15 février 2026

Tokyo, Berlin, Rome

J'avais prévu et commencé une petite vengeance contre la gauche caviar et pédérastique pour m'y ennuyer au point d'y préférer les sakuras du Japon. C'est la saison des cerisiers en fleurs et c'est bien plus réconfortant que de s'appesantir sur la hure grêlée du roi-soleil de la Culture, terrassé par sa pingrerie légendaire qui lui fit chercher des sponsors sulfureux ô combien, c'est peu dire.

TOKYO. Sanae est la fille d'un ouvrier pauvre. Elle a vaincu la tradition patriarcale nippone en exaltant la réaction et le conservatisme tout à la fois, ce qui n'est pas un défi mineur chez l'Empire du Chrysanthème. Les ligues féministes n'auraient pas imaginé vaincre le système des castes aryennes sur un programme nationaliste et quelque part revanchard, pour la simple raison qu'elles n'auront jamais la niaque de Sanae Takaichi (dans les dîners en ville, prononcez Sanaïe Takètchi).
Qui est-elle déjà ? Insubmersible et incombustible. Mon premier est le travail, mon second est le travail, mon troisième est le travail, mon tout est le travail ! Imaginez les laideurs garçonnes de l'écologie féminique française sur cette antienne !

La première nippone est l'avatar de Magareth Thatcher, fille d'épicier, montée en graines libérales jusqu'au 1O, pugnace, persévérante et peu influencée par les émotions contraires à son axe de régénérescence du Royaume-Uni. Les insurgés irlandais s'en souviennent, au paradis.
Takaichi est le copié-collé de la Dame de fer en version punk. Motarde diplômée de l'université, elle montre très tôt un acharnement à sortir de la condition très modeste de ses parents et pour ce faire, prend tout ce qui passe à sa portée. Petits jobs, stages, même la politique tant qu'à y être ! La Wikipédia fait une recension honnête de sa vie par ici.

Son parcours politique, puisqu'on y vient, est un combat de tous les instants ; à terre, elle se relève toujours, c'est le côté "motarde". Bref, elle accède à la primature mais ne dispose pas de la majorité nécessaire à réformer l'économie outrageusement globalisée du Japon. Aussi décide-t-elle de dissoudre la Chambre basse pour y obtenir une majorité des deux-tiers qui lui permettra de travailler à la révision constitutionnelle. Grand éclat de rire de la classe politique et médiatique (comme ici), elle allait se ramasser, sans fortune familiale, une femme en plus ! Mais c'était sans compter la tempête de neige. On a vu par endroit quatre mètres de neige et pas que dans l'île septentrionale d'Hokkaïdo - vous savez, l'île aux singes dans les trous d'eau chaude.

Son taux de popularité parmi les 18-29 ans est de 90 % ! Les "jeunes" ont été séduits par un discours clair sans catachrèses ou hypallages jusqu'à sortir la pelle à neige pour se frayer un chemin vers le bureau de vote. Par millions ! Ainsi a-t-elle obtenu 316 sièges sur 465 soit six sièges de plus que les deux tiers de l'hémicycle, sans compter le renfort d'un parti allié qui lui apporte 35 sièges de sécurité portant sa majorité à 351 sièges, du jamais vu. Un véritable séisme électoral qui a sidéré les chancelleries, jusqu'à Pékin bien sûr qui redoute le réveil du "monstre".

Sanae Takaichi est donc en mesure de tenter d'amender la constitution pacifiste imposée par les Américains en 1945, mais il y faudra les voix de la Chambre haute et un référendum populaire. On n'y est pas encore. Elle va déjà fêter son succès à Washington chez Donald Trump qui a gagné sur un programme similaire au sien, le fameux "MAGA". A la réserve près que les programmes nationalistes purs et durs (nous ne savons pas en France de quoi il s'agit) sont exclusifs de tous autres.
Dans la mise en œuvre de son budget responsable et proactif, l'ambition nationaliste du Japon, réveillé sous l'étendard impérial du soleil rayonnant, va se cogner aux réalités hégémoniques de l'administration américaine qui entend moins que jamais partager ses emprises géopolitiques qui croisent parfois la fierté japonaise.

La différence de mise en œuvre de programmes similaires à l'intérieur mais concurrents dans les affaires extérieures, pourrait se faire aux tempéraments respectifs. Trump est un enfant gâté, un lézard doré peu cultivé qui se prélasse dans la contemplation de lui-même sur les écrans de télévision - en fait il ne fait que ça - quand Takaichi est arrivée à la force du poignet jusqu'à écraser tous ses adversaires politiques sur la base d'un programme solide et partagé qu'elle va appliquer contre vents et marées, fussent-ils américains. Il n'est pas dit qu'elle réussisse. Il n'est pas dit non plus que Trump arrive à plier le Japon. C'est encore un très gros morceau. L'exemple de la résistance chinoise à ses objurgations ridicules est dans tous les esprits d'Asie du sud-est.
Takaichi ne mollira pas quand la relation se gâtera, parce que forcément elle se gâtera ! Il lui faudra sourire et réconforter le vieux bonhomme abandonné par son âge avancé et par toute l'intelligentsia de son pays.
L'autre sujet de la semaine, c'est la mésentente du vieux couple franco-allemand.

BERLIN. Cette amitié, un peu forcée, est un mythe partagé au sortir de la Seconde Guerre mondiale quand il s'est agi de mettre fin une bonne fois à la guerre civile européenne. L'histoire du Couple a fait l'objet de nombreux ouvrages savants, nous nous bornerons à rappeler quelques étapes.

Il n'existe pas de couples de nations, ce sont toujours des humains qui se mettent en couple. L'entente fut quasi-parfaite entre le chancelier Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing - il y avait une certaine complicité intellectuelle ; elle fut très productive entre Helmut Kohl et François Mitterrand, à preuve l'établissement de la monnaie commune et l'accord sur un pacte de stabilité remédiant à la gabegie auto-immune française. Puis les choses se gâtèrent à partir de Gerhard Schröder après la décision non concertée de Jacques Chirac (à la fin du mandat Kohl) d'arrêter la conscription, faisant comprendre à notre partenaire le peu de cas qu'il faisait d'une architecture de défense européenne ; à quoi s'ajoutait les déficits sociaux structurels français quand en Allemagne on décidait de remettre les compteurs à zéro par les lois Hartz.
Angela Merkel, chancelière venue de l'est, n'achètera pas le mythe franco-allemand mais elle en laissera vivre la décoration. Elle regardera passer le turbulent Sarkozy à cent lieues du projet allemand de renouveau, assez bête pour attaquer la Libye sur les dires d'un marchand de bois philosophe avide de célébrité, et foutre in fine le désordre par tout l'espace saharien, puis le fade et normal François Hollande, qui l'a surprise quand même par son raid sur Tombouctou, et pour finir, le gémisseur actuel qui réclame continuellement à l'Europe l'argent qu'il jette dans le tonneau des Danaïdes, à nul effet, le pays étant sens dessus-dessous et sa dette, colossale en temps de paix. Olaf Scholz (roi de Hambourg) pas plus que Friedrich Merz ne seront convaincus du bien fondé de ce couple mal assorti dont on parle en France mais en Allemagne jamais.

On en vient maintenant aux deux projets qui devaient réaffirmer l'entente franco-allemande selon Macron : le SCAF et le MGCS. Le premier est un système de combat aérien intégré autour d'un avion de cinquième voire sixième génération, renforcé d'effecteurs sans pilote au sein d'un cloud de combat top du top. On peut s'informer par les deux liens proposés ci-dessous :
Le second est un système de char d'assaut dernier cri, intégré dans un cloud de combat terrestre destiné à rompre les fronts. Wikipédia a fait une bonne notice sur ce projet :

Les deux projets sont emblématiques des divergences d'intention.
La France n'a pas besoin de l'industrie allemande pour construire un avion de cinquième génération avec ses ailiers (loyal wingmen), mais elle n'a pas l'argent pour financer la R&D du projet et Dassault ne peut y parvenir sur fonds propres, surtout en prenant le risque d'une banqueroute de l'Etat qui obèrerait la production promise pour rentrer dans ses sous.
L'Allemagne n'a besoin de personne pour faire le super-char du futur et la promesse française d'achat ne lui apporte rien de plus que celle de tous ses clients Leopard qui attendent les yeux fermés le successeur du Leopard 2. Par contre la France n'a pas l'outil industriel pour produire un char de dernière génération et les intentions d'achat de la DGA sont trop faibles pour rentabiliser un développement sur fonds propres d'aucun groupe français.

Sans entrer dans les détails (que vous trouverez facilement sur le Net) on voit déjà que les violons sont désaccordés. La faute principalement à la France qui ne donne confiance à personne dans l'état de calamité financière dans lequel elle se vautre ; jusqu'à récemment réclamer l'émission d'eurobonds pour refinancer un modèle social à la grecque complètement échoué. Le "non" allemand lors du séminaire d'Alden Biesen en Belgique fut cinglant ! C'est à mon avis le dernier clou sur le cercueil du Couple.

L'Allemagne réarme à marche forcée, c'est sa priorité car elle revient de loin après la gestion du pays à l'économie par Scholz et Merkel surtout. Pourquoi s'encombrer des humeurs et vapeurs de la Reine des Gitans, sa voisine, qui paie deux millions de rationnaires à rien foutre, rémunère des fonctionnaires partout en excédent selon la moyenne de l'OCDE, refuse d'équilibrer son régime public de pensions et va dans le mur du FMI ? Le monde est grand et les dangers nombreux. Que pour elle la France continue de fournir ses fromages, ses vins et ses parfums doit suffire à l'Allemagne. L'industrie va discuter avec un partenaire industrialisé par des canaux de coopération déjà explorés : l'Italie.
Ce n'est pas un faux scoop pour embellir l'article :

ROME. « L'Allemagne et l'Italie unissent de plus en plus leurs forces pour donner l'orientation de l'agenda européen, la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le chancelier allemand Friedrich Merz affichant régulièrement leur convergence de vues à Bruxelles, sur l'industrie automobile ou les accords commerciaux, par exemple. Lors d'un sommet des dirigeants de l'Union européenne jeudi, la dirigeante italienne d'extrême droite et le conservateur allemand ont défendu une vision commune visant à stimuler la compétitivité européenne.»
(la suite sur Boursorama)

La séparation des exécutifs allemand et français va se faire en douceur comme dans un vieux couple, sans éclats, naturellement. Que restera-t-il de cette aventure, gaullienne au départ ? Arte !

Giorgia Meloni est devenu rapidement un chef de gouvernement qui en remontre à tous pour le sérieux avec lequel elle gère un pays réputé ingérable. Elle a aussi un talent de conviction qui lui fut utile pour canaliser vers la Botte les subsides européens permettant de relever les défis habituels d'une nation où l'art combinatoire de l'esquive fiscale est au sommet.

Trois choses sont à remarquer : son industrie tourne à plein régime ; son budget primaire est à l'équilibre ; elle a fait de l'immigration un atout en transformant les demandeurs d'emploi étrangers en travailleurs dont elle a besoin. Ils travaillent, ils cotisent et tout le monde est content, les patrons petits et grands les premiers.

Nous ne pourrons jamais l'imiter pour une raison bête : nous n'avons déjà pas assez de travail distribuable parce que les génies français de l'économie ont ruiné l'industrie générale, ne gardant que l'industrie de pointe et de luxe toujours insuffisantes à l'embauche.

Nous n'avons pas de pointures intellectuelles du calibre d'un Draghi, capable de convaincre l'Etat d'aller dans un sens ou dans un autre et de s'y tenir. Le fiasco de la retraite à points qui sortait de l'ornière le schéma de pensions par répartition nous l'a montré. Et surtout, Mme Meloni a l'autorité naturelle et exécutive qui nous manque pour un changement de pied immédiat si c'est meilleur pour le pays. Elle n'a pas d'idéologie sacrée. Elle gou.ver.ne !

On comprend facilement pourquoi les dirigeants allemands et la Deutsche AG estiment perdre leur temps avec la France, ne cherchant que des opportunités de collaboration ponctuelle (il y a des usines allemandes en France) dans le cadre de leurs intérêts privés. Ils abandonnent le cadre de collaboration politique globale qui à la fin n'a rien donné.

Les réalités - un concept très germanique, la realpolitik c'est eux - vont prendre le dessus, et le mythe partagé franco-allemand va s'évaporer dans l'éther des velléités inabouties. M. Macron aura tout foiré. On peut attendre un sursaut de sa part dans les prochains mois pour finir son mandat sur une note positive en dépit d'une dette humiliante. On peut le craindre aussi !


Conclusion.

Trois pays qui affrontent les défis de la mondialisation les yeux grand ouverts, trois pays qui ne philosophent pas sur la dureté des temps, trois pays qui nous ont volé la maxime napoléonienne "impossible n'est pas français !" pour la naturaliser à leur profit.
A côté d'eux, un vieux pays fatigué de lui-même qui veut protéger ses derniers atouts mais ne les exerce pas, un vieux pays écrasé par un Etat obèse, une classe politique obsolète et des partis politiques archaïques. Un pays de revendications qui n'aime plus travailler. Un pays failli qui attend Hercule Godot, lequel tarde à venir.

Et pourtant, la semaine passée, Arianespace a lancé une fusée Ariane 6 construite aux Mureaux (Yvelines) avec une poussée augmentée par quatre boosters italiens pour mettre en orbite une gerbe de 32 satellites Amazon LEO, un premier lancement sur les dix-huit du contrat passé avec Jeff Bezos pour concurrencer Starlink. Ce qui prouve que les Français, quand ils sont débarrassés des injonctions du pouvoir politique, sont capables de belles choses. Mais ne le peuvent que les entreprises de haute technologie comme Arianespace ou trop puissantes à l'international comme Total Energies ou Michelin. Les autres sont harcelées pour corriger les erreurs du politique. Remettons l'Etat dans son champ de responsabilités et concentrons-nous sur nous-mêmes pour régénérer la nation avec la seule ambition de redevenir un jour prochain, même plus éloigné, un exemple d'éthique morale, et pourquoi pas de beauté dans le concert des puissances. Rêvons !

ALSP !

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