Ce billet est la continuation du numéro 2627 titré De l'exaspération d'un peuple. Les gens sont excédés à un point tel que l'éventualité d'une élection à un tour n'est plus un cauchemar ou un rêve, c'est selon. Quatorze points à gagner sur neuf mois, ça ne fait que 1,6 point de plus par mois. Deux "Lyannah" et un "Nahel" et le compte est bon !
Le rejet massif du président sortant et celui de la classe politique aux affaires fait le lit du populisme, qui n'est que l'expression d'incompréhensions cumulées. Tout part à vau-l'eau - inutile d'en refaire l'inventaire - et les "gens" ne demandent finalement rien de plus qu'un Etat assurant l'ordre et la justice élémentaire. Nous en sommes très loin. La République embourgeoisée s'avère impuissante aux yeux de tous. Sera-t-elle remise en question quand l'électorat fera la courte échelle à un dictateur à la romaine capable de détourner les eaux de l'Alphée et du Pénée ? Ses défenseurs ne font pas la toise face aux défis maintenant explicites parce qu'ils se couchent à la première contrariété électorale.
En face du binôme infernal, les candidats majeurs fouillent leur liste de courses en croyant nous intéresser par un catalogue de mesures indispensables, comme l'avait fait François Mitterrand en 1980 avec les cent-dix propositions pour la France tirées du Programme commun de la Gauche. Mais quarante-cinq ans de gabegie sont passés par là. L'électeur désabusé est saoulé de mesures, pour la plupart prises sous le coup de l'émotion, et veut d'abord de l'autorité. Qui incarne l'autorité dans le panel testé chez les sondeurs ? Le Pen et Mélenchon ! Eric Zemmour n'en serait pas loin mais il a un léger défaut de charisme.
Evidemment que je n'ai aucun conseil à donner à quiconque, mais une campagne à l'économie, exploitant les faits divers qui vont bien, suffira à propulser le tandem Le Pen-Bardella en tête du premier tour de l'élection. Au second tour, on élimine après avoir choisi au premier, disait Charles Pasqua. S'il est sûr que la gauche plurielle se ralliera sans difficulté à Jean-Luc Mélenchon pour faire barrage à "l'extrême-droite", elle ne totalise quand même aujourd'hui qu'un tiers de l'électorat susceptible d'urner.
Quels arguments pour se dilater ?
Je n'en vois pas tant elle est empêtrée dans ses contradictions en rallumant la mèche de l'antisémitisme quand les fils de Sion furent de toujours la colonne vertébrale du parti. Dans l'autre camp, il sera plus difficile de mobiliser à droite - Retailleau n'imprime toujours pas - et la décision se jouera donc au centre, dans ce marais des velléités qui ne sert qu'à ça et propulse les candidats de la grisaille dans des équilibres politiques en un "juste milieu" qui n'est plus de saison dans l'esprit des gens. Ils vomissent les accords d'appareils. Vivement des élections à un seul tour !
Plus largement, toute l'Europe voit ses dogmes fondateurs contestés. Après la victoire de Fratelli d'Italia en Italie, les partis Reform UK et Alternative für Deutschland se font un film. Leurs résultats électoraux sont prometteurs parce que les gens réagissent comme en France : assez de bla bla, de l'autorité et que le charbonnier reste maître chez lui. Le soutien non dissimulé de la Dream Team de la Maison Blanche aux partis nationalistes est-il susceptible d'actionner les agents de la CIA sur zone, à côté de la manipulation savante des réseaux sociaux ? la Sûreté nationale de chacun des pays visés doit être sur le qui-vive quand on sait la puissance des fabrications numériques, même si ça a foiré en Hongrie. Mais, fait adroitement, l'ingérence américaine peut donner le coup d'épaule nécessaire au dernier moment. Pour revenir à nos moutons...
Combien d'abstentionnistes voleront au secours de la victoire de l'un ou de l'autre au second tour de l'élection présidentielle est la grande interrogation. Nous n'irons pas plus loin aujourd'hui, sauf à relever qu'en ce moment, le ticket LP-B gagne les doigts dans le nez (clic). On reviendra plus tard sur le "troisième tour social" annoncé déjà par les battus d'avance, et sur les élections législatives s'ensuivant qui permettront ou pas de gouverner. L'autre sujet observable, c'est en France l'impréparation manifeste de l'Etat à l'Adaptation.
Petite liste non ordonnée sans commentaires à l'usage des âmes simples :
- insuffisance de l'escadrille de bombardiers d'eau anti-incendie ;
- non-climatisation des hôpitaux généraux, parfois vétustes, parfois neufs ;
- retard du déploiement de l'énergie nucléaire permettant l'électrification générale des transports et des foyers ;
- impuissance des pouvoirs publics à faire débroussailler les propriétés en zone de feu
- retard dans la gestion des précipitations hivernales pour contrer le stress hydrique estival
- maintien d'un système de recours infinis contre tout projet structurant
Parce que la France a organisé la COP21 en 2015, la classe politique française s'est affairée à diminuer les émissions de gaz à effet de serre pour montrer l'exemple et faire la leçon au monde, comme d'habitude, en oubliant que nous ne pesons presque rien dans cet encrassement planétaire. Au final, notre réduction d'un tiers de ces émissions depuis 1990 est à mettre à notre crédit et le ciel est plus bleu, mais ne nous servent à rien puisque, depuis la mort du président Chirac, les frontières n'arrêtent plus l'atmosphère très polluée de l'étranger.
Malgré ce bon résultat, le rythme de réduction des émissions est quand même jugé insuffisant pour bloquer la porte du four en 2050. Donc il faudra immanquablement s'adapter à la dégradation du climat et prendre des mesures fortes à hauteur de la pile de bières que stockeront les hangars froids du marché de Rungis. Exprimer ces mesures est simple, les décider et les faire appliquer, presque impossible.
Si les énergies renouvelables (barrages hydroélectriques mis à part) sont des sources d'appoint non négligeables, elles sont insuffisantes et intermittentes eu égard aux contraintes de production d'un pays industrialisé (ou qui veut le redevenir). Seule l'énergie nucléaire donne les watts nécessaires décarbonés. Mais pour réduire et stopper plus tard l'importation directe ou indirecte des énergies fossiles, Jean-Marc Jancovici prône la décroissance organisée pour résoudre l'équation climatique en diminuant nos besoins. La classe politique le condamne déjà parce que la croissance annule normalement les erreurs de cap et estompe la dette. Nous avons perdu la dévaluation monétaire, nous ne pouvons pas perdre aussi l'illusion d'une croissance. Les politiques comptent bien survivre au réchauffement.
Ce n'est pas une question de moyens, mais d'arbitrages au sein de la dépense publique et d'autorité sur les acteurs étatiques, pour commencer. Notons que nos législateurs refusent de réduire cette dépense qui récompense leurs clients ; pas plus tard qu'hier, l'un d'eux réclamait le remboursement des implants capillaires ! Faudrait en parler à Infantino avec sa tête de nœud. Mais nous ne développerons pas plus loin aujourd'hui la puérilité du député lambda ; il fait trop chaud.
Petite anecdote avant de se quitter. De tous les grands leaders conviés au sommet de l'OTAN d'Ankara, seule Giorgia Meloni a rapporté dans la valise son 357 Magnum (délicat présent d'Erdoğan gravé à son nom) jusqu'au Palais Chigi où il est exposé maintenant dans le salon des cadeaux diplomatiques de la présidence du Conseil. Tous les autres grands fragiles ont failli tourner de l'œil à l'idée de passer leur propre douane ! En avoir ou pas !
Avis sans frais : par ces chaleurs, Steppique Hebdo suspend sa parution pour un mois à dater de ce soir jusqu'au 15 août.
Je vais faire poser une clim d'Adaptation !
#2629