13 septembre 2026

Depuis Sirius c'est clair !

La semaine passée fut marquée par le vingt-cinquième anniversaire de l'attaque d'al-Qaïda sur les tours jumelles de Manhattan. Les émissions spéciales diffusées à cette occasion ont été de haut niveau, ce qui finit par être rare. Le conflit "nord-sud" a commencé là et nous n'en sommes pas sortis, sans doute par notre faute. Un signe ?

D'un ami au Caire. Alors que les gens du commun étaient sidérés devant les postes de télévision des commerces du Caire, qui montraient en boucle la percussion et l'effondrement des deux tours en ne manifestant généralement que de la stupeur, les quartiers bourgeois de la capitale égyptienne résonnèrent de musiques de fête et du saut des bouchons de mousseux. L'attaque, réussie cette fois contre l'empire, eut pour effet de désinhiber la classe éduquée dans son profond ressentiment contre l'Amérique, "ennemie des Arabes et amie d'Israël". Le lendemain, on parlait d'Oussama Ben Laden comme d'un héros anticolonial qui relevait le monde arabe de ses humiliations ! En fait, à partir de ce coup de maître, la haine à l'endroit du Grand Satan n'a jamais diminué. Le pogrome du 7-Octobre 2023 verra exploser au Caire la même joie mauvaise que la dictature en place aura du mal à canaliser, sans pouvoir la combattre. Le soutien aux Palestiniens ne fut jamais aussi fort dans l'opinion, il perdure et croît. Pourquoi ?

Sans doute parce que depuis les tours jumelles de New-York, la relation nord-sud n'a jamais été mise à plat et étudiée au fond. Seul Barack Obama dans son discours du Caire a tenté quelque chose (clic), un peu intellectuel certes mais au moins fit-il l'essai. Tout cela est la faute d'un empire américain purement mercantile sans projet novateur, sauf celui de continuer un paradigme de domination coercitive par l'extra-territorialisation du droit, qui tend maintenant vers son obsolescence par la dédollarisation rampante. Et c'est ça la nouvelle de la semaine : les BRICS à New Dehli.

Pétri de contradictions, mais les contradictions sont le liant de l'orient, le groupe d'alternative informelle aux institutions de Bretton Woods commence à coaguler en quelque chose qui ressemble à un groupe mondial de pression. Les contradictions nombreuses (et donc moins dolores par leur dilution) ne font pas peur en Asie, si la fréquence porteuse est réglée partout pareil : le consensus est irréfragable contre nous ! Dans le chapitre "faire et laisser dire les experts", la dédollarisation avance autour de la Chine qui promeut le renminbi dans ses échanges avec des pays ostracisés (pour de bonnes raisons), mais aussi par la bilatéralisation des changes, parce qu'il serait contreproductif de remplacer une hégémonie par une autre. Comme le proclame un sous-ministre indien aux affaires étrangères : « Nous pensons que le règlement en monnaies locales est un mécanisme pratique pour réduire les coûts de transaction dans le commerce bilatéral. C'est un outil complémentaire aux systèmes de paiement mondiaux existants, conçu pour fluidifier le commerce entre les nations », et un délégué africain de rajouter : « Rien ne justifie que l'aide de l'Afrique du Sud au Mozambique se fasse en dollars. Vous avez vos meticals, nous avons nos rands. Nous pouvons nous entraider sans nous mettre en danger. C'est une atténuation des risques, bien plus qu'une dédollarisation ».

Véritable "théologie de la libération", la dédollarisation va continuer à ramper sous les affrontements diplomatiques de surface. L'objection des masses en mouvement parce que la planète brasse 6666 milliards de dollars par jour sur les marchés financiers, ne tiendra pas plus longtemps que la mise en doute de plus en plus prégnante des capacités américaines à soutenir leur Dette souveraine. Des opérateurs de marché insoupçonnables comme la France, le Royaume-Uni, la Suède, des importateurs de pétrole comme la Turquie, l'Inde ou la Thaïlande se soulagent de bons du Trésor US pour engranger du cash en prévision de la hausse des cours. D'autres comme la Chine ou le Japon, grands détenteurs devant l'Eternel, vendent du "risque américain" à tour de bras. Personne ne veut être le dernier couillon de la farce !

Il ne faudra pas juger l'avancement de la dédollarisation aux masses des autres devises en mouvement sur les marchés de capitaux, mais plutôt paradoxalement à une liberté de ton que prendront certains pays vis à vis des Etats-Unis. Si la domination technologique de la Silicon Valley a un avenir lointain - on ne voit pas qui leur mangera un jour la soupe sur la tête - il n'en va pas de même de l'Etat fédéral américain en quasi faillite, dirigé par un vieux gamin capricieux de 80 ans, et dont le monde entier se moque et se méfie tout à la fois, à commencer par ses propres alliés. Il y a une pathologie spéciale de Donald Trump à "martyriser" ses alliés tandis qu'il prend des gants vis à vis de ses adversaires déclarés. La dernière en date est cette confrontation stupide avec le Royaume-Uni qui commence par le Canada dont Charles III est le souverain, continue aux Falkland pour réveiller les revendications argentines et continue en Irlande du nord quand il souhaite la réunification de l'île sous la férule de Dublin. Pour aboutir à quoi ? Pour voir l'effet qu'il produit sur son écran de télévision qu'il ne quitte pas des yeux. Heureusement que Néron n'avait pas la télé !

Depuis l'apparition du fruit génétiquement modifié de la démocratie blette aux Etats-Unis - l'élection de gérontes malhabiles et passablement somnolents - un vent nouveau a parcouru les chancelleries quand fut évidente l'ouverture de tous les possibles. Le règne de la raison le cédait à l'impulsivité de gens en construction qui ne seront jamais fini ! Le tissu de complexité des relations interétatiques se déchirait soudain jusqu'à voir des pays entrer dans des tunnels sans fond au détriment de leurs intérêts bien compris. Ainsi quelque chose a bougé sur terre dans la rationalité des comportements à partir de l'entrée en guerre de la Russie poutinique contre son voisin cousin slave. Un peu comme si on avait décapsulé la "Connerie en bottes de fer".

La deuxième armée du monde, qu'il fallait croire sur parole de ses thuriféraires français, s'est avérée incapable de conquérir un pays mal défendu relativement plat et gelé tout l'hiver. Mais la pierre de touche du New Age stratégique c'est le constat d'impuissance de la première armée de mer du monde à tenir deux détroits indispensables au commerce mondial. Nul doute que la Chine populaire va y regarder à deux fois avant que de franchir la mer démontée de son détroit à elle, pour emmerder une petite nation de la grande famille qui ne lui a rien fait. Pourtant l'état de décrépitude de l'US Navy la tente chaque jour un peu plus d'oser ! L'avantage des Chinois sur les pays occidentaux est qu'ils réfléchissent et tâtent les pierres en traversant la rivière.
Si la formidable Russie est passée en Ukraine de quatre jours à quatre ans dans l'incompréhension générale ; si la redoutable Amérique est enlisée au Moyen-Orient pour longtemps dans un Golfe persique qu'elle ne comprend pas, même après avoir décapité tous les dirigeants iraniens et dévasté tout le pays sur les conseils intéressés du Génie des mille collines ; pourquoi donner à l'Assemblée générale des Nations-Unies un troisième exemple de méjugement et ensabler le nouveau Phare du Monde dans une affaire corne-cul plus facile à prendre qu'à lâcher ? Cette question court les toilettes de Zhongnanhaï.

Si le gouvernement Xi la déclare, la guerre de Taïwan sera sale, une guerre civile où le peuple de l'île se divisera en trois tiers ; le premier se défendra avec acharnement sur les plages et reculera vers des montagnes inexpugnables (3000m en moyenne, la Montagne de Jade à 3950m) pour continuer par une guérilla impitoyable ; un tiers qui vote Kuomintang collaborera activement avec l'envahisseur dès qu'il aura pris pied ; le dernier tiers s'inquiètera de pouvoir faire ses trois repas par jour. L'île se refermera comme un piège à loup, car si les villes seront facilement pacifiées à la chinoise, les campagnes et les hauteurs deviendront des zones d'insécurité létale. A noter que plus personne n'envisage un engagement des Etats-Unis autrement que par des menaces ou des manœuvres d'intimidation du côté de l'océan. La réaction du Japon reste imprécise, mais la ROC est un ennemi ancien et Mme Takaichi n'est pas encore au niveau de réarmement utile. On verra bien qui de l'hubris ou de la raison l'emportera.

Et l'Europe dans tout çà ? Nous devenons la meilleure destination touristique pour la demi-saison et l'hiver au ski ou au théâtre, et bientôt la mieux défendue contre les envieux. Pour le reste ? Il n'y a plus de reste.

ALSP !