25 janvier 2026

Effondrement d'un mythe universel

« Les puissances moyennes doivent agir ensemble, parce que lorsqu’on est absents de la table, on figure au menu !»

C'est la punchline du discours du Premier canadien à Davos le 20 janvier dernier, premier anniversaire de l'intronisation de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d'Amérique. Son discours fera l'article du jour sur Steppique Hebdo. Il comporte tout ce que nous pourrions maladroitement dire sur la rupture civilisationnelle actuelle et la confrontation du monde libre à la barbarie (au sens premier de dystopie lexicale). Il acte la mort du mythe "droit international universel" et passe à la restauration d'un ordre international ré-imaginé sur les réalités pesantes et la pratique.

Cette (r)évolution dans les relations internationales entame et de beaucoup le rayonnement des pays-penseurs comme le nôtre qui ont cru régenter le monde par des mots. S'il est exact que les peuples de notre planète sont gouvernés par des mythes collectivement partagés, il n'est pas vrai qu'on ne puisse imaginer qu'un seul ordre comme l'a longtemps professé la France. Les mythes collectifs se développent concurremment et peuvent précipiter en des codes distincts voire ennemis. Tout cela est une question d'idées, c'est purement cérébral au départ, un concept. Ce sont les effets d'application du mythe partagé par une société donnée qui matérialisent sa force, le plus souvent de coercition, et sans lesquels le mythe resterait une brise éthérée qui entre par l'oreille pour ressortir de l'autre. Ne sont réels, comme le disait Yuval Harari, que le fleuve, les arbres et les lions qui viennent y boire. On pourrait en parler plus longuement une autre fois.

Nous avons longtemps cru que l'égalité (une fabrication inaboutie), la liberté (mais de qui ?) et la fraternité (souhaitable celle-ci) signaient pour le bonheur des hommes l'abandon par la Révolution française de vieilleries héritées du Moyen-Age, et plus spécifiquement celui du mythe du droit divin qui réglait l'autorité du souverain et celle des castes à lui subordonnées. Il fut remplacé par un nouveau mythe : celui de la souveraineté légale du peuple, fondue dans l'égalité obligatoire. Ce changement de paradigme induisait la caporalisation de l'espace mental parce que la souveraineté d'un peuple égalitariste sur le territoire qu'il maîtrise ne peut s'exercer par des lois différentes qui règleraient les particularismes locaux, lesquels doivent disparaître.
La Constitution politique dressait avant tout les limites de cette souveraineté nouvelle que le peuple a dû abandonner dès le début à des "représentants". Le nouveau souverain était d'entrée bridé dans son imagination au profit de la caste éveillée des rédacteurs du nouvel évangile, qui ne reculera jamais plus et tiendra entre ses mains toute la liturgie du concept. Ce concept fumeux de "peuple", qui pis est souverain, conduit inexorablement au contrôle social par le déport constitutionnel de l'autorité sur l'oligarchie qui a fixé les règles à son bénéfice et qui n'aura de cesse ensuite de défendre ses positions contre la démocratie directe. On se paie de mots, le réel est évacué, c'est à quoi servent les mythes depuis l'aube du monde.

Appliqué à la Corée du nord, le contrôle orwellien ne change pas grand chose autour de lui, mais généralisé aux Etats-Unis d'Amérique comme maintenant, les ronds dans l'eau n'en finissent plus de s'étendre. Ce "1984" américain est plus vieux qu'on ne croit : les wokistes l'ont exercé avant les trumpistes. Il suffit pour s'en convaincre de faire l'inventaire des lois de pensée conforme chez nous, le dernier projet dont on parle interdisant la critique du sionisme, dans le droit fil du pacte vénéneux entre Washington et Jérusalem !

Les empires revenus en force n'achètent plus notre "mythe libertaire universel" et essaient de convaincre leurs clients que nous nous sommes fourvoyés dans le couloir de la mort civilisationnelle, jusqu'à brandir contre nous la décadence de l'espèce dans des mœurs avilissantes, l'occultation de l'histoire et le métissage culturel et racial. Et il y a de l'écho jusque chez nous. Fa Guo, le pays de la loi en chinois, doit refaire ses forces parce qu'il compte beaucoup moins à la table des grands depuis que les mots ont perdu leur prestige, même s'il n'est pas encore au menu. On va voir renaître la marque « Monde Libre™ » qui était devenue obsolète après l'effondrement de l'Union soviétique et qui redevient pertinente. C'est un peu ce que veut nous dire Mark Carney.

Texte intégral à archiver (la mise en page est de SH, ndlr):


cul de lampe typo

Thank you very much, Larry (Larry Fink, BlackRock, co-chairman WEF). I'm going to start in french, and then I'll switch back to English (pas dans cette transcription).

C’est un plaisir – et un devoir – d’être parmi vous en ce point tournant pour le Canada et pour le monde.

Je parlerai aujourd’hui de la rupture de l’ordre mondial, de la fin d’une fiction agréable et du début d’une réalité brutale où la géopolitique des grandes puissances n’est soumise à aucune contrainte.
Mais je vous soumets par ailleurs que les autres pays, en particulier les puissances moyennes comme le Canada, ne sont pas impuissants. Ils possèdent la capacité de construire un nouvel ordre qui intègre nos valeurs, comme le respect des droits humains, le développement durable, la solidarité, la souveraineté et l’intégrité territoriale des états.

La puissance des moins puissants commence par l’honnêteté.
Chaque jour, on nous rappelle que nous vivons à une époque de rivalité entre grandes puissances. Que l’ordre fondé sur des règles tend à disparaître. Que les forts agissent selon leur volonté et que les faibles en subissent les conséquences. Cet aphorisme de Thucydide se présente comme inévitable, telle une logique naturelle des relations internationales qui se réaffirme.

Devant ce constat, les pays ont fortement tendance à suivre le mouvement pour rester en bons termes. Ils s’adaptent. Ils évitent les conflits. Ils espèrent que ce conformisme leur garantira la sécurité. Ce n’est pas le cas.
Quelles sont donc nos options ?

En 1978, le dissident tchèque Václav Havel a écrit un essai intitulé Le Pouvoir des sans-pouvoir. Il y posait une question simple : comment le système communiste a-t-il pu tenir ?
Sa réponse commence par l’histoire d’un marchand de fruits et légumes. Chaque matin, il place une affiche dans sa vitrine : « Travailleurs du monde, unissez-vous ! » Il n’y croit pas. Personne n’y croit. Mais il la place quand même, pour éviter les ennuis, montrer sa coopération, faire profil bas. Et comme tous les commerçants de toutes les rues font de même, le système continue de fonctionner.
Non pas uniquement par la violence, mais par la participation des citoyens ordinaires à des rituels qu’ils savent pertinemment être faux.

Havel appelait cela « vivre dans le mensonge ». Le pouvoir du système ne provient pas de sa véracité, mais de la volonté de chacun d’agir comme s’il était vrai. Et sa fragilité provient de la même source : dès qu’une seule personne cesse d’agir ainsi, dès que le marchand de fruits et légumes retire son enseigne, l’illusion commence à s’effriter. Le moment est venu pour les entreprises et les pays de retirer leurs enseignes.

Pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré grâce à ce que nous appelions l’ordre international fondé sur des règles. Nous avons adhéré à ses institutions, vanté ses principes et profité de sa prévisibilité. Grâce à sa protection, nous avons pu mettre en œuvre des politiques étrangères fondées sur des valeurs.
Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse. Que les plus puissants y dérogeraient lorsque cela leur convenait. Que les règles entourant les échanges commerciaux étaient appliquées de manière asymétrique. Et que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime.
Cette fiction était utile, et l’hégémonie américaine, en particulier, contribuait à assurer des bienfaits publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux mécanismes de résolution des différends. Nous avons donc placé l’enseigne dans la vitrine. Nous avons participé aux rituels. Et nous avons généralement évité de signaler les écarts entre la rhétorique et la réalité. Ce compromis ne fonctionne plus.

Permettez-moi d’être direct : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition.

Au cours des deux dernières décennies, une série de crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques a mis en évidence les risques d’une intégration mondiale extrême.
Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à recourir à l’intégration économique comme moyen de pression. Aux droits de douane comme levier. À l’infrastructure financière comme moyen de coercition. Aux chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter.
Il est impossible de « vivre dans le mensonge » d’un avantage mutuel grâce à l’intégration lorsque celle-ci devient la source de votre subordination.

Les institutions multilatérales sur lesquelles s’appuyaient les puissances moyennes, entre autres l’OMC, les Nations Unies et la COP, qui constituent l’architecture de la résolution collective des enjeux, sont considérablement affaiblies. Ainsi, de nombreux pays tirent les mêmes conclusions. Ils doivent renforcer leur autonomie stratégique dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation, des minéraux critiques, de la finance et des chaînes d’approvisionnement.
Cette réaction est compréhensible. Un pays qui ne peut pas assurer son approvisionnement alimentaire, énergétique ou sa défense n’a que peu d’options. Lorsque les règles ne vous protègent plus, vous devez vous protéger vous-même.
Cependant, soyons réalistes quant aux conséquences de cette situation. Un monde cloisonné sera plus pauvre, plus fragile et moins durable.

Il y a une autre vérité : si les grandes puissances renoncent même à faire semblant de respecter les règles et les valeurs pour exercer sans entrave leur pouvoir et défendre leurs intérêts, les avantages du « transactionnalisme » deviennent difficiles à reproduire. Les puissances hégémoniques ne peuvent pas monnayer indéfiniment leurs relations.
Les alliés chercheront à se diversifier pour parer à l’incertitude. Ils auront recours à des mécanismes de protection. Ils multiplieront leurs options. Et cela leur permettra de réaffirmer leur souveraineté, autrefois fondée sur des règles, mais qui reposera de plus en plus sur leur capacité à résister aux influences extérieures.

Comme je l’ai mentionné, cette gestion classique des risques comporte un coût, mais il est possible de partager les investissements liés à l’autonomie stratégique et à la protection de la souveraineté. Il est plus avantageux d’investir collectivement dans la résilience que de bâtir chacun sa propre forteresse. L’adoption de normes communes réduit la fragmentation. Les complémentarités procurent des avantages à tous.

La question pour les puissances moyennes, comme le Canada, n’est pas de savoir s’il faut s’adapter à cette nouvelle réalité. Nous devons le faire. Il s’agit plutôt de déterminer si nous nous adaptons en construisant simplement des murs plus hauts ou si nous pouvons faire preuve de plus d’ambition. Le Canada a été parmi les premiers pays à prendre conscience de la situation, ce qui nous a amenés à modifier fondamentalement notre orientation stratégique.

Les Canadiens et les Canadiennes comprennent que notre conception traditionnelle et rassurante selon laquelle notre situation géographique et nos alliances nous garantissaient automatiquement la prospérité et la sécurité ne tient plus. Notre nouvelle stratégie repose sur ce qu’Alexander Stubb a qualifié de « réalisme fondé sur des valeurs » – ou, autrement dit, nous avons pour objectif de conjuguer principes et pragmatisme.
Nous demeurons fidèles à nos principes quant à nos valeurs fondamentales : souveraineté et intégrité territoriale, interdiction du recours à la force, sauf dans les cas prévus par la Charte des Nations Unies, et respect des droits de la personne.
Nous sommes pragmatiques, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent et que tous nos partenaires ne partagent pas nécessairement nos valeurs. Nous collaborons de manière ouverte, stratégique et lucide. Nous acceptons pleinement le monde tel qu’il est, sans attendre qu’il devienne celui que nous aimerions voir.
Le Canada adapte ses relations afin que leur portée corresponde à ses valeurs. Nous privilégions un vaste dialogue afin de maximiser notre influence, dans un contexte où l’ordre mondial est particulièrement instable, où les risques sont élevés et où les enjeux pour l’avenir sont considérables. Nous ne comptons plus uniquement sur la force de nos valeurs, mais également sur la valeur de notre force. Nous consolidons cette force dans notre pays.

Depuis l’entrée en fonction de mon gouvernement, nous avons réduit les impôts sur le revenu, sur les gains en capital et sur les investissements des entreprises, nous avons supprimé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial et nous accélérons la mise en œuvre d’investissements de mille milliards de dollars dans les domaines de l’énergie, de l’intelligence artificielle et des minéraux critiques, dans la mise en place de nouveaux corridors commerciaux et dans bien d’autres choses encore.
Nous doublons nos dépenses de défense d’ici 2030 et nous le faisons de manière à renforcer nos industries nationales.

Nous nous diversifions rapidement à l’étranger. Nous avons conclu un partenariat stratégique global avec l’Union européenne qui prévoit notamment notre adhésion à l’initiative SAFE concernant les accords européens d’approvisionnement en matière de défense.
Au cours des six derniers mois, nous avons signé douze autres accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents.
Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar.
Nous négocions actuellement des accords de libre-échange avec l’Inde, l’ANASE (Association des nations de l'Asie du Sud-Est, ndlr), la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur. Pour contribuer à résoudre les problèmes mondiaux, nous privilégions une géométrie variable, c’est-à-dire que nous adhérons à différentes coalitions pour différents enjeux, en fonction des valeurs et des intérêts.

En ce qui concerne l’Ukraine, nous sommes un membre important de la Coalition des volontaires et l’un des plus grands contributeurs par habitant à sa défense et à sa sécurité.
En matière de souveraineté dans l’Arctique, nous soutenons fermement le Groenland et le Danemark et appuyons pleinement leur droit unique de déterminer l’avenir du Groenland. Notre engagement envers l’article 5 est inébranlable.
Nous collaborons avec nos alliés de l’OTAN (y compris le groupe des huit pays nordiques et baltes) afin de rendre plus sûrs les flancs nord et ouest de l’Alliance, notamment par le biais d’investissements sans précédent du Canada dans le radar transhorizon, des sous-marins, des avions et le déploiement de militaires sur le terrain. Le Canada s’oppose fermement à l’imposition de droits de douane relatifs au Groenland et demande la tenue de discussions ciblées en vue d’atteindre les objectifs communs de sécurité et de prospérité pour l’Arctique.

En matière de commerce plurilatéral, nous soutenons les efforts visant à établir un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne, en vue de créer un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes.

En ce qui concerne les minéraux critiques, nous formons des clubs d’acheteurs ancrés dans le G7 pour permettre au monde de se diversifier et d’échapper à la concentration de l’offre.
En matière d’intelligence artificielle, nous coopérons avec des démocraties qui partagent nos vues pour éviter d’être finalement contraints de choisir entre des puissances hégémoniques et des fournisseurs à très grande échelle.
Il ne s’agit pas d’un multilatéralisme naïf. Notre approche ne s’appuie pas non plus sur des institutions affaiblies. Elle consiste à établir des coalitions efficaces, en fonction des enjeux, entre partenaires qui partagent suffisamment de points communs pour agir ensemble. Dans certains cas, ce sera la grande majorité des pays. Et elle consiste à créer un vaste réseau de connexions dans les domaines du commerce, de l’investissement et de la culture, sur lequel nous pouvons nous appuyer pour relever les défis et saisir les opportunités à venir.

Les puissances moyennes doivent agir ensemble, car si vous n’êtes pas à la table, vous êtes au menu.
Les grandes puissances peuvent se permettre d’agir seules. La taille de leur marché, leur capacité militaire et leur pouvoir leur permettent d’imposer leurs conditions. Ce n’est pas le cas des puissances moyennes. Lorsque nous ne négocions qu’au niveau bilatéral avec une puissance hégémonique, nous négocions en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Nous nous faisons concurrence pour être les plus accommodants.
Ce n’est pas de la souveraineté. C’est faire semblant d’être souverain tout en acceptant la subordination.
Dans un monde marqué par la rivalité entre les grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : soit se faire concurrence pour obtenir des faveurs, soit s’unir pour créer une troisième voie qui aura du poids.

Nous ne devons pas laisser la montée des puissances dures nous empêcher de voir que la légitimité, l’intégrité et les règles garderont leur force si nous choisissons de les exercer ensemble. Ce qui me ramène à Havel.

Pour les puissances moyennes, qu’est-ce que « vivre dans la vérité » ?

  • C’est nommer la réalité. Cesser d’invoquer « l’ordre international fondé sur des règles » comme s’il fonctionnait encore tel qu’on nous le présente. Appeler le système par son nom : une période d’intensification de la rivalité entre les grandes puissances, où les plus fortes d’entre elles agissent selon leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme une arme de coercition.
  • C’est agir de manière cohérente. Appliquer les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. Lorsque les puissances moyennes critiquent l’intimidation économique venant d’un côté, mais restent silencieuses lorsqu’elle vient d’un autre, nous laissons l’affiche à la vitrine.
  • C’est mettre en place ce en quoi nous affirmons croire. Plutôt que d’attendre un rétablissement de l’ordre ancien, créer des institutions et conclure des accords qui jouent le rôle qu’ils sont censés jouer.
  • C’est réduire l’influence qui permet la coercition. Tout gouvernement devrait se donner pour priorité de créer une économie nationale forte. La diversification internationale n’est pas seulement une question de prudence économique, c’est aussi le fondement matériel d’une politique étrangère honnête. Les pays gagnent le droit d’adopter des positions de principe en réduisant leur vulnérabilité aux représailles.

Le Canada possède ce que le monde recherche. Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous disposons d’importantes réserves de minéraux critiques. Nous avons la population la plus instruite au monde. Nos caisses de retraite figurent parmi les investisseurs les plus importants et les plus sophistiqués au monde. Nous disposons de capitaux, de talents et d’un gouvernement doté d’une immense capacité financière lui permettant d’agir de manière résolue. Et nous adhérons à des valeurs auxquelles beaucoup d’autres aspirent.
Le Canada est une société pluraliste qui fonctionne. Notre espace public est bruyant, diversifié et libre. La population canadienne reste attachée à la durabilité.
Nous sommes un partenaire stable et fiable dans un monde qui ne l’est absolument pas, et qui établit et valorise les relations à long terme.

Le Canada possède autre chose encore : la conscience de ce qui se passe et la détermination à agir en conséquence.
Nous comprenons que cette rupture exige plus qu’une simple adaptation. Elle exige une honnêteté quant à la réalité du monde tel qu’il est. Nous retirons l’affiche de la vitrine. L’ordre ancien ne sera pas rétabli. Nous ne devons pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. Mais à partir de cette fracture, nous pouvons bâtir quelque chose de mieux, de plus fort et de plus juste.
C’est la tâche des puissances moyennes, qui ont le plus à perdre dans un monde de forteresses et le plus à gagner dans un monde de coopération véritable.
Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, d’appeler la réalité par son nom, de renforcer notre position chez nous et d’agir ensemble. C’est la voie que le Canada a choisie. Nous l’avons choisie ouvertement et avec confiance.
Et c’est une voie grande ouverte à tout pays qui souhaite la suivre avec nous.

Signé Mark Carney, Premier ministre du Canada le 21.01.2026 au Forum économique mondial de Davos (Suisse), seul le prononcé fait foi.

cul de lampe typo

Rien à ajouter ! sauf en commentaires.


ALSP !

18 janvier 2026

Après la démocratie

L'actualité tragique nous montre combien un régime autoritaire assis sur une idéologie barbare est en péril sauf à tuer tout le monde. La Révolution islamique qui a chassé la dictature du Chah de Perse, a dû par le truchement de privilèges spécifiques convertir en force de répression près d'un quart de sa population pour maintenir les trois autres quarts sous son joug pervers et mortifère. Ce régime doit s'effondrer à tous égards, ses dirigeants périr après avoir dégorgé leurs rapines. La République islamique d'Iran pouvait-elle faire autrement ? Chapour Bakhtiar avait essayé ; ils l'ont tué. C'était la dictature d'un dieu vengeur qui leur avait été promise depuis Neauphle-le-Château. Promesse tenue !
Cette obsession à soumettre le peuple aux rites minutieux hérités du haut moyen âge et l'asservissement des femmes aux hommes dès l'enfance sont le marqueur du succès islamique. Il a privé d'intelligence l'Etat iranien qui fut reconstruit sur la base du Coran médiéval. Allah sait tout et moi je vais te dire ce qu'il a dit. Tu parles ! A part les clients du régime et ses nombreux gardiens de la morale publique Neauphle-le-Château qui marchaient en remorque du timon de leur queue, personne n'y a jamais cru. A commencer par les femmes bien sûr, puis tous les déshérités à l'abandon, pour aboutir maintenant aux bazari en faillite et aux étudiants excédés par les revendications religieuses ou nationalistes qui ne visent qu'à les brimer ou les incorporer.

Les régimes qui garantissent au peuple ses libertés basses en protégeant les fondamentaux de la Nation n'ont aucun souci à se faire de leur avenir, s'ils ne sont pas des démocraties à la mode de Westminster.
En ce cas, ils sont à la merci de tribuns démagogues qui changeront le peuple en foule sur la pierre philosophale du populisme. Le régime démocratique est d'expérience le fourrier de la dictature, ce que l'histoire a répété maintes fois depuis que des esprits faibles ont convaincu tous les ambitieux du pays que le suffrage universel était la seule voie possible d'accès au pouvoir quand on n'est pas qualifié. Nous l'allons montrer tout à l'heure avec les espérances sérieuses de Jordan Bardella pour la prochaine échéance.

Si on n'a pas le goût des thèses académiques - qui servent surtout de bibliographie à des articles sans importance comme celui-ci - on peut utiliser l'analyse de l'empirisme organisateur, cher à Charles Maurras qui malheureusement s'en est détaché à la fin de sa vie. Et l'exemple archétypal de cette argument est le fonctionnement actuel de la Chine populaire avec quatorze cent millions de citoyens au compteur.
A ce que j'en vois plus qu'à ce que j'en lis dans la presse occidentale, les libertés basses sont assurées en Chine continentale et dans les RAS de Hong Kong et de Macao, si l'on s'en tient à l'ordinaire : manger à sa faim, aller, venir, téléphoner, monter une activité, travailler, se distraire, voyager à l'étranger, consommer tout (et n'importe quoi), s'enrichir même à outrance, penser ce que l'on veut et posséder même deux téléphones dont un sous VPN un peu caché. Ces libertés "basses" n'autorisent pas la critique du régime et de ses représentants, même si les cadres locaux du Parti communiste chinois sont plus qu'à leur tour pris à partie. Cet Etat, fortement décentralisé, on l'oublie souvent, assume-t-il la protection des fondamentaux de la nation chinoise ? Plus que le nôtre, à tout le moins !
  • Il est armé contre l'étranger et cherche à faire peur pour n'avoir pas à déclencher les hostilités (Sun Tzu pas mort)
  • il assure l'ordre par une police efficace dans le cadre du contrôle social qui chasse les comportements déviants, et pas seulement politiques comme on le serine ici
  • il gère la richesse commune accumulée par le travail des fourmis innombrables qui produisent une valeur ajoutée considérable
  • il juge les différends avec sagesse s'ils restent privés, moins sûrs s'ils vous opposent au domaine public
  • il déploie une présence diplomatique et culturelle sur tous les continents
  • il contrôle un système éducatif de première qualité (çà, ça nous fait mal) mais n'interfère pas dans les sciences exactes

Ce régime est-il préférable au nôtre ? Pour la pérennité de notre nation, sans doute. Est-il applicable en l'état ? oui et non.

NON, parce qu'il est construit pour gouverner 1.400.000.000 d'hommes comprenant la même langue, répartis en trente-trois régions ou provinces disposant chacune de la leur (clic) mais où s'applique le même code de base et les mêmes règles sociales ; avec quelques particularités locales pour les minorités ethniques. C'est la force du momentum, un formidable couple mécanique en newton-mètres qui une fois lancé ne s'arrête plus. On ne peut pas appliquer le modèle chinois à une petite nation faillie de 68 millions d'habitants comme la France (rapport de 1 à 20) qui ne fait pas masse et qui est divisée en une foultitude de partis et de crispations sociales sur des acquis corporatistes et des allocations à compte ouvert pour les rachitiques et difficiles à venir, sinon finalement un agrégat de communautés qui bientôt, dans la crise structurelle qui monte, ne se supporteront plus ! C'est de la solidité de notre société dont on va parler.

OUI, peut-être quand on s'aperçoit que le premier parti est celui du désintérêt politique, couramment appelé le parti des abstentionnistes qui compte pour moitié du corps électoral. Un parti de déserteurs qui ignore les "valeurs démocratiques", le wokisme et la solidarité effrénée à crédit, mais privilégie ses libertés personnelles au quotidien, la sûreté de son environnement et se méfie terriblement des démagogues qui ont aujourd'hui versé le pays au ravin du déclin ! Y ont éclos les gilets jaunes des rond-points. Si à ceux-là vous pouvez garantir que les rouages essentiels de l'Etat convergeront vers les valeurs fondamentales d'une nation, à savoir sécurité, justice et prospérité, en contrepartie de quoi vous les laisserez libres d'agir comme bon leur semble, ils vous laisseront organiser la société de manière efficace et juste, tant qu'on ne leur demandera rien.

De quelle société parle-t-on finalement ? Il faut s'extraire de l'idée imprimée depuis Renan (source) qu'une nation se régénère chaque jour dans ses fondamentaux ethniques et moraux, et comprendre qu'aujourd'hui elle disparaît en tant que telle dans un processus de désagrégation fondé, selon Emmanuel Todd, par le croisement de trois dérives : la sur-éducation qui a créé des légions mal instruites, hypercritiques de toute orientation politique ; l'atomisation des familles qui favorise l'égotisme et la désolidarisation sociale ; le naufrage de la foi qui augmente l'existentialisme et "démoralise" l'individu. Sans mettre en cause les effets-mêmes de l'inassimilation des intrants exotiques, on va vers un effondrement de la société dont les prémices sont les lézardes dans la légitimité des pouvoirs publics, contestée, parfois refusée dans le doute des résultats, souvent niée pour corruption. Renaissance de l'Anarchie confirmée par les études d'opinion.

Restera-t-il une nation française dans vingt ans est la question à poser aux penseurs de l'université. La population demeurant ici se reconnaîtra-t-elle comme particulière ou différente de celles qui l'entourent ou se réduira-t-elle à une communauté linguistique ? Si comme le disait Angela Merkel, Multikulti ist absolut gescheitert" (le multiculturalisme ne marche pas), il se répand quand même en tache d'huile continûment et fragmente partout le tissu social dont il brouille les codes communs. Ce n'est pas un programme, ni un plan maléfique des Sages de Sion, c'est une déstructuration interne de type architectural sur la faille tectonique du socialisme. Le cajolement de l'électeur par les partis aggrave les fractures. Le modèle politique et social attend l'arrêté de péril.

Les cinquante-pour-cent d'abstentionnistes feront-ils des émules ?

Il semblerait que oui à voir l'affiche qui se dessine pour la présidentielle de 2027. Le favori des sondages et des médiats est le copycat de Jacques Chirac dans sa période Pento ou celui de Jean Dujardin dans ses OSS117 ; lequel, candidat à tout, jouit d'une qualité rare en politique, celle de n'avoir pour tout cursus que les séances de communication politique du coach Pascal Humeau, avec quand même une formation générale à Bac plus 1. Tu entres d'une quelconque façon dans la Familia en évitant les tares européennes graves et tu deviens rapidement capo di tutti capi. Ce charmant garçon, rarement débordé par les questions oiseuses d'une opposition acharnée à sa perte qui ne sait par quel bout le prendre, envisagerait à défaut de la présidence de gouverner Matignon, ce qui nous laisse croire qu'il en sait moins encore qu'attendu, puisque c'est le poste techno-politique le plus difficile de la République. Celui de président d'icelle, dans la configuration constitutionnelle explicite du texte, serait possible en ôtant les deux domaines réservés auxquels il ne connaît rien, mais Premier ministre, non ! Ça ne va pas le faire !
Son modèle américain finit sa vie sur un tas d'or, qui ne lui sera pas de trop pour soigner sa sénilité précoce et une érection en peine, mais à 31 ans déjà, Jordan Bardella, lui, n'a toujours produit aucune valeur ajoutée taxable dans son pays, n'a jamais rien fait d'utile de ses dix doigts et semble à jeun de toute proposition législative personnelle au long de son parcours politique qui commence à peser cher !
Et malgré ce maigre bagage, un tiers des Français le bade ! parce qu'il est un fuyard assumé de l'université, chère Médème. C'est un plus de nos jours : même M. Delogu veut prendre la mairie de Marseille, tant il se sent habité par le néant ! On ne parlera pas de Louis Boyard cette fois.

Pour la présidentielle, on verra le moment venu, mais il apparaît déjà que la sélection imposée entre un jeune arriviste impromptu mais gominé et un carriériste blanchi sous le harnois de la prébende ne va pas emballer le corps électoral dormant, voire même le gonflera. S'il est exclu qu'une forte abstention ne décourage aucun homme politique de gouverner sans légitimité, on peut penser que le paradigme actuel sera remis en épure et notre régime en question. Sommes-nous prêts à vendre au peuple en désarroi la garantie régalienne sur l'essentiel contre les libertés basses retrouvées ? Sans doute pas, les partis forts ne s'y sont jamais intéressés, captivés par des chimères comme la souveraineté, le franc national, la submersion migratoire ou le Frexit voire pire, comme la Sixième République du désordre permanent institutionalisant une révolution bolchevique qui ne s'achèverait jamais.

En conclusion, la France a la chance de ne pas être émergée au bord de la fosse des Philippines car à ce qui s'annonce, elle y glisserait tout entière en l'état. Qui va propager maintenant l'idée d'un régime divisif, sauvegardant à part le domaine régalien essentiel et libérant le domaine public en le remettant aux provinces ?
Que nous suggère l'empirisme organisateur ?
Comment l'idée d'une république a-t-elle avancé jadis au cœur du royaume de France ?
Par la franc-maçonnerie et les talents de l'Encyclopédie !

Séquence :
  1. Acheter des mouchoirs à carreaux pour le bas du visage et des Ray-Ban de soudeur
  2. Théoriser abondamment le régime divisif jusqu'à saturation des réseaux classiques et sociaux
  3. Former des clubs ou des cercles d'approfondissement de la doctrine et diffuser leurs travaux
  4. Organiser des débats contradictoires ou faussement contradictoires avec l'IA, l'important est l'empreinte médiatique du projet
  5. Si la mayonnaise prend, commencer à faire des tours de table de financement à côté du projet avec un argumentaire adapté aux cibles
  6. Instiller le régime divisif dans l'opinion après l'avoir moulé dans une version pédagogique à la portée du plus grand nombre
  7. Pousser le corps législatif à ...beep...
  8. Aggraver ...beep…
  9. Pousser ...beep…
  10. Aller fêter ça à La Coupole, encaisser* et disparaître, car il n'est pire conversation que celle d'une victoire à l'impossible obtenue.

Le TED carbonaro convoque trente personnes et cinq millions* d'euros pour trois ans. Ce n'est pas un projet "garage" !
Qui vient de prononcer le mot crowdfunding ?




*Postscriptum :
Cinq millions de budget à dépenser en trois ans n'est pas un chiffre magique. Il couvre l'emploi de +/-30 personnes qualifiées rémunérées en moyenne à 2200 euros nets par mois et les frais généraux. Le point serait à développer dans les détails, mais il est exclu de réussir quoi que ce soit en politique sur la base du bénévolat militant. Par contre s'il ne s'agit que de faire illusion académique ou de se pousser du col comme dans un club de boules, alors ça marche sans objectif mesurable (tant que les cotisations rentrent). Pour finir, la meilleure motivation reste l'enrichissement final des promoteurs. Dernière précision : les plateformes d'influence qui ont été lancées avec un tour de table insuffisant, pourtant au-dessus de deux millions d'euros, ont fermé ou ont été absorbées.

ALSP !

11 janvier 2026

L'ordre et le droit

Sur un plateau télévisé, Henri Guaino a surpris son auditoire la semaine passée par une analyse plus fine des conséquences de l'enlèvement du président vénézuélien, en séparant à l'international l'ordre et le droit. Le tambour médiatique bat la mesure du droit international alors qu'il n'est qu'une idéologie. Pour les plus jeunes de nos lecteurs, les grandes dates du droit international sont 1648 avec la Paix de Westphalie, 1815 avec le Congrès de Vienne, 1919, la Conférence de la paix de Paris et 1969, la Convention de Vienne. On notera qu'à chaque fois, la réunion des puissances impliquées acte la supériorité des uns et l'acceptation des autres ; c'est donc bien un faisceau de rapports de force qui fonde le droit au moment considéré, jusqu'au prochain aggiornamento consécutif au renversement du rapport précédent. En ce sens, c'est une certaine idée du monde qui va s'imprimer dans les relations internationales et qui va écraser l'idée précédente. C'est donc bien une idéologie. Guaino, 1 point, Guaino, one point !

Ce n'est pas l'intervention de Donald Trump à Caracas qui aurait ruiné le droit international mais bien les transgressions précédentes de traités signés sur la seule base de la confiance et du respect de la parole donnée. On citera pour faire court le traité de Minsk entre la Russie, l'Ukraine, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ; et le traité de non-prolifération nucléaire auquel la République islamique d'Iran a adhéré. Le droit international ne règne pas longtemps sur les affaires du monde s'il se résume à une version adulte du jeu de "chat-perché". On vient de le voir au Vénézuéla, qu'en sera-t-il au Groënland si Grand Condor s'enhardi dans le spectaculaire inégalable de la téléréalité ? Par contre, comme le dit très justement M. Guaino, si le droit international a été bafoué par la mafia Trump, c'est l'ordre international qui en a pris un sacré coup par le rapt des époux Maduro à Caracas ! Toute l'Amérique latine est impactée avec deux cibles imminentes plus une différée (selon les sources généralement bien informées) : La Havane, Bogota et accessoirement Managua.

Cuba est un pays complètement failli par le castrisme canal historique qui faisait mouiller les mitterrandiennes, et son existence même est une insulte à l'intelligence de l'espèce mais surtout à l'imperium américain. La Colombie, présidée par un ancien guérillero du M-19, est le producteur de référence de la cocaïne consommée par l'Occident. C'est devenu un péché mortel, et Petro le faraud devrait s'en souvenir. Quant à Daniel Ortega qui colle à sa réputation de grand bandit sandiniste du Nicaragua, ses écarts sont désormais surveillés, surtout s'ils concernent l'immigration. clandestine.
Reste que l'obstacle majeur à l'hubris trumpien est double : le Mexique à sa porte qui est outré des conditions faites à ses ressortissants émigrés économiques aux Etats-Unis, et le Brésil qui cherche à affirmer une certaine forme de puissance au sein des BRICS sans toutefois convaincre. Mais il faut en venir maintenant au viol de souveraineté, soulevé par les détracteurs de Trump.

Là encore, Henri Guaino dirige le faisceau de la lampe où il faut, en expliquant que la souveraineté en soi n'est pas négociable, parce qu'elle n'est pas un principe d'existence des nations par essence. Nul ne devrait défendre la souveraineté d'autrui parce qu'elle n'est qu'une affirmation volontaire et appropriée de l'entité qui se considère souveraine dans tel ou tel domaine, et pas du tout l'effet du droit. La revendication de souveraineté doit s'appuyer sur un schéma de force qui la protège. A défaut, c'est du vent. On va peut-être le toucher du doigt au royaume de Danemark dans l'affaire du Groënland. Copenhague n'est souveraine à Nuuk qu'aussi longtemps qu'elle pourra y faire la police parmi les agitateurs stipendiés par les services américains. On attend qu'elle en mette en cabane ! A défaut de quoi, le gouverneur Julie Wilche pourra reprendre le ferry avec quelques cadeaux d'adieu dans sa valise, après que les Américains auront un par un acheté les électeurs convoqués à "leur" référendum. C'est bien le cas d'école qui boucle la démonstration : la souveraineté s'affirme et se défend ; elle appartient tout entière au "souverain". Elle est fractionnée, cessible aussi et, contrairement à ce que disent les tenants de la droite dure, elle n'est pas inaliénable. A preuve, l'abdication monétaire française ou la dévolution du tarif douanier à l'Union européenne dans le cadre du marché unique.

Reste la force. Elle fonde la puissance qui tient en respect les contempteurs d'une nation. Si on comprend bien qu'elle ait été dénigrée par les penseurs européens après deux guerres mondiales nées en Europe, le concept aurait dû se revisiter au terme d'une analyse stratégique qui nous aurait montré que la seule "force du droit" ne pouvait rivaliser avec la force brute. Si elle n'est pas d'application première dans les différends entre nations, on doit y adosser au moins l'affirmation de souveraineté et toute autre revendication vitale pour notre pays. Je crois M. Macron conscient de ce vide structurel français commencé sous Chirac et aggravé par Sarkozy, mais nous revenons de si loin que la reconstruction d'une force globale est un chantier démesuré pour ses petits bras. Gabriel Attal, dont la position n’est guère éloignée de celle du président Macron sur les affaires internationales (nous dit Philippe Bilger), a souligné que « nous n’avions plus les moyens de nos indignations » — ce qui est vrai — mais surtout que « les démocraties devaient dorénavant retrouver la voie de la force, si elles souhaitent que le droit prévale de nouveau » (in Le Figaro). Pour le moment elles n'en ont que la voix ! Et ça ne va pas suffire.

Dans le cadre d'une thèse, on devrait ouvrir maintenant un paragraphe "Force et Ordre" selon Bruno Retailleau avec une dérivée conclusive "Force et Droit". La justice sans la force est inaudible ; la force sans la justice est une satrapie, vous avez quatre heures ! Mais comme nous ne faisons pas de thèse depuis que Pascal a tout dit, nous allons nous en priver. A la place de quoi nous parlerons du Mercosur.

On qualifie cet accord de "libre-échange" laissant croire au défoncement de portes jusqu'ici entrouvertes, alors qu'il n'est qu'un accord douanier sélectif sur quotas. Avant de s'énerver, les syndicats agricoles devraient relire la page de la Wikipédia qui les concerne ici. Il y verraient que les filières françaises ne seront pas plus au bord de la ruine qu'elles ne le sont déjà, savoir :

La plupart des œufs "pâtissier" fournis à l'agro-alimentaire viennent déjà d'Ukraine. Pour cent raisons dont une : il faut deux ou trois ans de démarches pour construire un poulailler industriel en France. Par la connexion de l'épidémie de dermatose bovine, la critique se concentre actuellement sur l'augmentation des importations de viande. C'est un dossier plus compliqué que vous ne l'apprendrez sur les barrages, et je vous conseille d'aller voir d'abord le dossier de la profession en cliquant ici. Vous serez surpris.

Rien ne dit que la viande de premier choix sudaméricaine soit inférieure à la viande de premier choix française, et pourquoi parler de concurrence déloyale sur la viande de transformation quand on sait que notre agro-industrie consomme de la vache laitière de réforme française piquée aux antibiotiques toute sa vie, certes sur prescription de tiers mais piquée tout de même ? Bonjour les spaghettis bolognaises ! Le dossier ad hoc de l'Institut de l'élevage nous dit aussi que le plus gros client des viandes sudaméricaines et de beaucoup, c'est la Chine populaire. Il n'en sont pas morts et ils s'y connaissent autant que nous.
En conclusion, quand le peuple se mue en foule, il en perd la raison.

Bibliographie élémentaire du droit international :
  1. Westphalie 1648
  2. Vienne 1815
  3. Versailles 1919
  4. Vienne 1969

ALSP !