07 juin 2026

Président, nous voilà !

Avant-propos

Samedi dernier, la Normandie recevait le Secrétaire d'Etat à la défense américain. Ses posture successives participaient du principe de vulgarité qui gouverne les chefs de l'administration T.
Ce jour qui autrefois manifestait un esprit de camaraderie franche et sincère entre les nations alliées, est devenu celui des arrière-pensées et du ressentiment. Il y a bien d'autres occasions de confronter son point de vue sur les défis de la guerre que celle-ci. Entend-on le message des anciens combattants qui se sont mouillés dans le plus grand débarquement de l'histoire ? On ne parade pas comme un grand singe au milieu de tant de croix !

--ooOOOoo--



Retour à Paris. Qui des Quarante formera le carré final des Quatre Fantastiques ? C'est le sweepstake politique de cette année dont l'arrivée est prévue le dimanche 11 avril 2027. Nous ne pouvons résister au plaisir de les citer tous tant la poilade est grande. En vrac : Edouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard, Michel Barnier, Eric Zemmour, Jordan Bardella, Jérôme Guedj, Olivier Faure, Ségolène Royal, Boris Vallaud, François Hollande, Fabien Roussel, François Asselineau, Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Xavier Bertrand, Jean-Luc Mélenchon, Delphine Batho, Nathalie Arthaud, Laurent Wauquiez, Florian Philippot, Clara Egger, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin, Raphaël Glucksmann, Lydie Massard, Gabriel Attal, Dominique de Villepin, Elisabeth Borne, Gérard Darmanin, Bernard Cazeneuve, Lucie Castets, Anasse Kazib, Benjamin Lucas-Lundy, François Baroin, Karim Bouamrane, Jean Castex, Carole Delga et Yannick Jadot.

Oui, il en manque ! Ils m'en voudront ! Et d'autres qui se croient tout à fait capables de nous gouverner, s'il ne fallait pas entrer dans le tunnel fastidieux d'une campagne électorale, je pense à Bruno Le Maire, pressenti par Houellebecq.

La première question que je me pose est de savoir si le pays va pouvoir attendre trois cents jours dans l'état de calamités financières où tous ces gens l'ont précipité, ou si les horreurs de la banqueroute vont s'abattre sur nous sans tarder en conséquence du blocage du détroit d'Ormuz.

Il y a trois catégories de candidats : ceux qui concourent en vrai pour le poste, ceux qui profitent de l'occasion pour faire monter la notoriété de leur parti avant les législatives à suivre, élections fournissant des prébendes parlementaires juteuses ou des crédits d'Etat proportionnels aux nombre de voix extraites du corps électoral ; et enfin ceux qui profitent de l'audience particulière du moment pour témoigner d'un souci, d'une ambition, d'un projet spécifique. A condition pour tous de réunir quand même cinq cents parrainages d'élus de seconde zone, émanés de trente départements (la règle).

Le régime clientéliste latin, ainsi qu'est devenue la Vème République, incite les candidats sérieux à produire des programmes électoraux fourmillant de détails, alors que la fonction est de "présider" d'une certaine hauteur comme le dit notre Constitution aux articles 5 à 16 :

  • 5.- Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'Etat. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités.
  • 8.- Le président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement. Sur la proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.
  • 9.- Le président de la République préside le Conseil des ministres.
  • 10.- Le président de la République promulgue les lois dans les quinze jours qui suivent la transmission au Gouvernement de la loi définitivement adoptée. Il peut, avant l'expiration de ce délai, demander au Parlement une nouvelle délibération de la loi ou de certains de ses articles. Cette nouvelle délibération ne peut être refusée.
  • 11.- Le président de la République, sur proposition du Gouvernement pendant la durée des sessions ou sur proposition conjointe des deux assemblées, publiées au Journal Officiel, peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions…
  • 12.- Le président de la République peut, après consultation du Premier ministre et des Présidents des assemblées, prononcer la dissolution de l'Assemblée nationale…
  • 13.- Le président de la République signe les ordonnances et les décrets délibérés en Conseil des Ministres. Il nomme aux emplois civils et militaires de l'Etat…
  • 14.- Le président de la République accrédite les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires auprès des puissances étrangères ; les ambassadeurs et les envoyés extraordinaires étrangers sont accrédités auprès de lui.
  • 15.- Le président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et comités supérieurs de la Défense nationale.
  • 16.- Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel… (la règle)

(on notera la capitalisation abusive des noms communs et des adjectifs dans le texte diffusé par l'Elysée)



Le président de la République ne s'occupe pas de tout, c'est le rôle et surtout la tâche du Premier ministre en charge du gouvernement au quotidien : responsable devant le parlement, il dirige l'action du gouvernement et assure l'exécution des lois (articles 20 et 21 de la Constitution). Donc le catalogue de mesures présenté par tous les candidats à la présidentielle annonce déjà un biais constitutionnel. Mais de ça, les électeurs s'en fichent, il veulent une loi présidentielle pour disposer les pots de géranium sur les rebords de fenêtre, alors que le président devrait (à mon avis) se recentrer sur l'essentiel, à son vrai niveau.

Dans la pratique, l'équilibre des pouvoirs exercés à Matignon et à l'Elysée se transforme le plus souvent en cohabitation des tempéraments par le canal des cabinets de la primature et de la présidence. Il s'en suit un brouillage tant au niveau de la coordination des décisions politiques qu'à celui de l'autorité perçue. Ainsi la lutte des ego annihile l'esprit de la Constitution de 1958 où les étages sont bien marqués. Charles de Gaulle avait paré cette dérive en se réservant deux domaines qu'il présidait depuis des cellules ad hoc à l'Elysée, la diplomatie avec la Françafrique et les armées. Le reste était laissé à un premier ministre dont le choix répondait à une exigence irréfragable de loyauté à l'endroit du président-fondateur.

La compétition s'exacerba dès le mandat de Georges Pompidou avec la nouvelle société de Jacques Chaban-Delmas. Puis vinrent les contentieux Giscard-Chirac, Mitterrand-Rocard, Chirac-Jospin, Hollande-Valls, Macron-Attal et tous ceux qui suivirent. Les gentils toutous, modèle Couve de Murville, ont été Raymond Barre, Pierre Mauroy, Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Edouard Balladur, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, Edouard Philippe et Jean Castex. On peut donc voir que souvent "la maison est mal tenue" parce que la pratique courante des institutions laisse monter les affrontements au sommet de l'Etat. La seule solution est de remettre en haut de la pyramide un vrai chef d'Etat qui préside. Pour y atteindre, certaines qualités sont exigibles.

L'intelligence (1) et la culture(2) sauvent bien des situations compliquées, surtout si elles émanent une autorité naturelle(3). Une connaissance de l'intérieur de l'Etat profond est également indispensable(4), au moins autant qu'une expérience de gestion par objectifs(5) avec la sanction du succès ou de l'échec. Si on applique ces cinq critères aux quarante candidats cités en début d'article, on voit que le crible est dévastateur. Pourtant certains le traversent comme Michel Barnier, Xavier Bertrand, Elisabeth Borne, Bernard Cazeneuve et Jean Castex. Effectivement ils ne sont pas les plus bruyants. L'un se détache du lot, qui me fait penser à Romano Prodi (clic), c'est Bernard Cazeneuve. La petite notice de l'Institut Montaigne le résume bien (clic). En deux mots, c'est un homme honnête dans la force de l'âge, expérimenté à la ville comme aux affaires d'Etat.

Si les Français mûrissent d'ici là et ne badent plus les hâbleurs et autres demi-habiles qui les circonviennent si facilement, ils devraient choisir Bernard Cazeneuve, si lui le veut bien ! A défaut, Jean Castex.

Ceci étant dit, on revient sur les émeutes festives de la Ligue des Champions en France. Elles sont (pour moi) l'expression de la dégénérescence de la nation. La victoire du PSG arrachée aux clubs européens par l'émir du Qatar à coups de milliards s'est comme à l'accoutumée traduite par des débordements "inqualifiables" en ville, quel qu'ait été le résultat du match d'ailleurs.

A trop rapidement dénoncer les "quartiers", on zappe une réalité bien plus inquiétante : à visionner les images captées par la presse, on découvre que ceux-ci ne sont pas seuls, loin de là. Les groupes éphémères d'émeutiers qu'on y voit, participent plus souvent que l'an dernier de la sociologie des Black Blocks, mais en peau de lapin et blanche de surcroît. On casse pour casser, tout commence et s'arrête là. Pour l'instant ! Mais les émeutes de Nahel le laissaient deviner : il suffirait d'un peu d'organisation et de commandement pour que l'émeute se transforme en insurrection. La victoire du PSG n'offrait pas le recul suffisant à créer les conditions d'une "organisation du désordre". Mais certaine dates fixes, oui !

L'ancien président du tribunal de Bobigny disait l'autre soir chez Pujadas qu'il y avait un délaissement par les autorités départementales d'une certaine jeunesse, mal éduquée, d'autres disent décivilisée, sans avenir, sans envie d'intégration et qu'en prenant de l'âge, ces groupes violents peuvent déclencher une crise autrement plus sérieuse que la guerre des abribus. Les pouvoirs publics actuels ne semblent pas en capacités de gérer un soulèvement populaire de la jeunesse et dirigé dans l'instant au moyen des réseaux sociaux.

Peut-être la Sûreté urbaine, si elle existe encore, a-t-elle phosphoré sur le sujet pour élaborer des plans de contre. Les moyens existent, les effectifs aussi. Manquent peut-être les modes d'emploi et la politique de répression qui jusqu'ici n'impressionne personne. M. Nuñez est un bon explicateur après-coup et certainement bien organisé avant la manifestation, mais il manque d'entrain pour galvaniser ses troupes et en même temps, exiger de son collègue de Vendôme une sévérité réelle de la Justice.

Pour le reste, il est inutile de chercher les causes de tout cela, du moins cela ne sert-il à rien, mais le spectacle réitéré depuis le mandat Sarkozy des destructions impunies commises par les Black Blocks a pu susciter un enthousiasme coupable chez des petites bandes fragiles mais nombreuses.

Il faut repartir d'une feuille blanche et faire l'inventaire des réalités constatées par les meilleurs acteurs de terrain, les policiers et les éducateurs sportifs. Côté loi, on en parle beaucoup, mais le plus urgent est de réprimer sévèrement pour diminuer le goût de l'interdit en appliquant trois mesures : pas de sursis en cas d'émeute, peines plancher, incarcération à partir du premier jour. Darmanin l'avait demandé l'an dernier après la première victoire du PSG en Ligue des Champions. S'il manque des places, on ouvre des camps.

Puis on crée un ministère ad hoc, sur le modèle du Plan, dépendant directement du président de la République, qui travaillera à réparer le tissu social où il est déchiré en ayant pleine autorité sur tous les acteurs publics concernés que sont les recteurs d'académie de l'Education nationale, les bailleurs sociaux, les directions "Etrangers" des préfectures, la police de proximité réinstallée, les guichets publics de services généraux et de santé. C'est un peu fasciste je l'admets, mais moins dur que d'assécher les Marais pontins.

Se posera rapidement la question d'un service national élargi et bien rémunéré qui sauvera les jeunes qui sont au seuil de basculer dans la délinquance. Les premiers contingents sont prometteurs.
Il faudra aussi deux ou trois clashes qui montreront la force pour n'avoir pas à s'en resservir. Prochain rendez-vous, la Fête de la musique ou la Saint-Jean si vous préférez.

En conclusion, enfin pour aujourd'hui, on n'attend pas du futur président de revisser toutes les petits écrous d'un mécano qui branle de partout mais de donner les ordres nécessaires pour la continuation de la nation, suffisant à son juste rang.
Et si les rationnaires de la République planqués au Palais Bourbon regimbent et suscitent des désordres en ville pour se venger de leur insuccès, il reste l'article 16 et les Centaures*.

ALSP !

31 mai 2026

Où l'on parle des entrelacs judéo-arabes

Philosophe juif de la complication, Edgar Morin est finalement parti à 104 ans. Non que ses facultés aient été entamées par le grand âge, mais la pendule a sonné. Son absence biologique intervient au mauvais moment, quand la pensée complexe est convoquée plus que jamais au Proche Orient, si tant est que "penser" puisse encore servir à quelque chose là-bas !

La question juive vient de très loin. Juste pour vous faire peur : terminée, selon les Ecritures, en 1440 AC par la distribution des territoires aux neufs tribus sédentarisées à l'ouest du Jourdain, la reconquête de Canaan bat son plein aujourd'hui avec la même brutalité que jadis. Les Arabes ont remplacé les Cananéens. Dans ses chapitres 6 à 12, le livre de Josué décrit le système d'extermination des populations des villes conquises : « Josué battit tout le pays : la montagne, le Néguev, le Bas-Pays, les versants, ainsi que tous leurs rois. Il ne laissa pas un survivant. Il voua à l’anathème tout être vivant comme l’avait ordonné le Seigneur, Dieu d’Israël. » (Jos 10:40).
Il y est dit que les populations des villes d'Hazor, Aï, Jéricho, Macéda, Libna, Lachis, Eglon, Hébron, Débir, Madon, Séméron et Achsaph furent passées par le fil de l'épée et cinq rois des sept nations de Canaan capturés et tués. Mais des Cananéens (de souche), il en restera à la campagne, qui causeront des soucis ensuite aux rois d'Israël comme le suggèrent les appels réitérés des prophètes hébreux à abandonner les Baals.

Dans le Pentateuque, les nations conquises devront être "effacées" (Ex 23:23), "chassées" (Ex 23:28-31; Dt 7:1), "expulsées" (Dt 7:1), "repoussées" (Dt 9:4), "retranchées" (Dt 12:29), "détruites" (Dt 12:29), "dépossédées" (Dt 9:5, 12:29)1, "anathémisées" (Dt 7:2, 20:17) voire "interdites" (heherîm), c'est à dire impures. Sympa ! C'est à lire, parce qu'il semblerait que maintenant la logique suprémaciste juive en terre promise suive en l'adaptant ce schéma. L'incantation biblique est sur toutes les lèvres des gens de pouvoir en Israël comme sur celles des influenceurs juifs de par le monde, un métier désormais sans avenir tant pour l'idée que pour le porteur. D'aucuns parlent même de "cadastre" en relisant la Torah. Je suis heureux que les Casques à cornes de la Norvège n'ait pas établi une ferme sur mon terrain en remontant la Seine pour revenir demain y contrôler le bornage.

Le partage de Canaan a trois mille cinq cents ans d'âge. Les Juifs subirent plus tard l'exode de la terre qu'ils avaient conquise sur ordre divin, jusqu'à leur dispersion. Qu'on se rassure, le fruit de cette conquête antique serait toujours mûr et juteux, et sa consommation parfaitement morale aujourd'hui ! Mais nous ne verserons pas dans le littéralisme des Evangéliques qui parent Israël d'un droit universel de surplomb à la seule lecture de l'Ancien Testament.

La question juive et son corollaire actuel, la question palestinienne, ne peuvent être abordées à hauteur d'homme. Il y a trop d'imbrications, de haine, d'ingérences, d'histoire stratifiée et de légendes entremêlées. Pour y comprendre quelque chose - ce qui ne veut pas dire tout comprendre - il vaudrait mieux élargir la focale, monter vers Sirius et abandonner l'idée de tout expliquer. Postulant que la foi est une création intime du cerveau amoral de l’homo sapiens, le compte des dévastations terrestres qu'elle a causées est à faire. Comme disait Alain "C'est la foi même qui est Dieu" : c'est un autoguidage de l'espèce qui reste asservie à ses pulsions animales originelles. D'où le combat de la raison, toujours perdu ! Néanmoins l'honnête homme peut faire son opinion, individuelle, portative et pourquoi pas, diffusée, sur un conflit que l'on prédit éternel et qui meublera pour longtemps son esprit. Réfléchir n'est pas résoudre. Fin de la parenthèse d'astrophysique.

La posture explicite des sionistes israéliens (Netanyahou l'a souvent dit) est celle de défenseurs de l'Occident judéo-chrétien exposés au feu de l'Orient barbare. Si j'osais, je dirais qu'ils se sentent dans la peau des Croisés angevins. Mais ça ne pourrait suffire d'autant que ce feu contenu fut lui-même allumé par ceux qui proclament nous en défendre. Ils ne sont pas les seuls dans l'exacerbation d'une agressivité orientale à notre endroit dès lors que c'est en Europe que fut décidé d'implanter le greffon au sein même du monde arabe.

Pour racheter le crime inexpiable d'extermination des juifs ashkénazes dans les années 40, l'Europe a transformé le refuge du Foyer juif de Lord Balfour en un Etat de plein droit, et elle le défend quoiqu'il lui en coûtera au Jugement dernier. Pour avoir industrialisé cette destruction physique des communautés juives, acceptée en silence par toute l'Europe en guerre, l'Allemagne est en pointe aujourd'hui dans le soutien aveugle et sourd aux politiques de glacis de l'Etat hébreu. S'il est prétentieux d'établir les causes du désastre moral de l'Europe, il est permis d'en voir les conséquences : des inconséquences ! Charles de Gaulle n'était que de bon sens à ce sujet qui, au moment de la Guerre des six-jours, après s'être étonné qu'on ait exposé la diaspora juive aux masses arabes, recommandait aux dirigeants israéliens de cultiver une certaine modestie pour établir un modus vivendi avec leurs voisins.

On a oublié que les pères fondateurs de l'Etat hébreu étaient des juifs d'Europe qui ne connaissaient pas intimement les peuples arabes, à la différence des juifs sépharades d'Afrique du nord. Et même pas le monde musulman, à l'exception des juifs de Salonique ou de Constantinople qui prospéraient sous le joug ottoman. Seules les communautés judaïques résiduelles du Proche Orient savaient à quoi s'en tenir - les pogromes au Levant furent nombreux - mais elles n'avaient pas voix au chapitre, le nouvel Etat étant gouverné par les intellectuels du sionisme originel. Les ashkénazes n'avaient pas les mêmes préventions à l'endroit des bédouins que celles apportées par les sépharades, considérés par eux comme des juifs de seconde zone. Ils en ignoraient la psyché.
La révolte explosive des Palestiniens guidée par l'OLP en 1987 les prit de court alors qu'ils surveillaient d'abord les armées arabes des Etats constitués qui les entouraient. La première intifada est marquée au fer rouge dans l'histoire d'Israël parce qu'elle soulève un peuple résident contre lui à l'intérieur de ses propres frontières reconnues. On sait maintenant qu'il n'y a jamais eu de réel "vivre ensemble" en Palestine, même si des collaborations de labeur ont été facilement établies entre patrons juifs et ouvriers arabes. La piqure de rappel de la seconde intifada en l'an 2000 a vacciné l'Etat hébreu contre la troisième parce que la bascule démographique lui sera bientôt défavorable.
Le slogan "du fleuve à la mer" est réciproque puisque l'incompatibilité d'humeur est patente.

Le processus "vivendi" recommandé par Charles de Gaullen prendra du temps et aboutira aux accords d'Oslo (rappel). Les ultra-sionistes qui gouvernent aujourd'hui firent assassiner le signataire, Yitzhak Rabin, en 1995, tuant dans l'œuf une paix méfiante certes, mais une paix quand même. Trente ans plus tard, l'Arabe en Palestine a vocation à se ghettoïser comme le juif polonais d'antan. On inflige aux Palestiniens le traitement réservé jadis aux juifs d'Europe, humiliations, expulsions, destruction du bâti, exécutions sommaires et pour finir la pendaison à discrétion. L'Occident réagit mollement dans le même esprit de repentance et les défenseurs des Palestiniens lui reprochent le double standard alors que le nombre de morts arabes indiscriminés ne cesse d'augmenter.
La haine coule de forge en continu, ça ne s'arrêtera pas. Des pays jusqu'ici indifférents, surtout en Asie, se retournent contre Israël dans une logique de « Cherchez l'intrus !» et même si les motifs en sont plus mercantiles que moraux - l'affaire d'Iran les impactent beaucoup plus que nous - ils risquent de contrebalancer la doxa judéo-chrétienne dans les enceintes décisionnaires et vérifier a posteriori la pertinence du Choc des civilisations de Samuel Huttington (1927-2008). L'Occident foutraque met tout le monde en danger ; cette thèse est chérie par nos contempteurs chinois, et par bien des peuples d'Asie du sud-est que je connais.

Quand je me projette à vingt ans dans le futur, la question des entrelacs judéo-arabes restera pour longtemps une question brûlante qui, ajoutée aux défis climatiques que les pays ne peuvent plus affronter, s'intègrera dans une politique globale d'adaptation au four universel, avant que ne surviennent les guerres torrides de survie dans toute la zone inter-tropicale. La question évoquée ici finira-t-elle pas s'y fondre et disparaître ? A l'heure des empires revenus, même comme marionnettiste de la culpabilité occidentale, Israël est trop petit. La Bible a ses limites. C'était notre minute Nostradamus.


Postscriptum du lundi soir

Tsahal a repris ce 1er juin les ruines de la forteresse de Belfort qui domine le fleuve Litani et le pays tout autour. Il y ont planté le drapeau immédiatement pour effacer la retraite d'avril 2000 effectuée sous la pression du Hezbollah que l'occupation israélienne avait créé.
La guerre au Hezbollah est une chimère parce que le parti chi'ite est une entité libanaise enracinée qui diffuse son empreinte dans tous les secteurs du Liban, même dans le domaine culturel comme nous le montre le succès phénoménal de Julia Boutros.

Le Quai d'Orsay ne s'y est pas trompé qui a toujours fait la part de la résistance armée au sionisme conquérant et de la mouvance civile. En fait, le parti chi'ite est partout, même dans l'armée libanaise régulière et bien sûr au parlement. Eradiquer une idée comme le Hezbollah à n'importe quel motif a autant de chance de succès qu'avec le Hamas qui a métastasé maintenant sur toute la Palestine. Israël sait tout ça, mais il faut vendre la menace terroriste d'origine iranienne pour élargir le glacis. Pas sûr que ça marche cette fois !

ALSP !

24 mai 2026

De ci de là

Le seringat a explosé à la Pentecôte en même temps que Donald Trump se couchait devant les réalités du Golfe définitivement persique. Je le sens d'ici, le seringat. Ainsi dans la nuit de samedi dernier, le président universel de tous les états unis a tenu depuis le Bureau Ovale une conférence téléphonique avec (accrochez vous !) Mohammed bin Salman Al Saud, Mohammed bin Zayed Al Nahyan, Tamim bin Hamad bin Khalifa Al Thani, Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim bin Jaber Al Thani, Ali al-Thawadi, Field Marshal Syed Asim Munir Ahmed Shah, Recep Tayyip Erdoğan, Marshal Abdel Fattah El-Sisi, King Abdullah II, King Hamad bin Isa Al Khalifa (pour alléger, j'ai enlevé tous les noms des fonctions respectives). Ils ont convenu d'un cadre de discussions (protocole d'accord) dont des détails ont été diffusés hier soir, et dont tout le monde parle depuis quelques jours sur les plateaux télévisés.

L'autre pays coalisé dans la guerre n'est pas dans la boucle diplomatique, même si Donald Trump signale que Benyamin Netanyahou a été informé ensuite de la teneur de l'accord par un coup de fil personnel séparé (source TS). Il est traité comme le cousin de province dont l'insistance agace. Au même moment, Tsahal est passé au nord du Litani ! Rien ne les arrêtera, les autres sont du bétail. On dit que Trump leur a donné la libre pratique.

Israël va-t-il comprendre que son acharnement à vitrifier un glacis sécuritaire autour de lui n'est pas vendeur de la cause sioniste ? La diaspora juive américaine commence à renâcler sous la pression des groupes pro-palestiniens et juge que le projet colonial d'apartheid n'est plus sur la trajectoire de renaissance d'un pays sûr pour les juifs, et accepté de ses voisins donc inclusif. Mais la crainte de la guerre aérienne persane coagule un soutien important de la population israélite locale et fatigue toutes les autres communautés. Le ministre Ben-Gvir pointe du doigt maintenant les Arabes israéliens comme une cinquième colonne prête à trahir. On leur a défendu déjà de descendre aux abris en cas d'alerte aérienne. Sans doute bientôt seront-ils stigmatisés comme "squatters" à l'image des Philistins de Gaza, autres résidents bibliques ! A quand le croissant jaune ?

Il serait de bon ton, dans le cadre d'une future entrée à l'Institut, de jauger maintenant les mesures promises par l'accord américain de Pentecôte, mais la duplicité de tous les acteurs est telle qu'il serait vain de s'y fier. Notons quand même que trois contempteurs d'Israël étaient au téléphone de la conférence, le Turc, le Pakistanais, et le Séoudien qui revient de son abandon moral des bédouins de Palestine. On ne peut dire non plus que le maréchal égyptien soit très attentif aux intérêts de l'Etat hébreu qui n'en finit plus de lui causer des soucis au Sinaï. Le Koweit n'était pas là, ni le sultanat d'Oman, ni l'Irak, pourtant tous très concernés.
Quoi qu'il en soit, la junte de Téhéran détient en ses mains le détroit d'Ormuz, la survie de Doubaï, et les usines de dessalement d'eau de mer sur la côte arabe. Ça équivaut à une dissuasion nucléaire ! Les excités du cabinet israélien, pressés de ruiner l'Iran pour longtemps, en sont pour leurs frais. Trump est dans la nasse des complications et il entend la petite musique de l'opinion républicaine qui lui serine de s'être fait avoir par Bibi.


L'autre bombe du week-end (sourire) c'est le coming out de Gabriel Attal à Mur-de-Barrez (Carladès). Le journal Centre-Presse de Rodez a fait le reportage pour signaler une ferveur populaire non feinte tant à l'endroit d'un jeune politique ayant marqué des points dans le passé qu'à l'annonce de sa candidature offensive à la présidence. C'est par ici (clic).
Il faut dire qu'à côté du maire empoté du Havre qui a peur de son ombre et du canal Seine-Nord, le choix est vite fait, comme nous le montre le ralliement de certaines figures de la macronie et le départ de technorigides comme Mme Borne. Sa campagne ne fait que commencer, c'est un bon candidat avec beaucoup de répartie, mais la tectonique des plaques politiques jouera aussi son rôle. Les thématiques centrales de son programme sont, dit-il, l’école, les salaires, les frontières et l’intelligence artificielle. Ce qu'attendent les Français, ce n'est pas le catalogue Manufrance que feuillettent les journalistes en mal d'audience et de punchlines, mais une image convaincante du nouveau pouvoir dans l'esprit vrai de la constitution présidentielle de 1958, face aux défis monstrueux du pays. Gabriel Attal doit surplomber tout ça. Pas évident, dans le tumulte où toute faute de carre est montée en épingle par les adversaires.

Sur la même estrade médiatique, Raphaël Glucksmann signe un livre ! Faisant fi du désintérêt populaire pour l'essai politique, l'enfant du sérail bobo parisien intellectualise son approche des masses laborieuses qui l'ignorent, pour se rassurer peut-être du faible écho qu'il suscite. Surfer sur le succès d'une élection de liste qui n'intéresse pas l'opinion quand on n'imprime pas, conduit à minorer l'enthousiasme des premiers jours sur la Place de la République jusqu'à l'oubli. La coterie habituelle de la gauche bourgeoise peut se rallier si le parti officiel sort un mauvais candidat, ce qui est probable, mais elle ne suffira pas cette fois à réitérer la promotion fulgurante du yuppie de 2017. Glucksmann n'a pas la niaque. Il en restera un livre pour caler l'armoire.

Ce sera tout pour cette fois.
J'ai mon béret de marsouin à repasser pour le prochain Canon Français.
On chantera :
  • Dans le port de Sahigon
  • Il est une jonque chinoise
  • Mysté-rieuse et sournoise
  • Dont nul ne connaît le nom
  • Et le soir dans l'entrepont...
  • ¤¤¤¤¤¤ (clic)

ALSP !