08 février 2026

Fuir le bonheur

Il est d'acception commune que la recette du bonheur est dans le détachement, puisque attachement et accumulation sont les fées Carabosse de la frustration. Ce détachement doit s'exercer, avec force méditation, tant à notre périphérie physique et mentale qu'à l'architecture intime de nos désirs et de nos habitudes intérieures. C'est du moins ce qu'en pense le bouddha éveillé.

La racine de la souffrance intime n'est pas de ressentir de la peine ou de la tristesse, voire de ne rien ressentir du tout. Il semblerait au bouddhiste que la cause de cette souffrance gît plutôt dans une quête incessante de sensations éphémères qui met en tension notre esprit, balancé entre l'agitation et l'insatisfaction. Eprouverait-il du plaisir à un instant donné qu'il en ressentirait aussi un mécontentement né de la peur qu'il ne cesse, alors qu'il souhaiterait que ce plaisir se prolonge. La clef est de se libérer de la course au plaisir pour jouir d'un esprit détendu, clair et comblé de sérénité. On n'y parvient pas sans la méditation auprès d'un guide-expert. La robe safran est en vente chez Etsy Irlande.

Il est maintenant intéressant de poser la question de la recette du bonheur à La Machine dont nous parlions la semaine passée, en interrogeant par exemple Le Chat de la société d'intelligence artificielle française Mistral AI (clic). Pour ce faire, il suffit de faire un essai comme proposé...

Q : Quelle est la recette du bonheur ?

...et ça donne ça en deux à trois secondes :

R : La recette du bonheur est une question aussi ancienne que l’humanité, et chaque personne y répondrait probablement différemment selon sa culture, ses expériences et ses valeurs. Cependant, plusieurs ingrédients reviennent souvent dans les réflexions philosophiques, scientifiques et populaires :

1. Des relations humaines de qualité
Les études en psychologie montrent que les liens sociaux solides et bienveillants sont l’un des principaux facteurs de bonheur. Passer du temps avec ses proches, cultiver l’empathie et l’écoute, et se sentir entouré sont essentiels.

2. Un sens à sa vie
Avoir des objectifs, des passions ou des engagements qui donnent l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand que soi (famille, travail, art, bénévolat, etc.) est souvent cité comme une source profonde de satisfaction.

3. La gratitude
Prendre conscience des petites et grandes choses positives de la vie, et les savourer, aide à cultiver un état d’esprit plus heureux. Tenir un journal de gratitude est une pratique simple et efficace.

4. L’acceptation et la résilience
Apprendre à accepter ce qui ne dépend pas de nous, et développer la capacité à surmonter les épreuves, permet de réduire le stress et d’avancer plus sereinement.

5. Le soin de soi
Prendre soin de sa santé physique (sommeil, alimentation, exercice) et mentale (méditation, pauses, loisirs) est un pilier souvent sous-estimé.

6. La simplicité et le lâcher-prise
Se libérer de la surcharge matérielle, des attentes irréalistes ou de la comparaison sociale peut apporter une grande légèreté.

7. La curiosité et l’apprentissage
Rester ouvert au monde, apprendre de nouvelles choses, voyager ou explorer de nouveaux horizons stimule la joie et l’épanouissement.

En résumé : Le bonheur ne se trouve pas dans une formule magique, mais plutôt dans un équilibre personnel, une attention portée à soi et aux autres, et une certaine liberté intérieure.

Et toi, qu’est-ce qui te rend heureux ou heureuse ? As-tu déjà trouvé des ingrédients qui fonctionnent particulièrement bien pour toi ?
(fin)

Combien de temps auriez-vous mis à pondre cette réponse, ou même une réponse différente de la proposition "artificielle" ? Dix minutes pour les plus rapides en partant de rien ? Le rapport d'attention serait donc de 3 à 600 secondes soit 200 fois. Comment ne serions-nous pas remplacés ? Le grand remplacement n'est pas celui qu'on croit. Mais des progrès restent à faire.
Le Chat n'a pas saisi le paradoxe du bonheur malheureux : ne vous est-il jamais arrivé de voir votre humeur s'assombrir dans un moment de bonheur intense à la seule pensée que la séquence de sérénité va fatalement s'achever dans l'impermanence du ressenti ?

D'où le sonnet de Serge Gainsbourg dont nous reproduisons ci-dessous les paroles et qui a fait notre titre :

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Que le ciel azuré ne vire au mauve,
Penser ou passer à autre chose
Vaudrait mieux !

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux !

Croire aux cieux croire aux dieux,
Même quand tout nous semble odieux,
Que notre cœur est mis à sang et à feu.

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Qu'une petite souris dans un coin d’alcôve,
Apercevoir le bout de sa queue rose, ses yeux fiévreux.


En chantant ?

Que dire à la fin ?
Parler du bonheur, de son accessibilité, de conditions qui le favorisent, de la chance de l'éprouver même s'il est rare comme sont rares le génie et l'amour ; sinon parler de la fin du bonheur ? Les nuages s'amoncèlent sur les sociétés humaines et la planète semble aujourd'hui nous en vouloir. Sommes-nous à la fin de quelque chose ? Indéniablement.

D'après la faculté d'anthropologie, l'espèce a franchi trois révolutions essentielles qui ont modifié ses gènes et grandement amélioré ses chances de déploiement jusqu'à l'encombrement actuel. Ce furent la révolution cognitive qui a conscientisé les apprentissages, nous a projetés dans notre avenir et nous a permis de descendre de l'arbre puisqu'il y avait mieux à faire au sol ; la révolution agricole qui nous a jetés dans l'exploitation du capital Terre et a formé les sociétés modernes imbriquées ; la révolution scientifique qui nous a dévoilé la puissance de l'invisible et de notre propre imaginaire. Cette dernière évolution vient de dépasser notre humanité et ouvre en grand les portes du dernier vertige.

La quatrième révolution est la révolution numérique. La dictature du bit ! Il est impossible d'arrêter les docteurs Frankenstein qui se sont incrustés dans le tissu civilisationnel au point que pour les tuer il faudrait aussi le déchirer à nos dépens. A défaut de les anéantir, peut-on les dévier ? Surgit alors la question vache : non pas "comment", mais "vers quoi", les deux questions étant aussi difficiles l'une que l'autre.
Vers quoi ?

Vers une forme d'entropie des civilisations qui pallierait l'inégalité des races humaines quand elles s'agrègent en nations identitaires, et qui ferait que les différences toujours visibles ne seraient pas assez grandes pour justifier que l'une saute à la gorge de l'autre. Dit autrement, pousser la mondialisation à fond la caisse ! Alors serait lancé par toute la planète ce Projet d'Entropisation que l'on confierait, non pas aux Nations-Unies, mais à La Machine pour la distraire de ses complots funestes, afin de débander les empires prédateurs sur des lois archaïques au bénéfice d'une sagesse universelle qui jusqu'ici n'a jamais existé au niveau des nations, mais pourquoi pas ? Rousseau pas mort. Qu'en pensent les jeunes qui seraient convoqués à ce Projet ? La plupart de ceux que je connais sont partout chez eux, comment dire, décloisonnés et en conversation. C'est un signe de faisabilité.
Sinon il y a la ciguë !

Nous achevons ce billet par l'interrogation philosophique que pose Yuval Noah Harari à la fin de son livre Sapiens :
« la vraie question est non pas "que voulons-nous devenir ?" mais "que voulons-nous vouloir ?". Si cette question ne vous donne pas le frisson, c'est probablement que n'avez pas assez réfléchi. »

Le bonheur, c'est dépassé ; il s'agit maintenant et demain de la mutation de l'espèce que la science va forcer à sortir de sa guenille charnelle, pour aborder aux rivages du pur esprit, délié de sa morale naturelle, délié de ses codes sociaux, reformatés par les algorithmes sur des "biogiciels" nouveaux qui travailleront collectivement à la domination finale d'une planète déjà abandonnée pour le Grand Exode promis par les nouveaux gourous. Le bonheur ? Quel bonheur ? Vous ne serez pas tous du voyage. On ne va pas déporter sur une exoplanète de la série Kepler sept ou huit milliards de bonshommes à deux mille années-lumière de distance.
Ceux qui resteront remonteront dans les arbres en attendant la fin de la sixième extinction. D'ici là, profitez du spectacle de la nature et des aurores boréales bretonnes (mais si !), profitez des douceurs que la vie vous apportera, et ne paniquez pas à l'impermanence du bonheur fugitif, aimez les filles douces qui mettent des fleurs à leurs cheveux, et si ça vous fait du bien, priez le dieu auquel vous êtes habitués. Acceptez votre destin, en attendant peut-être le Sauveur, mais vous n'avez plus le choix.


Liens utiles :
  1. Plaidoyer pour le bonheur de Matthieu Ricard
  2. Le bonheur dans l'Antiquité de Pierre Loret
  3. Mondialisation et dilution du politique de Manuel Castells
  4. Critique d'Homo Deus d'Harari
  5. Exoplanètes habitables (Wikipedia)


ALSP !

01 février 2026

Les Silicéens* sont parmi nous.

Le défi de l'intelligence artificielle (IA) était mal appréhendé dans l'opinion jusqu'à ce que le fils ou la fille de la maison soit débouté de son rêve d'emploi par un DRH informé qui lui a dit que son job venait d'être confié à la Machine. C'est normal que l'opinion ait tardé ; c'était jusqu'ici compliqué de comprendre que la compilation des archives du monde à la vitesse de la lumière vaille un million de fois plus de valeur que la besogne du documentaliste le plus zélé.

* le sang des hommes est fait de fer, de cuivre celui des lézards, celui de l'IA de sable siliceux.


Sont menacés et bientôt disparus, tous les emplois de matière grise au-dessous du Mensa++ (clic). RIP les traducteurs, les comptables, les graphistes, les plumitifs, les régleurs et tous les experts en imagination comme les commerciaux, les poètes de sous-préfecture et les romanciers de gare. En fait sur l'échelle sociale de l'emploi seront privilégiés le haut et le bas ; le haut des développeurs, les intégrateurs de stratégie, et le bas des cols bleus et des blouses blanches, les éboueurs, les gardiens de square et les gardiens de la paix. Tout le segment médian, les fameuses classes moyennes, va être sérieusement impacté, voire réduit à des moignons de maintenanciers et réparateurs de certains emballements propres aux machines autonomes. A QI constant, nous serons tous opérateurs de machine numérique ou "morts".

Quel patron a hésité entre le robot sans humeur corvéable à merci 360 jours par an sur H24 (avec 5 jours/an de révision générale) et le labeur humain sous convention collective ? Aucun ! Qu'en sera-t-il demain pour les emplois intellectuels comme l'évaluation de candidats ou ceux de grande précision manuelle comme la chirurgie ? Ce sera pareil, même si tout le marché du travail ne sera pas bien sûr décapé à l'acide du jour au lendemain. Mais des esprits pessimistes se posent déjà la question à mille dollars : que va-t-on faire de tous ces chômeurs ? A quoi certains dits-réalistes opposent à ce pronostic la création d'emplois liés au numérique et à l'évolution de la Machine. Mais d'expérience, les nouveaux emplois ne compensent pas les anciens et les "retours" sur investissement dans le domaine de l'emploi sont souvent éphémères, des leurres. Pour une première raison : l'IA progresse chaque jour et se perfectionne dans l'apprentissage des raisonnements au-delà de la pure compilation de données. Et elle le fait à chaque minute de sa vie. Ce sont donc des contingents toujours nouveaux qui les uns après les autres seront mis en déchetterie par la Machine en évolution permanente, pour ne pas dire éternelle. Faut en parler à Harold Finch ↓

« On nous surveille. Le gouvernement a un dispositif secret, un dispositif que vous avez souhaité, pour votre propre sécurité, une machine qui vous espionne jour et nuit, sans relâche. Vous lui avez accordé le droit de tout voir, de ficher, classer et contrôler la vie de chaque citoyen. Des citoyens que le gouvernement considère "sans importance", pas nous. À ses yeux vous êtes tous "sans importance", mais victime ou criminel, si vous lui faites obstacle, nous vous trouverons » (Person Of Interest).


La Machine ne dort jamais, ne ralentit pas, son réseau neuronal numérique croît sans arrêt et ses synapses s'améliorent continuellement sans qu'aucune limite ne lui soit opposable. Certes les "penseurs" menacés par l'IA lui trouvent des erreurs ou un défaut de finesse dans ses biais cognitifs et en font des gorges chaudes. Sauf que l'IA ne se morfond pas dans ses erreurs, mais cherche à les franchir en affûtant encore ses approches et ses analyses, et par la masse numérique en travail elle parviendra toujours à les dépasser pour aller plus loin. Elle est perfectionniste. Donc, quand vous lisez une critique ou une analyse des résultats obtenus par l'IA, regardez bien la date. Tout ce qui déjà est daté de 2024 est obsolète.

Un chercheur versé dans ce domaine avait posé une bonne question : et si l'IA décidait un jour de se séparer de l'espèce humaine ? Le journal de Bordeaux a poussé un peu le raisonnement et pro hac vice son article de 2025 reste pertinent. On en fera son profit en cliquant ici (2 min de lecture seulement). Si les robots sont pas diaboliques par essence, ne peuvent-ils pas être programmés par quelque génie malfaisant pour propager le chaos fatal ? Evidemment que oui ! La revanche de Satan ou du Créateur maléfique ? Ça c'est une autre histoire.

Nous n'imaginons pas que l'IA puisse développer une conscience (un ressenti), pas plus qu'une imagination. Le discours ambiant l'a cantonnée à la compilation et aux synthèses, en gros à l'intelligence froide, au mieux au Rubik's Cube. Et pourtant ! L'IA crée déjà du récit. Elle s'approche d'un "être", décorporé certes mais cérébral. Rien ne signale une impossibilité que son évolution aboutisse à des entités siliciées concurrentes des entités carbonées que nous sommes et, dans leur réalité augmentée sans limite, bientôt capables de nous domestiquer comme nous l'avons fait d'espèces inférieures tout au long de l'histoire. La Machine évalue déjà nos séquences ADN pour abonder les statistiques de la manipulation génétique et se projette in petto notre propre avenir biologique quand elle ne le partage pas. Peut-elle ruser ? Je ne sais pas. Un neveu de la Silicon Valley me confiait récemment - c'est pourquoi j'ai fait cet article - que nous n'en étions qu'à ses balbutiements.

Si vous préférez confier votre avenir à un professionnel de la profession plutôt qu'à un blogueur du dimanche, lisez la recension du dernier essai de Dario Amodei (The Adolescence of Technology) faite par Le Grand Continent (LGC) mercredi dernier, pour apprendre que l’IA présente un « risque existentiel » et que l’intelligence artificielle pourrait nous détruire totalement (clic).

Avec une part de marché d'un tiers dans l’usage des grands modèles par les entreprises, nous dit LGC, Anthropic dont Dario Amodei est le patron, se positionne devant nombre de ses concurrents historiques. Que voit-on ? L’IA accélère déjà sa propre création :
Claude, le modèle d’IA d’Anthropic, écrit déjà par lui-même une grande partie du code de l’entreprise, accélérant ainsi le développement de la prochaine génération. Cette boucle de rétroaction s’intensifie chaque mois et pourrait atteindre, d’ici un à deux ans, le stade où une IA sera capable de construire une IA future de manière totalement autonome.
Le titre de cet article n'est donc pas si osé que ça finalement.

Quel est le maillon faible de l'IA ?

Son alimentation gargantuesque, les milliards de watt-heures qu'elle engloutit pour vivre et grandir. Si elle nous submerge et décidait de nous attaquer, il devrait suffire de couper les compteurs EDF des datacenters. Mais ne pourrait-elle gérer son agonie en déroutant suffisamment d'énergie vers le cœur du réacteur pour achever le travail avant de s'éteindre ? Je n'en sais rien au fond mais j'ai un doute, parce que si nous coupons le courant des data centers, nous le coupons partout comme le ferait une cyber-attaque : plus de trains, de lumière, de gaz, d'hôpitaux, de stations-services et de transports, de téléphone, de radio, d'avertissements officiels par texto, de consignes de sécurité, d'alertes et de pain. Le noir informatif complet. Heureux les autarciques, ils verront la Noël.


Conclusion ?

Il n'y a pas de conclusion quand par essence le sujet est en évolution sur une trajectoire imprévisible. Des centaines de milliers de cerveaux parmi les plus pointus de la planète travaillent à "améliorer" l'intelligence artificielle et rien ne nous dit aujourd'hui quelle sera sa queue de trajectoire parce qu'il n'y a pas de cible avouée. Les bons esprits nous baladent dans le brouillard de la complémentarité, l'IA nous facilite plein d'activités, surtout en recherche et surveillance prédictive (santé, sûreté), elle nous rend service au quotidien en élargissant notre champ de conscience, guide les bombes sur les méchants etc... sans jamais nous dire que l'IA pense déjà par elle-même. Alors, quel va être son but, sa cible propre ? On a parlé de transhumanisme, c'est le projet de Gilgamesh qui accroche tous les wagons de l'être bionique, du cyborg et de l'esprit libre de chair.
Un conseil, un seul ?
Comme nos ancêtres les Gaulois : s'adapter !
Ils sont devenus Gallo-Romains en saisissant l'avantage du bond civilisationnel. Lutter contre le progrès n'a jamais abouti à ce qu'il recule, au lieu de quoi il vous marginalisera comme des Amish.


Pour finir sur une note plus gaie : les primevères ont démarré.
primevère planche botanique
On voit de temps en temps passer dans les annonces immobilières des propriétés hors-réseaux à récupérer. Elles n'ont ni courant, ni gaz de ville, ni eau de ville, ni assainissement, ni téléphone ni Internet, rien. Parfois un toit. Mais avec les matériaux modernes et les moyens actuels de production domestique elle redeviennent habitables. Ce sont souvent des liquidations de succession, les héritiers ne sachant plus que faire de la masure perdue en haut de la vigne ou au pied de l'alpage à laquelle le vieux pépé tenait tant. J'ai vu récemment deux exemples dans le Sud, l'une dans le vallon de Soubès avant Lodève à un kilomètre de la départementale, l'autre au pied de l'Aigoual à Valleraugue au bout d'un chemin muletier de seulement 30 minutes. Leurs prix étaient fonction de la superficie du terrain, mal commode et pas cher si les espaces ne sont pas (encore) constructibles ni raccordables. Ils sont souvent bâtis, d'une petite grange en pierres du chemin, une maison de vigne ou d'un mazet. Ce sont à la fois des biens spéculatifs si les choses se gâtent (guerre ou crise climatique) et des refuges pour survivalistes. Il m'étonnerait que leurs prix n'explosent pas.




ALSP !

25 janvier 2026

Effondrement d'un mythe universel

« Les puissances moyennes doivent agir ensemble, parce que lorsqu’on est absents de la table, on figure au menu !»

C'est la punchline du discours du Premier canadien à Davos le 20 janvier dernier, premier anniversaire de l'intronisation de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique. Son discours fera l'article du jour sur Steppique Hebdo. Il comporte tout ce que nous pourrions maladroitement dire sur la rupture civilisationnelle actuelle et la confrontation du monde libre à la barbarie (au sens premier de dystopie lexicale). Il acte la mort du mythe "droit international universel" et passe à la restauration d'un ordre international ré-imaginé sur les réalités pesantes et la pratique.

Cette (r)évolution dans les relations internationales entame et de beaucoup le rayonnement des pays-penseurs comme le nôtre qui ont cru régenter le monde par des mots. S'il est exact que les peuples de notre planète sont gouvernés par des mythes collectivement partagés, il n'est pas vrai qu'on ne puisse imaginer qu'un seul ordre comme l'a longtemps professé la France. Les mythes collectifs se développent concurremment et peuvent précipiter en des codes distincts voire ennemis. Tout cela est une question d'idées, c'est purement cérébral au départ, un concept. Ce sont les effets d'application du mythe partagé par une société donnée qui matérialisent sa force, le plus souvent de coercition, et sans lesquels le mythe resterait une brise éthérée qui entre par l'oreille pour ressortir de l'autre. Ne sont réels, comme le disait Yuval Harari, que le fleuve, les arbres et les lions qui viennent y boire. On pourrait en parler plus longuement une autre fois.

Nous avons longtemps cru que l'égalité (une fabrication inaboutie), la liberté (mais de qui ?) et la fraternité (souhaitable celle-ci) signaient pour le bonheur des hommes l'abandon par la Révolution française de vieilleries héritées du Moyen-Age, et plus spécifiquement celui du mythe du droit divin qui réglait l'autorité du souverain et celle des castes à lui subordonnées. Il fut remplacé par un nouveau mythe : celui de la souveraineté légale du peuple, fondue dans l'égalité obligatoire. Ce changement de paradigme induisait la caporalisation de l'espace mental parce que la souveraineté d'un peuple égalitariste sur le territoire qu'il maîtrise ne peut s'exercer par des lois différentes qui règleraient les particularismes locaux, lesquels doivent disparaître.
La Constitution politique dressait avant tout les limites de cette souveraineté nouvelle que le peuple a dû abandonner dès le début à des "représentants". Le nouveau souverain était d'entrée bridé dans son imagination au profit de la caste éveillée des rédacteurs du nouvel évangile, qui ne reculera jamais plus et tiendra entre ses mains toute la liturgie du concept. Ce concept fumeux de "peuple", qui pis est souverain, conduit inexorablement au contrôle social par le déport constitutionnel de l'autorité sur l'oligarchie qui a fixé les règles à son bénéfice et qui n'aura de cesse ensuite de défendre ses positions contre la démocratie directe. On se paie de mots, le réel est évacué, c'est à quoi servent les mythes depuis l'aube du monde.

Appliqué à la Corée du nord, le contrôle orwellien ne change pas grand chose autour de lui, mais généralisé aux Etats-Unis d'Amérique comme maintenant, les ronds dans l'eau n'en finissent plus de s'étendre. Ce "1984" américain est plus vieux qu'on ne croit : les wokistes l'ont exercé avant les trumpistes. Il suffit pour s'en convaincre de faire l'inventaire des lois de pensée conforme chez nous, le dernier projet dont on parle interdisant la critique du sionisme, dans le droit fil du pacte vénéneux entre Washington et Jérusalem !

Les empires revenus en force n'achètent plus notre "mythe libertaire universel" et essaient de convaincre leurs clients que nous nous sommes fourvoyés dans le couloir de la mort civilisationnelle, jusqu'à brandir contre nous la décadence de l'espèce dans des mœurs avilissantes, l'occultation de l'histoire et le métissage culturel et racial. Et il y a de l'écho jusque chez nous. Fa Guo, le pays de la loi en chinois, doit refaire ses forces parce qu'il compte beaucoup moins à la table des grands depuis que les mots ont perdu leur prestige, même s'il n'est pas encore au menu. On va voir renaître la marque « Monde Libre™ » qui était devenue obsolète après l'effondrement de l'Union soviétique et qui redevient pertinente. C'est un peu ce que veut nous dire Mark Carney.

Texte intégral à archiver (la mise en page est de SH, ndlr):


cul de lampe typo

Thank you very much, Larry (Larry Fink, BlackRock, co-chairman WEF). I'm going to start in french, and then I'll switch back to English (pas dans cette transcription).

C’est un plaisir – et un devoir – d’être parmi vous en ce point tournant pour le Canada et pour le monde.

Je parlerai aujourd’hui de la rupture de l’ordre mondial, de la fin d’une fiction agréable et du début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte.
Mais je vous soumets par ailleurs que les autres pays, en particulier les puissances moyennes comme le Canada, ne sont pas impuissants. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre nos valeurs, comme le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des états.

La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté.
Chaque jour, on nous rappelle que nous vivons à une époque de rivalité entre grandes puissances. Que l’ordre fondé sur des règles tend à disparaître. Que les forts agissent selon leur volonté et que les faibles en subissent les conséquences. Cet aphorisme de Thucydide se présente comme inévitable, telle une logique naturelle des relations internationales qui se réaffirme.

Devant ce constat, les pays ont fortement tendance à suivre le mouvement pour rester en bons termes. Ils s’adaptent. Ils évitent les conflits. Ils espèrent que ce conformisme leur garantira la sécurité. Ce n’est pas le cas.
Quelles sont donc nos options ?

En 1978, le dissident tchèque Václav Havel a écrit un essai intitulé Le Pouvoir des sans-pouvoir. Il y posait une question simple : comment le système communiste a-t-il pu tenir ?
Sa réponse commence par l’histoire d’un marchand de fruits et légumes. Chaque matin, il place une affiche dans sa vitrine : « Travailleurs du monde, unissez-vous ! » Il n’y croit pas. Personne n’y croit. Mais il la place quand même, pour éviter les ennuis, montrer sa coopération, faire profil bas. Et comme tous les commerçants de toutes les rues font de même, le système continue de fonctionner.
Non pas uniquement par la violence, mais par la participation des citoyens ordinaires à des rituels qu’ils savent pertinemment être faux.

Havel appelait cela « vivre dans le mensonge ». Le pouvoir du système ne provient pas de sa véracité, mais de la volonté de chacun d’agir comme s’il était vrai. Et sa fragilité provient de la même source : dès qu’une seule personne cesse d’agir ainsi, dès que le marchand de fruits et légumes retire son enseigne, l’illusion commence à s’effriter. Le moment est venu pour les entreprises et les pays de retirer leurs enseignes.

Pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré grâce à ce que nous appelions l’ordre international fondé sur des règles. Nous avons adhéré à ses institutions, vanté ses principes et profité de sa prévisibilité. Grâce à sa protection, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs.
Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse. Que les plus puissants y dérogeraient lorsque cela leur convenait. Que les règles entourant les échanges commerciaux étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime.
Cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine, en particulier, contribuait à assurer des bienfaits publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux mécanismes de résolution des différends. Nous avons donc placé l’enseigne dans la vitrine. Nous avons participé aux rituels. Et nous avons généralement évité de signaler les écarts entre la rhétorique et la réalité. Ce compromis ne fonctionne plus.

Permettez-moi d’être direct : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition.

Au cours des deux dernières décennies, une série de crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques a mis en évidence les risques d’une intégration mondiale extrême.
Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à recourir à l’intégration économique comme moyen de pression. Aux droits de douane comme levier. À l’infrastructure financière comme moyen de coercition. Aux chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter.
Il est impossible de « vivre dans le mensonge » d’un avantage mutuel grâce à l’intégration lorsque celle-ci devient la source de votre subordination.

Les institutions multilatérales sur lesquelles s’appuyaient les puissances moyennes, entre autres l’OMC, les Nations Unies et la COP, qui constituent l’architecture de la résolution collective des enjeux, sont considérablement affaiblies. Ainsi, de nombreux pays tirent les mêmes conclusions. Ils doivent renforcer leur autonomie stratégique dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation, des minéraux critiques, de la finance et des chaînes d’approvisionnement.
Cette réaction est compréhensible. Un pays qui ne peut pas assurer son approvisionnement alimentaire, énergétique ou sa défense n’a que peu d’options. Lorsque les règles ne vous protègent plus, vous devez vous protéger vous-même.
Cependant, soyons réalistes quant aux conséquences de cette situation. Un monde cloisonné sera plus pauvre, plus fragile et moins durable.

Il y a une autre vérité : si les grandes puissances renoncent même à faire semblant de respecter les règles et les valeurs pour exercer sans entrave leur pouvoir et défendre leurs intérêts, les avantages du « transactionnalisme » deviennent difficiles à reproduire. Les puissances hégémoniques ne peuvent pas monnayer indéfiniment leurs relations.
Les alliés chercheront à se diversifier pour parer à l’incertitude. Ils auront recours à des mécanismes de protection. Ils multiplieront leurs options. Et cela leur permettra de réaffirmer leur souveraineté, autrefois fondée sur des règles, mais qui reposera de plus en plus sur leur capacité à résister aux influences extérieures.

Comme je l’ai mentionné, cette gestion classique des risques comporte un coût, mais il est possible de partager les investissements liés à l’autonomie stratégique et à la protection de la souveraineté. Il est plus avantageux d’investir collectivement dans la résilience que de bâtir chacun sa propre forteresse. L’adoption de normes communes réduit la fragmentation. Les complémentarités procurent des avantages à tous.

La question pour les puissances moyennes, comme le Canada, n’est pas de savoir s’il faut s’adapter à cette nouvelle réalité. Nous devons le faire. Il s’agit plutôt de déterminer si nous nous adaptons en construisant simplement des murs plus hauts ou si nous pouvons faire preuve de plus d’ambition. Le Canada a été parmi les premiers pays à prendre conscience de la situation, ce qui nous a amenés à modifier fondamentalement notre orientation stratégique.

Les Canadiens et les Canadiennes comprennent que notre conception traditionnelle et rassurante selon laquelle notre situation géographique et nos alliances nous garantissaient automatiquement la prospérité et la sécurité ne tient plus. Notre nouvelle stratégie repose sur ce qu’Alexander Stubb a qualifié de « réalisme fondé sur des valeurs » – ou, autrement dit, nous avons pour objectif de conjuguer principes et pragmatisme.
Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales : souveraineté et intégrité territoriale, interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations Unies, et respect des droits de la personne.
Nous sommes pragmatiques, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent et que tous nos partenaires ne partagent pas nécessairement nos valeurs. Nous collaborons de manière ouverte, stratégique et lucide. Nous acceptons pleinement le monde tel qu’il est, sans attendre qu’il devienne celui que nous aimerions voir.
Le Canada adapte ses relations afin que leur portée corresponde à ses valeurs. Nous privilégions un vaste dialogue afin de maximiser notre influence, dans un contexte où l’ordre mondial est particulièrement instable, où les risques sont élevés et où les enjeux pour l’avenir sont considérables. Nous ne comptons plus uniquement sur la force de nos valeurs, mais également sur la valeur de notre force. Nous consolidons cette force dans notre pays.

Depuis l’entrée en fonction de mon gouvernement, nous avons réduit les impôts sur le revenu, sur les gains en capital et sur les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de mille milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques, dans la mise en place de nouveaux corridors commerciaux et dans bien d’autres choses encore.
Nous doublons nos dépenses de défense d’ici 2030 et nous le faisons de manière à renforcer nos industries nationales.

Nous nous diversifions rapidement à l’étranger. Nous avons conclu un partenariat stratégique global avec l’Union européenne qui prévoit notamment notre adhésion à l’initiative SAFE concernant les accords européens d’approvisionnement en matière de défense.
Au cours des six derniers mois, nous avons signé douze autres accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents.
Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar.
Nous négocions actuellement des accords de libre-échange avec l’Inde, l’ANASE (Association des nations de l'Asie du Sud-Est, ndlr), la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur. Pour contribuer à résoudre les problèmes mondiaux, nous privilégions une géométrie variable, c’est-à-dire que nous adhérons à différentes coalitions pour différents enjeux, en fonction des valeurs et des intérêts.

En ce qui concerne l’Ukraine, nous sommes un membre important de la Coalition des volontaires et l’un des plus grands contributeurs par habitant à sa défense et à sa sécurité.
En matière de souveraineté dans l’Arctique, nous soutenons fermement le Groenland et le Danemark et appuyons pleinement leur droit unique de déterminer l’avenir du Groenland. Notre engagement envers l’article 5 est inébranlable.
Nous collaborons avec nos alliés de l’OTAN (y compris le groupe des huit pays nordiques et baltes) afin de rendre plus sûrs les flancs nord et ouest de l’Alliance, notamment par le biais d’investissements sans précédent du Canada dans le radar transhorizon, des sous-marins, des avions et le déploiement de militaires sur le terrain. Le Canada s’oppose fermement à l’imposition de droits de douane relatifs au Groenland et demande la tenue de discussions ciblées en vue d’atteindre les objectifs communs de sécurité et de prospérité pour l’Arctique.

En matière de commerce plurilatéral, nous soutenons les efforts visant à établir un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne, en vue de créer un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes.

En ce qui concerne les minéraux critiques, nous formons des clubs d’acheteurs ancrés dans le G7 pour permettre au monde de se diversifier et d’échapper à la concentration de l’offre.
En matière d’intelligence artificielle, nous coopérons avec des démocraties qui partagent nos vues pour éviter d’être finalement contraints de choisir entre des puissances hégémoniques et des fournisseurs à très grande échelle.
Il ne s’agit pas d’un multilatéralisme naïf. Notre approche ne s’appuie pas non plus sur des institutions affaiblies. Elle consiste à établir des coalitions efficaces, en fonction des enjeux, entre partenaires qui partagent suffisamment de points communs pour agir ensemble. Dans certains cas, ce sera la grande majorité des pays. Et elle consiste à créer un vaste réseau de connexions dans les domaines du commerce, de l’investissement et de la culture, sur lequel nous pouvons nous appuyer pour relever les défis et saisir les opportunités à venir.

Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu.
Les grandes puissances peuvent se permettre d’agir seules. La taille de leur marché, leur capacité militaire et leur pouvoir leur permettent d’imposer leurs conditions. Ce n’est pas le cas des puissances moyennes. Lorsque nous ne négocions qu’au niveau bilatéral avec une puissance hégémonique, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Nous nous faisons concurrence pour être les plus accommodants.
Ce n’est pas de la souveraineté. C’est faire semblant d’être souverain tout en acceptant la subordination.
Dans un monde marqué par la rivalité entre les grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : soit se faire concurrence pour obtenir des faveurs, soit s’unir pour créer une troisième voie qui aura du poids.

Nous ne devons pas laisser la montée des puissances dures nous empêcher de voir que la légitimité, l’intégrité et les règles garderont leur force si nous choisissons de les exercer ensemble. Ce qui me ramène à Havel.

Pour les puissances moyennes, qu’est-ce que « vivre dans la vérité » ?

  • C’est nommer la réalité. Cesser d’invoquer « l’ordre international fondé sur des règles » comme s’il fonctionnait encore tel qu’on nous le présente. Appeler le système par son nom : une période d’intensification de la rivalité entre les grandes puissances, où les plus fortes d’entre elles agissent selon leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme une arme de coercition.
  • C’est agir de manière cohérente. Appliquer les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances moyennes critiquent l’intimidation économique venant d’un côté, mais restent silencieuses lorsqu’elle vient d’un autre, nous laissons l’affiche à la vitrine.
  • C’est mettre en place ce en quoi nous affirmons croire. Plutôt que d’attendre un rétablissement de l’ordre ancien, créer des institutions et conclure des accords qui jouent le rôle qu’ils sont censés jouer.
  • C’est réduire l’influence qui permet la coercition. Tout gouvernement devrait se donner pour priorité de créer une économie nationale forte. La diversification internationale n’est pas seulement une question de prudence économique, c’est aussi le fondement matériel d’une politique étrangère honnête. Les pays gagnent le droit d’adopter des positions de principe en réduisant leur vulnérabilité aux représailles.

Le Canada possède ce que le monde recherche. Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous disposons d’importantes réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus instruite au monde. Nos caisses de retraite figurent parmi les investisseurs les plus importants et les plus sophistiqués au monde. Nous disposons de capitaux, de talents et d’un gouvernement doté d’une immense capacité financière lui permettant d’agir de manière résolue. Et nous adhérons à des valeurs auxquelles beaucoup d’autres aspirent.
Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. Notre espace public est bruyant, diversifié et libre. La population canadienne reste attachée à la durabilité.
Nous sommes un partenaire stable et fiable dans un monde qui ne l’est absolument pas, et qui établit et valorise les relations à long terme.

Le Canada possède autre chose encore : la conscience de ce qui se passe et la détermination à agir en conséquence.
Nous comprenons que cette rupture exige plus qu’une simple adaptation. Elle exige une honnêteté quant à la réalité du monde tel qu’il est. Nous retirons l’affiche de la vitrine. L’ordre ancien ne sera pas rétabli. Nous ne devons pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. Mais à partir de cette fracture, nous pouvons bâtir quelque chose de mieux, de plus fort et de plus juste.
C’est la tâche des puissances moyennes, qui ont le plus à perdre dans un monde de forteresses et le plus à gagner dans un monde de coopération véritable.
Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous et d’agir ensemble. C’est la voie que le Canada a choisie. Nous l’avons choisie ouvertement et avec confiance.
Et c’est une voie grande ouverte à tout pays qui souhaite la suivre avec nous.

Signé Mark Carney, Premier ministre du Canada le 20.01.2026 au Forum économique mondial de Davos (Suisse), seul le prononcé fait foi (source).

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