15 février 2026

Tokyo, Berlin, Rome

J'avais prévu et commencé une petite vengeance contre la gauche caviar et pédérastique pour m'y ennuyer au point d'y préférer les sakuras du Japon. C'est la saison des cerisiers en fleurs et c'est bien plus réconfortant que de s'appesantir sur la hure grêlée du roi-soleil de la Culture, terrassé par sa pingrerie légendaire qui lui fit chercher des sponsors sulfureux ô combien, c'est peu dire.

TOKYO. Sanae est la fille d'un ouvrier pauvre. Elle a vaincu la tradition patriarcale nippone en exaltant la réaction et le conservatisme tout à la fois, ce qui n'est pas un défi mineur chez l'Empire du Chrysanthème. Les ligues féministes n'auraient pas imaginé vaincre le système des castes aryennes sur un programme nationaliste et quelque part revanchard, pour la simple raison qu'elles n'auront jamais la niaque de Sanae Takaichi (dans les dîners en ville, prononcez Sanaïe Takètchi).
Qui est-elle déjà ? Insubmersible et incombustible. Mon premier est le travail, mon second est le travail, mon troisième est le travail, mon tout est le travail ! Imaginez les laideurs garçonnes de l'écologie féminique française sur cette antienne !

La première nippone est l'avatar de Magareth Thatcher, fille d'épicier, montée en graines libérales jusqu'au 1O, pugnace, persévérante et peu influencée par les émotions contraires à son axe de régénérescence du Royaume-Uni. Les insurgés irlandais s'en souviennent, au paradis.
Takaichi est le copié-collé de la Dame de fer en version punk. Motarde diplômée de l'université, elle montre très tôt un acharnement à sortir de la condition très modeste de ses parents et pour ce faire, prend tout ce qui passe à sa portée. Petits jobs, stages, même la politique tant qu'à y être ! La Wikipédia fait une recension honnête de sa vie par ici.

Son parcours politique, puisqu'on y vient, est un combat de tous les instants ; à terre, elle se relève toujours, c'est le côté "motarde". Bref, elle accède à la primature mais ne dispose pas de la majorité nécessaire à réformer l'économie outrageusement globalisée du Japon. Aussi décide-t-elle de dissoudre la Chambre basse pour y obtenir une majorité des deux-tiers qui lui permettra de travailler à la révision constitutionnelle. Grand éclat de rire de la classe politique et médiatique (comme ici), elle allait se ramasser, sans fortune familiale, une femme en plus ! Mais c'était sans compter la tempête de neige. On a vu par endroit quatre mètres de neige et pas que dans l'île septentrionale d'Hokkaïdo - vous savez, l'île aux singes dans les trous d'eau chaude.

Son taux de popularité parmi les 18-29 ans est de 90 % ! Les "jeunes" ont été séduits par un discours clair sans catachrèses ou hypallages jusqu'à sortir la pelle à neige pour se frayer un chemin vers le bureau de vote. Par millions ! Ainsi a-t-elle obtenu 316 sièges sur 465 soit six sièges de plus que les deux tiers de l'hémicycle, sans compter le renfort d'un parti allié qui lui apporte 35 sièges de sécurité portant sa majorité à 351 sièges, du jamais vu. Un véritable séisme électoral qui a sidéré les chancelleries, jusqu'à Pékin bien sûr qui redoute le réveil du "monstre".

Sanae Takaichi est donc en mesure de tenter d'amender la constitution pacifiste imposée par les Américains en 1945, mais il y faudra les voix de la Chambre haute et un référendum populaire. On n'y est pas encore. Elle va déjà fêter son succès à Washington chez Donald Trump qui a gagné sur un programme similaire au sien, le fameux "MAGA". A la réserve près que les programmes nationalistes purs et durs (nous ne savons pas en France de quoi il s'agit) sont exclusifs de tous autres.
Dans la mise en œuvre de son budget responsable et proactif, l'ambition nationaliste du Japon, réveillé sous l'étendard impérial du soleil rayonnant, va se cogner aux réalités hégémoniques de l'administration américaine qui entend moins que jamais partager ses emprises géopolitiques qui croisent parfois la fierté japonaise.

La différence de mise en œuvre de programmes similaires à l'intérieur mais concurrents dans les affaires extérieures, pourrait se faire aux tempéraments respectifs. Trump est un enfant gâté, un lézard doré peu cultivé qui se prélasse dans la contemplation de lui-même sur les écrans de télévision - en fait il ne fait que ça - quand Takaichi est arrivée à la force du poignet jusqu'à écraser tous ses adversaires politiques sur la base d'un programme solide et partagé qu'elle va appliquer contre vents et marées, fussent-ils américains. Il n'est pas dit qu'elle réussisse. Il n'est pas dit non plus que Trump arrive à plier le Japon. C'est encore un très gros morceau. L'exemple de la résistance chinoise à ses objurgations ridicules est dans tous les esprits d'Asie du sud-est.
Takaichi ne mollira pas quand la relation se gâtera, parce que forcément elle se gâtera ! Il lui faudra sourire et réconforter le vieux bonhomme abandonné par son âge avancé et par toute l'intelligentsia de son pays.
L'autre sujet de la semaine, c'est la mésentente du vieux couple franco-allemand.

BERLIN. Cette amitié, un peu forcée, est un mythe partagé au sortir de la Seconde Guerre mondiale quand il s'est agi de mettre fin une bonne fois à la guerre civile européenne. L'histoire du Couple a fait l'objet de nombreux ouvrages savants, nous nous bornerons à rappeler quelques étapes.

Il n'existe pas de couples de nations, ce sont toujours des humains qui se mettent en couple. L'entente fut quasi-parfaite entre le chancelier Schmidt et Valéry Giscard d'Estaing - il y avait une certaine complicité intellectuelle ; elle fut très productive entre Helmut Kohl et François Mitterrand, à preuve l'établissement de la monnaie commune et l'accord sur un pacte de stabilité remédiant à la gabegie auto-immune française. Puis les choses se gâtèrent à partir de Gerhard Schröder après la décision non concertée de Jacques Chirac (à la fin du mandat Kohl) d'arrêter la conscription, faisant comprendre à notre partenaire le peu de cas qu'il faisait d'une architecture de défense européenne ; à quoi s'ajoutait les déficits sociaux structurels français quand en Allemagne on décidait de remettre les compteurs à zéro par les lois Hartz.
Angela Merkel, chancelière venue de l'est, n'achètera pas le mythe franco-allemand mais elle en laissera vivre la décoration. Elle regardera passer le turbulent Sarkozy à cent lieues du projet allemand de renouveau, assez bête pour attaquer la Libye sur les dires d'un marchand de bois philosophe avide de célébrité, et foutre in fine le désordre par tout l'espace saharien, puis le fade et normal François Hollande, qui l'a surprise quand même par son raid sur Tombouctou, et pour finir, le gémisseur actuel qui réclame continuellement à l'Europe l'argent qu'il jette dans le tonneau des Danaïdes, à nul effet, le pays étant sens dessus-dessous et sa dette, colossale en temps de paix. Olaf Scholz (roi de Hambourg) pas plus que Friedrich Merz ne seront convaincus du bien fondé de ce couple mal assorti dont on parle en France mais en Allemagne jamais.

On en vient maintenant aux deux projets qui devaient réaffirmer l'entente franco-allemande selon Macron : le SCAF et le MGCS. Le premier est un système de combat aérien intégré autour d'un avion de cinquième voire sixième génération, renforcé d'effecteurs sans pilote au sein d'un cloud de combat top du top. On peut s'informer par les deux liens proposés ci-dessous :
Le second est un système de char d'assaut dernier cri, intégré dans un cloud de combat terrestre destiné à rompre les fronts. Wikipédia a fait une bonne notice sur ce projet :

Les deux projets sont emblématiques des divergences d'intention.
La France n'a pas besoin de l'industrie allemande pour construire un avion de cinquième génération avec ses ailiers (loyal wingmen), mais elle n'a pas l'argent pour financer la R&D du projet et Dassault ne peut y parvenir sur fonds propres, surtout en prenant le risque d'une banqueroute de l'Etat qui obèrerait la production promise pour rentrer dans ses sous.
L'Allemagne n'a besoin de personne pour faire le super-char du futur et la promesse française d'achat ne lui apporte rien de plus que celle de tous ses clients Leopard qui attendent les yeux fermés le successeur du Leopard 2. Par contre la France n'a pas l'outil industriel pour produire un char de dernière génération et les intentions d'achat de la DGA sont trop faibles pour rentabiliser un développement sur fonds propres d'aucun groupe français.

Sans entrer dans les détails (que vous trouverez facilement sur le Net) on voit déjà que les violons sont désaccordés. La faute principalement à la France qui ne donne confiance à personne dans l'état de calamité financière dans lequel elle se vautre ; jusqu'à récemment réclamer l'émission d'eurobonds pour refinancer un modèle social à la grecque complètement échoué. Le "non" allemand lors du séminaire d'Alden Biesen en Belgique fut cinglant ! C'est à mon avis le dernier clou sur le cercueil du Couple.

L'Allemagne réarme à marche forcée, c'est sa priorité car elle revient de loin après la gestion du pays à l'économie par Scholz et Merkel surtout. Pourquoi s'encombrer des humeurs et vapeurs de la Reine des Gitans, sa voisine, qui paie deux millions de rationnaires à rien foutre, rémunère des fonctionnaires partout en excédent selon la moyenne de l'OCDE, refuse d'équilibrer son régime public de pensions et va dans le mur du FMI ? Le monde est grand et les dangers nombreux. Que pour elle la France continue de fournir ses fromages, ses vins et ses parfums doit suffire à l'Allemagne. L'industrie va discuter avec un partenaire industrialisé par des canaux de coopération déjà explorés : l'Italie.
Ce n'est pas un faux scoop pour embellir l'article :

ROME. « L'Allemagne et l'Italie unissent de plus en plus leurs forces pour donner l'orientation de l'agenda européen, la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le chancelier allemand Friedrich Merz affichant régulièrement leur convergence de vues à Bruxelles, sur l'industrie automobile ou les accords commerciaux, par exemple. Lors d'un sommet des dirigeants de l'Union européenne jeudi, la dirigeante italienne d'extrême droite et le conservateur allemand ont défendu une vision commune visant à stimuler la compétitivité européenne.»
(la suite sur Boursorama)

La séparation des exécutifs allemand et français va se faire en douceur comme dans un vieux couple, sans éclats, naturellement. Que restera-t-il de cette aventure, gaullienne au départ ? Arte !

Giorgia Meloni est devenu rapidement un chef de gouvernement qui en remontre à tous pour le sérieux avec lequel elle gère un pays réputé ingérable. Elle a aussi un talent de conviction qui lui fut utile pour canaliser vers la Botte les subsides européens permettant de relever les défis habituels d'une nation où l'art combinatoire de l'esquive fiscale est au sommet.

Trois choses sont à remarquer : son industrie tourne à plein régime ; son budget primaire est à l'équilibre ; elle a fait de l'immigration un atout en transformant les demandeurs d'emploi étrangers en travailleurs dont elle a besoin. Ils travaillent, ils cotisent et tout le monde est content, les patrons petits et grands les premiers.

Nous ne pourrons jamais l'imiter pour une raison bête : nous n'avons déjà pas assez de travail distribuable parce que les génies français de l'économie ont ruiné l'industrie générale, ne gardant que l'industrie de pointe et de luxe toujours insuffisantes à l'embauche.

Nous n'avons pas de pointures intellectuelles du calibre d'un Draghi, capable de convaincre l'Etat d'aller dans un sens ou dans un autre et de s'y tenir. Le fiasco de la retraite à points qui sortait de l'ornière le schéma de pensions par répartition nous l'a montré. Et surtout, Mme Meloni a l'autorité naturelle et exécutive qui nous manque pour un changement de pied immédiat si c'est meilleur pour le pays. Elle n'a pas d'idéologie sacrée. Elle gou.ver.ne !

On comprend facilement pourquoi les dirigeants allemands et la Deutsche AG estiment perdre leur temps avec la France, ne cherchant que des opportunités de collaboration ponctuelle (il y a des usines allemandes en France) dans le cadre de leurs intérêts privés. Ils abandonnent le cadre de collaboration politique globale qui à la fin n'a rien donné.

Les réalités - un concept très germanique, la realpolitik c'est eux - vont prendre le dessus, et le mythe partagé franco-allemand va s'évaporer dans l'éther des velléités inabouties. M. Macron aura tout foiré. On peut attendre un sursaut de sa part dans les prochains mois pour finir son mandat sur une note positive en dépit d'une dette humiliante. On peut le craindre aussi !


Conclusion.

Trois pays qui affrontent les défis de la mondialisation les yeux grand ouverts, trois pays qui ne philosophent pas sur la dureté des temps, trois pays qui nous ont volé la maxime napoléonienne "impossible n'est pas français !" pour la naturaliser à leur profit.
A côté d'eux, un vieux pays fatigué de lui-même qui veut protéger ses derniers atouts mais ne les exerce pas, un vieux pays écrasé par un Etat obèse, une classe politique obsolète et des partis politiques archaïques. Un pays de revendications qui n'aime plus travailler. Un pays failli qui attend Hercule Godot, lequel tarde à venir.

Et pourtant, la semaine passée, Arianespace a lancé une fusée Ariane 6 construite aux Mureaux (Yvelines) avec une poussée augmentée par quatre boosters italiens pour mettre en orbite une gerbe de 32 satellites Amazon LEO, un premier lancement sur les dix-huit du contrat passé avec Jeff Bezos pour concurrencer Starlink. Ce qui prouve que les Français, quand ils sont débarrassés des injonctions du pouvoir politique, sont capables de belles choses. Mais ne le peuvent que les entreprises de haute technologie comme Arianespace ou trop puissantes à l'international comme Total Energies ou Michelin. Les autres sont harcelées pour corriger les erreurs du politique. Remettons l'Etat dans son champ de responsabilités et concentrons-nous sur nous-mêmes pour régénérer la nation avec la seule ambition de redevenir un jour prochain, même plus éloigné, un exemple d'éthique morale, et pourquoi pas de beauté dans le concert des puissances. Rêvons !

ALSP !

08 février 2026

Fuir le bonheur

Il est d'acception commune que la recette du bonheur est dans le détachement, puisque attachement et accumulation sont les fées Carabosse de la frustration. Ce détachement doit s'exercer, avec force méditation, tant à notre périphérie physique et mentale qu'à l'architecture intime de nos désirs et de nos habitudes intérieures. C'est du moins ce qu'en pense le bouddha éveillé.

La racine de la souffrance intime n'est pas de ressentir de la peine ou de la tristesse, voire de ne rien ressentir du tout. Il semblerait au bouddhiste que la cause de cette souffrance gît plutôt dans une quête incessante de sensations éphémères qui met en tension notre esprit, balancé entre l'agitation et l'insatisfaction. Eprouverait-il du plaisir à un instant donné qu'il en ressentirait aussi un mécontentement né de la peur qu'il ne cesse, alors qu'il souhaiterait que ce plaisir se prolonge. La clef est de se libérer de la course au plaisir pour jouir d'un esprit détendu, clair et comblé de sérénité. On n'y parvient pas sans la méditation auprès d'un guide-expert. La robe safran est en vente chez Etsy Irlande.

Il est maintenant intéressant de poser la question de la recette du bonheur à La Machine dont nous parlions la semaine passée, en interrogeant par exemple Le Chat de la société d'intelligence artificielle française Mistral AI (clic). Pour ce faire, il suffit de faire un essai comme proposé...

Q : Quelle est la recette du bonheur ?

...et ça donne ça en deux à trois secondes :

R : La recette du bonheur est une question aussi ancienne que l’humanité, et chaque personne y répondrait probablement différemment selon sa culture, ses expériences et ses valeurs. Cependant, plusieurs ingrédients reviennent souvent dans les réflexions philosophiques, scientifiques et populaires :

1. Des relations humaines de qualité
Les études en psychologie montrent que les liens sociaux solides et bienveillants sont l’un des principaux facteurs de bonheur. Passer du temps avec ses proches, cultiver l’empathie et l’écoute, et se sentir entouré sont essentiels.

2. Un sens à sa vie
Avoir des objectifs, des passions ou des engagements qui donnent l’impression de contribuer à quelque chose de plus grand que soi (famille, travail, art, bénévolat, etc.) est souvent cité comme une source profonde de satisfaction.

3. La gratitude
Prendre conscience des petites et grandes choses positives de la vie, et les savourer, aide à cultiver un état d’esprit plus heureux. Tenir un journal de gratitude est une pratique simple et efficace.

4. L’acceptation et la résilience
Apprendre à accepter ce qui ne dépend pas de nous, et développer la capacité à surmonter les épreuves, permet de réduire le stress et d’avancer plus sereinement.

5. Le soin de soi
Prendre soin de sa santé physique (sommeil, alimentation, exercice) et mentale (méditation, pauses, loisirs) est un pilier souvent sous-estimé.

6. La simplicité et le lâcher-prise
Se libérer de la surcharge matérielle, des attentes irréalistes ou de la comparaison sociale peut apporter une grande légèreté.

7. La curiosité et l’apprentissage
Rester ouvert au monde, apprendre de nouvelles choses, voyager ou explorer de nouveaux horizons stimule la joie et l’épanouissement.

En résumé : Le bonheur ne se trouve pas dans une formule magique, mais plutôt dans un équilibre personnel, une attention portée à soi et aux autres, et une certaine liberté intérieure.

Et toi, qu’est-ce qui te rend heureux ou heureuse ? As-tu déjà trouvé des ingrédients qui fonctionnent particulièrement bien pour toi ?
(fin)

Combien de temps auriez-vous mis à pondre cette réponse, ou même une réponse différente de la proposition "artificielle" ? Dix minutes pour les plus rapides en partant de rien ? Le rapport d'attention serait donc de 3 à 600 secondes soit 200 fois. Comment ne serions-nous pas remplacés ? Le grand remplacement n'est pas celui qu'on croit. Mais des progrès restent à faire.
Le Chat n'a pas saisi le paradoxe du bonheur malheureux : ne vous est-il jamais arrivé de voir votre humeur s'assombrir dans un moment de bonheur intense à la seule pensée que la séquence de sérénité va fatalement s'achever dans l'impermanence du ressenti ?

D'où le sonnet de Serge Gainsbourg dont nous reproduisons ci-dessous les paroles et qui a fait notre titre :

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Que le ciel azuré ne vire au mauve,
Penser ou passer à autre chose
Vaudrait mieux !

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Se dire qu'il y a over the rainbow
Toujours plus haut le soleil above
Radieux !

Croire aux cieux croire aux dieux,
Même quand tout nous semble odieux,
Que notre cœur est mis à sang et à feu.

Fuir le bonheur de peur qu'il ne se sauve,
Qu'une petite souris dans un coin d’alcôve,
Apercevoir le bout de sa queue rose, ses yeux fiévreux.


En chantant ?

Que dire à la fin ?
Parler du bonheur, de son accessibilité, de conditions qui le favorisent, de la chance de l'éprouver même s'il est rare comme sont rares le génie et l'amour ; sinon parler de la fin du bonheur ? Les nuages s'amoncèlent sur les sociétés humaines et la planète semble aujourd'hui nous en vouloir. Sommes-nous à la fin de quelque chose ? Indéniablement.

D'après la faculté d'anthropologie, l'espèce a franchi trois révolutions essentielles qui ont modifié ses gènes et grandement amélioré ses chances de déploiement jusqu'à l'encombrement actuel. Ce furent la révolution cognitive qui a conscientisé les apprentissages, nous a projetés dans notre avenir et nous a permis de descendre de l'arbre puisqu'il y avait mieux à faire au sol ; la révolution agricole qui nous a jetés dans l'exploitation du capital Terre et a formé les sociétés modernes imbriquées ; la révolution scientifique qui nous a dévoilé la puissance de l'invisible et de notre propre imaginaire. Cette dernière évolution vient de dépasser notre humanité et ouvre en grand les portes du dernier vertige.

La quatrième révolution est la révolution numérique. La dictature du bit ! Il est impossible d'arrêter les docteurs Frankenstein qui se sont incrustés dans le tissu civilisationnel au point que pour les tuer il faudrait aussi le déchirer à nos dépens. A défaut de les anéantir, peut-on les dévier ? Surgit alors la question vache : non pas "comment", mais "vers quoi", les deux questions étant aussi difficiles l'une que l'autre.
Vers quoi ?

Vers une forme d'entropie des civilisations qui pallierait l'inégalité des races humaines quand elles s'agrègent en nations identitaires, et qui ferait que les différences toujours visibles ne seraient pas assez grandes pour justifier que l'une saute à la gorge de l'autre. Dit autrement, pousser la mondialisation à fond la caisse ! Alors serait lancé par toute la planète ce Projet d'Entropisation que l'on confierait, non pas aux Nations-Unies, mais à La Machine pour la distraire de ses complots funestes, afin de débander les empires prédateurs sur des lois archaïques au bénéfice d'une sagesse universelle qui jusqu'ici n'a jamais existé au niveau des nations, mais pourquoi pas ? Rousseau pas mort. Qu'en pensent les jeunes qui seraient convoqués à ce Projet ? La plupart de ceux que je connais sont partout chez eux, comment dire, décloisonnés et en conversation. C'est un signe de faisabilité.
Sinon il y a la ciguë !

Nous achevons ce billet par l'interrogation philosophique que pose Yuval Noah Harari à la fin de son livre Sapiens :
« la vraie question est non pas "que voulons-nous devenir ?" mais "que voulons-nous vouloir ?". Si cette question ne vous donne pas le frisson, c'est probablement que n'avez pas assez réfléchi. »

Le bonheur, c'est dépassé ; il s'agit maintenant et demain de la mutation de l'espèce que la science va forcer à sortir de sa guenille charnelle, pour aborder aux rivages du pur esprit, délié de sa morale naturelle, délié de ses codes sociaux, reformatés par les algorithmes sur des "biogiciels" nouveaux qui travailleront collectivement à la domination finale d'une planète déjà abandonnée pour le Grand Exode promis par les nouveaux gourous. Le bonheur ? Quel bonheur ? Vous ne serez pas tous du voyage. On ne va pas déporter sur une exoplanète de la série Kepler sept ou huit milliards de bonshommes à deux mille années-lumière de distance.
Ceux qui resteront remonteront dans les arbres en attendant la fin de la sixième extinction. D'ici là, profitez du spectacle de la nature et des aurores boréales bretonnes (mais si !), profitez des douceurs que la vie vous apportera, et ne paniquez pas à l'impermanence du bonheur fugitif, aimez les filles douces qui mettent des fleurs à leurs cheveux, et si ça vous fait du bien, priez le dieu auquel vous êtes habitués. Acceptez votre destin, en attendant peut-être le Sauveur, mais vous n'avez plus le choix.


Liens utiles :
  1. Plaidoyer pour le bonheur de Matthieu Ricard
  2. Le bonheur dans l'Antiquité de Pierre Loret
  3. Mondialisation et dilution du politique de Manuel Castells
  4. Critique d'Homo Deus d'Harari
  5. Exoplanètes habitables (Wikipedia)


ALSP !

01 février 2026

Les Silicéens* sont parmi nous.

Le défi de l'intelligence artificielle (IA) était mal appréhendé dans l'opinion jusqu'à ce que le fils ou la fille de la maison soit débouté de son rêve d'emploi par un DRH informé qui lui a dit que son job venait d'être confié à la Machine. C'est normal que l'opinion ait tardé ; c'était jusqu'ici compliqué de comprendre que la compilation des archives du monde à la vitesse de la lumière vaille un million de fois plus de valeur que la besogne du documentaliste le plus zélé.

* le sang des hommes est fait de fer, de cuivre celui des lézards, celui de l'IA de sable siliceux.


Sont menacés et bientôt disparus, tous les emplois de matière grise au-dessous du Mensa++ (clic). RIP les traducteurs, les comptables, les graphistes, les plumitifs, les régleurs et tous les experts en imagination comme les commerciaux, les poètes de sous-préfecture et les romanciers de gare. En fait sur l'échelle sociale de l'emploi seront privilégiés le haut et le bas ; le haut des développeurs, les intégrateurs de stratégie, et le bas des cols bleus et des blouses blanches, les éboueurs, les gardiens de square et les gardiens de la paix. Tout le segment médian, les fameuses classes moyennes, va être sérieusement impacté, voire réduit à des moignons de maintenanciers et réparateurs de certains emballements propres aux machines autonomes. A QI constant, nous serons tous opérateurs de machine numérique ou "morts".

Quel patron a hésité entre le robot sans humeur corvéable à merci 360 jours par an sur H24 (avec 5 jours/an de révision générale) et le labeur humain sous convention collective ? Aucun ! Qu'en sera-t-il demain pour les emplois intellectuels comme l'évaluation de candidats ou ceux de grande précision manuelle comme la chirurgie ? Ce sera pareil, même si tout le marché du travail ne sera pas bien sûr décapé à l'acide du jour au lendemain. Mais des esprits pessimistes se posent déjà la question à mille dollars : que va-t-on faire de tous ces chômeurs ? A quoi certains dits-réalistes opposent à ce pronostic la création d'emplois liés au numérique et à l'évolution de la Machine. Mais d'expérience, les nouveaux emplois ne compensent pas les anciens et les "retours" sur investissement dans le domaine de l'emploi sont souvent éphémères, des leurres. Pour une première raison : l'IA progresse chaque jour et se perfectionne dans l'apprentissage des raisonnements au-delà de la pure compilation de données. Et elle le fait à chaque minute de sa vie. Ce sont donc des contingents toujours nouveaux qui les uns après les autres seront mis en déchetterie par la Machine en évolution permanente, pour ne pas dire éternelle. Faut en parler à Harold Finch ↓

« On nous surveille. Le gouvernement a un dispositif secret, un dispositif que vous avez souhaité, pour votre propre sécurité, une machine qui vous espionne jour et nuit, sans relâche. Vous lui avez accordé le droit de tout voir, de ficher, classer et contrôler la vie de chaque citoyen. Des citoyens que le gouvernement considère "sans importance", pas nous. À ses yeux vous êtes tous "sans importance", mais victime ou criminel, si vous lui faites obstacle, nous vous trouverons » (Person Of Interest).


La Machine ne dort jamais, ne ralentit pas, son réseau neuronal numérique croît sans arrêt et ses synapses s'améliorent continuellement sans qu'aucune limite ne lui soit opposable. Certes les "penseurs" menacés par l'IA lui trouvent des erreurs ou un défaut de finesse dans ses biais cognitifs et en font des gorges chaudes. Sauf que l'IA ne se morfond pas dans ses erreurs, mais cherche à les franchir en affûtant encore ses approches et ses analyses, et par la masse numérique en travail elle parviendra toujours à les dépasser pour aller plus loin. Elle est perfectionniste. Donc, quand vous lisez une critique ou une analyse des résultats obtenus par l'IA, regardez bien la date. Tout ce qui déjà est daté de 2024 est obsolète.

Un chercheur versé dans ce domaine avait posé une bonne question : et si l'IA décidait un jour de se séparer de l'espèce humaine ? Le journal de Bordeaux a poussé un peu le raisonnement et pro hac vice son article de 2025 reste pertinent. On en fera son profit en cliquant ici (2 min de lecture seulement). Si les robots sont pas diaboliques par essence, ne peuvent-ils pas être programmés par quelque génie malfaisant pour propager le chaos fatal ? Evidemment que oui ! La revanche de Satan ou du Créateur maléfique ? Ça c'est une autre histoire.

Nous n'imaginons pas que l'IA puisse développer une conscience (un ressenti), pas plus qu'une imagination. Le discours ambiant l'a cantonnée à la compilation et aux synthèses, en gros à l'intelligence froide, au mieux au Rubik's Cube. Et pourtant ! L'IA crée déjà du récit. Elle s'approche d'un "être", décorporé certes mais cérébral. Rien ne signale une impossibilité que son évolution aboutisse à des entités siliciées concurrentes des entités carbonées que nous sommes et, dans leur réalité augmentée sans limite, bientôt capables de nous domestiquer comme nous l'avons fait d'espèces inférieures tout au long de l'histoire. La Machine évalue déjà nos séquences ADN pour abonder les statistiques de la manipulation génétique et se projette in petto notre propre avenir biologique quand elle ne le partage pas. Peut-elle ruser ? Je ne sais pas. Un neveu de la Silicon Valley me confiait récemment - c'est pourquoi j'ai fait cet article - que nous n'en étions qu'à ses balbutiements.

Si vous préférez confier votre avenir à un professionnel de la profession plutôt qu'à un blogueur du dimanche, lisez la recension du dernier essai de Dario Amodei (The Adolescence of Technology) faite par Le Grand Continent (LGC) mercredi dernier, pour apprendre que l’IA présente un « risque existentiel » et que l’intelligence artificielle pourrait nous détruire totalement (clic).

Avec une part de marché d'un tiers dans l’usage des grands modèles par les entreprises, nous dit LGC, Anthropic dont Dario Amodei est le patron, se positionne devant nombre de ses concurrents historiques. Que voit-on ? L’IA accélère déjà sa propre création :
Claude, le modèle d’IA d’Anthropic, écrit déjà par lui-même une grande partie du code de l’entreprise, accélérant ainsi le développement de la prochaine génération. Cette boucle de rétroaction s’intensifie chaque mois et pourrait atteindre, d’ici un à deux ans, le stade où une IA sera capable de construire une IA future de manière totalement autonome.
Le titre de cet article n'est donc pas si osé que ça finalement.

Quel est le maillon faible de l'IA ?

Son alimentation gargantuesque, les milliards de watt-heures qu'elle engloutit pour vivre et grandir. Si elle nous submerge et décidait de nous attaquer, il devrait suffire de couper les compteurs EDF des datacenters. Mais ne pourrait-elle gérer son agonie en déroutant suffisamment d'énergie vers le cœur du réacteur pour achever le travail avant de s'éteindre ? Je n'en sais rien au fond mais j'ai un doute, parce que si nous coupons le courant des data centers, nous le coupons partout comme le ferait une cyber-attaque : plus de trains, de lumière, de gaz, d'hôpitaux, de stations-services et de transports, de téléphone, de radio, d'avertissements officiels par texto, de consignes de sécurité, d'alertes et de pain. Le noir informatif complet. Heureux les autarciques, ils verront la Noël.


Conclusion ?

Il n'y a pas de conclusion quand par essence le sujet est en évolution sur une trajectoire imprévisible. Des centaines de milliers de cerveaux parmi les plus pointus de la planète travaillent à "améliorer" l'intelligence artificielle et rien ne nous dit aujourd'hui quelle sera sa queue de trajectoire parce qu'il n'y a pas de cible avouée. Les bons esprits nous baladent dans le brouillard de la complémentarité, l'IA nous facilite plein d'activités, surtout en recherche et surveillance prédictive (santé, sûreté), elle nous rend service au quotidien en élargissant notre champ de conscience, guide les bombes sur les méchants etc... sans jamais nous dire que l'IA pense déjà par elle-même. Alors, quel va être son but, sa cible propre ? On a parlé de transhumanisme, c'est le projet de Gilgamesh qui accroche tous les wagons de l'être bionique, du cyborg et de l'esprit libre de chair.
Un conseil, un seul ?
Comme nos ancêtres les Gaulois : s'adapter !
Ils sont devenus Gallo-Romains en saisissant l'avantage du bond civilisationnel. Lutter contre le progrès n'a jamais abouti à ce qu'il recule, au lieu de quoi il vous marginalisera comme des Amish.


Pour finir sur une note plus gaie : les primevères ont démarré.
primevère planche botanique
On voit de temps en temps passer dans les annonces immobilières des propriétés hors-réseaux à récupérer. Elles n'ont ni courant, ni gaz de ville, ni eau de ville, ni assainissement, ni téléphone ni Internet, rien. Parfois un toit. Mais avec les matériaux modernes et les moyens actuels de production domestique elle redeviennent habitables. Ce sont souvent des liquidations de succession, les héritiers ne sachant plus que faire de la masure perdue en haut de la vigne ou au pied de l'alpage à laquelle le vieux pépé tenait tant. J'ai vu récemment deux exemples dans le Sud, l'une dans le vallon de Soubès avant Lodève à un kilomètre de la départementale, l'autre au pied de l'Aigoual à Valleraugue au bout d'un chemin muletier de seulement 30 minutes. Leurs prix étaient fonction de la superficie du terrain, mal commode et pas cher si les espaces ne sont pas (encore) constructibles ni raccordables. Ils sont souvent bâtis, d'une petite grange en pierres du chemin, une maison de vigne ou d'un mazet. Ce sont à la fois des biens spéculatifs si les choses se gâtent (guerre ou crise climatique) et des refuges pour survivalistes. Il m'étonnerait que leurs prix n'explosent pas.




ALSP !