16 août 2026

Et s'il ne pleuvait plus que des hallebardes ?


Merci de nous avoir attendu !


« La route des fleurs va droit sur la terre plate. Les arbres ont des troncs minces, élancés, debout dans la poussière blanche. Le soleil est haut dans le ciel, il brûle continuellement, au centre de la lumière. On marche sous lui, avec une ombre courte, entre les murs des arbres. La poussière crisse sous les pieds, fait de petits nuages qui enveloppent les chevilles. Par instants, le vent souffle, un vent chaud et aveuglant qui semble venir du ciel, le vent du soleil. La terre a soif, terriblement, les arbres et les buissons ont soif, la soif est si grande maintenant, la fièvre est si grande. Dans la bouche, la langue est râpeuse comme une pierre. Depuis des jours, des mois, on attend l'eau. On ne parle plus beaucoup maintenant, parce que les paroles écorchent la gorge et font saigner les lèvres. On ne respire plus beaucoup, parce que l'air brûle. Les yeux ont mal à cause de toute cette blancheur, de toute cette sécheresse. Partout, ils ne voient que la dureté. Il y a de grands cercles blancs autour du soleil, des cercles de vautours, des cercles de moucherons. Pourtant on avance sur la route en se hâtant, et c'est comme si une grande joie allait venir. Une délivrance.»
(J-M.G. Le Clézio, Chun Pom des Trois villes saintes, La NRF Paris 1975)

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Les vieux livres d'histoire se souviennent du Sahara vert, qui se traversait à cheval, dit la légende. Les peintures rupestres du Tassili et d'autres ailleurs montrent encore de grands herbivores dans la steppe, humide par endroit, au point d'y laisser vivre des hippopotames. La végétation était donc abondante pour nourrir de tels organismes. Le sol porte encore les traces des affouillements crées par l'eau en circulation et de grandes cuvettes qui autrefois formaient des lacs. Puis l'axe de la terre a bougé, modifiant notre orbite solaire, alternant moussons raccourcies et évaporation plus intense, et ce bien avant que les hommes n'interviennent aggravant l'arénisation du territoire. Il y a de cela quelques milliers d'années seulement. Le titre de ce petit article n'est pas si innocent que ça, et le stress hydrique du Roussillon puis celui d'autres grandes plaines de culture nous le confirme. Des orages terribles et rares lessivent les sols et prennent tout à la mer. La terre se fend. L'histoire dira : ça a commencé là !

En attendant le désert, les feux de partout signalent déjà à nos concitoyens que notre pays se réchauffe et s'assèche, favorisant la combustion de broussailles, forêts et maisons en bois, et qu'il ne suffit plus de se disputer sur les causes de ces canicules incendiaires pour décider de s'en prémunir du mieux possible. Revoir nos modes de vie en sera la plus sûre conséquence et nous devrons y faire face dans le chaos géopolitique permanent que le choc des civilisations a débridé. Comme on pouvait le craindre au spectacle de l'impéritie politique de nos démocraties d'opinion, il faut en même temps nous défendre contre les armées de nos adversaires, nos ennemis bientôt, et remettre à plat le modèle social hérité de la Libération pour acheter des cartouches ; tout ceci dans un contexte de finances publiques à l'étiage. On reparlera de la banqueroute assumée de l'Etat censé nous protéger.

La preuve de notre inadaptation c'est l'immense cimetière de cendres grises qu'est devenue par endroit la forêt des landes de Gascogne. Ces cendres signent la mort du pin maritime planté là sous Napoléon III sur des terres ingrates à demi-noyées qui ne rendaient rien sinon. Il brûle bien dans l'air surchauffé quand la brise se lève à la moindre étincelle et il projette des escarbilles de pommes de pin très loin, sans parler des feux souterrains qui se consument aussi longtemps que la tourbe irlandaise. Les forestiers le savent et les polytechniciens de l'Office national des forêts (comme Nathalie Kosciusco-Morizet) voudraient voir planter des espèces pyrétiques telles que le chêne liège, le chêne vert, le pin d'Alep ou le cèdre du Liban, voire même l'olivier sur les monticules (on importe presque toute notre huile d'olive) ; et peut-être revenir à l'agro-pastoralisme qui existait avant le décret impérial de 1857.
Cette conversion condamnera toute la filière bois à grand débit et demandera des années de transition que les sylviculteurs ne peuvent pas financer. L'Etat non plus ! Alors on va continuer à faire pousser des planches en reculant devant le feu qui sera chaque année plus fort.

"Gouverner, c'est prévoir et décider", disait Alphonse Thiers. Les moyens de lutte-incendie en livraison sont ceux qui nous manquaient en 2022 lors des feux de la forêt landaise qui brûlèrent à peine vingt mille hectares. Et ils ne sont pas tous disponibles à cette heure. La carbonisation de 2026 va bien au-delà des feux de 2022, et les moyens commandés (en 2024 seulement) seront bien insuffisants quand ils seront mobilisés au complet l'an prochain ou l'année suivante. Or les catastrophes de ce type doivent s'amplifier encore à échéance de cinq ou dix ans, ce qui signifie que les moyens commandés sont et seront toujours sous-calibrés dans l'avenir. Les pouvoirs publics à l'évidence ne gouvernent rien, de réunion en réunion !

Que restera-t-il dès lors comme moyen de lutte-incendie quand les feux hors-normes seront devenus des méga-feux ? Les bulldozers D7 de 30T, voire les D9 de 50T, travaillant en ligne et capables de "tout" raser à blanc sur une largeur de deux ou trois cents mètres pour faire un coupe-feu infranchissable. Les a-t-on ? Les populations accepteront-elles la défiguration de leur cadre de vie pour le salut des scieries ? J'en doute.
Reste la question qui fâche : et si les Landais revenaient progressivement à la polyculture d'antan en effaçant cent cinquante ans de génie rural ?
Entre marais, étangs, prés à moutons et petits bois, le territoire survécut jusqu'à l'enrésinement impérial ; le berger landais perché sur ses échasses en témoigne dans les livres d'images. Avec le tourisme iodé d'aujourd'hui, la vogue des culs nuls et le surf, il s'en sortirait mieux, et le campeur aurait moins la trouille. Mais ce n'est pas encore le plus important cet été. Le choc des civilisations qui nous défie n'est pas oublié pour autant.

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Loin de l'océan se prépare le drame du siècle. Et nos dirigeants l'entendent monter de leurs services de renseignement, qui n'en parlent pas, tant il leur fait peur. L'affaire d'Ukraine prend des proportions hors de contrôle par la supériorité de Kiev dans les domaines logistiques et énergétiques, au point que le front et l'arrière proche vont devenir impraticables pour les forces russes et leurs auxiliaires. Si ajoute l'escalade militairement stérile sur les ports à grain de chacun.
Un doublement des effectifs augmentera sans doute le taux de pertes quotidiennes qui n'est soutenable que par un pouvoir dénué de toute considération pour la vie de ses soldats. Mais la mobilisation générale annoncée à Moscou, à défaut d'aucun game changer côté russe, va se heurter à une population urbaine occidentalisée et passablement décadente qui n'ira mourir pour personne. Les provinces sont essorées et ont compris que le voyage à l'ouest était sans retour ou sans jambes.
Le clan Poutine peut alors se détourner d'un front impénétrable et décider d'une opération plus large, sur l'Estonie peut-être ou dans le corridor de Suwalki, pour obtenir enfin la continuité territoriale avec l'exclave de Kaliningrad, sinon un gage à négocier de plus grande valeur que le Donbass crasseux et ruiné.

Il n'en résultera rien, malgré un succès initial probable. Les plans OTAN de réplique sont établis depuis la libération des pays baltes. Il suffira d'appuyer sur le bouton, même si subsiste un doute sur la volonté de le faire. Derrière ces grandes manœuvres de la dernière extrémité, l'économie générale de la Fédération de Russie restera déprimée, la production civile quasiment effondrée, les salaires et les pensions en retards, le territoire peu sûr en Russie d'Europe. Se posera alors la question, au fin fond du bunker capitonné où se cache la Bête, de sortir du piège-à-cons occidental dans lequel l'eurasisme débile de Douguine a jeté la slavitude.

Je ne sais si la bombe atomique sera mise aux voix, mais le risque est grand de voir la vitrification de Kiev recueillir l'assentiment enjoué d'une majorité des conseillers, pour en finir certes, mais aussi pour se venger de l'humiliation subie à la face de tous, cinq ans de guerre sanglante bientôt pour un blitzkrieg gagné d'avance !
Obtenir une capitulation par la terreur nucléaire, ça s'est déjà produit, en 1945.
Certains arguent déjà de l'interdiction chinoise d'emploi du nucléaire, mais le pragmatisme de l'opération sera accepté par Pékin si le président Xi ne veut pas envoyer des troupes de protection face au Donbass menacé.

D'autres proclament que la Russie sera mise au ban des nations et ostracisées. Foutaises ! Elle en a déjà fait beaucoup dans l'horreur, et au mois de juillet dernier, Marco Rubio et Sergueï Lavrov tenaient une réunion amicale avec leurs équipes dans l'immeuble de Manille qui abritait les discussions ministérielles périodiques des pays de l'ASEAN. La réunion n'a abouti à rien (heureusement), mais elle a montré que la Russie était (1) encore fréquentable, (2) une puissance stratégique parlant d'égal à égal avec la superpuissance américaine. Steve Witkoff et Jared Kushner ont programmé une visite à Moscou pour bientôt. Et Trump se dit toujours prêt à rencontrer Poutine-Folamour aussitôt qu'un deal sera possible et sûr.

Que dira le Sud global à la détonation de la bombe russe ? Rien, puisque nous avons provoqué la blanche Russie !
Que feront les gouvernements européens de plus qu'une condamnation sévère avec un nouveau paquet de sanctions et appel au Conseil de sécurité des Nations-Unies ? Rien !
Que fera le gouvernement ukrainien ? On n'est sait encore rien, mais probablement fera-t-il payer cher sa capitulation inéluctable et son entrée dans la nuit russe !
Seule la réaction américaine est imprévisible. Néron regardera d'abord où est son intérêt particulier et les dollars, comme il le fait en toute chose.

A partir de là, le monde fera un tour sur lui-même, puis tous les pays du Seuil auront enfin la justification attendue pour nucléariser leur dissuasion. Ainsi verra-t-on la Corée du Sud mettre les bouchées doubles devant l'incertitude de la protection américaine, mais aussi l'Arabie séoudite pour la même raison, le Brésil régulièrement menacé par la doctrine Monroe, l'Indonésie aux îles stratégiques convoitées, et pourquoi pas le Japon et l'Allemagne qui auront achevé leur punition au coin. Quid de l'Iran des Pasdaran ?

Autant dire que seront enfin réunies les conditions nécessaires et suffisantes à l'apocalypse annoncée plusieurs fois par Hollywood. En suite de quoi, la pression humaine sur la planète bleue sera soulagée jusqu'à peut-être inverser le réchauffement climatique et sauver du four terrestre les populations qui auront survécu. Ce n'est pas une affaire à cent ans de date mais bien plus proche de nous. Restera-t-il des singes pour reprendre la planète ?


A la semaine prochaine !


#2634 (c'est trop long)