Corvus corone corone dit corneille noire, Corvus frugilegus dit freux, Garrulus glandarius dit geai des chênes, Martes foina dite fouine, Martes martes dite martre, Mustela nivalis dite belette, Pica pica dite pie bavarde (l'agasse), Sturnus vulgaris dit étourneau sansonnet et Vulpes vulpes dit renard ou goupil dans les livres d'enfants.
On notera les heureux absents par défaut d'effectif, que sont la blanche hermine (Mustela erminea), le putois (Mustela putorius) et le blaireau de chez nous (Meles meles). Y échappent les lapins de garenne qui attendent l'ouverture de la chasse pour être régulés. Nul ne parle des tabous écologiques que sont les loups et les ours. C'est un autre sujet.
Si on comprend bien que ces espèces vivent sur la production agricole en y commettant parfois de gros dégâts, on peut regretter de n'avoir pas trouvé d'autre solution que la mort pour des animaux tous supérieurement intelligents (sinon ils auraient disparu depuis le temps qu'ils emm... les paysans). Les foires à la sauvagine d'antan rapportaient à la ville les fourrures de mustélidés par centaines qui servaient à faire des toques, des étoles (pour les renards) ou des gilets du dimanche. Par chance chez les becs droits, le corbeau calédonien et le grand corbeau ont été oubliés ; ce sont des oiseaux arithméticiens et adroits comme des singes, jusqu'à faire des outils pour trouver leur nourriture.
Parallèlement, le parlement des couards a approuvé une loi d'urgence agricole dite Duplomb II qui réintroduit les pesticides toxiques pour les butineuses dans les cultures de grand champ. Deux choses : la bronca populaire ayant coulé la loi Duplomb I est narguée par les députés, ce qui en dit long sur la culture démocratique de profiteurs dont il faudra bien se séparer un jour comme "autres nuisibles" ; la pollinisation générale sera fortement réduite, l'apiculture décimée et les conséquences de cette destruction du cycle plus graves qu'on ne le pense, mais visibles seulement après les élections législatives de 2027. Ouf !
Comme le disait Michel-Edouard L. après le retrait de la première loi : "nul ne pourra obliger la génération montante à bouffer de la merde", et le souci de pratiques agricoles respectueuses de la nature est un prérequis pour la pérennisation des filières. A défaut de quoi, l'acheteur éveillé passera devant l'étal sans y rien prendre et le producteur mourra par désintérêt des centrales d'achat pour sa production. Il y a des recherches pour trouver une protection non toxique des cultures ; il faut les accélérer et en attendant, faire du vacarme publicitaire sur le marché européen pour la qualité naturelle des produits français. Je ne comprends pas que les exploitants qui le peuvent ne se lancent pas dans ce genre d'agit'prop pour réveiller le marketing et le consommateur. On voit quand même dans les rayons des supermarchés des garanties de procédés d'obtention propre et respectueuse à prix juste. Il faut augmenter ces approvisionnements loyaux, et pousser à l'achat en culpabilisant un peu le chaland qui passe.
Entretemps se font les vendanges. Partout on cueille tôt pour ne pas faire du whisky. Les muscats du littoral ont été vendangés à la charnière juillet-août et de plus en plus souvent la nuit à la lueur des phares de chantier pour soulager les équipes. En Languedoc, la véraison (changement de la couleur du grain) a avancé au 14 juillet, du jamais vu. Et les météorologues annoncent une aggravation des chaleurs et du stress hydrique dus à un Niño spécialement sévère cette année. Les vignes de plaine trop exposées n'y survivront pas, et sur les collines on délaissera l'adret sur les caillasses surchaufées pour se mettre à sol y sombra comme on dit aux arènes. Le sol de la vigne donnant le goût au vin, il est probable que nous découvrirons dans quelques années de nouveaux crus moins chargés en tannins voire même astringents.
Pour le reste, le déficit en eau va régler la question de certaines espèces trop gourmandes et obliger l'importation de plantes exotiques résistantes. Le sorgho ou le millet complèteront les légumineuses, les colzas et les tournesols, qui ont déjà fait leurs preuves. Et la frontière de l'olivier remontera vers le nord. Finalement on s'en sortira autrement, ce n'est pas encore le Sahel partout ! On ne voit pas courir les grands chats !
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Hors-champ (c'est involontaire) notre attention est captée par la rentrée politique sensée nous ouvrir les portes de l'espérance dès la disparition d'un président coquet qui nous sert de chef d'état à la houppe. Les sondages (tous ne sont pas publiés) se détruisent les uns les autres jour après jour, mais le match en finale est toujours le même : les extrêmes qui se touchent, combattront ! C'est suffisamment grave dans l'esprit des politiciens de métier que les candidatures de témoignage vont sans doute diminuer au bénéfice de ralliements utiles préservant l'avenir des prébendes. Le premier à sortir du bois pour entrer dans celui d'en face, c'est Marine Tondelier pour les écologistes qui a fait le juste calcul de sa disparition. Il faut dire que paradoxalement, les calamités estivales qui pouvaient bénéficier à la doxa écologique des Verts, les ont plutôt desservis ; trop de freins à l'adaptation émanant de leur mouvance ont été révélés cet été. On pense aux bassines agricoles, aux coupe-feux forestiers, aux réticences à la climatisation des hôpitaux et à tous les bâtons dans les roues dont ils se sont fait une spécialité dès qu'on parle d'aménagement du territoire.
Entre eux deux, les partis raisonnables n'impriment pas pour le moment. L'eau tiède de leur componction nous rappelle qu'ils sont à l'origine de notre cachexie terminale qui va finir par nous attirer les petits hommes gris du FMI en curatelle. J'attends quelqu'un.
ALSP !
Un postscriptum ? pourquoi pas !
J'ai pris le "Porche" de Charles Péguy dans la boîte à livres du quai, sous les mouettes qui se marrent. Je ne connaissais que le titre de cet ouvrage capital du grand poète catholique et je m'aperçois en le feuilletant qu'il est très intimidant. Le titre en entier est : "Le Porche du mystère de la deuxième vertu". Aux mahométans du lectorat dont je salue les encouragements muets, je signale qu'il est fait référence aux trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité.
C'est un poème de trois mille vers libres organisés en versets qui se lisent d'un souffle, disent les savants. On imagine l'exercice à voix haute dans la cathédrale déserte de Maguelone ou dans l'église minuscule et sombre de Saint-Roman-de-Codières un soir de grand vent.
La préface de cette édition NRF de 1996 est sans doute la meilleure critique littéraire que j'aie jamais lue. Peut-être aussi n'en ai-je pas lues assez ! Elle est de Jean Bastaire et croise à la même altitude que ce texte exigeant et fou. Il y dit :
« L'admirable dans le Porche est qu'avec des mots terreux, des images charnelles qui n'ont rien de philosophique, des mouvements du cœur qui sont ceux de n'importe quelle créature, Péguy révolutionne le christianisme au sens où, comme il le dit ailleurs, "une révolution est un appel d'une tradition moins parfaite à une tradition plus parfaite". Sa théologie de l'espérance ruine définitivement le jansénisme et déblaie la voie royale de l'évangile, trop longtemps encombrée de craintes qui bafouent la croix du Christ. Non seulement l'auteur du Porche retourne de l'intérieur son drame personnel de l'exil et de l'échec, convertissant la détresse en tendresse et la déréliction en abandon créateur. Mais il inverse pareillement un drame ontologique plus général qui le hante depuis sa jeunesse et qui est au cœur de sa méditation de Jeanne d'Arc : l'exil et l'échec des damnés. En une stupéfiante intuition, il fait de la damnation un exil et un échec de Dieu. Pour l'éviter, Dieu en est réduit à espérer dans le pécheur comme le pécheur espère en Dieu. Dieu prend les devants. Là comme en amour et en toutes choses, il a l'initiative, il donne l'exemple. Cela n'illustre-t-il pas d'ailleurs le plus parfait amour, où celui qui aime se met dans la dépendance de l'aimé, compte sur l'aimé? Dieu compte sur le pécheur, tremble pour lui dans l'attente qu'il s'amende et, tel l'enfant prodigue, vienne s'écrouler entre ses bras. »
Je ne sais si mon agnosticisme me laissera aboutir à l'Ensevelissement qui termine Le Porche. Mais du moins j'essaierai et ne vous en dirai pas plus.
C'est un poème de trois mille vers libres organisés en versets qui se lisent d'un souffle, disent les savants. On imagine l'exercice à voix haute dans la cathédrale déserte de Maguelone ou dans l'église minuscule et sombre de Saint-Roman-de-Codières un soir de grand vent.
La préface de cette édition NRF de 1996 est sans doute la meilleure critique littéraire que j'aie jamais lue. Peut-être aussi n'en ai-je pas lues assez ! Elle est de Jean Bastaire et croise à la même altitude que ce texte exigeant et fou. Il y dit :
« L'admirable dans le Porche est qu'avec des mots terreux, des images charnelles qui n'ont rien de philosophique, des mouvements du cœur qui sont ceux de n'importe quelle créature, Péguy révolutionne le christianisme au sens où, comme il le dit ailleurs, "une révolution est un appel d'une tradition moins parfaite à une tradition plus parfaite". Sa théologie de l'espérance ruine définitivement le jansénisme et déblaie la voie royale de l'évangile, trop longtemps encombrée de craintes qui bafouent la croix du Christ. Non seulement l'auteur du Porche retourne de l'intérieur son drame personnel de l'exil et de l'échec, convertissant la détresse en tendresse et la déréliction en abandon créateur. Mais il inverse pareillement un drame ontologique plus général qui le hante depuis sa jeunesse et qui est au cœur de sa méditation de Jeanne d'Arc : l'exil et l'échec des damnés. En une stupéfiante intuition, il fait de la damnation un exil et un échec de Dieu. Pour l'éviter, Dieu en est réduit à espérer dans le pécheur comme le pécheur espère en Dieu. Dieu prend les devants. Là comme en amour et en toutes choses, il a l'initiative, il donne l'exemple. Cela n'illustre-t-il pas d'ailleurs le plus parfait amour, où celui qui aime se met dans la dépendance de l'aimé, compte sur l'aimé? Dieu compte sur le pécheur, tremble pour lui dans l'attente qu'il s'amende et, tel l'enfant prodigue, vienne s'écrouler entre ses bras. »
Je ne sais si mon agnosticisme me laissera aboutir à l'Ensevelissement qui termine Le Porche. Mais du moins j'essaierai et ne vous en dirai pas plus.
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