07 juin 2026

Président, nous voilà !

Avant-propos

Samedi dernier, la Normandie recevait le Secrétaire d'Etat à la défense américain. Ses posture successives participaient du principe de vulgarité qui gouverne les chefs de l'administration T.
Ce jour qui autrefois manifestait un esprit de camaraderie franche et sincère entre les nations alliées, est devenu celui des arrière-pensées et du ressentiment. Il y a bien d'autres occasions de confronter son point de vue sur les défis de la guerre que celle-ci. Entend-on le message des anciens combattants qui se sont mouillés dans le plus grand débarquement de l'histoire ? On ne parade pas comme un grand singe au milieu de tant de croix !

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Retour à Paris. Qui des Quarante formera le carré final des Quatre Fantastiques ? C'est le sweepstake politique de cette année dont l'arrivée est prévue le dimanche 11 avril 2027. Nous ne pouvons résister au plaisir de les citer tous tant la poilade est grande. En vrac : Edouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard, Michel Barnier, Eric Zemmour, Jordan Bardella, Jérôme Guedj, Olivier Faure, Ségolène Royal, Boris Vallaud, François Hollande, Fabien Roussel, François Asselineau, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Xavier Bertrand, Jean-Luc Mélenchon, Delphine Batho, Nathalie Arthaud, Laurent Wauquiez, Florian Philippot, Clara Egger, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, Lydie Massard, Gabriel Attal, Dominique de Villepin, Elisabeth Borne, Gérard Darmanin, Bernard Cazeneuve, Lucie Castets, Anasse Kazib, Benjamin Lucas-Lundy, François Baroin, Karim Bouamrane, Jean Castex, Carole Delga et Yannick Jadot.

Oui, il en manque ! Ils m'en voudront ! Et d'autres qui se croient tout à fait capables de nous gouverner, s'il ne fallait pas entrer dans le tunnel fastidieux d'une campagne électorale, je pense à Bruno Le Maire, pressenti par Houellebecq.

La première question que je me pose est de savoir si le pays va pouvoir attendre trois cents jours dans l'état de calamités financières où tous ces gens l'ont précipité, ou si les horreurs de la banqueroute vont s'abattre sur nous sans tarder en conséquence du blocage du détroit d'Ormuz.

Il y a trois catégories de candidats : ceux qui concourent en vrai pour le poste, ceux qui profitent de l'occasion pour faire monter la notoriété de leur parti avant les législatives à suivre, élections fournissant des prébendes parlementaires juteuses ou des crédits d'Etat proportionnels aux nombre de voix extraites du corps électoral ; et enfin ceux qui profitent de l'audience particulière du moment pour témoigner d'un souci, d'une ambition, d'un projet spécifique. A condition pour tous de réunir quand même cinq cents parrainages d'élus de seconde zone, émanés de trente départements (la règle).

Le régime clientéliste latin, ainsi qu'est devenue la Vème République, incite les candidats sérieux à produire des programmes électoraux fourmillant de détails, alors que la fonction est de "présider" d'une certaine hauteur comme le dit notre Constitution aux articles 5 à 16 :

  • 5.- Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
  • 8.- Le président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.
  • 9.- Le président de la République préside le Conseil des ministres.
  • 10.- Le président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée. Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée.
  • 11.- Le président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions…
  • 12.- Le président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale…
  • 13.- Le président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en Conseil des Ministres. Il nomme aux emplois civils et militaires de l'Etat…
  • 14.- Le président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui.
  • 15.- Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale.
  • 16.- Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel… (la règle)

(on notera la capitalisation abusive des noms communs et des adjectifs dans le texte diffusé par l'Elysée)



Le président de la République ne s'occupe pas de tout, c'est le rôle et surtout la tâche du Premier ministre en charge du gouvernement au quotidien : responsable devant le parlement, il dirige l'action du gouvernement et assure l'exécution des lois (articles 20 et 21 de la Constitution). Donc le catalogue de mesures présenté par tous les candidats à la présidentielle annonce déjà un biais constitutionnel. Mais de ça, les électeurs s'en fichent, il veulent une loi présidentielle pour disposer les pots de géranium sur les rebords de fenêtre, alors que le président devrait (à mon avis) se recentrer sur l'essentiel, à son vrai niveau.

Dans la pratique, l'équilibre des pouvoirs exercés à Matignon et à l'Elysée se transforme le plus souvent en cohabitation des tempéraments par le canal des cabinets de la primature et de la présidence. Il s'en suit un brouillage tant au niveau de la coordination des décisions politiques qu'à celui de l'autorité perçue. Ainsi la lutte des ego annihile l'esprit de la Constitution de 1958 où les étages sont bien marqués. Charles de Gaulle avait paré cette dérive en se réservant deux domaines qu'il présidait depuis des cellules ad hoc à l'Elysée, la diplomatie avec la Françafrique et les armées. Le reste était laissé à un premier ministre dont le choix répondait à une exigence irréfragable de loyauté à l'endroit du président-fondateur.

La compétition s'exacerba dès le mandat de Georges Pompidou avec la nouvelle société de Jacques Chaban-Delmas. Puis vinrent les contentieux Giscard-Chirac, Mitterrand-Rocard, Chirac-Jospin, Hollande-Valls, Macron-Attal et tous ceux qui suivirent. Les gentils toutous, modèle Couve de Murville, ont été Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Edouard Philippe et Jean Castex. On peut donc voir que souvent "la maison est mal tenue" parce que la pratique courante des institutions laisse monter les affrontements au sommet de l'Etat. La seule solution est de remettre en haut de la pyramide un vrai chef d'Etat qui préside. Pour y atteindre, certaines qualités sont exigibles.

L'intelligence (1) et la culture(2) sauvent bien des situations compliquées, surtout si elles émanent une autorité naturelle(3). Une connaissance de l'intérieur de l'Etat profond est également indispensable(4), au moins autant qu'une expérience de gestion par objectifs(5) avec la sanction du succès ou de l'échec. Si on applique ces cinq critères aux quarante candidats cités en début d'article, on voit que le crible est dévastateur. Pourtant certains le traversent comme Michel Barnier, Xavier Bertrand, Elisabeth Borne, Bernard Cazeneuve et Jean Castex. Effectivement ils ne sont pas les plus bruyants. L'un se détache du lot, qui me fait penser à Romano Prodi (clic), c'est Bernard Cazeneuve. La petite notice de l'Institut Montaigne le résume bien (clic). En deux mots, c'est un homme honnête dans la force de l'âge, expérimenté à la ville comme aux affaires d'Etat.

Si les Français mûrissent d'ici là et ne badent plus les hâbleurs et autres demi-habiles qui les circonviennent si facilement, ils devraient choisir Bernard Cazeneuve, si lui le veut bien ! A défaut, Jean Castex.

Ceci étant dit, on revient sur les émeutes festives de la Ligue des Champions en France. Elles sont (pour moi) l'expression de la dégénérescence de la nation. La victoire du PSG arrachée aux clubs européens par l'émir du Qatar à coups de milliards s'est comme à l'accoutumée traduite par des débordements "inqualifiables" en ville, quel qu'ait été le résultat du match d'ailleurs.

A trop rapidement dénoncer les "quartiers", on zappe une réalité bien plus inquiétante : à visionner les images captées par la presse, on découvre que ceux-ci ne sont pas seuls, loin de là. Les groupes éphémères d'émeutiers qu'on y voit, participent plus souvent que l'an dernier de la sociologie des Black Blocks, mais en peau de lapin et blanche de surcroît. On casse pour casser, tout commence et s'arrête là. Pour l'instant ! Mais les émeutes de Nahel le laissaient deviner : il suffirait d'un peu d'organisation et de commandement pour que l'émeute se transforme en insurrection. La victoire du PSG n'offrait pas le recul suffisant à créer les conditions d'une "organisation du désordre". Mais certaine dates fixes, oui !

L'ancien président du tribunal de Bobigny disait l'autre soir chez Pujadas qu'il y avait un délaissement par les autorités départementales d'une certaine jeunesse, mal éduquée, d'autres disent décivilisée, sans avenir, sans envie d'intégration et qu'en prenant de l'âge, ces groupes violents peuvent déclencher une crise autrement plus sérieuse que la guerre des abribus. Les pouvoirs publics actuels ne semblent pas en capacités de gérer un soulèvement populaire de la jeunesse et dirigé dans l'instant au moyen des réseaux sociaux.

Peut-être la Sûreté urbaine, si elle existe encore, a-t-elle phosphoré sur le sujet pour élaborer des plans de contre. Les moyens existent, les effectifs aussi. Manquent peut-être les modes d'emploi et la politique de répression qui jusqu'ici n'impressionne personne. M. Nuñez est un bon explicateur après-coup et certainement bien organisé avant la manifestation, mais il manque d'entrain pour galvaniser ses troupes et en même temps, exiger de son collègue de Vendôme une sévérité réelle de la Justice.

Pour le reste, il est inutile de chercher les causes de tout cela, du moins cela ne sert-il à rien, mais le spectacle réitéré depuis le mandat Sarkozy des destructions impunies commises par les Black Blocks a pu susciter un enthousiasme coupable chez des petites bandes fragiles mais nombreuses.

Il faut repartir d'une feuille blanche et faire l'inventaire des réalités constatées par les meilleurs acteurs de terrain, les policiers et les éducateurs sportifs. Côté loi, on en parle beaucoup, mais le plus urgent est de réprimer sévèrement pour diminuer le goût de l'interdit en appliquant trois mesures : pas de sursis en cas d'émeute, peines plancher, incarcération à partir du premier jour. Darmanin l'avait demandé l'an dernier après la première victoire du PSG en Ligue des Champions. S'il manque des places, on ouvre des camps.

Puis on crée un ministère ad hoc, sur le modèle du Plan, dépendant directement du président de la République, qui travaillera à réparer le tissu social où il est déchiré en ayant pleine autorité sur tous les acteurs publics concernés que sont les recteurs d'académie de l'Education nationale, les bailleurs sociaux, les directions "Etrangers" des préfectures, la police de proximité réinstallée, les guichets publics de services généraux et de santé. C'est un peu fasciste je l'admets, mais moins dur que d'assécher les Marais pontins.

Se posera rapidement la question d'un service national élargi et bien rémunéré qui sauvera les jeunes qui sont au seuil de basculer dans la délinquance. Les premiers contingents sont prometteurs.
Il faudra aussi deux ou trois clashes qui montreront la force pour n'avoir pas à s'en resservir. Prochain rendez-vous, la Fête de la musique ou la Saint-Jean si vous préférez.

En conclusion, enfin pour aujourd'hui, on n'attend pas du futur président de revisser toutes les petits écrous d'un mécano qui branle de partout mais de donner les ordres nécessaires pour la continuation de la nation, suffisant à son juste rang.
Et si les rationnaires de la République planqués au Palais Bourbon regimbent et suscitent des désordres en ville pour se venger de leur insuccès, il reste l'article 16 et les Centaures*.

ALSP !