La racine de la souffrance intime n'est pas de ressentir de la peine ou de la tristesse, voire de ne rien ressentir du tout. Il semblerait au bouddhiste que la cause de cette souffrance gît plutôt dans une quête incessante de sensations éphémères qui met en tension notre esprit, balancé entre l'agitation et l'insatisfaction. Eprouverait-il du plaisir à un instant donné qu'il en ressentirait aussi un mécontentement né de la peur qu'il ne cesse, alors qu'il souhaiterait que ce plaisir se prolonge. La clef est de se libérer de la course au plaisir pour jouir d'un esprit détendu, clair et comblé de sérénité. On n'y parvient pas sans la méditation auprès d'un guide-expert. La robe safran est en vente chez Etsy Irlande.
Il est maintenant intéressant de poser la question de la recette du bonheur à La Machine dont nous parlions la semaine passée, en interrogeant par exemple Le Chat de la société d'intelligence artificielle française Mistral AI (clic). Pour ce faire, il suffit de faire un essai comme proposé...
Q : Quelle est la recette du bonheur ?
...et ça donne ça en deux à trois secondes :
R : La recette du bonheur est une question aussi ancienne que l’humanité, et chaque personne y répondrait probablement différemment selon sa culture, ses expériences et ses valeurs. Cependant, plusieurs ingrédients reviennent souvent dans les réflexions philosophiques, scientifiques et populaires :
1. Des relations humaines de qualité
Les études en psychologie montrent que les liens sociaux solides et bienveillants sont l’un des principaux facteurs de bonheur. Passer du temps avec ses proches, cultiver l’empathie et l’écoute, et se sentir entouré sont essentiels.
2. Un sens à sa vie
Avoir des objectifs, des passions ou des engagements qui donnent l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand que soi (famille, travail, art, bénévolat, etc.) est souvent cité comme une source profonde de satisfaction.
3. La gratitude
Prendre conscience des petites et grandes choses positives de la vie, et les savourer, aide à cultiver un état d’esprit plus heureux. Tenir un journal de gratitude est une pratique simple et efficace.
4. L’acceptation et la résilience
Apprendre à accepter ce qui ne dépend pas de nous, et développer la capacité à surmonter les épreuves, permet de réduire le stress et d’avancer plus sereinement.
5. Le soin de soi
Prendre soin de sa santé physique (sommeil, alimentation, exercice) et mentale (méditation, pauses, loisirs) est un pilier souvent sous-estimé.
6. La simplicité et le lâcher-prise
Se libérer de la surcharge matérielle, des attentes irréalistes ou de la comparaison sociale peut apporter une grande légèreté.
7. La curiosité et l’apprentissage
Rester ouvert au monde, apprendre de nouvelles choses, voyager ou explorer de nouveaux horizons stimule la joie et l’épanouissement.
En résumé : Le bonheur ne se trouve pas dans une formule magique, mais plutôt dans un équilibre personnel, une attention portée à soi et aux autres, et une certaine liberté intérieure.
Et toi, qu’est-ce qui te rend heureux ou heureuse ? As-tu déjà trouvé des ingrédients qui fonctionnent particulièrement bien pour toi ?
(fin)
Combien de temps auriez-vous mis à pondre cette réponse, ou même une réponse différente de la proposition "artificielle" ? Dix minutes pour les plus rapides en partant de rien ? Le rapport d'attention serait donc de 3 à 600 secondes soit 200 fois. Comment ne serions-nous pas remplacés ? Le grand remplacement n'est pas celui qu'on croit. Mais des progrès restent à faire.
Le Chat n'a pas saisi le paradoxe du bonheur malheureux : ne vous est-il jamais arrivé de voir votre humeur s'assombrir dans un moment de bonheur intense à la seule pensée que la séquence de sérénité va fatalement s'achever dans l'impermanence du ressenti ?
D'où le sonnet de Serge Gainsbourg dont nous reproduisons ci-dessous les paroles et qui a fait notre titre :
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Que le ciel azuré ne vire au mauve,
Penser ou passer à autre chose
Vaudrait mieux !
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux !
Croire aux cieux croire aux dieux,
Même quand tout nous semble odieux,
Que notre cœur est mis à sang et à feu.
Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Qu'une petite souris dans un coin d’alcôve,
Apercevoir le bout de sa queue rose, ses yeux fiévreux.
En chantant ?
Que dire à la fin ?
Parler du bonheur, de son accessibilité, de conditions qui le favorisent, de la chance de l'éprouver même s'il est rare comme sont rares le génie et l'amour ; sinon parler de la fin du bonheur ? Les nuages s'amoncèlent sur les sociétés humaines et la planète semble aujourd'hui nous en vouloir. Sommes-nous à la fin de quelque chose ? Indéniablement.
D'après la faculté d'anthropologie, l'espèce a franchi trois révolutions essentielles qui ont modifié ses gènes et grandement amélioré ses chances de déploiement jusqu'à l'encombrement actuel. Ce furent la révolution cognitive qui a conscientisé les apprentissages, nous a projetés dans notre avenir et nous a permis de descendre de l'arbre puisqu'il y avait mieux à faire au sol ; la révolution agricole qui nous a jetés dans l'exploitation du capital Terre et a formé les sociétés modernes imbriquées ; la révolution scientifique qui nous a dévoilé la puissance de l'invisible et de notre propre imaginaire. Cette dernière évolution vient de dépasser notre humanité et ouvre en grand les portes du dernier vertige.
La quatrième révolution est la révolution numérique. La dictature du bit ! Il est impossible d'arrêter les docteurs Frankenstein qui se sont incrustés dans le tissu civilisationnel au point que pour les tuer il faudrait aussi le déchirer à nos dépens. A défaut de les anéantir, peut-on les dévier ? Surgit alors la question vache : non pas "comment", mais "vers quoi", les deux questions étant aussi difficiles l'une que l'autre.
Vers quoi ?
Vers une forme d'entropie des civilisations qui pallierait l'inégalité des races humaines quand elles s'agrègent en nations identitaires, et qui ferait que les différences toujours visibles ne seraient pas assez grandes pour justifier que l'une saute à la gorge de l'autre. Dit autrement, pousser la mondialisation à fond la caisse ! Alors serait lancé par toute la planète ce Projet d'Entropisation que l'on confierait, non pas aux Nations-Unies, mais à La Machine pour la distraire de ses complots funestes, afin de débander les empires prédateurs sur des lois archaïques au bénéfice d'une sagesse universelle qui jusqu'ici n'a jamais existé au niveau des nations, mais pourquoi pas ? Rousseau pas mort. Qu'en pensent les jeunes qui seraient convoqués à ce Projet ? La plupart de ceux que je connais sont partout chez eux, comment dire, décloisonnés et en conversation. C'est un signe de faisabilité.
Sinon il y a la ciguë !
Nous achevons ce billet par l'interrogation philosophique que pose Yuval Noah Harari à la fin de son livre Sapiens :
« la vraie question est non pas "que voulons-nous devenir ?" mais "que voulons-nous vouloir ?". Si cette question ne vous donne pas le frisson, c'est probablement que n'avez pas assez réfléchi. »
Le bonheur, c'est dépassé ; il s'agit maintenant et demain de la mutation de l'espèce que la science va forcer à sortir de sa guenille charnelle, pour aborder aux rivages du pur esprit, délié de sa morale naturelle, délié de ses codes sociaux, reformatés par les algorithmes sur des "biogiciels" nouveaux qui travailleront collectivement à la domination finale d'une planète déjà abandonnée pour le Grand Exode promis par les nouveaux gourous. Le bonheur ? Quel bonheur ? Vous ne serez pas tous du voyage. On ne va pas déporter sur une exoplanète de la série Kepler sept ou huit milliards de bonshommes à deux mille années-lumière de distance.
Ceux qui resteront remonteront dans les arbres en attendant la fin de la sixième extinction. D'ici là, profitez du spectacle de la nature et des aurores boréales bretonnes (mais si !), profitez des douceurs que la vie vous apportera, et ne paniquez pas à l'impermanence du bonheur fugitif, aimez les filles douces qui mettent des fleurs à leurs cheveux, et si ça vous fait du bien, priez le dieu auquel vous êtes habitués. Acceptez votre destin, en attendant peut-être le Sauveur, mais vous n'avez plus le choix.
Liens utiles :
- Plaidoyer pour le bonheur de Matthieu Ricard
- Le bonheur dans l'Antiquité de Pierre Loret
- Mondialisation et dilution du politique de Manuel Castells
- Critique d'Homo Deus d'Harari
- Exoplanètes habitables (Wikipedia)
ALSP !
Apparemment nous ne sommes pas les premiers. Déja quelques millénaires auparavant, en Mésopotamie:
RépondreSupprimer"La tour de Babel
11 Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. 2 Après avoir quitté l'est, ils trouvèrent une plaine dans le pays de Shinear et s’y installèrent. 3 Ils se dirent l'un à l'autre: «Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu!» La brique leur servit de pierre, et le bitume de ciment. 4 Ils dirent encore: «Allons! Construisons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel et faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre.»
5 L'Eternel descendit pour voir la ville et la tour que construisaient les hommes, 6 et il dit: «Les voici qui forment un seul peuple et ont tous une même langue, et voilà ce qu'ils ont entrepris! Maintenant, rien ne les retiendra de faire tout ce qu'ils ont projeté. 7 Allons! Descendons et là brouillons leur langage afin qu'ils ne se comprennent plus mutuellement.» 8 L'Eternel les dispersa loin de là sur toute la surface de la terre. Alors ils arrêtèrent de construire la ville. 9 C'est pourquoi on l’appela Babel: parce que c'est là que l'Eternel brouilla le langage de toute la terre et c'est de là qu’il les dispersa sur toute la surface de la terre." La Bible, Genese chapitre 11.
Conclusion: "Rien de nouveau sous le soleil"