"Contraindre" n'aura pas été la marque des gouvernements Macron ; "subir et plier" leur conviendrait mieux. Le coassement affolé de la classe politique menacée dans la prébende par les électeurs sevrés, interdit à l'Exécutif toute répression freudienne. C'est le système qui veut ça, en dérivant depuis la démocratie saine et circonscrite aux affaires de la communauté d'intérêts (la cité) vers une démagogie de tous les instants dans les affaires nationales où le citoyen Lambda a accès, de conserve avec le Crétin des Vosges et l'Enfant-loup de l'Aveyron.
Ainsi, le plus beau pays sur terre, chargé d'atouts que le monde entier nous envie, se retrouve en temps de paix humilié par une dette souveraine de trois mille cinq cents milliards d'euros (clic) pour le seul fonctionnement de notre éléphantesque Etat, couché sur un modèle social somptuaire qu'il ne peut plus s'offrir.
Au vu des échéances électorales qui suscitent des programmes partout dépensiers pour appâter Dupont-la-joie, il n'est prévu ni de contraindre ni de réprimer. Il sera bien plus facile, pensent nos politiques, qu'au moment de percuter le mur de la dette, ce travail soit fait par une force extérieure dont on pourra à loisir dénoncer la cruauté des méthodes. Nous avons la classe politique la plus lâche du monde. Quelque malheur qui lui advienne, je ne la pleurerai pas.
Quand on relit Le Nœud gordien de Pompidou, la première chose qui monte des pages lues est la culture de son auteur. Une culture complètement assimilée qui n'a pas besoin de "citations" ou d'allégories savantes. C'est le fonds intelligent du normalien, une race qui n'est plus revenue aux affaires depuis sa mort. Le surplomb intellectuel de Georges Pompidou sur les affaires publiques ne le conduit pas à l'hermétisme ou l'ésotérisme mais il emploie le plus naturellement du monde une langue simple et riche à destination du peuple français autant qu'à ses élites. C'est ça la classe !
Petite note en suivant : pour parler de l'Administration, il utilise de temps en temps le mot "bureaux" sans guillemets, naturellement, comme le faisait Charles Maurras qu'il avait lu, on le sait au moins pour la thèse "Kiel et Tanger" de 1910. La "dictature des bureaux" est typiquement maurrassienne. Pour terminer, nous allons citer l'essentiel du chapitre conclusif de l'ouvrage paru quelques jours après sa mort :
« L'époque n'est plus à Louis XIV dans son palais de Versailles, au milieu de ses grands, mais rien n'y ressemblerait davantage qu'un Grand Ordinateur dirigeant de la salle de commandes électroniques le conditionnement des hommes… Le bonheur que nos ingénieurs préparent à l'homme de demain ressemble vraiment trop aux conditions de vie idéales pour animaux domestiqués. En vérité, l'avenir serait plutôt à Saint Louis tel qu'on se l'imagine sous un chêne au milieu de son peuple, c'est à dire à des chefs ayant une foi, une morale, et répudiant "l'absentéisme du cœur".
A défaut qu'on puisse en arriver là, et nous en sommes loin, il faut des institutions, des institutions qui assurent à toutes les étapes de la vie, à tous les échelons de la société, dans tous les cadres où s'insère la vie individuelle – famille, profession, province, patrie – le maximum de souplesse et de liberté. Cela, afin de limiter les pouvoirs de l'État, de ne lui laisser que ce qui est sa responsabilité propre et qui est de nos jours déjà immense, de laisser aux citoyens la gestion de leurs propres affaires, de leur vie personnelle, l'organisation de leur bonheur tel qu'ils le conçoivent, afin d'échapper à ce funeste penchant qui, sous prétexte de solidarité, conduit tout droit au troupeau. Cela, afin de permettre au peuple de choisir ses dirigeants en connaissance de cause, de percevoir à l'extérieur et avant qu'il ne soit trop tard, ceux qui pourraient être tentés par le pouvoir sans limites que donnent les moyens techniques.
Car cette évolution parallèle à laquelle nous avons assisté de l'anarchie dans les mœurs et de l'accroissement illimité du pouvoir étatique va bien au-delà des récriminations contre la dictature des bureaux ou alors faut-il l'entendre au sens de l'univers de Kafka. Elle porte en elle-même un péril immense et dans lequel nous pouvons tomber de deux manières opposées. Soit en faisant prévaloir l'anarchie, qui détruirait rapidement les bases mêmes de tout progrès et déboucherait fatalement sur un totalitarisme de gauche ou de droite ; soit en allant directement vers la solution totalitaire. Le péril n'est pas illusoire. Les théoriciens peuvent, dans l'abstraction, accumuler les raisonnement subtils et compliquer à l'envi les nœuds du problème humain. Nous sommes arrivés à un point extrême où il faudra, n'en doutons pas, mettre fin aux spéculations et recréer un ordre social. Quelqu'un tranchera le nœud gordien. La question est de savoir si cela sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l'épée comme Alexandre.
Le fascisme n'est pas si improbable, il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste. À nous de savoir si nous sommes prêts, pour l'éviter, à résister aux utopies et aux démons de la destruction. "Je n'étais bon ni pour tyran ni pour esclave", disait Chateaubriand. Je souhaite que demain les dirigeants et les citoyens de mon pays soient pénétrés de cette maxime.»
(fin de l'extrait)
A défaut qu'on puisse en arriver là, et nous en sommes loin, il faut des institutions, des institutions qui assurent à toutes les étapes de la vie, à tous les échelons de la société, dans tous les cadres où s'insère la vie individuelle – famille, profession, province, patrie – le maximum de souplesse et de liberté. Cela, afin de limiter les pouvoirs de l'État, de ne lui laisser que ce qui est sa responsabilité propre et qui est de nos jours déjà immense, de laisser aux citoyens la gestion de leurs propres affaires, de leur vie personnelle, l'organisation de leur bonheur tel qu'ils le conçoivent, afin d'échapper à ce funeste penchant qui, sous prétexte de solidarité, conduit tout droit au troupeau. Cela, afin de permettre au peuple de choisir ses dirigeants en connaissance de cause, de percevoir à l'extérieur et avant qu'il ne soit trop tard, ceux qui pourraient être tentés par le pouvoir sans limites que donnent les moyens techniques.
Car cette évolution parallèle à laquelle nous avons assisté de l'anarchie dans les mœurs et de l'accroissement illimité du pouvoir étatique va bien au-delà des récriminations contre la dictature des bureaux ou alors faut-il l'entendre au sens de l'univers de Kafka. Elle porte en elle-même un péril immense et dans lequel nous pouvons tomber de deux manières opposées. Soit en faisant prévaloir l'anarchie, qui détruirait rapidement les bases mêmes de tout progrès et déboucherait fatalement sur un totalitarisme de gauche ou de droite ; soit en allant directement vers la solution totalitaire. Le péril n'est pas illusoire. Les théoriciens peuvent, dans l'abstraction, accumuler les raisonnement subtils et compliquer à l'envi les nœuds du problème humain. Nous sommes arrivés à un point extrême où il faudra, n'en doutons pas, mettre fin aux spéculations et recréer un ordre social. Quelqu'un tranchera le nœud gordien. La question est de savoir si cela sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l'épée comme Alexandre.
Le fascisme n'est pas si improbable, il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste. À nous de savoir si nous sommes prêts, pour l'éviter, à résister aux utopies et aux démons de la destruction. "Je n'étais bon ni pour tyran ni pour esclave", disait Chateaubriand. Je souhaite que demain les dirigeants et les citoyens de mon pays soient pénétrés de cette maxime.»
(fin de l'extrait)
J'ai l'impression que nous y sommes. Le socialisme dominant (même à droite) a ruiné l'Etat et infantilisé les plus faibles qui semblent être aujourd'hui les plus nombreux. Nous abordons naturellement aux rivages enchantés du fascisme, avatar naturel du socialisme, comme on l'a vu partout jadis et maintenant (Espagne, Italie, Allemagne, Chili, Grèce, Etats-Unis). Une leucémie terrible a privé le meilleur président de la Vè République du chagrin national des années Mitterrand qui feront faire un bon de trente ans en arrière au pays qu'il aimait ; mais il n'aurait de toute façon pas vécu assez longtemps pour voir l'humiliation de l'homme par l'idéologie socialiste du moment qui gouverne tout chez nous : on reprise maintenant les chaussettes sur subvention publique !
Conclusion ?
Difficile. Pompidou a tout dit, à chaud. Nous avons lu les programmes municipaux pour les urnes d'hier, et nous avons bien constaté que tous étaient orientés à la dépense au moment où l'Etat, faute d'argent, réduit les dotations globales de fonctionnement aux communes. Mais cela n'empêche personne qui se présente aux suffrages de ses concitoyens de promettre des policiers municipaux supplémentaires, des auxiliaires dans les écoles primaires, le bus gratuit, l'augmentation de la subvention au club de longue et le colis gastronomique de Noël aux vieux nécessiteux ou pas. Il n'y a pas d'homme vrai sur ces listes, capable de gérer la pénurie budgétaire annoncée ! "Contraindre" n'est pas dans le bréviaire municipal en vigueur. La répression freudienne nous tombera dessus autrement !
ALSP !
Notes et liens utiles en clair :
- Répression freudienne**: Pour bien comprendre l’intérêt de la question, il faut saisir ses enjeux. Freud veut montrer ici que le processus de socialisation n’implique pas la suppression totale des désirs individuels antisociaux : dans la vie collective, ceux-ci, quoique étouffés, subsistent néanmoins et menacent de se manifester à nouveau. C’est ce resurgissement potentiel des désirs antisociaux dans la société que Freud cherche avant tout à considérer ici. La thèse défendue par Freud est que la société repose sur le droit, considéré comme imposition du désir collectif contre les désirs individuels, qui doivent être réprimés (source Major Prépa).
- Horloge de la Dette : "https://horloge-de-la-dette-publique.com
- Notice "Kiel et Tanger" de Ch. Maurras : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiel_et_Tanger
- Recension de l'ouvrage par l'Institut Georges Pompidou : https://www.georges-pompidou.org/sites/default/files/2023-08/pompidou_oeuvres-choisies_7_noeud-gordien.pdf
- Subventions légales aux communes : https://compass-financement.com/liste-subventions-communes/
- L'essai de Georges Pompidou publié en 1974 chez Plon, a été réédité chez Flammarion en 1984. On le trouve facilement sur les sites de livres en ligne, comme par exemple chez Mollat à 10 euros. Tout le monde doit avoir cet ouvrage dans sa bibliothèque.
