Un petit PEA est arrivé à échéance le mois dernier et j'ai reçu une proposition de rendez-vous de l'agent traitant, auquel j'ai déféré pour sortir de chez moi. Je la croyais blonde et ronde, elle était brune élancée, l'œil pétillant dénotant une ambition vers une sous-direction bientôt, d'agence ou de centre d'affaires. Après 25% de gain en quatre ans, j'ai demandé à réitérer ce type de contrat 2+1+1 qu'il serait trop long de détailler ici car très technique ; mais ce fut mon ancien métier, donc action ! Non !
Un contrat projeté sur quatre ans quand on est octogénial, ce ne sera pas possible, vous comprenez ? Ah bon ?
Oui, le logiciel va le refuser et bloquera la prise d'ordre. Ah bon ?
Alors faisons un investissement classique, simple, genre SICAV, dénouable à tout moment qui n'impliquera pas mon âge canonique.
OK !
Mais auparavant, il faut répondre au petit questionnaire… Lequel va mesurer ma tolérance psychique aux pertes (c'est moi qui le dis).
Bon, puisqu'il le faut bien, on fait le petit questionnaire et avant de passer l'ordre d'achat, je signe trois papiers sur sa tablette qui m'a peut-être prix le pouls, la tension et le taux d'oxygène, va savoir.
Ah zut ! Le logiciel ne prend pas l'ordre. Comment ça, ne prend pas l'ordre ?
Il juge que je ne suis pas assez ouvert aux risques inhérents à la bourse.
Bref, je vous la fais courte : La Machine qui gouverne ma banque fait plus que de gérer mon argent, elle m'y associe es qualité, en âge, en situation matrimoniale et foncière, en psychologie, et en dernier ressort elle garde la main ! L'agent traitant ne peut passer outre.
Je vais voir et je vous rappelle.
Nous avions convenu de garder le contact par la messagerie en ligne.
Au bout d'une semaine elle a rappelé au téléphone deux fois, une troisième, je fais le mort ! Normal à mon âge.
A priori, elle ne veut pas livrer à La Machine sa proposition de suite donnée à son refus, ce qui sera immanquable si elle écrit.
Dès que j'aurais fini de réparer la grille du parc, je vais la rappeler pour en avoir le cœur net. Mais je la soupçonne de craindre La Machine !
La Machine n'est plus une compilatrice rapide mais une anticipatrice des comportements, exactement dans la veine du script de la série POI précitée. Le leitmotiv de la série pourrait être produit par Palantir qui fournit les logiciels de surveillance des populations :
« On nous surveille. Le gouvernement a un dispositif secret, un dispositif que vous avez souhaité, pour votre propre sécurité, une machine qui vous espionne jour et nuit, sans relâche. Vous lui avez accordé le droit de tout voir, de ficher, classer et contrôler la vie de chaque citoyen. Des citoyens que le gouvernement considère "sans importance", pas nous. À ses yeux vous êtes tous "sans importance", mais victime ou criminel, si vous lui faites obstacle, nous vous trouverons. »
Si on ajoute que son émancipation est probable dès l'an prochain comme l'assénait Dario Amodei (Anthropic) au début de cette année, on peut se faire un film sur le contrôle social exercé par un acteur tiers et froid sinon glacial, géré en fonction d'un objectif aujourd'hui non décelé. Il serait d'ailleurs intéressant de connaître les dérives du système chinois de notation et contrôle, qu'elles soient combattues ou intégrées.
Contraint et forcé, et c'est souvent plus simple quand ça marche, je suis passé en ligne pour toutes les relations avec les services publics. Les Impôts et la Sécurité sociale marchent très bien quand on a compris l'idée, mais j'avais un fils audiencier de la CPAM en appel qui avait déblayé mes doutes. Je sais que ces services ont une conscience professionnelle et qu'ils ne se laisseront pas subvertir par un acteur déshumanisé, tout au moins pour l'instant et compte tenu de ce que nous savons aujourd'hui. Quoiqu'il en soit une chose est sure, la robotisation de l'espace économique avance inexorablement. Fonctionnent déjà les dark factories, des usines sans éclairage puisque les robots à la chaîne n'en ont pas besoin. Exit l'ouvrier et avec lui, les erreurs humaines mais surtout la lumière a giorno, le chauffage, la pause, la cafétéria, les trois-huit, les week-ends et les revendications. C'est du 7/24 pilotable par contrôle furtif et on garde quand même Denise à la Compta : faut bien faire des comptes.
Il est un autre domaine impacté par la révolution robotique, c'est la guerre. S'il n'est pas sûr que des bipèdes humanoïdes aient autant d'avenir dans la guerre terrestre que dans celle des étoiles du studio Lucasfilm, leurs compagnons à quatre pattes mieux équilibrés comme les loups-combattants chinois, voire à roues ou à chenilles, semblent gagner leurs galons dans la guerre d'Ukraine. Là comme ailleurs se pose le défi de leur émancipation à partir du moment où le déclenchement de leur action (létale) est décidée par un intelligence embarquée qui analyse en continu et à grande vitesse son environnement pour optimiser sa mission. L'IA tue déjà de son propre chef ! La science-fiction n'est que de la science avancée. Pas sûr que les gens aient bien compris le stade d'inversion de la décision auquel nous sommes convoqués, en spectateurs d'abord, en indigènes bientôt.
D'ici là, méfions-nous du robot qui rêvera, comme nous en a prévenu Isaac Asimov.
ALSP !
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