscures mais pas pour vaincre leur agresseur.
Libérés des Ottomans, puis des Anglais, ils seraient mieux inspirés aujourd'hui de foutre dehors les Américains ; mais structurellement faibles, leurs Etats auront besoin d'un nouveau sponsor. La Chine est déjà à Gwadar et ses intérêts stratégiques remontent jusqu'à Bassorah !

L'hypothèse la moins pire serait que La Chose s'arrête cette semaine, avec ou sans négociations, laissant chacun panser ses plaies (combien de milliards de dollars pulvérisés qui auraient mieux trouvé leur emploi dans la misère sociale américaine ?) pendant que les flux logistiques reprendront vie et les bourses avec. Cosco a rouvert mercredi dernier ses contrats de general cargo sur le Golfe persique et les supertankers sortent au compte-goutte selon les pays destinataires.

Mais dans cette hypothèse, la frustration d'Israël sera si grande de n'avoir pu écraser complètement son ennemi, qu'il y aura forcément une fissure dans la relation judéo-américaine qui s'élargira. Les récriminations seront réciproques et Les jours de l'AIPAC seront comptés : le lobby sioniste américain a fourvoyé la politique américaine dans une folle enchère - le sponsoring d'eretz Israël - et il faudra lui faire porter le chapeau de tous les désagréments encourus dans une guerre de choix ingagnable, dont celui de la mise en danger de toute la diaspora juive sur la planète depuis que M. Nétanyahou s'est affranchi de toutes les lois de la guerre, écrites et non écrites. De toute façon, Donald Trump est par nature innocent de tout échec et trouvera le coupable qui va bien.

Les accords d'Abraham entre les oligarchies arabes et juives sont morts, la Rue arabe ne les accepte plus après soixante-dix mille morts indiscriminés à Gaza. Et c'est bien parti au Liban. La haine tout-azimut est installée durablement au Proche-Orient. S'ils sont abandonnés par l'Oncle Sam, combien de temps tiendront huit millions de juifs dans un monde arabe de 450 millions d'âmes qui ont appris de la bouche de personnalités américaines de premier plan (ambassadeur Mike Muckabee et sénateur Ted Cruz) que Le Plan va du Nil à l'Euphrate ? Laissons-là nos aigreurs et apaisons l'ulcère !

congre au fusain

Les municipales qui se sont achevées vendredi dernier par l'élection des maires pour six ans en conseil ont révélé tous les travers de notre classe politique, prête à tout pour être élue, à des exceptions rares mais bien réelles parfois. Mais ce qui a offusqué les chroniqueurs, c'est l'incivilité des masses laborieuses et démocratiques victorieuses. Rendez-vous compte, Chère Médème, que des maires sortants, jugés par eux-mêmes très méritants, ont dû quitter la salle des mariages sous les lazzis de la foule survoltée de joie, parfois sous la protection de leur police municipale. Quelle idée aussi de vouloir vivre encore un peu par un discours d'adieu recentré sur un glorieux bilan quand les urnes vous ont chassé dans les ouatères de la démocratie ! C'est le jeu ! Dégage et tais-toi !,
D'aucuns, archi-battus, veulent siéger au nouveau conseil municipal et s'étonnent de ne pas recevoir les mêmes égards qu'ils savouraient comme président de séance ; ils sont coupés, moqués, sifflés. Mais que font-ils là ? Un maire battu ne siège plus, c'est du simple bon sens.
Bayrou à Pau, Estrosi à Nice ne siègent plus. Mais Teyssèdre à Rodez insiste et se plaindra.

Intéressant est l'axe de reconstruction séparée prônée par Bally Bagayoko, nouveau maire insoumis de Saint-Denis. S'y voit comme en laboratoire la créolisation du pays dans le cas non exclu de l'avènement de Jean-Luc Mélenchon à l'Elysée en mai 2027. D'ailleurs Manuel Bompard (docteur en mathématiques aéronautiques, hein ?) l'a confirmé explicitement ici : ce n'est que le début.

La démocratie n'est pas une étiquette, un savoir-vivre ; la démocratie c'est violent, l'écrasement de la minorité par la majorité du jour est la règle, souvent le détricotage du mandat précédent, à charge de revanche pour la prochaine fois. L'heure n'est plus à la rhubarbe et au séné, le programme s'assène ! D'ailleurs M. Retailleau parle déjà de radicalités : « Nous sommes au bout d’un cycle (ndlr: le macronisme). Les Français désirent une rupture avec les habitudes anciennes ; nos solutions ne peuvent se limiter à des rectifications superficielles. Il est crucial de conserver la force de nos idées sans les diluer dans une soupe insipide.» En face, ils pensent pareil !

S'ouvre déjà la pré-campagne électorale pour la présidentielle de l'an prochain. Le succès possible du jeune président du Rassemblement national met en tension le parti lepéniste ; des lignes programmatiques s'affrontent ; si près du but, la "famille" ne veut pas lâcher le morceau. On en reparlera.

ALSP !

22 mars 2026

Norouz à Ormuz

Fête païenne du feu remontant à la Perse antique qui tombe chaque année à l'équinoxe de printemps sur toute l'Asie aride. On la dit mazdéiste, née à l'aube du monde civilisé quand parlait Zarathoustra, dualiste célébré par Nietzsche. En demeurent de beaux restes dans l'Iran contemporain où la lutte du Bien contre le Mal fait rage actuellement. La notice de la Wikipédia vous apprend tout sans peine (clic).

Au milieu du saccage de la nation iranienne par le peuple élu réuni aux barbares de l'océan lointain, la fête du feu revêt cette année une importance particulière qui ne vous aura pas échappée. On y attendait une déclaration solennelle du nouveau Guide suprême imposé à la nation par la mollarchie chi'ite, saisissant le flambeau de sa charge et le portant haut comme la statue hiératique de la Liberté, ce ne fut qu'un texte aussi long et funèbre que filandreux (clic), lu à la radio par un speaker, empli de billevesées, à douter même qu'il ait été écrit par l'ayatollah-nouveau-est-arrivé. Est-il comateux, est-il mort ? la situation gazeuse du pouvoir des mollahs arrange le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRi) qui mène à sa guise la guerre à l'Occident global, comme il s'y est préparé depuis quarante ans, sans l'encombrant renfort des clercs.

Des "experts à plateau" comme les négresses éponymes prêtent au CGRi le déroulement d'un plan déjà ancien de résistance, genre Défense opérationnelle du territoire, qui doit amener l'ennemi à finalement débarquer pour se battre d'homme à homme et le vaincre. Aussi, peu leur chaut l'anéantissement de leur aviation et de leur marine si l'infanterie continue. La nation iranienne étant réputée instruite, il est probable que Le Plan ait été établi jusqu'au bout de l'épure par les survivants de la guerre Iran-Irak, et qu'ils attendent de pied ferme le débarquement hollywoodien du matamore de la téléréalité. Convergeraient sur zone deux groupes amphibies et une brigade d'assaut aéroportée. On va voir.
Venons-en aux buts probables de cette guerre de choix judéo-américaine. Ils sont clairs et légitimes du côté d'Israël, menacé des pires outrages depuis le début de la République islamique d'Iran qui rêve, elle, d'une incinération du sionisme sur place :
  • Anéantir le régime théocratique des mollahs et ses bras armés est le leitmotiv du Likoud, quoiqu'il en coûte à la population civile. Désolés !
  • Oblitérer le programme nucléaire civil et militaire dont le succès futur signerait la rupture stratégique de terreur entre le petit poucet de la fable qu'ils appellent David et l'ogre iranien de la taille de l'Europe occidentale qu'ils appellent Goliath.
  • Casser l'industrie balistique et si possible, toute la BITD iranienne.
Que pourrait-on leur reprocher en intentions ?
Sa mise en œuvre justement !

Il semble, vu de loin mais quand même, que la destruction systématique du régime ait débordé sur celle des infrastructures civiles dont le pays a besoin, ce qui n'inquiète en rien le gouvernement de Jérusalem qui s'est déjà fait la main sur Gaza et échantillonne ses répliques au Sud-Liban dans le même esprit de benign neglect - un million de déplacés. Le problème est que la destruction ras-la-planche de l'Iran n'augure pas de la victoire finale. Sauf débandade toujours attendue au Pentagone mais qui tarde, il n'y aura sans doute pas de démotivation des unités combattantes ni des masses fidèles à l'enseignement théologique asséné depuis 47 ans au peuple. Entre un cinquième et un quart de la population est fanatisée et radicalisée. On ne convertit pas les radicaux par des tapis de bombes, Mossoul et Raqqa en ont fait la démonstration. On peut aussi dauber sur la loyauté d'Artesh, l'armée régulière impériale, mais au bout de trois semaines intenses, elle n'a pas bronché et demeure aux ordres. Au final, Tsahal n'ira pas voir à hauteur d'homme ! Trop dangereux. Alors quoi ?

"Les lois claires en théorie tournent parfois au chaos d'application", disait Bonaparte. C'est ce qui arrive aux Américains. Si Israël a le bon motif pour écraser un ennemi attaché à sa perte, l'administration Trump n'en a aucun. Le chien fou du contre-terrorisme US, Joseph Kent, l'a avoué et pris la porte. On soupçonne l'Imbécile-en-chef d'avoir mûri un "deal" à la vénézuélienne avec un successeur des ayatollahs compatible pour l'exploitation conjointe de champs pétrolifères ou gaziers comme aux temps bénis de l'Anglo-iranian Oil Company. Manque de pot, les Gardiens contrôlent la chatière d'Ormuz et instaure un péage à la tête du client. Résultat :

il manque dix pour cent de l'approvisionnement mondial en pétrole et plus encore en gaz. Vous suivez l'actualité et savez donc que le secteur des engrais et celui de l'alumine sont désormais en crise. Les prix flambent, des pénuries s'annoncent, Grand Condor ne sait plus quoi faire.
Saisir les postes de chargement de Kharg n'ouvrira pas pour autant le détroit d'Ormuz. Au final comme un paon, il a chié partout et fait maintenant la roue, mais les Arabes le maudissent déjà. La protection américaine à prix exorbitant est un leurre, l'image touristico-financière des émirats est en passe d'être ruinée si le régime honni de Téhéran se maintient et promet sa vengeance. La vision séoudienne d'un avenir radieux hors-pétrole en a pris un sacré coup : le port industriel de Yanbou el-Baḥr sur la Mer rouge a été bombardé. Une conséquence est positive dans ce chaos et nous concerne au premier chef.

Si la crise iranienne ne nous apprend rien qu'on ne savait déjà, elle nous confirme dans deux projets :
  1. La transition énergétique
  2. La défense autonome de l'Europe, fédérée ou pas
(1) Le continent européen doit s'affranchir de toute énergie qu'il ne produit pas chez lui. La transition est bien plus qu'un choix moral ou vertueux eu égard au changement climatique, elle est un impératif stratégique incontournable pour réduire progressivement le chantage éventuel des fournisseurs étrangers ou de malfaisants coupant les routes d'approvisionnement. On notera à cet égard que le refus à l'obstacle d'Ormuz des pays européens est d'abord motivé par notre incapacité à le rouvrir ! Après on brode, NATO pas NATO, ONU pas ONU, mais au pied de la falaise, personne ! Ce qui nous amène au point 2.

(2) C'est sans doute le plus grand service que Donald Trump ait rendu à l'Europe, celui de lui mettre la tête dans son fumier défensif et d'appuyer sur la nuque. L'Europe n'est ni vassalisée ni supplétive, elle n'est pas, tout simplement. Le blocage d'Ormuz par les Gardiens de la révolution islamique aurait dû déclencher un ultimatum européen et une manœuvre navale en coalition pour préserver nos intérêts. Nous n'aurions même pas dû attendre l'injonction ridicule de Trump à l'aider sur zone. Sauf que nous, Français, serons à la peine pour tenir la rive gauche du Rhin et que la topographie de la rive iranienne du détroit convoque des moyens lourds et abondants que nous n'avons pas. Tout ce que vous avez voulu savoir sur le détroit d'Ormuz sans jamais oser le demander est par . Quant au reste, cela ne nous concerne en rien finalement, sauf intérêts mercantiles particuliers.
Notre posture de juge moral universel n'est crédible voire tenable que si nous avons la force de protéger nos intérêts vitaux autrement que par des communiqués ronflants ou, pour ce qui nous concerne, par la dissuasion nucléaire qui est un pistolet à un coup inadapté aux circonstances présentes.

Que Trump retire les Etats-Unis de l'OTAN serait positif pour l'Europe, jusqu'à mériter que l'on nomme une avenue à son nom dans chaque capitale européenne.
Se défendre nous-mêmes (enfin !) implique de modifier partout le modèle social, dans ses extravagances déjà et dans ses fondamentaux :
- Quelle sécurité raisonnable peut-on assurer aux sociétés européennes ?
- Quel projet de vie soutenable pouvons-nous proposer aux générations montantes ?
- Quelle part un Etat doit-il prendre dans la définition d'une vie humaine ?

Tout est à repenser. Il y a des millions d'Européens à faire tomber du hamac social pour se défendre contre la menace des empires prédateurs, mais plus rapidement encore contre les effets désastreux du réchauffement climatique sur toutes les économies du monde qui vont recréer le chaos à peine en serons-nous sortis. Le combat du Bien contre le Mal va sérieusement se compliquer dès lors qu'il n'y a aucun volet moral dans le dérèglement climatique. Personne ne pourra le dénoncer ou le clouer au pilori ! Il n'est même pas sûr que nous puissions affronter le Léviathan promis.

Et sinon, Ormuz ?

L'île "arc-en-ciel" était il y a peu un spot touristique très prisé des globe-trotters. Sa topologie montagneuse, ses falaises torturées, ses plages rouges sont uniques. Son souk, les échoppes de street food, sa population bigarrée de cinq mille âmes, la chaleur étouffante aussi ; on s'en souvient toujours, disent les voyageurs non organisés.

ALSP !

15 mars 2026

Gouverner c'est contraindre !

Merci René. Gouverner c'est aussi « conduire les hommes collectivement dans les voies et vers des objectifs qui ne leur sont ni naturels, ni clairement perceptibles, ni conformes à leurs aspirations immédiates. Le gouvernement, c'est donc bien la répression** au sens où l'entend Freud » Ainsi parlait Georges Pompidou dans son testament politique Le Nœud gordien (Librairie Plon 1974).

"Contraindre" n'aura pas été la marque des gouvernements Macron ; "subir et plier" leur conviendrait mieux. Le coassement affolé de la classe politique menacée dans la prébende par les électeurs sevrés, interdit à l'Exécutif toute répression freudienne. C'est le système qui veut ça, en dérivant depuis la démocratie saine et circonscrite aux affaires de la communauté d'intérêts (la cité) vers une démagogie de tous les instants dans les affaires nationales où le citoyen Lambda a accès, de conserve avec le Crétin des Vosges et l'Enfant-loup de l'Aveyron.
Ainsi, le plus beau pays sur terre, chargé d'atouts que le monde entier nous envie, se retrouve en temps de paix humilié par une dette souveraine de trois mille cinq cents milliards d'euros (clic) pour le seul fonctionnement de notre éléphantesque Etat, couché sur un modèle social somptuaire qu'il ne peut plus s'offrir.

Au vu des échéances électorales qui suscitent des programmes partout dépensiers pour appâter Dupont-la-joie, il n'est prévu ni de contraindre ni de réprimer. Il sera bien plus facile, pensent nos politiques, qu'au moment de percuter le mur de la dette, ce travail soit fait par une force extérieure dont on pourra à loisir dénoncer la cruauté des méthodes. Nous avons la classe politique la plus lâche du monde. Quelque malheur qui lui advienne, je ne la pleurerai pas.

Quand on relit Le Nœud gordien de Pompidou, la première chose qui monte des pages lues est la culture de son auteur. Une culture complètement assimilée qui n'a pas besoin de "citations" ou d'allégories savantes. C'est le fonds intelligent du normalien, une race qui n'est plus revenue aux affaires depuis sa mort. Le surplomb intellectuel de Georges Pompidou sur les affaires publiques ne le conduit pas à l'hermétisme ou l'ésotérisme mais il emploie le plus naturellement du monde une langue simple et riche à destination du peuple français autant qu'à ses élites. C'est ça la classe !

Petite note en suivant : pour parler de l'Administration, il utilise de temps en temps le mot "bureaux" sans guillemets, naturellement, comme le faisait Charles Maurras qu'il avait lu, on le sait au moins pour la thèse "Kiel et Tanger" de 1910. La "dictature des bureaux" est typiquement maurrassienne. Pour terminer, nous allons citer l'essentiel du chapitre conclusif de l'ouvrage paru quelques jours après sa mort :

« L'époque n'est plus à Louis XIV dans son palais de Versailles, au milieu de ses grands, mais rien n'y ressemblerait davantage qu'un Grand Ordinateur dirigeant de la salle de commandes électroniques le conditionnement des hommes… Le bonheur que nos ingénieurs préparent à l'homme de demain ressemble vraiment trop aux conditions de vie idéales pour animaux domestiqués. En vérité, l'avenir serait plutôt à Saint Louis tel qu'on se l'imagine sous un chêne au milieu de son peuple, c'est à dire à des chefs ayant une foi, une morale, et répudiant "l'absentéisme du cœur".

A défaut qu'on puisse en arriver là, et nous en sommes loin, il faut des institutions, des institutions qui assurent à toutes les étapes de la vie, à tous les échelons de la société, dans tous les cadres où s'insère la vie individuelle – famille, profession, province, patrie – le maximum de souplesse et de liberté. Cela, afin de limiter les pouvoirs de l'État, de ne lui laisser que ce qui est sa responsabilité propre et qui est de nos jours déjà immense, de laisser aux citoyens la gestion de leurs propres affaires, de leur vie personnelle, l'organisation de leur bonheur tel qu'ils le conçoivent, afin d'échapper à ce funeste penchant qui, sous prétexte de solidarité, conduit tout droit au troupeau. Cela, afin de permettre au peuple de choisir ses dirigeants en connaissance de cause, de percevoir à l'extérieur et avant qu'il ne soit trop tard, ceux qui pourraient être tentés par le pouvoir sans limites que donnent les moyens techniques.
Car cette évolution parallèle à laquelle nous avons assisté de l'anarchie dans les mœurs et de l'accroissement illimité du pouvoir étatique va bien au-delà des récriminations contre la dictature des bureaux ou alors faut-il l'entendre au sens de l'univers de Kafka. Elle porte en elle-même un péril immense et dans lequel nous pouvons tomber de deux manières opposées. Soit en faisant prévaloir l'anarchie, qui détruirait rapidement les bases mêmes de tout progrès et déboucherait fatalement sur un totalitarisme de gauche ou de droite ; soit en allant directement vers la solution totalitaire. Le péril n'est pas illusoire. Les théoriciens peuvent, dans l'abstraction, accumuler les raisonnement subtils et compliquer à l'envi les nœuds du problème humain. Nous sommes arrivés à un point extrême où il faudra, n'en doutons pas, mettre fin aux spéculations et recréer un ordre social. Quelqu'un tranchera le nœud gordien. La question est de savoir si cela sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l'épée comme Alexandre.

Le fascisme n'est pas si improbable, il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste. À nous de savoir si nous sommes prêts, pour l'éviter, à résister aux utopies et aux démons de la destruction. "Je n'étais bon ni pour tyran ni pour esclave", disait Chateaubriand. Je souhaite que demain les dirigeants et les citoyens de mon pays soient pénétrés de cette maxime.»
(fin de l'extrait)

J'ai l'impression que nous y sommes. Le socialisme dominant (même à droite) a ruiné l'Etat et infantilisé les plus faibles qui semblent être aujourd'hui les plus nombreux. Nous abordons naturellement aux rivages enchantés du fascisme, avatar naturel du socialisme, comme on l'a vu partout jadis et maintenant (Espagne, Italie, Allemagne, Chili, Grèce, Etats-Unis). Une leucémie terrible a privé le meilleur président de la Vè République du chagrin national des années Mitterrand qui feront faire un bon de trente ans en arrière au pays qu'il aimait ; mais il n'aurait de toute façon pas vécu assez longtemps pour voir l'humiliation de l'homme par l'idéologie socialiste du moment qui gouverne tout chez nous : on reprise maintenant les chaussettes sur subvention publique !

Conclusion ?

Difficile. Pompidou a tout dit, à chaud. Nous avons lu les programmes municipaux pour les urnes d'hier, et nous avons bien constaté que tous étaient orientés à la dépense au moment où l'Etat, faute d'argent, réduit les dotations globales de fonctionnement aux communes. Mais cela n'empêche personne qui se présente aux suffrages de ses concitoyens de promettre des policiers municipaux supplémentaires, des auxiliaires dans les écoles primaires, le bus gratuit, l'augmentation de la subvention au club de longue et le colis gastronomique de Noël aux vieux nécessiteux ou pas. Il n'y a pas d'homme vrai sur ces listes, capable de gérer la pénurie budgétaire annoncée ! "Contraindre" n'est pas dans le bréviaire municipal en vigueur. La répression freudienne nous tombera dessus autrement !

ALSP !



Notes et liens utiles en clair :
  1. Répression freudienne**: Pour bien comprendre l’intérêt de la question, il faut saisir ses enjeux. Freud veut montrer ici que le processus de socialisation n’implique pas la suppression totale des désirs individuels antisociaux : dans la vie collective, ceux-ci, quoique étouffés, subsistent néanmoins et menacent de se manifester à nouveau. C’est ce resurgissement potentiel des désirs antisociaux dans la société que Freud cherche avant tout à considérer ici. La thèse défendue par Freud est que la société repose sur le droit, considéré comme imposition du désir collectif contre les désirs individuels, qui doivent être réprimés (source Major Prépa).
  2. Horloge de la Dette : "https://horloge-de-la-dette-publique.com
  3. Notice "Kiel et Tanger" de Ch. Maurras : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiel_et_Tanger
  4. Recension de l'ouvrage par l'Institut Georges Pompidou : https://www.georges-pompidou.org/sites/default/files/2023-08/pompidou_oeuvres-choisies_7_noeud-gordien.pdf
  5. Subventions légales aux communes : https://compass-financement.com/liste-subventions-communes/
  6. L'essai de Georges Pompidou publié en 1974 chez Plon, a été réédité chez Flammarion en 1984. On le trouve facilement sur les sites de livres en ligne, comme par exemple chez Mollat à 10 euros. Tout le monde doit avoir cet ouvrage dans sa bibliothèque.