Ce n'est pas l'intervention de Donald Trump à Caracas qui aurait ruiné le droit international mais bien les transgressions précédentes de traités signés sur la seule base de la confiance et du respect de la parole donnée. On citera pour faire court le traité de Minsk entre la Russie, l'Ukraine, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ; et le traité de non-prolifération nucléaire auquel la République islamique d'Iran a adhéré. Le droit international ne règne pas longtemps sur les affaires du monde s'il se résume à une version adulte du jeu de "chat-perché". On vient de le voir au Vénézuéla, qu'en sera-t-il au Groënland si Grand Condor s'enhardi dans le spectaculaire inégalable de la téléréalité ? Par contre, comme le dit très justement M. Guaino, si le droit international a été bafoué par la mafia Trump, c'est l'ordre international en a pris un sacré coup par le rapt de des époux Maduro à Caracas ! Toute l'Amérique latine est impactée avec deux cibles imminentes plus une différée (selon les sources généralement bien informées) : La Havane, Bogota et accessoirement Managua.
Cuba est un pays complètement failli par le castrisme qui faisait mouiller les mitterrandiennes, et son existence même est une insulte à l'intelligence de l'espèce mais surtout à l'imperium américain. La Colombie, présidée par un ancien guérillero du M-19, est le producteur de référence de la cocaïne consommée par l'Occident. C'est devenu un péché mortel, et Petro le faraud devrait s'en souvenir. Quant à Daniel Ortega qui colle à sa réputation de grand bandit sandiniste du Nicaragua, ses écarts sont désormais surveillés, surtout s'ils concernent l'immigration clandestine.
Reste que l'obstacle majeur à l'hubris trumpien est double : le Mexique à sa porte qui est outré des conditions faites à ses ressortissants émigrés économiques aux Etats-Unis, et le Brésil qui cherche à affirmer une certaine forme de puissance au sein des BRICS sans toutefois convaincre. Mais il faut en venir maintenant au viol de souveraineté, soulevé par les détracteurs de Trump.
Là encore, Henri Guaino dirige le faisceau de la lampe où il faut, en expliquant que la souveraineté en soit n'est pas négociable, parce qu'elle n'est pas un principe d'existence des nations par essence. Nul ne devrait défendre la souveraineté d'autrui parce qu'elle n'est qu'une affirmation volontaire et appropriée de l'entité qui se considère souveraine dans tel ou tel domaine, et pas du tout l'effet du droit. La revendication de souveraineté doit s'appuyer sur un schéma de force qui la protège. A défaut, c'est du vent. On va peut-être le toucher du doigt au royaume de Danemark dans l'affaire du Groënland. Copenhague n'est souveraine à Nuuk qu'aussi longtemps qu'elle pourra y faire la police parmi les agitateurs stipendiés par les services américains. On attend qu'elle en mette en cabane ! A défaut de quoi, le gouverneur Julie Wilche pourra reprendre le ferry avec quelques cadeaux d'adieu dans sa valise, après que les Américains auront un par un acheté les électeurs convoqués à "leur" référendum. C'est bien le cas d'école qui boucle la démonstration : la souveraineté s'affirme et se défend ; elle appartient tout entière au "souverain". Elle est fractionnée, cessible aussi et, contrairement à ce que disent les tenants de la droite dure, elle n'est pas inaliénable.
Reste la force. Elle fonde la puissance qui tient en respect les contempteurs d'une nation. Si on comprend bien qu'elle ait été dénigrée par les penseurs européens après deux guerres mondiales nées en Europe, le concept aurait dû se revisiter au terme d'une analyse stratégique qui nous aurait montré que la seule "force" du droit ne pouvait rivaliser avec la force brute. Si elle n'est pas d'application première dans les différends entre nations, on doit y adosser au moins l'affirmation de souveraineté et toute autre revendication vitale pour notre pays. Je crois M. Macron conscient de ce vide structurel français commencé sous Chirac et aggravé par Sarkozy, mais nous revenons de si loin que la reconstruction d'une force globale est un chantier démesuré pour ses petits bras. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales, nous dit Philippe Bilger, a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau » (in Le Figaro). Pour le moment elles n'en ont que la voix ! Et ça ne va pas suffire.
Dans le cadre d'une thèse, on devrait ouvrir maintenant un paragraphe "Force et Ordre" selon Bruno Retailleau avec une dérivée conclusive "Force et Droit". La justice sans la force est inaudible ; la force sans la justice est une satrapie, vous avez quatre heures ! Mais comme nous ne faisons pas de thèse puisque Pascal a tout dit, nous allons nous en priver. A la place de quoi nous parlerons du Mercosur.
On qualifie cet accord de "libre-échange" laissant croire au défoncement de portes jusqu'ici entrouvertes, alors qu'il n'est qu'un accord douanier sélectif sur quotas. Avant de s'énerver, les syndicats agricoles devraient relire la page de la Wikipédia qui les concerne ici. Il y verraient que les filières françaises ne seront pas plus au bord de la ruine qu'elles ne le sont déjà, savoir :
La plupart des œufs "pâtissier" fournis à l'agro-alimentaire viennent déjà d'Ukraine. Pour cent raisons dont une : il faut deux ou trois ans de démarches pour construire un poulailler industriel en France. Mais par la connexion de l'épidémie de dermatose bovine, la critique se concentre actuellement sur l'augmentation des importations de viande. C'est un dossier plus compliqué que vous ne l'apprendrez sur les barrages, et je vous conseille d'aller voir d'abord le dossier de la profession en cliquant ici. Vous serez surpris.
Rien ne dit que la viande de premier choix sudaméricaine soit inférieure à la viande de premier choix française, et pourquoi parler de concurrence déloyale sur la viande de transformation quand on sait que notre agro-industrie consomme de la vache laitière de réforme française piquée aux antibiotiques toute sa vie, certes sur prescription de tiers mais piquée tout de même ? Bonjour les spaghettis bolognaises ! Le dossier ad hoc de l'Institut de l'élevage nous dit aussi que le plus gros client des viandes sudaméricaines et de beaucoup, c'est la Chine populaire. Il n'en sont pas morts et ils s'y connaissent autant que nous.
ALSP !