04 janvier 2026

Fantômes

Les fantômes n'existent pas… séparément de nous. Ils n'ont pas d'autonomie, de libre arbitre, d'intentions bonnes ou mauvaises, de destin à eux, ni aucune curiosité, ils ne souffrent pas, ne nous en veulent de rien, et ne se cachent pas sous des draps ! Les fantômes existent au cœur du transit de nos synapses, ils sont en nous, créés en permanence en notre esprit, ils sont parfois insistants et nombreux. Les fantômes sont exclusivement des souvenirs que nous composons à notre façon pour enjoliver ou dégrader le passé, ou pour corrompre la quiétude du présent en les arrachant à leur silence. Les pires à supporter sont ceux des vivants, car il existe aussi les fantômes de nos souvenirs d'antan.

Au quotidien ou chaque jour j'ai souvenance de moments neutres, lents, de la farine d'ennui, pétris de la pulsation de la ville à laquelle on ne veut pas se mêler ; mais aussi du souvenir d'un passé riche en chocs, ceux de l'émerveillement, d'un bonheur toujours fugace, de peurs subites et subies, de découragement profond et de joies éphémères; mais sans doute le plus redoutable des souvenirs est d'être confronté à la dégradation naturelle d'un humain que vous avez aimé et que vous ne reconnaissez plus.

A croiser son regard, en image ou en vrai, la douleur de la ruine en marche s'insinue en vous si profondément que vous ne pouvez plus la localiser pour la combattre. Il faut alors changer de fantôme, en chassant de l'écran mental l'image qui s'est définitivement imprimée dans votre mémoire et que vous ne supportez plus. "Les amours, les emmerdes", il vaut souvent mieux qu'elles ne remontent pas. Alors ?

Alors on commente l'actualité politique, des catastrophes, des tueries, des guerres, n'importe quoi pour oublier la Lolita blonde aux cheveux courts qui vous intimidait jusqu'à vous ôter la parole ; en redoutant qu'elle soit devenu aujourd'hui une mégère acariâtre et velue, tannée par les soucis de la vie. Encore si elle était morte, la triste évolution serait stoppée et l'image de sa beauté, celle de son allure assurée, son "chien" auraient été figés avant de devenir insoutenables à repenser. C'est le drame de Brigitte Bardot.

Le jour de mes dix-huit ans, serrant ma carte d'identité dans mon portefeuille, je suis allé au cinéma voir Le Repos du guerrier. Vous vous souvenez ? BnF Collection.

Artiste à la plastique irréprochable, mise en scène et lumière par des talents exceptionnels, Brigitte Bardot ne frappa jamais son public par les dialogues qu'on lui imposait ni par les chansons auxquelles elle s'essaya. Pour les textes, il y avait Godard et Bresson. Mais les cinéphiles ne rataient aucun de ses films où apparaitrait une fois encore la déesse de l'amour. Me restera le figement du film amoureux de Vadim : Et Dieu créa la femme ! Sa mort, qu'on dit paisible, a débondé des torrents de mièvreries jusqu'au summum de la canonisation aux Invalides, comme des insultes d'une rare bassesse pour les idées qu'elle avait entre les oreilles. Elle disait qu'elle aimait les mecs, les vrais mecs, ce qui n'est pas tendance, à gauche surtout où l'impuissance se surmonte par la logorrhée. Les bande-mous se jettent toujours dans les explications. Brigitte Bardot n'aura survécu que trois mois à l'autre monstre sacré du grand écran, Claudia Cardinale († 87 ans) passée à la politique plus tard quand elle mit Jacques Chirac dans son lit, la nuit où mourut Diana Spencer.

Une mort d'importance à l'écran de l'an fini fut pour moi Léa Massari († 91 ans). Bien sûr, elle a "imprimé" son caractère d'actrice italienne dans le film sulfureux de Louis Malle Le Souffle au cœur. Sulfureux, déviant, inconvenant, démoniaque pour certains. Massari exsudait par tous ses pores ce fameux profumo di donna italien, celui de l'Etreinte promise, comme d'autres la piété, et c'est curieusement La Croix qui fit l'eulogie la plus convenue (clic). C'était une époque différente, celle du siècle passé qui avait tant connu d'horreurs (quatre génocides au compteur), avec une liberté différente, une liberté de ton et de pensée (Desproges et les Juifs) que les moins de vingt ans ne connaîtront sans doute jamais parce qu'il y a maintenant des lois pour penser. Votre opinion est un délit qui, s'il n'est pas référencé dans le Code civil, l'est sûrement dans le codex médiatique. On vient de voir encore ces jours-ci la nécrologie à fleur de haine de la presse de référence. On l'a vu avec Blanche Gardin, ruinée par un mot. Brisons là !

Cette première semaine est aussi la première du deuxième quart de siècle, en espérant qu'il ne soit pas le "second". Oui, j'avoue, c'est nul, mais il n'est pas sûr que l'apocalypse nucléaire ne se déclenchera pas avant 2050. Les empires revenus et leurs clients représentent une menace humanitaire existentielle. Ils ne fourbissent que des armes de destruction massive, pas même massive, de destruction parfaite, complète, achevée de l'espèce humaine, une communauté comprimée à fond dans ses contradictions premières et suicidée par sa propre science. Sauf à les désagréger, les empires ! En attendant le Golem sauveur, revenons à nos vœux.
Que 2026 voit le succès des armes ukrainiennes et l'arrêt des souffrances de ce peuple admirable.
Qu'Eva Braun vienne à « Dolgiye Borody » avec deux jerrycans d'essence !
Que périsse le nain maléfique, cause stupide de tout ce malheur.
Que les tyrans descendent au tombeau de leur hubris comme Nicolás Maduro !
Bonne Année quand même !

ALSP !

5 commentaires:

  1. La première cause létale pour l'être humain, c'est l'être humain. J'ai lu ça dans la Genèse, ça commence avec Caïn. Avec 8 milliards d'individus potentiellement dangereux, par vice ou par bêtise (nos deux principales caractéristiques) on multiplie les risques! Plus inquiétant, il n'y a plus de zones épargnées: même le Groënland est con-cerné. En espérant pouvoir se souhaiter une bonne année 2027

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Même après des millions d'années, la marche du monde conduit par les hommes à sa destruction, ne laisse d'étonner. Le vrai péché originel est peut-être génétique, nous n'avons peut-être pas été faits à Son Image, mais à celle de son pire ennemi.
      Bonne année, Camisard.

      Supprimer
  2. Manifestement la recette n'était pas la bonne. Aussi, peut-être se dit-Il : "Assez d'errance, finissons-en." Mais dur à vivre pour ceux qui n'ont rien demandé et s'accrochent encore à leurs illusions.

    RépondreSupprimer
  3. Heureusement il nous reste les plaisirs visuels de la "Pascua Militar", en ce jour de l'épiphanie à Madrid, avec le couple royal espagnol et sa délicieuse héritière potentielle la princesse des Asturies...(https://www.youtube.com/watch?v=ZClXVWJUet0)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ce rappel et pour le lien. Leonor est la meilleure réponse à la revendication féministe de la ministre. Merci encore.

      Supprimer

Les commentaires sont bienvenus et modérés a posteriori. Leur suppression éventuelle n'en donne pas le motif. Dites-nous tout !