15 mars 2026

Gouverner c'est contraindre !

Merci René. Gouverner c'est aussi « conduire les hommes collectivement dans les voies et vers des objectifs qui ne leur sont ni naturels, ni clairement perceptibles, ni conformes à leurs aspirations immédiates. Le gouvernement, c'est donc bien la répression** au sens où l'entend Freud » Ainsi parlait Georges Pompidou dans son testament politique Le Nœud gordien (Librairie Plon 1974).

"Contraindre" n'aura pas été la marque des gouvernements Macron ; "subir et plier" leur conviendrait mieux. Le coassement affolé de la classe politique menacée dans la prébende par les électeurs sevrés, interdit à l'Exécutif toute répression freudienne. C'est le système qui veut ça, en dérivant depuis la démocratie saine et circonscrite aux affaires de la communauté d'intérêts (la cité) vers une démagogie de tous les instants dans les affaires nationales où le citoyen Lambda a accès, de conserve avec le Crétin des Vosges et l'Enfant-loup de l'Aveyron.
Ainsi, le plus beau pays sur terre, chargé d'atouts que le monde entier nous envie, se retrouve en temps de paix humilié par une dette souveraine de trois mille cinq cents milliards d'euros (clic) pour le seul fonctionnement de notre éléphantesque Etat, couché sur un modèle social somptuaire qu'il ne peut plus s'offrir.

Au vu des échéances électorales qui suscitent des programmes partout dépensiers pour appâter Dupont-la-joie, il n'est prévu ni de contraindre ni de réprimer. Il sera bien plus facile, pensent nos politiques, qu'au moment de percuter le mur de la dette, ce travail soit fait par une force extérieure dont on pourra à loisir dénoncer la cruauté des méthodes. Nous avons la classe politique la plus lâche du monde. Quelque malheur qui lui advienne, je ne la pleurerai pas.

Quand on relit Le Nœud gordien de Pompidou, la première chose qui monte des pages lues est la culture de son auteur. Une culture complètement assimilée qui n'a pas besoin de "citations" ou d'allégories savantes. C'est le fonds intelligent du normalien, une race qui n'est plus revenue aux affaires depuis sa mort. Le surplomb intellectuel de Georges Pompidou sur les affaires publiques ne le conduit pas à l'hermétisme ou l'ésotérisme mais il emploie le plus naturellement du monde une langue simple et riche à destination du peuple français autant qu'à ses élites. C'est ça la classe !

Petite note en suivant : pour parler de l'Administration, il utilise de temps en temps le mot "bureaux" sans guillemets, naturellement, comme le faisait Charles Maurras qu'il avait lu, on le sait au moins pour la thèse "Kiel et Tanger" de 1910. La "dictature des bureaux" est typiquement maurrassienne. Pour terminer, nous allons citer l'essentiel du chapitre conclusif de l'ouvrage paru quelques jours après sa mort :

« L'époque n'est plus à Louis XIV dans son palais de Versailles, au milieu de ses grands, mais rien n'y ressemblerait davantage qu'un Grand Ordinateur dirigeant de la salle de commandes électroniques le conditionnement des hommes… Le bonheur que nos ingénieurs préparent à l'homme de demain ressemble vraiment trop aux conditions de vie idéales pour animaux domestiqués. En vérité, l'avenir serait plutôt à Saint Louis tel qu'on se l'imagine sous un chêne au milieu de son peuple, c'est à dire à des chefs ayant une foi, une morale, et répudiant "l'absentéisme du cœur".

A défaut qu'on puisse en arriver là, et nous en sommes loin, il faut des institutions, des institutions qui assurent à toutes les étapes de la vie, à tous les échelons de la société, dans tous les cadres où s'insère la vie individuelle – famille, profession, province, patrie – le maximum de souplesse et de liberté. Cela, afin de limiter les pouvoirs de l'État, de ne lui laisser que ce qui est sa responsabilité propre et qui est de nos jours déjà immense, de laisser aux citoyens la gestion de leurs propres affaires, de leur vie personnelle, l'organisation de leur bonheur tel qu'ils le conçoivent, afin d'échapper à ce funeste penchant qui, sous prétexte de solidarité, conduit tout droit au troupeau. Cela, afin de permettre au peuple de choisir ses dirigeants en connaissance de cause, de percevoir à l'extérieur et avant qu'il ne soit trop tard, ceux qui pourraient être tentés par le pouvoir sans limites que donnent les moyens techniques.
Car cette évolution parallèle à laquelle nous avons assisté de l'anarchie dans les mœurs et de l'accroissement illimité du pouvoir étatique va bien au-delà des récriminations contre la dictature des bureaux ou alors faut-il l'entendre au sens de l'univers de Kafka. Elle porte en elle-même un péril immense et dans lequel nous pouvons tomber de deux manières opposées. Soit en faisant prévaloir l'anarchie, qui détruirait rapidement les bases mêmes de tout progrès et déboucherait fatalement sur un totalitarisme de gauche ou de droite ; soit en allant directement vers la solution totalitaire. Le péril n'est pas illusoire. Les théoriciens peuvent, dans l'abstraction, accumuler les raisonnement subtils et compliquer à l'envi les nœuds du problème humain. Nous sommes arrivés à un point extrême où il faudra, n'en doutons pas, mettre fin aux spéculations et recréer un ordre social. Quelqu'un tranchera le nœud gordien. La question est de savoir si cela sera en imposant une discipline démocratique garante des libertés ou si quelque homme fort et casqué tirera l'épée comme Alexandre.

Le fascisme n'est pas si improbable, il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste. À nous de savoir si nous sommes prêts, pour l'éviter, à résister aux utopies et aux démons de la destruction. "Je n'étais bon ni pour tyran ni pour esclave", disait Chateaubriand. Je souhaite que demain les dirigeants et les citoyens de mon pays soient pénétrés de cette maxime.»
(fin de l'extrait)

J'ai l'impression que nous y sommes. Le socialisme dominant (même à droite) a ruiné l'Etat et infantilisé les plus faibles qui semblent être aujourd'hui les plus nombreux. Nous abordons naturellement aux rivages enchantés du fascisme, avatar naturel du socialisme, comme on l'a vu partout jadis et maintenant (Espagne, Italie, Allemagne, Chili, Grèce, Etats-Unis). Une leucémie terrible a privé le meilleur président de la Vè République du chagrin national des années Mitterrand qui feront faire un bon de trente ans en arrière au pays qu'il aimait ; mais il n'aurait de toute façon pas vécu assez longtemps pour voir l'humiliation de l'homme par l'idéologie socialiste du moment qui gouverne tout chez nous : on reprise maintenant les chaussettes sur subvention publique !

Conclusion ?

Difficile. Pompidou a tout dit, à chaud. Nous avons lu les programmes municipaux pour les urnes d'hier, et nous avons bien constaté que tous étaient orientés à la dépense au moment où l'Etat, faute d'argent, réduit les dotations globales de fonctionnement aux communes. Mais cela n'empêche personne qui se présente aux suffrages de ses concitoyens de promettre des policiers municipaux supplémentaires, des auxiliaires dans les écoles primaires, le bus gratuit, l'augmentation de la subvention au club de longue et le colis gastronomique de Noël aux vieux nécessiteux ou pas. Il n'y a pas d'homme vrai sur ces listes, capable de gérer la pénurie budgétaire annoncée ! "Contraindre" n'est pas dans le bréviaire municipal en vigueur. La répression freudienne nous tombera dessus autrement !

ALSP !



Notes et liens utiles en clair :
  1. Répression freudienne**: Pour bien comprendre l’intérêt de la question, il faut saisir ses enjeux. Freud veut montrer ici que le processus de socialisation n’implique pas la suppression totale des désirs individuels antisociaux : dans la vie collective, ceux-ci, quoique étouffés, subsistent néanmoins et menacent de se manifester à nouveau. C’est ce resurgissement potentiel des désirs antisociaux dans la société que Freud cherche avant tout à considérer ici. La thèse défendue par Freud est que la société repose sur le droit, considéré comme imposition du désir collectif contre les désirs individuels, qui doivent être réprimés (source Major Prépa).
  2. Horloge de la Dette : "https://horloge-de-la-dette-publique.com
  3. Notice "Kiel et Tanger" de Ch. Maurras : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiel_et_Tanger
  4. Recension de l'ouvrage par l'Institut Georges Pompidou : https://www.georges-pompidou.org/sites/default/files/2023-08/pompidou_oeuvres-choisies_7_noeud-gordien.pdf
  5. Subventions légales aux communes : https://compass-financement.com/liste-subventions-communes/
  6. L'essai de Georges Pompidou publié en 1974 chez Plon, a été réédité chez Flammarion en 1984. On le trouve facilement sur les sites de livres en ligne, comme par exemple chez Mollat à 10 euros. Tout le monde doit avoir cet ouvrage dans sa bibliothèque.

08 mars 2026

Le crépuscule des rois du nord

Cet article fut écrit au lendemain de la garde à vue d'Andrew Mountbatten-Windsor, libéré ensuite par l'Habeas Corpus anglais. Depuis, d'autres événements ont retenu l'attention du blogmestre, mais dans le tumulte de la guerre d'attrition du régime islamique de Téhéran, les princes sont convoqués à marquer la stature de leur nation et à dire leur droit, ce qui n'est pas encore visible.
Le jour suivant la première attaque iranienne sur Dubaï City, le cheikh Mohammed ben Zayed est venu avec sa suite en ville prendre un café en terrasse pour montrer son équanimité au milieu du bruit et passer le message aux fonctionnaires émiriens qu'en toute circonstance l'Etat demeure. Un peu comme le roi de Danemark Christian X qui parcourait chaque jour à cheval sa capitale sous occupation allemande. il faut avoir un peu de "gueule" quand on est roi. Nous lançons donc le post sur le déclin de la fonction.


La diffusion des dossiers Epstein par le Département américain de la Justice a servi de cordeau détonnant dans les milieux de la jet set et politiques parfois, jusqu'à toucher certaines familles royales comme les Windsor (Hanovre) d'Angleterre, les Glücksbourg de Norvège et les Bernadotte de Suède. On pourrait chercher à comprendre comment l'intelligence affirmée d'Epstein et son entregent ont pu lui permettre de subjuguer tant de monde et de les "mouiller" dans des pratiques répréhensibles, du moins eu égard à leur position. Mais ce n'est pas le sujet. Ce qui m'intéresse aujourd'hui c'est la fragilité des couronnes.

Quand on fait tourner le globe terrestre lumineux posé sur le piano, on voit des monarchies de toutes espèces. Les plus solides sont les plus "naturelles", claniques, tribales. Les rois des îles polynésiennes, voire d'Afrique, n'ont aucun déficit de reconnaissance de la nation ethnique qu'ils représentent. Elle s'est un jour incarnée dans le roi ou la reine, et c'est complètement sûr dans l'esprit de tout le monde, leur personne est sacrée ; même s'ils ne font rien. Je mettrais dans le wagon le roi du Lesotho et le roi du Bhoutan. L'empereur du Japon aussi.

Viennent ensuite les rois d'unification qui représentent l'agrégation d'ethnies sous un même symbole. Ceux-là bénéficient de l'adoration des gens simples et du renfort des pouvoirs centraux qui en ont besoin pour gouverner sur un seul axe "national". Les royaumes de Jordanie, Thaïlande et du Cambodge sont de ceux-là.

Abdallah II est typique de cette fonction d'unification. Il règne sur deux peuples, un temps antagonistes, les Bédouins et les Palestiniens. Bédouin lui-même comme toute la dynastie hachémite, il a épousé une (splendide) Palestinienne qui lui coûte un bras en shopping, mais que ses sujets adorent. Pour être respecté dans le monde arabe, il faut être riche et le montrer. Ces gens se gardent bien de décevoir et montrent qu'ils s'aiment passionnément, ce qui compte aussi dans l'image projetée. Mais le plus important est le danger géopolitique qui menace le royaume et incite les Jordaniens à faire bloc malgré tout et à passer des alliances familiales avec les Séoudiens.

Rama X qui est un être atypique, à la limite bizarre mais qualifié comme pilote de chasse quand même, n'a pas eu à se battre beaucoup pour être reconnu roi par ses peuples à la mort de son père très aimé. Il a enfilé le costume du premier coup et il vient aux cérémonies suivi de son épouse et de sa première concubine. Etant le sceau de pouvoir des Armées, il est assuré dans sa fonction et ne manifeste aucune inquiétude. Il règne !

Norodom Sihamoni, roi du Cambodge, est le plus près du thaumaturge adoré. Homme très instruit et délicat, loin des excès matrimoniaux de son père, il règne paisiblement sans faire d'ombre à quiconque de l'exécutif et se laisse acclamer. Les Cambodgiens ont besoin de lui pour réintégrer dans la société les soldats Khmers rouges qui ont été démobilisés. L'ancien premier ministre Hun Sen en est un. Son fils Hun Manet lui a succédé et sait très bien à quoi lui sert le roi.


On en vient maintenant au sujet de l'article, les monarchies septentrionales, toutes décalquées avec plus ou moins de bonheur de la monarchie de Westminster. Le modèle d'abord.


armoiries de la couronne britannique


La maison Windsor est censée lier les quatre nations qui compose le royaume uni, galloise, écossaise, irlandaise et anglaise, sous le même sceptre. Ce n'est assurément pas chose facile vu les antagonismes historiques, et exige de la famille régnante une dignité surhumaine que l'on peine à voir maintenant, et un sens de l'exemple parfaitement ruiné. A l'origine, le doute s'installe à l'avènement d'Edouard VIII en 1936, qui s'était toqué d'une grande horizontale de la gentry internationale de Shanghaï au point de préférer son lit à son trône. Ce fut le premier exemple du caprice de la maison de Hanovre et il en restera des traces jusqu'à aujourd'hui. Règne maintenant un roi déjà vieux et malade, au bras de sa maîtresse de toujours qui a pris de terribles rides. Ils font le job plus ou moins bien mais peinent à convaincre à travers les histoires de famille dont la presse se repaît. Si l'affaire Diana Spencer fut gérée par la reine Elisabeth avec une froideur cruelle vis à vis de ses enfants, le Meghxit fut une véritable catastrophe.
Rejetée par l'aristocratie anglaise, à mon avis pour sa couleur de peau mais personne ne l'avouera, l'épouse du prince Harry est devenue rapidement la cible de tous les ragots jusqu'à lui rendre la vie intenable en Angleterre. Certes, elle aurait dû se méfier et attendre quelques années à pouponner avant de casser les codes obsolètes des Windsor. Le couple vit heureux en Californie et se laisse applaudir où qu'il aille. Résultat : la Firme manque cruellement de "main d'œuvre" pour assurer tout le travail (assez ringard) de représentation, commémoration, commisération et compassion, et se voit obligée de sortir de leur retraite de vieux ducs en fin de vie comme Gloucester, Kent, à la limite Edimbourg avec son air simplet. Sinon c'est Madame Royale, sœur du roi et seul homme de la fratrie.

Arrive là-dessus l'affaire Andrew (et Sarah). Jusqu'au fin fond du dernier café de Port Moresby, le monde entier est au courant. Je vous en fais grâce puisque vous savez tout. Mal éduqué comme les autres, caractériel et despotique sur le tard, cupide et mal marié mais le chouchou de sa mère à laquelle il coûtera 12 millions de livres pour étouffer le scandale Giuffre, Andrew s'avère avoir trahi son nom dans la livraison de renseignements confidentiels à Jeffrey Epstein qui, a priori, n'en avait pas besoin, sauf à les revendre. Plus idiot, tu meurs !

Se pose déjà dans l'opinion britannique la question de leur utilité. Riches à milliards par la nue-propriété de la charpente féodale du "landlord", la famille Windsor semble plus profiter que servir, sinon dans de brèves excursions caritatives à faire sauter des crêpes ou tapoter la joue de bébés merdeux. L'empreinte monarchique en Angleterre est énorme pour le foncier et le bâti, les parades militaires surtout, très courues des touristes. Mais la population rame depuis le Brexit, l'économie n'a pas de perspectives sauf à sauver ce qui peut l'être, et il y a de la couleur partout pour ne pas dire des "natives". La question Windsor va se poser fatalement, même peut-être comme dérivatif aux intérêts des puissants que l'évolution technologique va menacer. Qu'apportent-ils vraiment aux Grands Bretons, ces Allemands en queue de pie ?

L'autre maison malade est la maison de Norvège.
Le roi Harald est un excellent homme et la reine Sonja ne récolte que des compliments. Mais il s'est avéré incapable de gouverner sa propre succession. Ses deux enfants ont des problèmes matrimoniaux graves. Complètement évaporée, après s'être mariée avec un littérateur obscur à demi-fou, mort depuis, l'aînée s'est entichée d'un gourou, Shaman Durek, qui est la caricature même du charlatan. Il est en plus malade des reins et dialysé. Ils l'ont sortie de la famille, mais de l'autre côté, ce n'est pas mieux vraiment.
Son frère Haakon, héritier du trône, s'est marié lui à une sorte de jet-seteuse qui vivait en couple avec un opiomane (mort depuis), duquel elle a eu un fils gâté-pourri qui est actuellement jugé pour viols à Oslo. Et comme un fait exprès, sa mère apparaît mille fois au moins dans le dossier Epstein publié par le Département de la Justice de Washington. Apparemment, rien n'est précis contre elle mais elle faisait partie du "Circuit". On l'a mise en retrait des manifestations royales mais cela n'a pas empêché le Storting de réfléchir à un référendum sur la pertinence de conserver une monarchie en Norvège.

Ce régime est assez récent et le mode monarchique fut choisi autant par mimétisme avec les autres monarchies nordiques que par économie. Une maison royale permanente à prix fixe sera toujours moins chère qu'une présidence élue périodiquement. Mais la représentation de la nation Viking est aujourd'hui très mal assurée, même si la jeune génération est tout à fait bien. Cela va-t-il suffire ? Les connaissant un peu, j'en doute.

Concernant les Bernadotte de Stockholm, l'âge venant a convaincu le roi Carl Gustaf de faire les choses avec sérieux. Il accéda à 27 ans sans qu'il ne freine ses goûts de playboy, faisant la fête et se tapant des filles, ce qui, malgré une formation solide, fournit jadis à la classe politique suédoise l'occasion d'annuler ses pouvoirs constitutionnels (Compromis de Torekov). Il se définit lui-même comme un simple "porte-drapeau" de la Suède et la maison n'est pas tenue : quand, lors d'un dîner d'Etat, on découvre parmi les valets à la française un mulâtre arraché à sa sieste qui a mis son frac sur ses blue-jeans-baskets, on devine que le majordome est ni écouté ni craint.
La belle-fille du roi, Sonia Hellqvist, est dans le dossier Epstein, mais semble être une victime collatérale de l'enquête. Nonobstant, le prince Carl-Philip a épousé une "inconnue" à risque comme Haakon de Norvège. Par chance, la Suède a d'autres chats à fouetter en Mer baltique à cause de la guerre russe, mais l'image de la famille royale est quand même écornée. Carl-Philip n'est pas l'héritier ; c'est sa sœur aînée Victoria. Et Madeleine, son autre sœur, très belle, vit aux Etats-Unis.

Il y a quelque chose aussi qui coince au Danemark depuis l'abdication de Maghrette II, une reine de fer qui sut gérer sa maison dans l'intérêt de la dynastie, bien épaulée par son mari d'origine béarnaise, Henri de Laborde Montpezat. Quelqu'un de très intéressant qui avait roulé sa bosse avant de régner à Copenhague. Leur a succédé le fils aîné en 2024 sous le nom de Frederik X.
Bien qu'âgé de 56 ans, il a une physionomie de gafet qui ne colle pas à l'emploi. Cette jeunesse de trait est accentuée par un sourire permanent un peu niais qui ne l'aide pas. S'il a été convenablement formé à l'emploi de roi, surtout dans le chapitre militaire, il lui manque un sens de communication et quelquefois celui du ridicule. Inutile de traîner une grande épée qui touche le parquet chaque fois qu'on revêt l'uniforme pour une réception au palais ou sur le yacht royal. Son épouse australienne relève le niveau par une attitude altière et un naturel sérieux qui lui va bien. Elle sauve le poste.
On n'en dira pas autant de son frère cadet que la reine douairière a éloigné du trône. Ses poses avantageuses en grand uniforme, toutes décorations dehors, prenaient trop de lumière au couple royal. Il fut exilé à Paris (son épouse ordinaire et jolie est française) puis à Washington à l'ambassade de Danemark.

Dans la crise que traverse le royaume, la diplomatie danoise a propulsé le roi au Groenland pendant trois jours, pour y visiter trois villes. C'est à mon avis bien court pour un pays qui est le "sien". Deux jours dans chaque ville, à simplement parler avec les gens, boire des cafés et vider du schnaps aurait été mieux venu que d'aller voir les glaciers à la jumelle. C'est une population très réduite et il serait entré facilement dans le cœur de chacun s'il n'avait montré autant de hâte. La convoitise américaine est assez grave pour insister et alourdir l'empreinte danoise. Mais cette petite visite correspond bien à l'image légère qu'il donne par ailleurs.
Pour le moment les Danois l'observent et ne disent rien.

Nous avions omis jusque là une monarchie formé récemment sur le même modèle, qui relève, elle, de bien plus grands défis mais qui m'apparaît mieux assise par la qualité même des impétrants. C'est la Casa Real de Madrid. Comme quoi, si le principe prime le prince, d'application, le prince compte énormément. A preuve, quand le prestige de la position se conjugue avec l'oisiveté de la fonction, des comportements péjoratifs peuvent entamer l'empreinte mentale du monarque dans l'imaginaire commun et mettre en péril le régime. C'est le drame de Juan Carlos dont la réputation n'a pas survécu à l'éléphant du Botswana et à sa bonne amie, comme on dit.

La maison d'Espagne est une vieille maison royale, pétrie de traditions et de souvenirs heureux, malheureux ou cruels, une vraie histoire donc !
Après le grand règne de Philippe V, le règne salué de Carlos III, la famille de Bourbon porte aussi le souvenir des guerres carlistes et des abdications faciles. Globalement, c'est un fardeau sur les épaules que les rois du nord n'auront jamais. Mais Felipe VI et son épouse le portent avec courage, sans jamais fléchir, privilégiant stature et dignité de tous les instants, parce que leurs sujets sont espagnols et fiers. C'est Ferdinand VII qui corrigeait un diplomate en lui faisant remarquer qu'il régnait sur dix millions de rois !

Certes la cicatrice de la Guerre civile suppure encore mais les partis jadis vaincus et aujourd'hui au pouvoir n'ont pas de prise à saisir pour mettre en cause le régime, sauf à clairement déclarer qu'ils sont mus par l'envie de se la péter au sommet de l'Etat. Pour la suite, la succession de Don Felipe est de bon niveau.
L'aînée a tout pour séduire, l'allant, l'allure, la tête bien faite, la formation poussée au sein de l'institution militaire. Restera à franchir l'obstacle de l'alcôve. Les déboires que nous avons cités chez les monarchies du nord seront de précieux avertissements, mais les parents sont avisés et leurs conseils et agents veillent. Il ne faudra pas se louper.

Pour finir la revue, notons que les monarchies tranquilles du Bénélux ont gardé un rôle politique et ne sont pas discutées.


En conclusion, les monarchies qui sont vraiment utiles à quelque chose sont consolidées par l'estime suscitée dans l'esprit de leurs sujets. Celles qui profitent de leur position et étalent leur bien-être ou leur oisiveté sont en réel danger de nos jours, surtout avec l'accélération générale des connaissances et la concurrence de la gouvernance numérique.
A quoi une monarchie serait "utile" en France ?

A bloquer le poste !

A faire que le chef de l'exécutif issu des élections législatives ne se prenne pas pour le roi du monde comme le président actuel, qu'il ait toujours l'échelon suprême au-dessus du sien. Cette permanence de la pointe de la pyramide, de la position de chef de l'Etat, modère les excès, tempère les foucades, remet les défis à hauteur d'homme, en un mot, pare bien des effets de la démagogie consubstantielle à la démocratie.
M. Trump serait-il le même s'il devait répondre de ses délires devant son roi ? Peut-être ne se serait-il jamais présenté à la primaire républicaine.

Pour rester dans l'actualité française : l'accession de Jordan Bardella au sommet de l'Etat peut être redoutée par beaucoup tant pour son âge que pour son bagage. Mais s'il accède à Matignon et doit, comme chez nos voisins britanniques, aller chaque semaine chez le roi afin de complaire à la coutume qui dispose que le monarque a "le droit d'entendre, celui de conseiller et celui de critiquer" (the right to be consulted, the right to encourage, the right to warn) il fera moins le faraud et mûrira son exposé, ce qui fatalement déteindra sur sa gouvernance.
En résumé donc, sous un roi, M. Bardella serait éligible de plein droit au premier sens du terme ; en République, il représente, et l'aventure, et l'immaturité du corps électoral.

Mais ce qu'il nous manque n'existe pas vraiment. C'est le Vieux de la montagne, le sage de la Force, Yoda, qui aurait dit à François Mitterrand : "vous faites une connerie magistrale avec les dividendes de la paix" ; qui aurait dit à Nicolas Sarkozy : "l'or de la Banque de France n'est pas le vôtre mais celui de la nation" ; qui aurait reproché à François Hollande de proroger la mission de sauvegarde du Mali après la reprise de Tombouctou en lui montrant qu'il s'enferrait dans l'erreur néo-coloniale sur une immensité impacifiable ; qui aurait stigmatisé Emmanuel Macron pour l'abandon de la retraite à points qui sauvait le régime national de pensions, et la braderie des turbines Alsthom aux Américains, brique technologique essentielle pour les centrales nucléaires.

Ces grandes décisions nous ont fait mal et personne à aucun moment n'a eu l'autorité de surplomb pour alerter l'exécutif sur leur gravité. Pourquoi ? Parce que les "chefs exécutifs" étaient au sommet de la pyramide mais pas à celui de leur art.

Sans doute, est-ce pour préserver leur fonction de blocage de l'accès au sommet que les rois bourgeois du nord continuent l'histoire de leur pays malgré tous leurs défauts ; ils calment l'hubris des ambitieux demi-habiles, malavisés ou incapables.

Le petit sakura de derrière a fleuri. La nature renaît.

ALSP !

01 mars 2026

La berline de Gand est avancée

C'est une Classe S gris foncé avec les porte-fanions de chaque bord d'aile. Gand-Téhéran : 5200 kilomètres par le lac Van. Reza Shâh Pahlavi y est attendu en provenance de Washington. La fiction va bon train, le rêve passe.
Sauf que le "peuple iranien" qui est descendu en ville à l'annonce de l'assassinat d'Ali Khamenei n'est pas celui qu'attendaient les stratèges américains. Des partisans en foule sont sortis dans les rues pour crier leur douleur à cette disparition, les démocrates ayant depuis longtemps refermés leurs fenêtres et rangé leurs casseroles car chat échaudé craint l'eau froide dit le proverbe. La pieuvre chi'ite a refait ses tentacules et ça ne rime avec rien.
L'ayatollah est entré dans le panthéon des chi'ites duodécimains où règne l'Imam Ali, gendre du Prophète, assassiné lui-aussi pendant le ramadan.
Le soulèvement attendu par les Quatre Formidables n'a pas eu lieu !
La berline de Gand¹ a coupé son moteur.

Outre le doute que le prétendant impérial ait la carrure nécessaire à tenir l'emploi visé, après 47 ans de rééducation des masses persanes, rien ne prouve qu'il soit attendu autant que le lui assurent ses courtisans en exil. Cette médiation de transition fut déjà essayée, en vain ! L'agneau sacrificiel s'appelait Chapour Bakhtiar († Paris 1991). Deux points le confirmeront :

Le premier est le souvenir, transmis en Iran de père en fils depuis la chute du Chah, d'une dictature qui s'est comportée de manière atroce avec les gens du commun martyrisés par la SAVAC², la police impériale comparable à la Securitate de Ceaucescu. La révolution islamique ne s'est pas faite ex-nihilo. Elle a tout emporté parce que le peuple en entier lui était acquis d'avance. A preuve, l'armée, dans son analyse, est restée l'arme au pied en attendant que retombe la poussière de l'insurrection. Puis, après la guerre Iran-Irak favorisée par les Etats-Unis, la répression des réformateurs prit de l'ampleur jusqu'à retourner la population contre la mollarchie, mais pas toute. Les défilés pro-régimes furent toujours importants et le demeurent. A preuve, les cortèges immenses des affligés dans les villes d'Iran aujourd'hui et les tirs de représailles exécutés sur les pays du Golfe par des échelons subalternes autonomisés.
On ne pliera pas les Pasdaran et le Bassidj comme ça, sauf à répéter l'erreur irakienne qui a conduit au proto-califat de l'Etat islamique d'Irak et du Levant !
Restent actifs, les étudiants et les chômeurs, le Bazar est retourné à ses échoppes, la classe moyenne se méfie.
Il n'y a pas de vague Reza II Pahlavi.

Le second point est plus trivial.
La succession d'Ali Khamenei et des chefs qui l'ont accompagné peut se faire de trois façons :
  1. l'accession "naturelle" d'un politicien réformateur ou qui le deviendra subitement, comme on l'a vu à Caracas avec Delcy Rodriguez et son frère Jorge ; sa devise : à chacun son tour de passer à table !
  2. la nomination par les mollahs d'un général de l'armée régulière qui garantirait leurs avoirs (comme on le vit en Russie) et prendrait le commandement des Gardiens de la Révolution dans un grand projet d'unification à l'intention des masses, avant de discuter avec Grand Satan ;
  3. l'irruption sur les tréteaux d'un ambitieux tribun ayant bien analysé les ressorts complexes de la société iranienne et de ses attentes profondes et diverses, qui, avec le renfort des médias d'Etat qu'il aurait convertis, subjuguerait les foules comme le fit l'ayatollah Khomeini en son temps.

Même si Reza Pahlavi est un monsieur tout à fait comme il faut, et que parfois l'habit fait le moine comme nous l'a prouvé M. Zélensky, pitre professionnel et chef de guerre étonnant, il n'y a pas encore de fenêtre d'opportunité pour un parachutage dans une société incandescente comme l'Iran.
Cette assertion est péremptoire et me sera reprochée comme d'habitude, mais ce blogue n'est pas académique, n'appelle pas aux dons et propose des analyses ressenties.

Au défi de me surprendre, l'actualité va maintenant se focaliser sur les buts n°2 et n°3, le régime (but n°1) n'étant toujours pas tombé à l'heure où nous mettons sous presse.

(n°2) Le programme nucléaire va être entravé voire détruit, gagnant de ce fait en pertinence : sans la bombe la Perse mourra la prochaine fois. Il m'étonnerait beaucoup que l'on retrouve les 440 kilos d'uranium enrichi jusqu'au seuil du précurseur nécessaire à la détonation, sans mettre des forces au sol. Et tout "contrôle" de la marche à la bombe restera illusoire sinon. Sur ce plan, Israël a de quoi s'inquiéter.

Le but n°3 était l'industrie balistique. Après consommation des missiles par les frappes de représailles, il n'y aura presque plus de stock. Les usines seront aplaties. Mais l'arme atomique n'a pas besoin de tout cet attirail pour oblitérer un pays de la taille d'Israël. La question balistique sera résolue au chapitre conventionnel. Au-delà, ce sera plus compliqué et des amis ont les vecteurs qu'ils pourraient prêter à l'Iran pour copie.

Voilà un billet à chaud qui transmet une certaine perplexité. Je ne crois pas au Roi d'au-delà de la mer. La Perse est un tissu ethnique et religieux très ancien, peu accessible aux brutes à cervelle de moineau de la Maison Blanche. Pourtant, le deuxième prénom de Reza Pahlavi est Cyrus. Une prochaine fois peut-être.

Restent cent questions, dont les suivantes :
  • Où s'arrêtera Benyamin Netanyahou, tout à l'hubris de son succès initial ?
  • Les condoléances appuyées de Recep Tayyip Erdoğan au régime islamique pour la disparition de son guide suprême présagent-elles une redéfinition des relations turco-américaines après la rupture avec Israël ?
  • Les masses arabes vont-elles ou non se dissocier de leurs oligarchies qui ont signé les Accords d'Abraham pour s'en mettre plein les fouilles sur le dos des Palestiniens ?
  • Combien de temps mettra un régime désarmé et humilié à poser des bombes dans les capitales occidentales ?
  • Eretz Israel est-il au menu de la connivence israélo-américaine ? L'ambassadeur à Jérusalem Mike Huckabee et le sénateur Ted Cruz y poussent explicitement, depuis l'Euphrate jusqu'au Nil. Ça a le mérite de la franchise.

ALSP !

Notes :
(1) La "berline de Gand" évoque le retour à Paris et le retour à Gand du comte de Provence, frère de Louis XVI, ayant régné sous le nom de Louis XVIII.
(2) La "SAVAK" était la police politique de l'Etat fondée par Mossadegh (wiki).