Au milieu du saccage de la nation iranienne par le peuple élu réuni aux barbares de l'océan lointain, la fête du feu revêt cette année une importance particulière qui ne vous aura pas échappée. On y attendait une déclaration solennelle du nouveau Guide suprême imposé à la nation par la mollarchie chi'ite, saisissant le flambeau de sa charge et le portant haut comme la statue hiératique de la Liberté, ce ne fut qu'un texte aussi long et funèbre que filandreux (clic), lu à la radio par un speaker, empli de billevesées, à douter même qu'il ait été écrit par l'ayatollah-nouveau-est-arrivé. Est-il comateux, est-il mort ? la situation gazeuse du pouvoir des mollahs arrange le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRi) qui mène à sa guise la guerre à l'Occident global, comme il s'y est préparé depuis quarante ans, sans l'encombrant renfort des clercs.
Des "experts à plateau" comme les négresses éponymes prêtent au CGRi le déroulement d'un plan déjà ancien de résistance, genre Défense opérationnelle du territoire, qui doit amener l'ennemi à finalement débarquer pour se battre d'homme à homme et le vaincre. Aussi, peu leur chaut l'anéantissement de leur aviation et de leur marine si l'infanterie continue. La nation iranienne étant réputée instruite, il est probable que Le Plan ait été établi jusqu'au bout de l'épure par les survivants de la guerre Iran-Irak, et qu'ils attendent de pied ferme le débarquement hollywoodien du matamore de la téléréalité. Convergeraient sur zone deux groupes amphibies et une brigade d'assaut aéroportée. On va voir.
Venons-en aux buts probables de cette guerre de choix judéo-américaine. Ils sont clairs et légitimes du côté d'Israël, menacé des pires outrages depuis le début de la République islamique d'Iran qui rêve, elle, d'une incinération du sionisme sur place :
- Anéantir le régime théocratique des mollahs et ses bras armés est le leitmotiv du Likoud, quoiqu'il en coûte à la population civile. Désolés !
- Oblitérer le programme nucléaire civil et militaire dont le succès futur signerait la rupture stratégique de terreur entre le petit poucet de la fable qu'ils appellent David et l'ogre iranien de la taille de l'Europe occidentale qu'ils appellent Goliath.
- Casser l'industrie balistique et si possible, toute la BITD iranienne.
Sa mise en œuvre justement !
Il semble, vu de loin mais quand même, que la destruction systématique du régime ait débordé sur celle des infrastructures civiles dont le pays a besoin, ce qui n'inquiète en rien le gouvernement de Jérusalem qui s'est déjà fait la main sur Gaza et échantillonne ses répliques au Sud-Liban dans le même esprit de benign neglect - un million de déplacés. Le problème est que la destruction ras-la-planche de l'Iran n'augure pas de la victoire finale. Sauf débandade toujours attendue au Pentagone mais qui tarde, il n'y aura sans doute pas de démotivation des unités combattantes ni des masses fidèles à l'enseignement théologique asséné depuis 47 ans au peuple. Entre un cinquième et un quart de la population est fanatisée et radicalisée. On ne convertit pas les radicaux par des tapis de bombes, Mossoul et Raqqa en ont fait la démonstration. On peut aussi dauber sur la loyauté d'Artesh, l'armée régulière impériale, mais au bout de trois semaines intenses, elle n'a pas bronché et demeure aux ordres. Au final, Tsahal n'ira pas voir à hauteur d'homme ! Trop dangereux. Alors quoi ?
"Les lois claires en théorie tournent parfois au chaos d'application", disait Bonaparte. C'est ce qui arrive aux Américains. Si Israël a le bon motif pour écraser un ennemi attaché à sa perte, l'administration Trump n'en a aucun. Le chien fou du contre-terrorisme US, Joseph Kent, l'a avoué et pris la porte. On soupçonne l'Imbécile-en-chef d'avoir mûri un "deal" à la vénézuélienne avec un successeur des ayatollahs compatible pour l'exploitation conjointe de champs pétrolifères ou gaziers comme aux temps bénis de l'Anglo-iranian Oil Company. Manque de pot, les Gardiens contrôlent la chatière d'Ormuz et instaure un péage à la tête du client. Résultat :
il manque dix pour cent de l'approvisionnement mondial en pétrole et plus encore en gaz. Vous suivez l'actualité et savez donc que le secteur des engrais et celui de l'alumine sont désormais en crise. Les prix flambent, des pénuries s'annoncent, Grand Condor ne sait plus quoi faire.
Saisir les postes de chargement de Kharg n'ouvrira pas pour autant le détroit d'Ormuz. Au final comme un paon, il a chié partout et fait maintenant la roue, mais les Arabes le maudissent déjà. La protection américaine à prix exorbitant est un leurre, l'image touristico-financière des émirats est en passe d'être ruinée si le régime honni de Téhéran se maintient et promet sa vengeance. La vision séoudienne d'un avenir radieux hors-pétrole en a pris un sacré coup : le port industriel de Yanbou el-Baḥr sur la Mer rouge a été bombardé. Une conséquence est positive dans ce chaos et nous concerne au premier chef.
Si la crise iranienne ne nous apprend rien qu'on ne savait déjà, elle nous confirme dans deux projets :
- La transition énergétique
- La défense autonome de l'Europe, fédérée ou pas
(2) C'est sans doute le plus grand service que Donald Trump ait rendu à l'Europe, celui de lui mettre la tête dans son fumier défensif et d'appuyer sur la nuque. L'Europe n'est ni vassalisée ni supplétive, elle n'est pas, tout simplement. Le blocage d'Ormuz par les Gardiens de la révolution islamique aurait dû déclencher un ultimatum européen et une manœuvre navale en coalition pour préserver nos intérêts. Nous n'aurions même pas dû attendre l'injonction ridicule de Trump à l'aider sur zone. Sauf que nous, Français, serons à la peine pour tenir la rive gauche du Rhin et que la topographie de la rive iranienne du détroit convoque des moyens lourds et abondants que nous n'avons pas. Tout ce que vous avez voulu savoir sur le détroit d'Ormuz sans jamais oser le demander est par là. Quant au reste, cela ne nous concerne en rien finalement, sauf intérêts mercantiles particuliers.
Notre posture de juge moral universel n'est crédible voire tenable que si nous avons la force de protéger nos intérêts vitaux autrement que par des communiqués ronflants ou, pour ce qui nous concerne, par la dissuasion nucléaire qui est un pistolet à un coup inadapté aux circonstances présentes.
Que Trump retire les Etats-Unis de l'OTAN serait positif pour l'Europe, jusqu'à mériter que l'on nomme une avenue à son nom dans chaque capitale européenne.
Se défendre nous-mêmes (enfin !) implique de modifier partout le modèle social, dans ses extravagances déjà et dans ses fondamentaux :
- Quelle sécurité raisonnable peut-on assurer aux sociétés européennes ?
- Quel projet de vie soutenable pouvons-nous proposer aux générations montantes ?
- Quelle part un Etat doit-il prendre dans la définition d'une vie humaine ?
Tout est à repenser. Il y a des millions d'Européens à faire tomber du hamac social pour se défendre contre la menace des empires prédateurs, mais plus rapidement encore contre les effets désastreux du réchauffement climatique sur toutes les économies du monde qui vont recréer le chaos à peine en serons-nous sortis. Le combat du Bien contre le Mal va sérieusement se compliquer dès lors qu'il n'y a aucun volet moral dans le dérèglement climatique. Personne ne pourra le dénoncer ou le clouer au pilori ! Il n'est même pas sûr que nous puissions affronter le Léviathan promis.
Et sinon, Ormuz ?
L'île "arc-en-ciel" était il y a peu un spot touristique très prisé des globe-trotters. Sa topologie montagneuse, ses falaises torturées, ses plages rouges sont uniques. Son souk, les échoppes de street food, sa population bigarrée de cinq mille âmes, la chaleur étouffante aussi ; on s'en souvient toujours, disent les voyageurs non organisés.
ALSP !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Les commentaires sont bienvenus et modérés a posteriori. Leur suppression éventuelle n'en donne pas le motif. Dites-nous tout !